Non, tu n’as pas changé…

Evénement dans le Nouvel Obs, Nicolas Sarkozy avoue avoir commis des erreurs. Mais sous le couvert de bonnes intentions et de déclarations de façade, rien ne change ou presque. De cette interview controversée, on retiendra donc, sur un air d’Iglesias, que non malheureusement, lui non plus, il n’a pas changé…

Sarkozy Versailles

Un monarque, conteur de ses propres exploits :

A travers cette interview, on retrouve l’obsession permanente de Nicolas Sarkozy,  celle de vouloir marquer l’Histoire, d’être l’hagiographe de son propre règne. Durant l’interview, il affirme pourtant le contraire : « Je ne me regarde pas agir. J’agis. Je ne suis pas narcissique, je ne vais pas commenter ma propre action ». Mais la réalité est  tout autre. L’omniprésident n’est jamais à court de superlatifs et de références au passé pour inscrire son action dans une perspective historique, voire messianique.

C’est tellement prégnant dans cet entretien que ça vire parfois au comique. On a parfois l’impression de lire  Le Roi se meurt, fabuleuse pièce de Ionesco dans laquelle un monarque souhaite à tout prix vaincre la mort en altérant l’Histoire, accédant à l’immortalité par la postérité. Pour vous en convaincre, voici quelques phrases relevées dans cette interview :

- « La France a été le premier pays à réagir (à la crise). En Septembre 2008, j’appelle devant les Etats-Unis à un nouveau Bretton-Woods »

- « Regardez les régimes spéciaux, personne n’y était parvenu, c’est fait […] Aucun gouvernement n’avait réussi à réformer les universités depuis 1968. La réforme des Hôpitaux. C’est fait. »

- « J’ai supprimé la double peine. Ce n’est tout de même pas rien [… ] La suppression de la publicité… c’est une grande réforme de société […] L’exception d’inconstitutionnalité, c’est un progrès capital. »

- « Pour les réformes de société, nous irons plus loin, il faut mettre en place l’Habeas Corpus à la française. Ce sera une révolution. »

- « Le plan vert français est le plus ambitieux au monde…la France a montré le chemin en Europe

Nicolas Sarkozy est en réalité peu différent de bon nombre de monarques qui ont voulu réécrire l’Histoire de leur vivant. Par son comportement, il se rapproche ainsi d’Auguste, premier Empereur de Rome et artisan convaincu d’un travail de propagande sans précédent. Le descendant de César engagea dans ce but des plumes magnifiques telles que celles de Tacite, Tite-Live ou Virgile pour magnifier son règne dans la gloire d’une continuité historique et mythique. L’objectif étant de donner à la réalité monarchique du régime une façade républicaine. Alors même que l’on enterrait le régime républicain, la propagande augustéenne parlait quant à elle d’une restauration de cette même République.

Aujourd’hui, Sylvie Pierre-Brossolette, Alain Minc et autres Jean-Pierre Elkabbach se chargent de cette basse besogne, avec certes moins de talent mais avec  une efficacité qui reste  toujours aussi redoutable…

La tribune du prince

En guise de prolégomène, la rédac du Nouvel Obs nous informe : « Un entretien, c’est aussi une tribune ». Pourtant à la première lecture de l’interview, on peut logiquement penser que les questions posées par les patrons du Nouvel Obs(Denis Olivennes et Michel Labro), journal de gauche s’il en est, ne manquent pas de mordant. La controverse autour de cette interview parait disproportionnée. C’est tout le machiavélisme du procédé.

En effet, au fil de la lecture, on se rend compte que chacune des réponses du chef de l’Etat est parfaitement calibrée. Son sens de la répartie laisse sans voix. Ce n’est plus l’avocat Sarkozy, c’est Cicéron réincarné. A aucun moment, Nicolas Sarkozy ne se laisse déborder, le ton est juste, le discours est riche et agrémenté d’exemples, les références historiques se multiplient.

A chaque fois qu’on l’attaque sur un sujet, il fouille avec une efficacité implacable dans les cinquante années de la Vème république, pour fournir LA situation analogue qui montre qu’il ne diffère en rien de ses prédécesseurs. Pour se défendre de son coté « bling-bling », il ose même invoquer De Gaulle et ses réceptions à l’Hôtel de la Pérouse.

