Juppé-Rocard, opération Vintage
Pour crédibiliser son grand emprunt d’Etat, Nicolas Sarkozy a fait appel à deux monuments de la Vème république. Si la stratégie du chef de l’Etat est assez évidente, nous avons en revanche plus de difficultés à comprendre les raisons qui ont poussé Alain Juppé et Michel Rocard à présider cette commission…
Une stratégie politique
Nicolas Sarkozy ne le cache pas, il s’agit bel et bien d’une « stratégie politique », censée nous faire croire que « l’ouverture ne s’arrêtera pas ». Alors que la plupart des économistes mettent en doute l’intérêt de cet emprunt (et Seb_ avait d’ailleurs exposé clairement les limites de cette initiative ici-même), le chef de l’Etat a souhaité, en fin stratège, s’entourer de personnalités politiques irréprochables.
L’objectif est bien évidement de crédibiliser sa démarche et d’apporter à cet emprunt d’utilité plus politique qu’économique, le vernis de respectabilité qui lui manquait. Avec l’humilité qui le caractérise, l’omniprésident parle déjà de ces deux prises de guerre comme d’un « grand changement pour la France ».
La mission assignée à Alain Juppé et à Michel Rocard est double. En surface, ils doivent dresser les conditions d’utilisation de cet emprunt. En coulisses, Nicolas Sarkozy souhaite s’en servir pour obtenir un large consensus autour de cette initiative gouvernementale.
En cas de succès, le chef de l’Etat aurait ainsi réussi l’union sacrée en pleine période de crise. L’ouverture serait alors magnifiée et célébrée par l’UMP. Une aubaine avant les élections régionales de 2010 qui reste un enjeu capital pour la majorité en vue de l’échéance présidentielle de 2012.
L’ouverture est une noble idée gaulliste à laquelle je suis attaché. Dans un contexte de crise, il est tout naturel qu’elle soit évoquée. Le problème avec Nicolas Sarkozy c’est que l’intérêt partisan prime toujours sur l’intérêt national. Par sa volonté de récupération politique, il dénature complètement ce vieux concept français.
Si Nicolas Sarkozy était vraiment dans une stratégie d’ouverture, il poserait d’abord la question de la nécessité d’un tel emprunt avant de réfléchir aux conditions. Mais cette manœuvre politique pose également la question de l’engagement assez étonnant de Michel Rocard et d’Alain Juppé…
Un besoin de reconnaissance
Michel Rocard et Alain Juppé sont deux grands hommes d’Etat pour lesquels j’ai toujours eu le plus grand respect. L’un a été foudroyé par François Mitterrand, l’autre a endossé la responsabilité de tout un parti sur ses épaules sans broncher, les deux auraient pu (dû) être présidents.
Aujourd’hui, force est de constater qu’ils n’ont pas la place qui pourrait être la leur au sein de leurs formations politiques. Ils sont donc nostalgiques de leurs passés glorieux et gardent forcément une certaine amertume d’une victoire qui leur tendait les bras.
A partir du moment où Nicolas Sarkozy les sollicite, il joue de ce besoin de reconnaissance. Habilement, il les remet sur le devant de la scène, il leur rend hommage pour mieux arracher leurs soutiens.
Mais lorsque l’on scrute le parcours de Michel Rocard, chef de file de la « deuxième gauche », on se rend compte qu’il a toujours été un ardent partisan de l’économie de marché et qu’aujourd’hui, il n’y a pas de contradictions majeures dans le discours qu’il peut tenir pour défendre cet emprunt d’Etat. Le Rubicon, il l’a bien franchi puisqu’il a déjà été sollicité plusieurs fois par Nicolas Sarkozy, en tant qu’ambassadeur de France chargé des pôles Arctique et Antarctique d’une part et pour présider la « conférence des experts » sur la Taxe Carbone de l’autre.
L’inventeur de la CSG retrouve ainsi une activité politique importante sans s’inscrire dans la lignée gouvernementale. Ce rôle de « super consultant » le satisfait complètement.
L’engagement politique d’Alain Juppé est plus difficile à comprendre. « Le meilleur d’entre nous », comme le surnommait affectueusement Jacques Chirac, avait renoncé à une place au gouvernement lors du dernier remaniement. Nicolas Sarkozy n’avait guère apprécié et l’avait quelque peu tancé en affirmant en coulisses : « Qu’a-t-il fait au gouvernement ? Au moins Villepin, il a fait le discours de l’ONU et ça, ça restera dans l’histoire. »
Alors qu’il finisse aujourd’hui par accepter une place au sein de cette commission fumeuse, s’explique difficilement. Il pense sans doute comme Michel Rocard qu’une place dans cette commission lui permettra de renouer avec des enjeux politiques nationaux sans s’associer pleinement à l’action gouvernementale.
