Villepin, la France et l’Europe

Mercredi dernier avait lieu, le second colloque de Dominique de Villepin à l’Assemblée nationale autour du thème de  »la France et l’Europe« . Entouré de ses fidèles députés, l’ancien hôte de Matignon plaida pour une « refondation de l’Europe », fidèle aux principes des pères fondateurs et ambitieuse face aux nouveaux enjeux de la mondialisation.

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Prélude au colloque

Georges Tron fut le premier député à prendre la parole. Il posa le contexte en affirmant statistiques à la main que les français n’opposaient plus comme par le passé l’identité française à l’identité européenne. Il rappela notamment qu’aujourd’hui 80% d’entre eux sont favorables à la construction européenne et 55% souhaitent que l’Europe se dote d’un projet politique. Le chômage reste cependant la 1ere des préoccupations.

François Goulard puis Jean-Pierre Grand sont revenus sur le manque d’intérêt pour ces élections européennes perçu au sein de leurs circonscriptions. Le député de l’Hérault rajouta que la campagne « manquait de souffle » et qu’on la préparait comme des « cantonales ». Hervé Mariton a réclamé une « clarification de notre volonté européenne » et a insisté sur les divergences de points de vue, avec notre voisin d’outre Rhin. Guy Geoffroy a évoqué le Grand Paris, « espérance de tout un pays » et a défendu, une « Europe de l’intelligence, de la culture et du progrès ».

Les illusions européennes

Dominique de Villepin a commencé son discours en affirmant que l’Europe doit être dans les années qui viennent, « le plus grand chantier de la France ». L’ancien premier ministre est revenu sur les nombreuses illusions qui gravitent autour de la construction européenne. En premier lieu, croire que le Traité de Lisbonne suffira à doter l’Europe d’institutions solides, penser que la prospérité reviendra comme par le passé, imaginer que l’on peut gouverner l’UE avec pour seule arme, notre capacité d’initiative.

L’ancien secrétaire général de l’Elysée a  réclamé de la « lucidité » face à une « crise historique » sans précédent et qui doit selon lui, être appréhendée avec de « l’audace et de l’imagination ». Pour Dominique de Villepin, le problème de l’Europe est né au début des années 1990, le « rêve européen s’est heurté à la réalité ». Pour soutenir son propos, l’ancien hôte de Matignon a évoqué trois chocs majeurs : celui d’après 1989 et du retour à la mondialisation.  En effet, depuis la fin de la guerre froide, il note que  « l’Europe s’est avancée sans s’approfondir, à tel point qu’elle a oublié qui elle était ». Le second choc, c’est le réveil de la Russie, géopolitiquement très mal géré de la part de l’UE. Enfin, le troisième, nous le subissons tous les jours, il s’agit de la crise économique.

Etre de nouveau à la hauteur de l’Europe

Dominique de Villepin interroge son public : « Quand nous faisons le compte des conquêtes de l’Europe : l’individu, la démocratie, la paix, le commerce. Notre capacité à être en tête devrait-elle s’arrêter là ? »

Pour ce contemplateur de l’Histoire, l’Europe reste « une aventure sans précédent », « tout le génie européen, c’est d’avancer face à des principes contradictoires. L’Europe est un triangle des Bermudes où l’imaginaire devient possible » rajoutera t-il, un brin lyrique. Pour cet ancien premier ministre, l’Europe aura de toute évidence un rôle déterminant à jouer dans la stabilisation et la résolution des conflits mondiaux actuels, notamment en Afghanistan et en Iran.

 

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« la refondation de l’Europe »

Dominique de Villepin a plaidé pour une « refondation de l’Europe », être à la fois fidèle aux rêves des pères fondateurs et ambitieux face à la mondialisation.

L’importance de l’axe franco-allemand

Pour cela, Dominique de Villepin a insisté sur la nécessité de se constituer un modèle historique solide, et a insisté sur l’importance de la relation franco-allemande. Critiquant au passage la superficialité des rapports actuels entre nos deux pays, en affirmant qu’il ne « suffit pas de battre les estrades pour imprimer une dynamique franco-allemande ». L’ancien premier ministre a reconnu qu’il existait de profondes « divergences politiques et économiques » entre nos deux nations et qu’il fallait justement veiller à ce qu’elles ne s’accentuent pas avec la crise. Il a indiqué que dans de nombreux domaines, des partenariats pouvaient être accomplis (économie, énergie, harmonisation fiscale, éducation, innovation…) et a regretté les échecs récents sur le plan industriel (négociations entre Areva et Siemens)

Une réorganisation structurelle de l’Europe

Dominique de Villepin a plaidé pour le « gel de tout nouvel élargissement » de l’Union européenne. Il a rappelé que la « loi du nombre est une loi de division. C’est une loi qui fait le bénéfice du plus fort et le plus fort n’est pas en Europe, il est aux Etats-Unis. » Il faut consolider une « maison européenne » qui doit être « très structurée » pour prendre le leadership d’un « pole de puissance paneuropéen » qui comprendrait la Russie, les Balkans, l’Afrique. L’Europe est gérée par intermittence. Hors, selon lui, la « gestion par éclipses n’a jamais constitué un bon mode de fonctionnement ». Nous avons donc un « devoir d’incarnation de l’Europe à travers des hommes et des institutions » conclut-il.