En réalité – et ça saute aux yeux après plusieurs lectures, Nicolas Sarkozy connaissait  les questions à l’avance. La rédaction du Nouvel Obs a d’ailleurs rapidement perçu le subterfuge et a regretté de ne pas avoir été associée à cet entretien. Le manque de répartie et de réactivité des journalistes sur certains points sensibles laissent en effet songeur.

Toutes les critiques les plus régulièrement formulées ont été avancées au Chef de l’Etat, qui a su y répondre en toute quiétude, sans qu’à aucun moment Denis Olivennes et Michel Labro ne rebondissent ou n’alimentent le débat. Histoire de lui faciliter encore la tâche, les deux patrons de l’Obs se permettent  des questions aussi pleines de naïveté que celle-ci : « Quand vous avez été élu, vos perspectives, c’était la croissance, réduire le chômage, les déficits et les dettes, accroitre le pouvoir d’achat , ce n’est pas le cas ?». C’est un véritable boulevard pour Nicolas Sarkozy, qui évoque bien évidemment  une « crise » qui « n’a pas de précédent depuis quatre-vingt ans ». Logique…

En une seule interview à un journal de gauche, Nicolas Sarkozy a banalisé toutes les critiques qui lui ont été adressées depuis deux ans. C’est une opération de comm’ sans précédent. Ce gigantesque simulacre d’entretien a bien évidemment été préparé en catimini par le cabinet présidentiel. Olivennes l’avoue lui-même, cette interview a été retravaillée et « coupée de moitié ». Rappelons au passage que Denis Olivennes est un ami proche de Carla Bruni. Il a participé en mai dernier à la réunion du cercle Bilderberg en compagnie d’Alexandre Bompard (PDG d’Europe 1), de Nicolas Baverez (conseiller présidentiel) et de Xavier Bertrand. De quoi avoir foi dans le libéralisme, qui génère d’aussi solides amitiés.

Rien ne change…

C’est actuellement une constante chez les hebdomadaires de droite: l’opération de communication du moment, c’est de convaincre du changement de Nicolas Sarkozy. Le Point , l’Express se succèdent et renchérissent pour décrire « la mue présidentielle », la « révolution culturelle » de notre chef d’Etat. Sur le modèle du «I screwed up» d’Obama, Nicolas Sarkozy veut montrer qu’il a conscience de ses erreurs en faisant le deuil de la « période bling-bling », qui l’avait coupé de son électorat populaire.

Notre guide suprême se met donc à regretter l’humiliation qu’il a fait subir à Laurent Joffrin, le « casse-toi pauvre con » du Salon de l’Agriculture et même la soirée au Fouquet’s après l’élection présidentielle. Ne soyons pas dupes, il ne s’agit que d’un vaste miroir aux alouettes, Nicolas Sarkozy s’excuse pour ce qui apparaît comme des peccadilles mises sur le compte du temps d’adaptation. Mais les problèmes de fond demeurent.

Quand on évoque Clearstream, le miroir se craquelle: « J’ai le droit de savoir et le devoir d’agir ». Alors que seul son patronyme figurait sur les listings et qu’il n’a jamais été prouvé qu’il soit directement impliqué… Quand à « l’indépendance notoire des juges », on peut fortement en douter. Rappelons que Nicolas Sarkozy a prolongé le juge Henri Pons dans ses fonctions au pôle financier de Paris.

Passé du Jacobisme au Colbertisme, Nicolas Sarkozy veut également nous faire croire que, dans sa critique du modèle social français, il « ne visait que l’assistanat ». Mais lorsqu’en parallèle il supprime 43 000 emplois dans l’Education Nationale et qu’il refuse une nouvelle fois de supprimer le bouclier fiscal, on saisit l’ampleur du décalage entres les effets d’annonce et la réalité de son action politique.

« Cela, un grand homme ? Je n’aperçois en lui que le comédien de son propre idéal…» Nietzsche

Article relayé par :

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16 Commentaires sur “Non, tu n’as pas changé…”

  1. Je suis admiratif devant cette critique de l’entretien! En particulier le paragraphe « La tribune du prince », démontre l’absence de spontanéité de cette interview, sa minutieuse préparation… On voit le mécanisme, on peut même en imaginer les pièces masquées. Alors chapeau!

