L’avenir de notre système de retraites

La réforme du système de retraites a toujours été en France un enjeu extrêmement sensible et un sujet de débat inépuisable au sein de la classe politique. Il faut avouer que, même s’il découle historiquement du système bismarckien, notre régime reste assez atypique. Le sociologue Gøsta Esping-Andersen le classe ainsi parmi les systèmes « corporatistes et conservateurs ».

retraitefillon

Notre système d’assurance vieillesse est en effet financé par répartition, et a comme objectif principal de maintenir le revenu des salariés.  Malheureusement, il ne s’est jamais vraiment soucié des personnes aux carrières discontinues ou aux faibles revenus. Ce système obligatoire n’est  de surcroît pas entièrement géré par l’Etat, mais également en partie par les partenaires sociaux. Notre système est donc fragmenté, et cela le rend particulièrement difficile à réformer. Les deux dernières grandes réformes que nous avons connues sont celles de 1993 et de 2003.

La réforme d’Edouard Balladur en 1993 avait modifié le mode de calcul des pensions de retraite pour les salariés, ainsi que le mode d’indexation des pensions, sur la base des 25 meilleures années, alors qu’ auparavant seules les 10 meilleures étaient retenues. Pour toucher une pension complète, il fallait selon cette réforme avoir cotisé 160 trimestres, soit 40 années, au lieu de 37,5 auparavant (soit 150 trimestres).

Le gros défaut de cette réforme, c’est qu’elle ne concernait que le régime général de retraite (secteur privé). Alain Juppé avait donc entrepris en 1995 d’étendre cette réforme aux salariés du secteur public, mais sans parvenir à remettre en cause les régimes spéciaux des fonctionnaires. Entre 1997 et 2002, le gouvernement Jospin n’avait pas entrepris de réforme du système de retraite, par peur des conséquences électorales.

La Réforme Fillon en 2003 a quant à elle annoncé qu’il faudrait désormais cotiser 40 ans dans le public comme dans le privé. La durée de cotisation est prolongée à 41 ans en 2008, 42 en 2020. Il faut cotiser plus longtemps pour obtenir une retraite à taux plein.

Même si cette réforme s’agrémente d’instruments nouveaux tels que les fonds de réserve, aucune mesure claire sur le financement du déficit des retraites n’est avancée. Dagrouik a retrouvé cette fameuse vidéo du débat présidentiel dans lequel Nicolas Sarkozy affirme que : « le financement des retraites est résolu jusqu’en 2020 ».

Il s’agit hélas d’un effroyable mensonge puisque le déficit de la branche retraites devrait atteindre 7,7 milliards en 2009. Avec 12 millions de retraités pour 17,3 millions de cotisants, on obtient un ratio de 1,45 actif pour un retraité. Nicolas Sarkozy comptait en 2007 sur le plein emploi pour augmenter la durée des cotisations…

La réforme Fillon a ouvert la voie à un système par capitalisation en réaménageant les plans d’épargne salariale créés par Laurent Fabius afin qu’ils deviennent de véritables Plans d’Epargnant Retraite Collectif (PERCO). Mais la crise économique a largement remis en cause ce système dépendant très largement des marchés financiers.

Aujourd’hui à l’instar de Laurent Pinsolle, on ne peut que souscrire à cette nouvelle réforme du gouvernement : « comment ne pas être d’accord ? Depuis 1981, l’espérance de vie des Français a progressé de 7 ans (elle progresse d’un trimestre par an) et il est évident que soit la durée de cotisation augmente, soit il faut réduire dramatiquement des pensions déjà maigres. »

Mais outre la pénibilité au travail, qu’il faudra bien finir par prendre en compte, cette politique ne réussira que si le taux d’emploi des séniors augmente effectivement (actuellement pour les 55-64 ans : 38,2% seulement, l’un des plus faibles taux d’Europe). Nous risquons autrement d’assister à une réduction du montant des retraites, faute d’une durée de cotisation suffisante…

 

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13 Commentaires sur “L’avenir de notre système de retraites”

  1. On parlait à un moment de copier le modèle suedois aussi…

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  2. Bonjour,

    Je me pose une question : comment proposez-vous d’obliger les entreprises à garder leurs séniors ?

