L’Iran oublié…
La mort d’une icône mondiale suffirait-elle à condamner l’Iran à l’oubli ? Proscrite des médias, la révolte se poursuit pourtant dans l’ombre. Un mois après les élections présidentielles, aux coups des miliciens bassidjis est venu s’ajouter le poids du silence…
Loin des yeux…
Dans « Marianne », le journaliste Jean-Claude Maurice, invoquait dernièrement une « culture du zapping… qui fait de l’information l’otage de la réactivité et de l’immédiateté ». Les médias (à quelques rares exceptions près) sont en effet prisonniers d’un système, d’une course effrénée au sensationnel. Dans cette vaste quête de l’émotion, il n’y a plus de place pour les conflits qui s’enlisent ou pour les révolutions larvées. La mort en direct de Neda Agha-Soltan avait quelque peu ravivé la flamme persane, le décès du roi de la pop l’a subitement éteinte.
Aujourd’hui, quand les médias tricolores daignent encore parler du pays des Mollahs, c’est pour mettre en lumière l’arrestation de Clotide Reiss, jeune étudiante française, accusée d’espionnage. Toute leur l’attention y est focalisée. Comme si sans cette intrigue franco-française, nous étions dans l’incapacité de nous intéresser à la situation d’un peuple en détresse. Comme si la destinée de cette jeune française comptait plus que le sort de tous ces iraniens que l’on torture désormais en silence. Faut-il l’enlèvement d’une nouvelle Ingrid Bettancourt pour revenir sur le conflit armé en Colombie, ou d’un Georges Malbrunot pour reparler d’Irak ? Il serait bon que les médias aient le courage de briser la doxa, de sortir du consensuel pour affronter l’altérité du monde .
Quant au public, est-il à ce point abêti où le Vème pouvoir a-t’il perdu sa superbe ?
…ou volonté politique ?
Dans cette institution du G8 désormais obsolète, la question iranienne préoccupe en coulisses. Les chefs d’Etat ont simplement réclamé une « solution diplomatique sur le nucléaire iranien », aucune position commune n’a été adoptée, aucune sanction n’a été envisagée. Une façon de repousser le débat à la prochaine réunion du G20 à Pittsburgh (le 24 et 25 septembre), une manière également de s’aligner sur la position diplomatique américaine sans la fragiliser.
Nous en avions parlé sur ce blog, Barack Obama ne veut pas donner d’arguments supplémentaires au régime islamique qui ne cesse d’accuser l’influence des puissances étrangères.
Cette posture en retrait de la diplomatie américaine s’explique aussi par le souci d’obtenir des soutiens diplomatiques solides (notamment avec la Russie) avant d’engager de nouvelles négociations sur le nucléaire avec Téhéran.
Le succès sans précédent de ce mouvement de protestation fut la conséquence d’un fragile équilibre entre la non-ingérence des pays occidentaux et la sur médiatisation temporaire du conflit. Les médias n’accomplissant plus leur rôle, la situation se détériore. Alors que les arrestations perdurent et que les manifestations d’opposition au régime prennent d’autres formes, l’information n’alimente plus la flamme des combattants.
Le « Allah akbar » des révoltés a malheureusement perdu son écho….

09 juil 2009 







Info auteur
attendons la réunion de Pittsburgh pour voir les éventuelles sanctions prises par les puissants de ce monde
moi j ai juste une question, de quel droit 8 pays décident d accorder le droit ou non au nucléaire?
ouais bien vu ! la focalisation française sur un épiphénomène franchouillard. L’enlèvement d’une de ses sabines prime sur tout une décente analyse ! On s’introspecte, on se scrute, on se regarde le fion. Et on oublie le vrai drame !