Une Europe sociale et culturelle

Dominique de Villepin a réclamé la fin de politique libérale de la commission actuelle. Selon lui, « il faut renouveller les hommes, les rafraichir » à la tête de cette institution, une référence à peine voilée à José Manuel Barroso. L’Europe politique doit à nouveau se « conjuguer avec un certain modèle social, en termes d’emplois, de solidarité ». Les fonds structurels doivent servir des secteurs en difficulté comme ceux de la mettalurgie ou du textile. Le découpage de l’Europe en région ne suffit pas pour être attentive aux besoins de tous.  Dominique de Villepin est également intervenu pour la mise en commun de nos cultures et de nos histoires, il faut « conjuguer Dante, Molière et Goethe, créer de grandes université européennes..

L’Europe des grands projets

Selon Dominique de Villepin, il faut animer « les débats européens autrement qu’avec le vol de la palombe ou le vin rosé. Nous parlons de l’Europe par les petits sujets quotidiens dont elle ne devrait rien avoir à traiter et nous oublions  les grands enjeux où seule l’Europe peut faire la différence. » En matière de régulation énergétique, il a  notamment plaidé, pour un grand régulateur européen pour l’électricité et pour une grande centrale d’achat du gaz. Selon lui, l’Europe en « parlant d’une seule voix, pourrait inverser les rapports de force …»

l’Europe Puissance

L’ancien ministre des affaires étrangères a enfin évoqué la défense européenne qui représente selon lui, un enjeu essentiel pour obtenir une Europe véritablement indépendante. L’Europe doit peser  davantage sur le monde. Aujourd’hui, comme l’a reconnu Dominique de Villepin,  « l’architecture mondiale ne fonctionne pas » .  Une nouvelle gouvernance mondiale est en train d’apparaître. Nous voyons s’esquisser « le duopole EU/Chine », la place de l’Europe dans cette nouvelle donne mondiale se joue maintenant.

Dominique de Villepin a terminé son allocution en affirmant, qu’il serait « fidèle à sa famille politique, gaulliste au sein de l’UMP », comme pour mieux rappeler que ce parti n’appartient pas seulement à Nicolas Sarkozy. Dans ce parti-Etat où règne désormais le culte du chef et dans lequel le népotisme s’est peu à peu imposé comme un plan de carrière, l’ancien 1er ministre n’est pas décidé à fuir ses responsabilités…

La reconquête sera âpre et difficile mais après tout, quoi de plus légitime. Le fondateur de l’UMP n’était-il pas, Jacques Chirac ? Au sein de celle salle Victor Hugo où il se sent désormais si bien, Dominique de Villepin s’est rappelé au bon souvenir du grand poète de Jersey et a fait sienne cette magnifique phrase de l’Ultima Verba : « Je resterai proscrit, voulant rester debout…s’il n’en reste qu’un, je serais celui là…»

 

Le colloque en vidéos : (Merci à Halte au complot)

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6 Commentaires sur “Villepin, la France et l’Europe”

  1. ‘Spérons que ton vil Pain n’ait pas la triste destinée d’un général Boulanger ! ;)

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  2. Pour un Villepin, un Goulard, un Mariton, un Tron debouts, combien se sont couchés?

    Pour l’Europe, l’UMP préfère tout de même mettre en scène (estrades) une Dati qu’un Toubon ou un Lamassoure qui ont, de l’avis unanime, été de très efficients parlementaires européens…

    L’égocratie actuelle est en train de tout miner! La résistance doit s’organiser!

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  3. [...] prestigieuse et mondaine, savamment programmée pour éblouir le petit peuple juste avant les Européennes, risque bien de se transformer en épiphénomène pour plumitifs en quête de sensations [...]

  4. Dans une émission de France-Inter, Madame Eva Joly avait disqualifié Dominique en parlant de son activité de Lobbyiste en faveur de la Bulgarie dont on connait les pratiques mafieuses au plus haut niveau, pays sévèrement tancé par les autres pays européens. En a t-il parlé pendant son colloque ? BiBi sera attentif à votre réponse… A bibientôt.

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  5. Bibi a déjà abordé la question en ces lieux et je lui ai déjà répondu. Dominique de Villepin s’est rendu en Bulgarie pour diriger une expertise sur l’intégration de ce pays à l’UE. Il a travaillé avec 5 autres experts européens sur cette question et sur les moyens de lutte contre la corruption. Au sein de cette commission, il y avait d’anciens membres de la cour des comptes européennes et Joseph Pique, l’ancien commissaire européen à la Justice.

    Il n’y a aucune manœuvre de lobbying derrière tout cela. Il a seulement participé à la rédaction d’un rapport.

    Je sais bien que Bibi aime les potins mais il serait bon qu’il ne répande pas ce genre de calomnies indéfiniment.

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  6. [...] de P.Séguin mais il porte en lui le même idéal de « justice sociale ». Il plaide pour une « Europe Puissance » qui soit moins libérale, fidèle aux rêves des pères fondateurs et ambitieuse face aux nouveaux enjeux de la [...]

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