    Merci

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  3. D’accord avec Mathieu.

    Problème qui se pose avec d’autant plus d’acuité dans la fonction publique. Il n’existe pas de caisse de retraite pour les fonctionnaire. C’est l’Etat qui paye directement les pensions.

    En repoussant l’âge de la retraite, l’Etat va devoir employer des agents dont la productivité va très fortement baisser (qui peut sincèrement penser qu’on peut encore exercer le métier d’infirmier ou d’enseignant dans le primaire ou le secondaire à 60 ans?). Que va-t-il faire?

    Accessoirement, entre la baisse de pensions et le recul de l’âge de la retraite, il y a une troisième solution : trouver d’autres moyens de financement. Genre du côté des 40 milliards d’euros par an de fraude fiscale et sociale des entreprises…

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  4. à la retraite faut déjà y arriver !!!
    dans certaines branches, si tu crèves pas avant, tu étrennes ton fameux sésame à moité flingué, et vu que l’accès aux soins se fait de plus en plus cher.

    alors certes, on va encore rallonger les années de cotises, mais vu que lorsque tu te retrouves tricard à plus de 50 piges on te fait gentiment comprendre qu’il te reste en gros uniquement tes yeux pour pleurer…

    faire la fin des marchés et voir des petits vieux ,ayant trimé toute une putain de vie, retourner les cageots avec ce qu’il reste d’invendus ben ça me fout tout simplement le démon.

    au jour d’aujourd’hui, certaines pensions sont tellement minables qu’on peut légitimement se demander à quoi ça sert de se ruiner la santé pendant tant d’années pour finir dans une précarité sordide…bon j’arrête de flooder, sinon je sens que je vais m’emporter.

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  5. Pas d’accord pour faire trimer les seniors tandis que le taux de chômage des jeunes explosent ! De qui se fout-on ?

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  6. @b.mode
    Le problème, c’est que les séniors qui n’ont pas de travail ne sont pas forcément âgés de 60 ans. dès 45 ans, ça devient difficile de retrouver un emploi. Donc, que ce soit pour l’emploi des jeunes ou des plus âgés, le vrai problème c’est le mensonge d’état : on nous fait croire que les retraites sont garanties jusqu’en 2020 puis on base de nouveaux calculs sur des données irréalistes et donc, d’ici un an ou deux, le problème ne sera toujours pas résolu . Le système dans son entier est vicié car les solutions proposées, à gauche comme à droite, sont tellement dogmatiques qu’elles refusent de considérer le problème dans son ensemble (ce qui supposerait de critiquer ce qui est affirmé par ailleurs ) et qu’elles restent dans les limites de ces « dogmes » politiques qui ne correspondent plus aux réalités du XXIeme siècle.

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  7. Certes ML ! Une raison de plus comme le dit si bien Alain Rénaldini pour abaisser le temps de travail hebdomadaire et pour avancer la retraite… Partageons !!!!

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  8. @b-mode
    voilà par exemple une idée que le dogme de droite ne voudra jamais envisager. Pourtant la réduction du temps de travail – qui a été mise en place en dépit du bon sens dans le public et qui a couté très cher à la collectivité par manque de réflexion préalable – a permis à beaucoup d’entreprises de revoir leur mode de fonctionnement et d’améliorer leur productivité tout en gagnant en flexibilité.

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  9. A chaque fois que la droite veut réformer le système des retraites, elle avance des notions comme la pénibilité ou l’équité… Par contre, elle ne prend jamais en considération la précarité ou le fait que beaucoup de salariés se retrouvent au chômage passé la cinquantaine…

    Le critère démographique est systématiquement mis en avant comme s’il s’agissait du seul critère : quid de la redistribution des richesses, de la place des « vieux » dans la société, de l’enjeu en termes de civilisation des retraites ? Nada !

    En fait, en bon néo-libéraux, Sarkozy et Fillon préparent la retraite par capitalisation… Et comme par hasard, un des bénéficiaires principaux de cette réforme devrait être un certain Guillaume Sarkozy…

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  10. @ Vadek
    Oui la fameuse retraites par points. Chacun cotise un pourcentage de son revenu, qui est alors crédité dans un compte individuel. Plus l’on retarde son départ à la retraite, plus le niveau le niveau des pensions que l’on touche, sera élevé.