Les impératifs de l’information estivale : pas de vagues ! Et si oui, les vaguelettes du bord de mer : pays basque ou pays catalan, Biarritz ou Collioure ! Les produits du terroir commentés par un pigiste de la transhumance. L’équilibre de cette partie du monde n’est rien en comparaison des vrais soucis : l’équipe de France de France devant affronter les îles Féroé au mois d’août pour une qualification compromises aux prochaines joutes mondiales, la guerre plus ou moins ouverte entre Contador et Arsmtrong dans la grande boucle pour faire connaître au public qui des deux en a le plus dans les boyaux. Ca c’est de l’info !
Merci pour la piqure de rappel, David.
Accessoirement, le traitement des manifestations iraniennes étaient sous-tendu par cette attirance pour la télégénie des foules révoltées, qui dispense de s’interroger sur la nature réelle du mouvement et de la baptiser un peu vite révolution.
Ce que l’historiographie républicaine française, suivie en cela par les léninistes, ont baptisé révolution, c’est surtout l’ultime pichenette qui a emporté des régimes vermoulus depuis des décennies.
Pas vraiment ce qui se passait en Iran. Mais bon, c’est sûr que la sociologie politique de l’Iran, c’est moins frappant que « Ze biouti foule feïsse off Neda Soltane », comme disait un éminent expert en démocratie.
(D’ailleurs, quand on voit les images en question, avec les yeux révulsés de la fille en train de rendre l’âme, on mesure l’indécent décalage de ce type de fantasmes avec la réalité)
Que se passe-t-il ? Nous sommes manifestement en état de pré-guerre. Situation :
- Iran, de nos jours. Une élection contestée par des pays étrangers mettait aux prises un candidat soutenu par les mollas à un candidat soutenu par les mollahs. Les deux sont de toute façon aussi radicaux l’un que l’autre, mais le perdant est présenté dans la presse internationale dite « libre » (sic), puisque contrôlée par des financiers, comme un « modéré ».
- Emirats Arabes Unis. La France vient d’inaugurer, chose rare et avec un précédent déjà lointain, une base permanente. A deux pas de l’Iran.
- Europe. La France vient de réintégrer à taux plein l’OTAN, pour lequel les prédécesseurs du président actuel manifestaient une certaine circonspection.
- Europe. La France peine à vendre ses Rafale et ses chars Leclerc. Son retour dans l’OTAN lui ouvre des marchés qu’elle avait peine à pénétrer. Avec une guerre en à l’horizon, cela ouvre des perspectives à ses marchands de canons. Bon pour le chômage, bon pour la résorption des déficits.
- Etats-Unis. L’Administration Obama prend apparemment ses distances avec un Etat d’Israël critiqué pour sa politique d’expansion et de brutalité envers les Palestiniens d’origine.
- Europe. Au contraire, le président français multiplie les gages de bon voisinage avec l’Etat à l’étoile bleue.
- Russie. Des pourparlers (pour le moment il ne s’agit encore que de cela) s’engagent à nouveau entre Poutine et Obama pour un nouvel accord de réduction des armes stratégiques.
- Moyen Orient. Tel Aviv verrait bien d’un bon œil une opinion internationale moins attentive à sa politique « intérieure » de mise en place d’un « Grand Israël » déjà en dessein depuis sa création en 1948. Un conflit extérieur serait le bienvenu.
Faisons le point. Se dessine un axe Tel Aviv – Paris, qui vient suppléer et renforcer un axe Washington – Tel Aviv apparemment un peu plus lâche qu’auparavant.
Tentons d’imaginer un scénario.
Dans les deux ans qui viennent (juste avant les élections présidentielles françaises) la base française des Emirates sera opérationnelle. Des pourparlers sur des ventes d’armes auront progressé soudain plus vite qu’à l’accoutumée. Les marchands de canons auront eu le temps d’accélérer leurs productions.
Soudain, fin 2011, nait une provocation non signée qui secoue l’Iran. Par exemple, un diplomate français en poste à Téhéran est assassiné. Simultanément, des agitateurs dans plusieurs villes iraniennes font monter la pression contre Israël, en raison de propos « maladroits » lâchés par un officiel dans la presse israélienne. Des bruits (oui, des bruits) font état de nouveaux missiles à moyenne portée qui seraient opérationnels au point d’avoir Israël facilement dans leur rayon d’action.
