Fêtons l’Europe…
En cette journée de fête de l’Europe, il est bon de se remémorer, la déclaration capitale de Robert Schuman du 9 mai 1950. Dans un continent meurtri par l’un des plus graves conflits de son Histoire et face aux menaces engendrées par la guerre froide, des hommes surent imposer un projet communautaire commun, ambitieux et fondateur.

Le 9 mai 1950, Schuman lut sa fameuse déclaration lors d’une conférence de presse qui se déroulait au Quai d’Orsay. Interpellé par des journalistes pris d’étonnement, le ministre des affaires étrangères française (il occupa ce poste de juillet 1948 à décembre 1952) répondit qu’il s’agissait d’un « saut dans l’inconnu ».
Il est utile de citer quelques extraits de cette déclaration pour en mesurer l’ampleur et pour saluer sa modernité :
« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objectif essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite : nous avons eu la guerre. »
« L’Europe ne se fera pas d’un seul coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire entre la France et l’Allemagne soit éliminé. L’action entreprise doit toucher au premier chef, la France et l’Allemagne ».
« Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays de l’Europe… La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable mais matériellement impossible. »
« Cette production (du fer et de l’acier) sera offerte à l’ensemble du monde sans distinction, ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au procès des œuvres de paix. L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de ses taches essentielles : le développement du continent africain. »
« Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d’intérêt indispensable à l’établissement d’une communauté économique et introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde entre les pays longtemps opposés par des divisions sanglantes. Par la mise en commun de la production de base, l’institution d’une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalise les premières assises concrètes d’une fédération européenne indispensable à la préservation de la paix… »
Ce Texte fondateur est le résultat d’un contexte et d’une idéologie. D’un contexte pourquoi ? Il y a la volonté d’intégration de l’Allemagne d’Adenauer à l’Occident. On ne souhaite pas rééditer les erreurs commises en 1919 avec le Traité de Versailles mais pacifier durablement les relations entre les deux pays (surtout qu’il s’agissait d’une période de tensions franco-allemande avec la question du territoire de la Sarre entre 1949 et 1950)
Il y a également la nécessité de relancer la croissance rapidement face à un continent qui fût le théâtre d’un affrontement destructeur. Enfin, il y a le souhait d’une Europe politique déjà clairement exprimé, capable de résister à la montée des tensions entre les deux blocs. Tirant les conséquences, de la difficulté de coopérer avec l’Angleterre, Paris opta pour une construction supranationale, sectorielle (charbon et acier) autour du noyau franco-allemand. L’objectif final reste une fédération européenne, il est d’ailleurs énoncée à deux reprises dans le discours de Schuman.
Alors du point de vue de l’idéologue, ce que je souhaitais dire, c’est que d’une part cette déclaration est surtout l’œuvre de Jean Monnet, alors Commissaire général au Plan de modernisation et d’équipement. Schuman fut son bras politique mais Monnet fut le véritable instigateur du projet. Et ensuite, il faut rappeler que ces hommes politiques se sont réappropriés des idées qui étaient dans l’ère du temps depuis les années 1920 avec Aristide Briand ou Coudenhove-Kalergi auxquels il faut également rendre hommage.
Un an plus tard, le 18 avril 1951, le traité de Paris est donc signé. Il donnera naissance à la Communauté européenne du charbon et de l’acier, première étape de la construction européenne.
Plus que jamais dans cette période de désaffection européenne, il est bon de se rappeler les aspirations des Pères fondateurs mais également les réalisations européennes : une paix durable, une croissance sans précédent après la seconde guerre mondiale. Pour poursuivre ce merveilleux élan, nous avons besoin d’institutions politiques efficaces et d’un projet politique qui soit à nouveau partagé. En attendant, fêtons l’Europe, elle le mérite.

09 mai 2009 






Info auteur
Bonne idée de rappeler les fondamentaux de l’idée européenne en cette période de désaffection totale.
L’Europe est une œuvre initialement construite l’interdépendance économique de l’Allemagne et de la France afin de créer les conditions d’une paix durable.
Aujourd’hui les enjeux ont évolué. L’idéal européen qui transcenderait les différences nationales se doit de trouver un nouveau souffle. La vraie question est celle de la place de la nation au sein la globalisation. C’est une question cliché, mais c’est celle-ci à laquelle la population européenne se doit de répondre. Une Europe homogène et unie est-elle un meilleur cadre que l’État-Nation pour gérer des marchés supranationaux?
On se plaint que l’Europe n’est pas assez sociale, mais elle ne peut l’être tant que les États et donc les peuples ne seront pas prêt à abandonner la souveraineté de leur politique sociale. L’Europe ne dispose actuellement que de prérogatives en matière de marché unique et donc de déréglementation sans disposer du levier de politique sociale la rendant technocratique et lointaine. Je crois que fondamentalement les populations ne sont pas prêtes a abandonner davantage de souveraineté. Cela n’est pas près de s’améliorer compte tenu de la médiocrité de nos hommes et femmes politiques à défendre les bienfaits probables d’une l’Europe politique et sociale. Ces derniers et dernières, non seulement n’y croient pas eux même mais refusent également le transfert de compétences que cela impliquerait.
A quand un nouveau Jean Monnet?
En même temps il n’est pas évident qu’une centralisation des décisions soit obligatoirement plus efficace, comme les pays sont très différents il y a forcément des effets asymétriques, et donc il y aurait des perdants dans des décisions collectives. Le vrai problème c’est que les Etats ont des marges de manoeuvre mais les utilisent mal.
Il faudrait plutôt un axe de bataille : une politique energétique et environnementale commune où tous jouent le jeu serait une belle opportunité.
C’est clair que les effets asymétriques existent et sont déjà très visibles dans le contexte de la politique monétaire. Mais j’ai tendance à penser que l’Europe est un meilleur cadre de décision bien qu’imparfait mais pour cela il faut de volonté et de coordination. Deux élément indispensables qu’on ne retrouvent pas aujourd’hui.
L’énergie et l’environnement sont deux sujets qui pourraient effectivement fédérer. De telles politiques, notamment celles sur l’environnement nécessite que l’Europe dispose d’outils politiques plus larges qu’actuellement et implique donc l’abandon d’un pan supplémentaire de la souveraineté nationale. L’idéal environnemental pourrait être transcendantal à ceci près que les écarts de développement au sein de l’Union Européenne impliqueraient la nécessité de trouver des compromis…