    Thomas Piketty a pas mal vanté ce modèle, Bayrou aussi…

    @ Mathieu
    Le premier impératif c’est de retrouver le chemin de la croissance économique. Keynes a toujours dit que pour remédier au chômage, il fallait que l’Etat soutienne au maximum l’activité économique.

    Hors l’on sait que les séniors sont souvent les premières victimes des plans sociaux en période de crise. Il n’y a pas de solutions miracles pour l’instant mais il faut avoir une politique de lutte contre le chômage ambitieuse. En France, il faut vraiment travailler à un changement de mentalités surtout concernant les séniors. Comme je le disais dans ce billet, on a l’un des taux d’emplois, les plus faibles d’Europe pour les 55/64 ans.

    On peut sans doute forcer les entreprises à s’engager dans leurs accords GPEC, à mieux accompagner les salariés en seconde partie de carrière (aménagement des conditions d’emploi et préservation de leur employabilité).

    @ Etiam – Clarky
    On peut sans doute aménager son poste de travail en collaboration avec le médecin du travail si cela s’avère nécessaire. On peut aussi prévoir certaines reconversions pour des postes particulièrement éprouvants comme ceux que tu as cités. Ca existe dans certaines conventions collectives dans le privé, je ne vois pas pourquoi, nous ne pourrions pas l’étendre au secteur public.

    La réduction du gaspillage budgétaire ne permettra pas de résoudre le problème de financement de notre système retraite. Marianne affirmait dans son dernier numéro que même avec l’allongement de la durée des cotisations, il faudrait attendre 2035, pour que les effets du papy-boom soient compensés…

    Le problème c’est que l’on a supprimé tous les systèmes de préretraite sans avoir une vraie politique d’emploi pour les salariés en seconde partie de carrière. On pourrait également s’inspirer des modèles danois ou finlandais avec une politique de formation qui accompagne le salarié tout au long de sa vie.

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  11. @ B.mode
    Réduire le temps de travail hebdomadaire n’a jamais été une solution pour lutter conte le chômage. L’échec des 35 heures en est un exemple probant…

    @ Marie-Laure
    En fait, les donnés sur lequel s’appuyait Sarkozy en 2007, étaient issues d’une prévision COR, qui ne tenait pas compte de la crise économique et qui prévoyait un chômage à 4,5% en 2015. Hors là, on frôle les 10%.

    La réduction du temps de travail a certes permis une réorganisation bénéfique dans certaines entreprises mais son effet sur l’emploi a été quasi nul. De plus, ce genre de réformes pèse énormément sur les finances publiques. Je ne crois pas que nous soyons en mesure de supporter une réduction du temps de travail surtout en période de crise.

    @ Des pas perdus
    D’accord avec toi lorsque tu dis que cette réforme n’est pas assez ambitieuse et se borne à un allongement de la durée de cotisations. Cela ne suffit évidemment pas.

    Je vois mal Sarkozy défendre à nouveau la retraite par capitalisation. On aura peut être un jour des pensions à la carte comme en Suède, soit un modèle mixte (répartition/capitalisation), qui aurait l’avantage de plaire autant à la CFDT qu’au Medef…

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  12. [...] L’avenir de nos retraites reste malgré les multiples effets d’annonces du gouvernement, encore très incertain. En effet, les dernières estimations donnent un financement des retraites assuré à 50% d’ici 2020 et 30% d’ici 2040, le déséquilibre est structurel et ne peut donc pas être résolu par des mesures « one shot ». Je reproduis ci-après une équation qui permet de synthétiser la problématique du financement du système de retraite par répartition. Elle provient de l’excellent blog Ecopublix et plus précisément du premier d’une longue série d’articles rédigée par Antoine consacrée au système de retraite. Pour avoir une vision synoptique de la question, je ne saurais trop vous conseiller de vous y reporter tant l’auteur connait son sujet. [...]

  13. [...] que les négociations sur la réforme des retraites viennent de débuter, le rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) qui devait servir [...]

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