Le régime iranien à l’épreuve.
Un vent de révolte souffle depuis une semaine sur le pays des Mollahs. En trente années de régime, jamais le pouvoir islamique n’a autant vacillé. Isolé sur la scène internationale, l’Iran est dans une situation d’appauvrissement de plus en plus alarmante. La vague verte qui secoue l’Iran n’est en fait que l’aboutissement logique d’une théocratie à bout de souffle…
Désagrégation d’un régime
La république islamique tremble un peu plus de jour en jour. Les villes de province telles que Machhad, Ispahan ou Shiraz se sont jointes au mouvement de protestation, désormais la révolte ne se limite plus à la seule Téhéran.
Les divisions entre les hauts dignitaires du régime sont de plus en plus perceptibles. Le premier d’entre eux, le guide suprême Ali Khamenei, en est un exemple probant. L’ayatollah a toujours soutenu les candidats conservateurs depuis le début des années 2000. Aujourd’hui il ne s’est pas seulement contenté de sortir de son rang d’observateur, il a directement choisi et fait élire Mahmoud Ahmadinejad. Le peuple iranien attend naturellement de Khamenei qu’il rompe avec cette stratégie autiste. Mais hier dans sa grande prière à Téhéran, il a au contraire conforté cette position obscurantiste en condamnant les fidèles qui participeraient à la manifestation de samedi. Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003 avertit aujourd’hui dans Le Monde du risque de « guerre civile » si le régime persiste à refuser un nouveau scrutin…
La révolution n’est pourtant pas pour demain, car Mir Hossein Moussavi est un bien paradoxal parangon de la démocratie. Leader malgré lui d’une révolte qui le dépasse, il tente bien de renverser Ahmadinejad, mais en prenant soin de ne pas ébranler la république islamiste. Un pari risqué et dans lequel il ne maîtrise pas tous les paramètres.
En effet, l’opposition iranienne n’a trouvé en Moussavi qu’un héraut d’arme par défaut, et les revendications dépassent désormais le cadre de la fraude électorale. Pour cette population jeune (2 tiers de la population a moins de 30 ans), la révolution de 1979 remonte à des temps immémoriaux: ils sont aujourd’hui prêts à lutter au nom de la liberté contre l’appareil étatique et à mettre en jeu l’avenir de la république islamique.
A l’Ouest, rien de nouveau…
Les Etats-Unis ont bien compris l’ampleur du mouvement, et Barack Obama se garde d’ailleurs bien d’intervenir. La diplomatie américaine a intelligemment adopté une position plutôt attentiste et en retrait, ceci afin de ne pas donner d’arguments supplémentaires à Ahmadinejad pour discréditer Mir Hossein Moussavi – qu’il serait néanmoins difficile de taxer d’homme à la solde des Etats-Unis étant donné sa participation à la révolution de 1979.
C’est d’ailleurs un cadeau qu’Obama lui fait en affirmant qu’entre lui et Ahmadinejad, la différence « n’était peut être pas aussi grande qu’on l’a présentée. Quelque soit le résultat, nous allons devoir composer avec un régime historiquement hostile aux Etats-Unis ». Moussavi est certes un conservateur chevronné mais il a le mérite d’avoir conscience de la situation précaire de l’économie iranienne. Rappelons que le déficit budgétaire iranien a doublé en l’espace d’un an, que l’inflation bat chaque jour de nouveaux records et que l’Iran a un besoin vital d’investissement étrangers dans les domaines gazier et pétrolier, qu’elle ne peut recevoir depuis les sanctions infligées par l’ONU. L’Iran doit donc rompre avec son « splendide isolement« , d’autant que ses alliés actuels (Chine, Russie, Venezuela, Corée du Nord…) sont des compagnons idéologiques plus que de véritables partenaires économiques. A l’écouter, il est fort probable que Moussavi soit disposé à ouvrir le pays à l’Ouest et à rouvrir les négociations sur la question du nucléaire iranien.
Comme je l’avais décrit dans mon précédent article, il est important de noter qu’Obama a complètement décontenancé la nomenklatura islamique en refusant le bras de fer idéologique Orient/Occident et en se montrant ouvert au dialogue. Pour le président américain, le partenariat « avec le monde musulman est crucial », notamment pour stabiliser le Proche-Orient et ses différents foyers de conflits (Afghanistan, Irak..). L’abandon de sa politique d’ouverture serait de plus pour le Président américain un terrible désaveu sur la scène internationale. Le gouvernement américain reste pourtant sceptique sur la chute espérée du régime iranien, et c’est pourquoi ils ne soutiennent pas explicitement les manifestants. Barack Obama sait de toute façon qu’en cas d’échec des négociations, la situation permettra au moins de fédérer une large coalition capable d’appuyer les intérêts américains, notamment concernant le nucléaire.
