Brèves éco : pourquoi l’emprunt d’Etat ?
L’Etat français emprunte régulièrement sur les marchés les fonds nécessaires au bouclage du budget. Chaque année l’Agence France Trésor émet sur le marché obligataire une somme totale équivalente au déficit public (service de la dette incluse) majoré de l’amortissement de la dette passée. Les sommes en jeu sont substantielles mais elles sont généralement facilement absorbées par les banques et les investisseurs institutionnels. Au regard des taux obligataires, les conditions d’emprunt restent actuellement très favorables. Faire appel à l’épargne des ménages français n’est donc clairement pas une urgence.
Par ailleurs, pour attirer l’investisseur particulier, les rendements proposés devront être autrement attractifs que 2 à 3% par an. Pour remédier à ce problème, des déductions d’impôts pourront être incluses, le taux d’intérêt sera peut-être indexé sur l’inflation, à un niveau probablement supérieur aux taux du marché. Enfin, l’opération ne pourra pas être réalisée sans l’utilisation des réseaux bancaires, à raison d’une commission d’intermédiaire. La note finale pourrait donc s’avérer salée pour l’Etat.
C’est que l’intérêt est avant tout politique. L’objectif du pouvoir en place est de séparer ce qui relève des dépenses d’investissements des dépenses générales de l’Etat. Remarquons que les ressources financières de l’Etat sont par principe indivisibles et servent à financer l’ensemble des dépenses publiques.
Mais supposons que la distinction soit effective : l’exigence symbolique serait donc que le citoyen français s’investisse dans l’avenir de son pays. Par le biais de l’achat d’une ou plusieurs obligations souveraines, nous serions alors tous contributeurs de l’effort de relance (bien que des dépenses de long terme – éducation, recherche… – soient visées). Le succès d’un tel emprunt (possible au prix d’avantages fiscaux) serait une preuve pour le gouvernement actuel du plébiscite de sa politique économique.
Pour parler cru, l’idée d’un grand emprunt national est, au mieux, inutile et coûteuse, au pire, malsaine, dans la mesure où les conditions de réalisation pourraient induire l’émergence d’une nouvelle niche fiscale accessible seulement aux acheteurs…

02 juil 2009 







Info auteur
Tout est dit.
On est dans le même type d’emprunt que celui lancé par EDF un emprunt relations publiques. Dans les deux cas, il n’existe aucun problème de financement sur les marchés, mais on essaie de se créer une image d’entreprise/ Etat ami(e) des épargnants en offrant des rentes de bon père de famille.
Espérons que l’opération de communication sera plus indolore pour les finances publiques que l’emprunt Pinay ou l’emprunt Giscard?
C’est exactement ce que j’en ai pensé quand j’ai entendu cette nouvelle et ca été confirmé par ce que j’ai entendu dans divers autres émissions débattant dessus :
Seul ceux qui ont de l’argent vont pouvoir prêter à l’état mais ce sont tous les contribuables qui vont rembourser les intérêts, donc même ceux qui ont pas d’argent –> la classe moyenne va payer pour que la classe supérieure s’enrichisse encore -_- »
Bon article mais j’ai pas compris l’argument sur la « niche fiscale accessible seulement aux acheteurs »
L’appel au « bon cœur » des citoyens n’a de toute façon aucun sens tant que les dépenses publiques continuent à être aussi somptuaires…
Quid du véritable rendement pour l’investisseur..
Bien vu seb ! Dans le Canard de mercredi, Sarko dit en substance que le peuple vote pour celui qui a levé l’emprunt. CQFD
Bonjour. L’exercice qui consiste à parler sans cesse de « la crise » avait ses limites : car même les plus abrutis vont bien finir par désaouler et se demander comment se fait-ce que malgré « la crise », la France-d’en-haut ne change rien à ses privilèges, bien au contraire. Mais avec l’emprunt, c’est une belle tranche de vie qui s’offre en perspective, et un nouvel exercice de lêchage de bottes pour les journaleux : ils vont maintenant pouvoir tartiner du papier ad nauseam sur le thème de « l’après-crise ». Etc., etc.
Je ne vois pas trop ce qui vous choque,moi même je pourrais être intéressé si le rendement était avantageux..
Déjà merci à tous pour vos commentaires!
Pour le reste:
@ Vadek
Les acheteurs des titres d’État seront certainement des ménages qui disposent des fonds nécessaires, ce qui en exclue un certain de catégories. Ces acheteurs bénéficieront sans doute d’avantages fiscaux de type exonération des intérêts ou autres, créant de fait une nouvelle niche fiscale. Je pense tout de même pas (en tout cas je l’espère pas) que ce soit le but de l’opération, mais c’est un effet très probable. Précisons que généralement les dépenses publiques vont au bénéfice des ménages les plus nécessiteux. Au final l’effet redistributif est ambigu. Cependant dans le cas présent, on parle de dépenses dans l’éducation ou dans la recherche qui bénéficieront à tout le monde…
@ le fab
i) Quel sera le rendement? On peut supposer qu’il sera indexé sur le taux de marché avec une surcote probable, assorti d’avantages fiscaux. Le chiffre qui circule est 4%.
ii) Rien n’est choquant dans l’emprunt d’Etat, c’est juste inutile d’un point de vue économique.
@ Luc Nemeth
De toute manière, si la crise au sens strict est finie (ce qui est probable mais pas encore assuré), la reprise de l’emploi n’est pas pour maintenant, donc ce sera difficile de parler d’après crise.
même si la crise (au sens strict) est finie le CAC 40 n’est plus ce qu’il était, de loin s’en faut. Les petits actionnaires, que la droite avait fini par considérer comme ses électeurs « naturels », y ont laissé -au moins virtuellement- quelques plumes. Lancer un emprunt, même si la nécesssité immédiate n’en apparaît pas évidente, est aussi le moyen de s’afficher du côté de cette catégorie de citoyens.
[...] de cet emprunt et Seb_ avait d’ailleurs exposé clairement les limites de cette initiative ici-même, le chef de l’Etat a souhaité en fin stratège, s’entourer de personnalités politiques [...]
Il est amusant que cet emprunt est annoncé lors du centième anniversaire de l’Emprunt russe de sinistre mémoire…
L’histoire est un éternel recommencement !
… oui ! et derrière la modernité affichée on tente ici de rejouer Guizot, et le « enrichissez-vous ».
L’Emprunt d’Etat c’est une solution vieille comme le monde. Pour l’anecdote, regardez cette séquence vidéo issu du film François Ier (de 1936) où Fernandel explique déjà le concept :
http://dailymotion.virgilio.it/video/x9ptly_lemprunt-detat-par-fernandel_news?from=rss
[...] que nous en ferons pour préparer l’avenir ». Alors que comme nous l’avions préalablement évoqué, l’appel à l’épargne des particuliers pourrait se révéler coûteux, inutile et pourrait [...]