L’ennui c’est que cet emprunt risque d’avoir un impact majeur sur les élections présidentielles de 2012. Espérons que le maire de Bordeaux en soit conscient…
Pour conclure, on peut espérer que ces deux hommes qui ont su traversé la Veme république en préservant une certaine indépendance d’esprit ne soient ni dupes, ni complices des intentions électoralistes de Nicolas Sarkozy…


Monuments faut le dire vite ! Je dirais plutôt chefs d’oeuvre en péril…
N’était ce pas « le meillleur d’entre nous », le sémillant maire de Bordeaux, plutôt que le premier ?
Un monument, un chef d’œuvre, ça évoque forcément un évènement appartenant au passé.
Pour l’expression, mea culpa, je corrige. Il est quand même 3 heures du matin, je n’ai plus toute ma lucidité
Je vois ça…
Impact politique, c’est vrai… D’ailleurs, peu de commentateurs relèvent que notre omniprésident décide d’un grand emprunt et ensuite fait appel à ces deux récipiendaires pour savoir à quoi va véritablement servir ledit emprunt au plan économique… Etonnant, non ?
D’un autre côté, le principe fondamental du sarkozysme, c’est de faire des déclarations tonitruantes et de réléchir après à leur faisabilité voire à leur utilité (cf la suppression de la pub sur FT, la disparition du juge d’instruction, etc…)
Du gros n’importe quoi !!
On lance un emprunt national et ensuite in réfléchit à quoi va servir cette argent … Cela ne choque que moi ?!
Pourquoi lancer un emprunt qui va couter au contribuable (c’est pas le saint esprit qui va payé les intérêts reversés au épargnants) si on en a pas besoin car il n’y a pas de projet à financer encore avec !
Encore une façon de faire parler de soit sur le dos des contribuables…. c’est vrai on il s’en fou c’est pas son fric ! Belle mentalité !
Rocard ne devait pas arrêter la politique?
Pour une fois, Nicolas Sarkozy a annoncé la couleur dès le début. Il a proposé un grand emprunt mais il a toujours dit que les conditions devraient être discutées avant toute prise de décision. Si l’intérêt politique n’était pas aussi prégnant, on pourrait saluer cette volonté de rassemblement.
Le problème c’est que cet emprunt qui doit servir à financer des « dépenses d’avenir » si l’on s’en tient à la fameuse phrase de Michel Rocard dans le Monde d’hier : « C’est par l’investissement que le cercle vertueux doit être réamorcé » est relativement flou. Qu’est ce qu’une dépense d’avenir ? J’entendais Philippe Frémeaux, d’Alternatives économique, l’autre jour sur France Info, il affirmait que ces dépenses d’avenir sont en fait des dépenses déjà programmées par le gouvernement. C’est seulement un nouvel habillage qui donne une portée symbolique à cette réforme.
On sait que l’on va perdre de l’argent en substituant ce que l’on pouvait emprunter sur les marchés par l’épargne des français avec un taux d’intérêt plus élevé. Nicolas Sarkozy a tenté ce pari politique.
Hors, il se trouve qu’aujourd’hui, toutes les enquêtes d’opinion sont défavorables. La dernière indique que seulement 33% des Français sont partisans d’un grand emprunt. On se dirige vers un échec patent…
C’est tout de même extravagant de décider d’emprunter de l’argent avant de savoir à quoi servira précisément cet argent. Une cervelle normale n’identifierait-elle pas d’abord un besoin avant de s’attaquer à son financement ?
Cela dit, le fait que 33% des Français sont partisans d’un grand emprunt ne permet pas de conclure que l’on « se dirige vers un échec patent ». Que je sache, dans le passé, il n’est sans doute jamais arrivé que plus de 10% des Français prêtent de l’argent à l’État.
Il n’y a pas de raisonnement rationnel à trouver, c’est une stratégie purement politique.
Cet emprunt relève du symbole, du coup marketing, c’est l’impact qu’il aura sur l’opinion public qui sera le vrai révélateur de sa réussite ou non, aux yeux du gouvernement.
Après je suis d’accord avec toi pour dire que l’on trouvera une classe aisée capable d’y souscrire. Mais ce n’était pas ce que j’évoquais…
@ le fab
il devrait, il devrait… il aurait dû, il aurait dû…
mais ceci nous prouve bien, que Rocard a dépassé depuis un moment, un certain stade rationnel justement, et qu’il se meut dans les nimbes des 4 et 5 ièmes âges.