Boum ! Israël lâche son arsenal, tout en dénonçant un tir depuis l’Iran, « apparemment » dirigé contre lui. Simultanément, l’Elysée envoie un ultimatum à Téhéran et avance ses navires déjà presque sur place. Les avions du Charles de Gaulle foncent sur l’Iran. Celui-ci subit l’impact d’une bombe nucléaire de capacité moyenne . Chiraz est détruite.
Moscou « conseille » à Washington de ne pas bouger. Trop tard, depuis Diego Garcia les porte-avions US viennent d’appareiller. Ils pénètrent dans les eaux territoriales iraniennes. Moscou propose son aide à l’Iran.
Le fil rouge est à nouveau très sollicité entre les capitales. Moscou lâche Téhéran, les unités US se retirent. Mais les « offensés » France et Israël continuent, et sous la menace de leurs armes forcent Téhéran à capituler.
Les pays du Golfe n’ont pas bougé. Les Iraniens ne sont-ils pas des chiites, en majorité ? Les Wahhabites ne voient pas d’un mauvais œil la concurrence au sunnisme affaiblie….
Un traité est signé entre Israël, la France et l’Iran. Des accords commerciaux ouvrent à Israël les vannes du pétrole moyen-oriental. Des oléoducs sont mis en chantier. Les sociétés US ont le droit d’y participer. Total obtient une part juteuse du marché.
Pour les Iraniens, hormis ceux qui ont subi ou continuent à subir l’impact de la bombe, rien n’a changé. Le régime des mollahs s’est seulement un peu assoupli. C’est Moussavi (« notre ami » comme l’appellent les gouvernements occidentaux) qui a pris la place d’Ahmadinejad. Comme prévu, sur le plan intérieur cela ne change rien. Mais l’Iran n’est plus qu’un Etat fantoche de plus.
Nicolas Sarkozy est réélu.
Hm… Il y a tout un tas de « dossiers » qu’il faudra absolument ressortir du placard à la rentrée. L’Iran en fait partie. Pour le moment, je me demande si ça sert encore à quelque chose avec les gens qui pensent à leurs vacances et les dernières séances à l’assemblée qu’il faut aussi surveiller. Mais tu as raison dans ton billet et ce zapping de l’info laisse un goût assez amer.
@ Fab
La raison est historique, tu t’en doutes. Maintenant pour un pays de taille moyenne comme la France, posséder l’arme nucléaire, c’est avoir un avantage énorme pour peser diplomatiquement.
De toute manière à terme, l’objectif affiché par les puissances occidentales, c’est le désarmement nucléaire. La renégociation du Traité START, en est la première phase.
@ B.mode
Je me demande si c’est typiquement français ou si tous les pays fonctionnement comme ça…
@ Lediazec
Merci amigo
@ Etiam
Oui c’est bien vu Etiam. Il y a un gap entre ce que les médias veulent voir et la réalité sociologique…
@ Babel
Ton analyse de la situation est bonne après j’ai jamais été grand partisan de l’uchronie, donc je ne me positionnerais pas là-dessus. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’une guerre pour être réélu en tout cas…
@ Marie-Laure
Même si la période est peu propice à parler d’Iran, je pense qu’on ne peut pas se permettre d’oblitérer le sujet. Pour la simple et bonne raison, qu’en choisissant de ne plus en parler, les médias sont en train de tuer le mouvement…
Seuls Marianne et Le Monde en parlent encore.
C’est surtout très sarkozyste ! la focalisation sur soi.
[...] des pays occidentaux et la surmédiatisation temporaire du conflit. Aujourd’hui, le rôle de l’information est d’alimenter la flamme des combattants, que le « Allah akbar » qui résonne dans les rues de [...]