Chroniques éco : la France dans le creux de la vague

Comme premier billet de cette chronique économique, voici un rapide tour d’horizon de la situation économique actuelle de la France et sur les perspectives d’évolution dans un futur proche. Généralement, une description conjoncturelle simple (ce n’est pas ce que je trouve de plus fun en économie mais bon…) se construit autour d’un ensemble d’indicateurs intuitifs et fréquents : indice de production industrielle, ventes de détails et de biens durables, évolution de l’emploi et indicateurs dit avancés (indices de confiance notamment). Ces statistiques, si elles informent peu sur les raisons, donnent une bonne image de la situation considérée. Maintenant appliquons cette grille d’analyse sur la France.

Rappelons que la crise financière se transmet à la sphère réelle principalement par le canal du crédit vers le consommateur (acheter une voiture est évidemment beaucoup plus difficile si ma banque refuse de me prêter), et vers les entreprises (difficultés de trouver des financements pour investir ou même simplement pour permettre l’activité au quotidien – lignes de trésorerie). Le second canal : c’est l’effet de richesse. La valeur de ma maison et/ou de mes titres financiers s’effondre, de ce fait je me sens moins riche, donc je dépense moins. Cet effet étant peu puissant en France, je n’y reviendrais pas par la suite. L’incertitude constitue le dernier canal : dans le cas d’une entreprise, si je ne sais pas comment évoluera l’activité demain, je peux limiter mes plans de production ; dans le cas des ménages, l’éventualité d’être victime d’une détérioration du marché du travail implique le report voir l’abandon d’achats de biens durables (voitures, gros électroménager…).

Crédits au secteur privé non financier

credit

Sources : Banque de France.

S’agissant du premier canal, il est évident que les banques ne prêtent presque plus (cf. graphique ci-dessus) et thésaurisent le cash qu’elles détiennent. Cette situation perdurera tant que les banques ne sauront pas qu’elle est la véritable valeur de leur bilan (objet d’un futur billet). De plus, la dégradation de l’activité économique accroit le risque de non-remboursement des agents endettés (ménages et entreprises) étranglant davantage les bilans bancaires, les incitants en retour à être encore plus prudentes. Cette baisse du crédit se combinant avec l’incertitude, les conditions d’une rapide contraction de l’activité sont donc réunies.

Contributions à la croissance du PIB (variation trimestrielle).

contributions_au_pib

Sources : EcoWin.

La logique est celle-ci : la chute du crédit (les lignes de trésoreries ont chuté de 4% entre Novembre et Décembre), l’accroissement de l’incertitude et l’effondrement du commerce international implique une contraction de l’investissement des entreprises, un sévère resserrement de la production industrielle et une réduction massive des stocks accumulés sur les trois premiers trimestres de 2008 (résultant d’une consommation insuffisante alors que l’inflation était au plus haut). Cet enchaînement est à la base du spectaculaire recul du PIB au 4etrimestre 2008 (cf. graphique ci-dessus). La consommation des ménages, notamment celle qu’on pourrait qualifier de « quotidienne », s’est en revanche bien tenue sur l’ensemble du 4etrimestre 2008. Difficile à première vue d’en expliquer les raisons. Une piste serait que les ménages ont été particulièrement sensibles au fort ralentissement de l’inflation mesurée et anticipée (résultant de la chute des prix des matières premières – l’inflation devrait être négative cet été) compensant les effets de l’incertitude.

La production industrielle :

production_industrielle

Sources : Insee, Bloomberg.

Au 1ertrimestre 2009, les enquêtes auprès des entreprises suggèrent un nouveau mouvement de déstockage, des carnets de commande anticipés faible et une situation de trésorerie toujours difficile. Dans ce contexte, la production industrielle a piqué du nez en janvier (cf. graphique ci-dessus) suggérant une nouvelle sévère baisse du PIB au second trimestre. D’un autre coté, la dégradation du marché du travail (cf. graphique ci-dessous) sous jacente à l’effondrement de la production industrielle, devrait peser davantage sur la consommation des ménages (les indices de confiances des consommateurs sont particulièrement bas) au premier et surtout dans les trimestres suivants. Le marché du travail français, car moins flexible que dans d’autres économies développées, s’ajuste toujours assez lentement aux chocs conjoncturels (ne voir dans ces propos aucun jugement de valeur, juste une observation). En conséquence, celui-ci continuera de se détériorer pendant encore 4 à 6 trimestres (le taux de chômage devrait repasser au dessus des 10% début 2010 et pourrait même flirter avec les 11% dans le courant de l’année prochaine).

Le nombre de chercheurs d’emplois :

chercheurs_demplois

Sources : Pôle emploi, Bloomberg.

Les effets du plan de relance sur la consommation des ménages seront limités étant donné la faiblesse des montants en jeu, à peine 0,1% du PIB. Par ailleurs, le plan d’investissements publics n’aura pas d’effets immédiats (s’il en a un jour…). En bref, rien n’est susceptible d’inverser la tendance et la France devrait connaître un taux de croissance annuel du PIB en 2009 de l’ordre de -2 à -3%. Ce résultat catastrophique n’en reste pas moins modéré si l’on compare avec les autres économies développées (-4,3% sur 2009 pour l’ensemble des pays de l’OCDE et -4,1% pour la zone euro) : les économies exportatrices comme le Japon et l’Allemagne subissent de plein fouet l’effondrement du commerce international (l’OCDE prévoit -6,6% de croissance au Japon !) ; d’autres comme l’Irlande, l’Espagne ou les Etats-Unis (-4,1% prévu) devraient connaître une très forte récession comme corollaire de la résorption des excès passés (bulle immobilière et de crédit).

En résumé, l’année 2009 sera extrêmement difficile en France comme partout dans le monde mais dans une moindre mesure (avec -3% de croissance et les conséquences sous-jacentes sur le marché du travail, ça nous fait une belle jambe…). L’année 2010 continuera d’enregistrer des performances négatives mais moins spectaculaires que sur ces deux derniers trimestres, et devrait marquer sur la fin de l’année le début d’une légère reprise. Bref, le chemin est a priori (on sait jamais, la prévision éco reste un exercice très aléatoire) encore bien long…

Twitter Digg Delicious Stumbleupon Technorati Facebook

Pas encore de commentaires... soyez le premier à donner votre avis !

Laissez un commentaire