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  2. Le narcissisme est son moteur, l’opportunisme sa feuille de route…

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  3. C’est vraiment une belle analyse critique de la communication présidentielle, je plussoie au commentaire du coucou ! bravo

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  4. secte, drugs and pas franchement rock’n'roll tout ça, des journaleux se faisant les baveux de ce nouveau chantre mou de la sociale démocratie, on sert la soupe, on va à la gamelle et si on force un peu, on peut même les faire manger dans sa main…

    le roitelet manipule à volonté et le pire c’est que ça marche vu que son registre naturel est la traitrise, la manipulation et le culte de sa personnalité.

    la repentance j’y crois pas, faute avouée à demi pardonnée encore moins, finalement on est plus dans le « tendre l’autre joug » pour mieux se faire assujettir, le french carcan de sarko quoi !!!

    david, en te lisant je te pardonne d’avoir un après midi ,dans un moment d’égarement, osé me caresser le dos, mais bon la prochaine fois je t’en colle une :)

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  5. tu nous caches des choses David ? (cf. le commentaire de clarky)

    blague à part, très bon article mancioday…

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  6. Tout un journal pris en otage et pas un seul de ses confrères pour réagir véritablement.
    Banalité des manipulations…
    :-) )

    [Belle analyse !]

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  7. @ Merci à tous pour vos commentaires.

    Je parcourais une nouvelle fois l’ITW du Nouvel Obs ce matin, il cite quand même 8 fois Mitterrand, 5 fois De Gaulle, pour montrer quand ça l’arrange, qu’il ne diffère en rien de ces prédécesseurs. Puis deux questions plus tard, il reprend sa dogmatique position de « rupture » avec ce qui a été accompli par le passé. Un sacré numéro d’équilibriste, quand on y repense.

    @ Clarky et Conus

    C’est pas de ma faute, si tu as un dos envoutant, Clarky ;)

    La dernière fois qu’il m’a vu, j’étais dans un état d’ébriété paroxystique. Depuis, je suis comme Sarko, j’ai changé, je suis un ascète ;)

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  8. [...] aussi incompétent. Rappelez-vous donc mais n’attendez rien des “journalistes” ! aussi serviles aujourd’hui qu’à [...]

  9. ascète et match de folie aussi, droit comme un pic au milieu de l’arène, grand moment david, et cette volonté à peine dissimulée de vouloir te néguer dans le vieux port, remarque j »étais pas loin de vouloir en faire autant au sortir de ce tripot à rhum, et mine de rien je t’ai sauvé la vie sinon tu te mangeais le rideau de fer de la rhumerie pourrave…

    sarko a changé…de femme ouais, parce qu’autrement c’est toujours le même bonhomme ;)

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  10. Bel article avec d’érudites allusions à la plus haute antiquité : Auguste et Tite-Live, Cicéron et la république romaine, le Nouvel Observateur et la gauche.

    Pour filer ce réseau de métaphore, j’aurais pensé à un autre empereur, féru de comédie.

    Néron…

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  11. Bonjour,
    Alors si j’ai bien compris, on n ‘aime pas Nicolas sur Reversus.
    Pourquoi ?
    Qui à sa place ?

    biz

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  12. Ce n’est pas qu’on ne l’aime pas, c’est qu’on ne souscrit pas à son action. Les réformes à la hussarde, cette politique du chiffre et des sentiments, son alignement atlantiste, ses multiples atermoiements, sa politique économique dilapidatrice, tout cela, nous rend forcément critiques.

    Je passe volontairement sous silence, le monopole qu’il exerce sur les médias, son égotisme exacerbé, la volonté partisane qui guide chacun de ses gestes…

    A sa place, je n’en vois qu’un, Dominique de Villepin.

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  13. [...] l’instar de sa dernière intervention dans le Nouvel Obs, l’avantage de ces simulacres d’interview est qu’aucune personne ne cherche à contredire la [...]

  14. [...] il s’est attaqué à l’électorat de gauche. De l’interview à Libération à celle du Nouvel Obs, le chef de l’Etat a vainement tenté de nous faire croire qu’il avait [...]

  15. [...] il cherche à modeler son image et n’est jamais à court d’idées pour se mettre en scène. Hagiographe de son propre règne, Nicolas Sarkozy utilise en permanence l’Histoire à des fins [...]

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