Dans un pays en plein chaos et malgré le mutisme américain, il est également intéressant de constater qu’Ali Khamenei ou Ahmadinejad en reviennent toujours dans leurs discours aux États-Unis, soit pour accuser les manifestants de jouer le jeu des Américains, soit pour attiser le nationalisme et fédérer leurs troupes. Les États-Unis sont devenu au fil des ans le véritable barycentre de la politique intérieure et extérieure de l’Iran, à se demander si le dossier nucléaire n’était pas qu’un prétexte invoqué par Téhéran pour entretenir ce perpétuel rapport de force. On pourrait aussi légitimement réfléchir sur la raison de la fraude étant donné qu’Ahmadinejad aurait vraisemblablement gagné ces élections de toute façon. Si le but était de remporter une victoire écrasante pour légitimer l’assise du régime actuel en battant le record de 1997 du président réformateur Kathami, cette stratégie s’est transformée en authentique fiasco…
Le conseil des gardiens doit désormais se prononcer ce week-end sur les différentes contestations liées au scrutin – 646 irrégularités auraient été recensées. Un nouveau décompte des voix pourrait avoir lieu, une opération difficile étant donné que des disparitions d’urnes ont été constatées.
Discours de l’ayatollah Ali Khamenei, vendredi :

20 juin 2009 







Info auteur
très bon article comme tous ceux de ce blog passionnant
pour en revenir a ce sujet oh combien important, il serait peut être bon d entendre une position commune européenne et Onusienne..
ce climat de tension fragilise encore un peu plus cette région qui n en avait pas besoin..(encore un attentat meurtrier en Iraq..)
Non, je pense que l’Europe ferait mieux de la mettre en sourdine, comme les Américains. Je n’ai jamais été un obamaniaque, mais je suis bluffé par l’intelligence du président américain depuis le début de la crise.
C’est sans doute le premier dirigeant d’un grand pays occidental à avoir compris que le soutien ouvert des puissances impérialistes dans la région était le pire service à rendre aux démocrates, qui seraient ainsi accusés d’être à la solde de l’étranger.
Par ailleurs, il ne faut pas surestimer ce qui se passe en Iran. Ce que demandent les manifestants, c’est plus de transparence et d’ouverture de la part régime (qui est déjà l’un des moins antidémocratique de la région, si l’on exclut la Turquie), mais pas son renversement.
C’est ce qui rend ce qui se passe en Iran si fascinant : l’évolution progressive et endogène vers un régimes plus démocratique. Phénomène sans précédent depuis 60 ans dans la région.
@ Fab
Merci
Je suis assez d’accord avec Etiam, il ne faut absolument pas donner des arguments supplémentaires à Khamenei pour durcir la répression contre les manifestants. On a bien vu ces derniers jours que le régime essayait à tout prix de faire croire à une instrumentalisation occidentale. Seul l’ONU peut être en mesure d’intervenir et encore, en dernier recours.
@ Etiam
Je suis assez d’accord avec toi, il est vraiment très bon sur le plan diplomatique. Sarkozy qui veut essayer de le faire passer pour un « naïf » ferait bien d’en prendre de la graine. En durcissant la position de la France, il fragilise la position américaine, ce n’est pas très judicieux..
Concernant les revendications des manifestants, je pense qu’elles vont être de plus en plus revendicatives vu la position autiste qu’a adoptée Khamenei. Pour la première fois samedi, Moussavi a durci le ton et a remis en cause le guide suprême. En plus de cela, la plupart des membres du haut clergé ont choisi de ne pas apporter leur soutien à Ahmadinejad, c’est quand même révélateur d’un certain malaise. On assistera sans doute pas à une nouvelle révolution mais peut être à un changement de dirigeants à la tête du pays. Khamenei a très mal géré la situation, il est désormais pris à parti par la population. Plus rien ne sera jamais plus comme avant…
[...] en avions parlé sur ce blog, Barack Obama ne veut pas donner d’arguments supplémentaires au régime islamique qui ne cesse [...]
[...] » rajoute Armin Arefi. Ils ne réclament plus seulement de nouvelles élections mais la chute du Guide suprême qui a soutenu Ahmadinejad depuis le début et qui a cautionné la répression violente des forces de [...]