Remaniement : l’ouverture au Sarkozysme
On attendait un remaniement « a minima » mais Nicolas Sarkozy a choisi de renouveler en profondeur son équipe gouvernementale. La « stabilité » invoquée par François Fillion a volé en éclats, huit nouvelles personnalités entrent au gouvernement et huit en sortent…
La fin de l’ouverture :
La première leçon à tirer de ce remaniement, c’est le changement de cap opté par Nicolas Sarkozy. L’ouverture n’est plus aussi significative que par le passé, seul le centriste Michel Mercier, en froid avec François Bayrou, obtient un poste de ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du Territoire. Après on pourrait bien sûr citer l’arrivée de Frédéric Mitterrand au poste de la Ministre de la Culture ; mais pour reprendre les termes de François Hollande, il s’agit plus d’une « capture patronymique » que d’une véritable prise de guerre. Les médias en ont fait leurs choux gras mais il ne faut pas oublier que le neveu de François Mitterrand a une position ouvertement à droite depuis 1995.
En fin de compte, Nicolas Sarkozy a surtout choisi de resserrer son équipe autour de quelques grognards historiques de la Sarkozie. Estrosi et Lellouche font ainsi leur rentrée au sein du gouvernement. Hortefeux obtient même le ministère dont il rêve depuis des années, l’Intérieur. Nadine Morano est quant à elle confirmée et récupère la Solidarité en plus de son ministère de la Famille.
Parmi les grands gagnants de ce gouvernement Fillon IV, on compte Michelle Alliot Marie qui, en refusant ostensiblement de travailler avec Christian Estrosi, s’est vue offrir un autre ministère, celui de la Justice. La garde des sceaux devient même ministre d’Etat et donc plus que jamais numéro 3 de ce gouvernement. Il sera intéressant d’analyser la relation qu’elle entretiendra avec Patrick Ouart, l’omnipotent conseiller à la Justice de Nicolas Sarkozy.
Xavier Darcos, un temps pressenti pour ce poste, hérite des Affaires Sociales, un poste que Brice Hortefeux n’aura tenu que 6 mois. Après avoir été durement éprouvé par la réforme du Lycée, Xavier Darcos va devoir affronter un autre défi de taille: la réforme des retraites. Mais s’il parvenait à bien négocier ce dossier complexe, il aurait alors une voie royale pour Matignon en 2010.
Bruno Lemaire, qui effectuait jusqu’alors un formidable travail aux Affaires Européennes, est promu au poste de ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche. Certes ces questions sont désormais éminemment européennes mais on regrettera ce départ anticipé, surtout lorsque l’on sait que son remplaçant se nomme Pierre Lellouche, un homme pas vraiment réputé pour son ouverture d’esprit (revoir cette vidéo au passage pour se faire un avis). Atlantiste forcené, européen de compromis, sa nomination à ce poste est profondément révélatrice de la conception sarkozyste de l’Europe. Un véritable désastre…
Luc Chatel obtient le ministère de l’éducation tout en gardant son poste de porte parole du gouvernement, belle promotion. Ce sarkozyste devra porter la suppression de 16 000 postes à l’Education Nationale, vaste chantier…
Les grands perdants :
Au rayon des sortants, peu de surprises, si ce n’est le départ anticipé de Christine Boutin. En disgrâce depuis quelques temps déjà, elle a payé ses altercations répétées avec les associations de droit au logement. Durant un temps la perspective d’un secrétariat d’Etat aux Prisons avait été invoquée mais cette hypothèse n’a pas été retenue. Elle espérait pouvoir rebondir à la tête du conseil général des Yvelines en remplaçant Pierre Bédier mais l’affaire semble très mal engagée…
Karoutchi, vieil ami du président, n’échappe pas quant à lui à l’échec retentissant de la loi Hadopi et de celle sur le travail dominical. Il sera remplacé par Henri de Raincourt qui a l’avantage d’entretenir de bonnes relations avec Jean-François Copé et d’être président du groupe UMP au Sénat.
Yves Jégo pâti quand à lui d’avoir été lucide trop tôt. Il se plaint aujourd’hui sur son blog de l’influence des Békés. Christine Albanel est un peu dans la même situation et subit le contrepoids de deux réformes controversées (celle de l’Audiovisuel et d’Hadopi) qu’on lui a imposé… Bernard Laporte la prend et ce n’est pas un mal tant il semble n’avoir jamais pris la mesure de son secrétariat d’Etat. Le plus étonnant, c’est sans doute la sortie prématurée d’André Santini, probablement dû à sa mise en examen pour « détournement de fonds publics » dans le dossier concernant la fondation Hamon. Pour l’anecdote, cela remet également en question l’avenir du très distingué Frédéric Lefebvre, qui avait récupéré le fauteuil de député des Hauts de Seine. Rama Yade conserve une place au sein de son gouvernement grâce à sa très belle côte de popularité mais se voit affubler d’un secrétariat d’Etat aux Sports. Son secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme est quant à lui tout simplement supprimé, on ne pouvait pas trouver de plus terrible désaveu. L’heure est plus que jamais à la « Realpolitik »…
Pour conclure, nous pouvons dire que ce grand chambardement gouvernemental peut paraitre étonnant en période de crise. Même si le pôle financier de Bercy reste inchangé (Lagarde-Woerth-Wauquiez-Devedjan), le pôle social est quant à lui intégralement renouvelé.
Nicolas Sarkozy tire lui même l’échec de sa politique d’ouverture. Soit des personnalités de gauche comme Eric Besson se sont intégrées, mais en devenant plus sarkozyste que le roi, soit elles ont lamentablement échoué. On ne peut pas bâtir une équipe gouvernementale en utilisant ce genre de petites stratégies partisanes. Il faut de la hauteur, une capacité d’anticipation et la volonté de faire primer les compétences plutôt que les noms prestigieux. Pour reprendre la célèbre formule de Devedjian, l’ouverture s’est faite au sarkozysme. Le chef de l’Etat a voulu s’entourer de personnes de confiance pour renouer avec le rythme des réformes, ceci afin de remporter les élections régionales de 2010. L’arrivée d’Estrosi et de Lellouche promet un durcissement politique à droite. Avec Hortefeux à l’Intérieur pour parachever l’opération, décidément on n’a pas fini de parler d’insécurité…
Proclamation du nouveau gouvernement par le sémillant Claude Guéant :

24 juin 2009 







Info auteur
C’est 16 000 postes de supprimés uniquement dans l’Education Nationale, pas dans la fonction publique… Belle analyse sinon
Frédéric Lefebvre, il est très distingué ^_____^ (vive les références communes ^^)
Bon billet, qui consacre le sarkozysme réel de ce gouvernement. Ben on va voir ce que ça donne…
Boutin n’est plus ministre ?
Et en plus on réfléchit encore sur le WEB…quelle honte !
@ B.mode
Merci amigo, c’est corrigé. Dans la fonction publique, 33 000 postes. Je sais pas comment on peut mettre en place une politique colbertiste tout en supprimant autant d’agents de l’Etat. Il y a comme un paradoxe…
@ Falcon
Je ne te cache pas que je suis très circonspect. L’arrivée de Lellouche pour moi, c’est vraiment la goutte de trop.
@ Des pas perdus
Non, viré « manu militari » . Elle va peut être se rabattre sur la présidence du conseil général des Yvelines, c’est assez incertain pour l’instant. Si son parcours t’intéresse, voici un article satirique que j’avais rédigé sur elle, sur Ruminances. A l’époque (En novembre), ça sentait déjà le roussi pour elle…
@ Peuples
Comment ça ?