L’Europe à l’heure du choix
A une semaine du scrutin, la campagne pour les élections européennes n’a toujours pas décollé. Alors qu’on annonce des records d’absention, le débat politique s’est cantonné à de l’antisarkozysme primaire d’un côté et à un panégyrique de l’action gouvernementale, de l’autre. Encore une fois, nous n’avons pas été à la hauteur de l’Europe…

Interrogé par Ruminances, sur mon intention de vote, je pense qu’avant de la dévoiler, je me dois de présenter ma vision de l’Europe, corollaire à toute prise de décision. Personnellement, je pense pour reprendre la formule d’Aristide Briand, qu’un « lien fédéral » est indispensable pour que l’Europe soit en mesure d’influer efficacement sur nos conditions de vie et plus largement sur la destinée de notre planète. Le plan Briand du 5 septembre 1929 s’appuyait à l’époque sur l’Allemagne de Gustav Stresemann, pour construire une autre Europe. La disparition du ministre des affaires étrangères allemand, un mois après cette déclaration, a ruiné ce projet et a précipité la République de Weimar dans les ténèbres. Jamais plus, la promotion européenne ne sera aussi prégnante…
J’ai voté oui au référendum sur la constitution européenne en 2005. Tout simplement parce qu’il permettait enfin de doter l’Europe, de véritables institutions. Il symbolisait la fin de la présidence tournante et surtout le renforcement du pouvoir du Parlement. On a souvent omis de dire également que le poids de la France se trouvait consolider grâce au texte. On devait en effet passer de 9 à 13% des voix au sein du conseil européen. Il faut également rappeler qu’un certain nombre de clauses que nous avions réclamé sur notre exception culturelle et sociale ainsi que sur la reconnaissance des services publics, avaient été inscrites au sein de cette constitution. Le débat politique de 2005 a tourné comme aujourd’hui sur des sujets annexes, telle que la directive Bolkestein et le « non » l’a logiquement emporté…
Aujourd’hui, l’Europe tourne toujours au ralenti et attend patiemment la décision irlandaise. Les décisions sont prises par le conseil européen, les petits intérêts étatistes passent avant l’intérêt commun. La commission ressemble de plus en plus à une chambre d’exécution bureaucratique. Barosso qui sait qu’il ne doit sa survie qu’au conseil européen, fait tout pour ne pas froisser l’intérêt des nations. Comme le disait Jean-Pierre Jouyet, ce n’est plus le président de la commission mais un « secrétaire du conseil européen ». Il est en partie responsable de cette désaffection européenne. Il n’a pas eu le courage d’imposer un plan de relance à la hauteur de celui des Etats-Unis. Face à la crise économique et face à la crise écologique, l’Europe peine encore à se rassembler.
L’UE s’empare de petits sujets liés à la consommation et délaisse peu à peu les grandes questions politiques. Les projets paneuropéens se raréfient, les réflexions autour de l’Europe Puissance ou sur celle de la Connaissance, ne font plus partis des chantiers prioritaires. Pour Sarkozy, Berlusconi ou bien d’autres chefs d’états, l’Europe n’est qu’un prétexte pour rayonner sur la scène internationale. Il n’existe plus ou alors très peu, d’homme d’Etats convaincus par la nécessité d’une Europe unie. La voix européenne s’est perdue sur le chemin de sa construction….
Alors à l’heure du choix, dimanche prochain, l’indécision prédomine. La campagne du PS et de l’UMP fut sans substance. C’est dommage que Barnier n’ait pas pu influé de façon plus importante sur son déroulement. Il fut l’un des rares à défendre une « Europe politique » et il fera sans nul doute, un bon député européen.
Il n’y a que deux partis qui ont véritablement débattu d’Europe. D’un coté Europe écologie, qui a sans doute réalisé la meilleure campagne de ces élections et puis de l’autre, le Modem, qui a le programme européen, le plus ambitieux. J’ai été sensible aux différentes propositions du Mouvement Démocrate et mon vote virera sans doute à l’orange, dimanche prochain. Un choix par défaut puisqu’il ne répond pas à toutes mes aspirations mais certainement le meilleur compromis possible…
A mon tour, je souhaiterai transmettre ce témoin, à d’autres acteurs de la blogosphère : H16, Criticus et le père Slovar.

01 juin 2009 






Info auteur
« [Barroso] n’a pas eu le courage d’imposer un plan de relance à la hauteur de celui des Etats-Unis. »
C’est justement ce que tu qualifies de « manque de courage » dont il faut lui savoir gré, ainsi qu’aux chefs d’État et de gouvernement européens, plus sages qu’Obama. Le seul plan de relance valable serait un plan de réduction de la fiscalité pour soulager les Européens.
Bayrou, un orange à la mécanique désormais connu. On drague tous azimuts histoire de décrocher 2012, l’odyssée de l’espèce… La sienne. J’ai pas un fol amour pour l’ancien bègue. C’est grave docteur ?
@ Criticus
Il faut relancer notre économie avant de penser à réduire notre déficit public (au passage et pour l’anecdote, Villepin avait réduit ce déficit à 36 milliards, il frôle aujourd’hui les 110 milliards).
Le salut passe par un vaste plan de relance dans l’investissement, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables. Je lisais ce week-end dans le magazine l’Européen, qu’un effort de 200 milliards d’euros à l’échelle européenne, nous permettrait de générer 1000 milliards de bénéfices. Qu’attend-on ?
@ B.mode
Ce n’est pas faux. Mais c’est J.F Kahn aux manettes de cette campagne européenne. J’ai confiance en son indépendance de ton et d’esprit.
@ Mancioday
Tu devrais lire Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, de Frédéric Bastiat. L’argent des plans de relance doit bien être pris quelque part et cet argent, soit dépensé, soit placé à la banque, aurait de toute façon servi à quelque chose. La seule justification de l’injection d’argent par les banques centrales et les États concerne les banques privées : si on ne les sauve pas, elles s’effondrent et la confiance sociale disparaît, apportant avec elle le chaos et la violence. Mais pour les entreprises, c’est un raisonnement absurde. Laissons les acteurs allouer librement leur argent, qui de toute façon fera tourner l’économie ! Au lieu d’engraisser les bureaucraties par la relance…
Ce qui est dommage dans ce scrutin, c’est que TOUS les partis et formations politiques auront défendu leur pré carré … français. L’Europe emm…. tout le mode avec ses slogans vides de sens et sans ambition. On continuera après le vote à pondre des règlements et circulaires rédigés par les lobbies installés au parlement et à la commission et nous continuerons à voir des hauts fonctionnaires nous expliquer comment vivre au quotidien. Il reste une semaine mais je ne sais toujours pas si je vais rejoindre le camp des pêcheurs à ligne puisque c’est comme ça qu’on appelle ceux qui ne se reconnaissent dans aucun programme !!!
Voici : http://criticusleblog.blogspot.com/2009/06/compagnon-de-route-du-liberalisme-2.html
Etonnant choix que celui de l’orange vu que la campagne des oranges fut essentiellement tricolore…
@ Criticus
C’est sûr que, à l’image de GM aux Etats-Unis, l’argent privé est toujours bien alloué. Ce qui est intéressant c’est que leur gros problème c’est de devoir financer les retraites de leur anciens employés, c’est un parfait exemple de l’impossibilité des agents économiques (même des grandes entreprises) à faire des choix sur des horizons trop long. GM n’a fait que répondre aux incitations de son environnement économique (pétrole pas cher, crédit facile,…) et aujourd’hui ils sont dans la tourmente.