Sarkozy et les médias : une collusion généralisée
Le rapport de la Cour des comptes paru jeudi dernier est un révélateur de plus de la collusion patente entre l’Etat et les médias. De la manipulation des sondages à celle des journaux gratuits, Nicolas Sarkozy instrumentalise l’opinion publique plus que n’importe quel autre Président avant lui…
Il y a plusieurs enseignements à tirer de ce compte-rendu de la gestion élyséenne signé Philippe Séguin. On pourrait d’ores et déjà commencer par saluer les bonnes intentions de Nicolas Sarkozy : sa volonté manifeste de transparence est une bonne idée, qui permettra peut être de réinstaurer un climat de confiance entre le peuple et ses instances dirigeantes.
Mais à la lecture du rapport, on se rend compte qu’il existe encore un décalage terrible entre les déclarations d’intention et les anomalies effectives enregistrées par la Cour des comptes. Le rapport indique ainsi que 14 123 euros de dépenses privées ont été imputées sur le budget public, des dépenses que Nicolas Sarkozy s’est empressé de rembourser avant la publication dudit rapport. On nous signale également 17 545 euros de dépenses « destinées aux appartements privés » et « consistant en de nombreux petits achats effectués dans un supermarché proche de l’Elysée plusieurs fois par semaine ». Enfin, la Cour des Comptes chiffre à 14 millions d’Euros les frais de voyages présidentiels. Il faut dire que pour un voyage en Inde de deux jours, Nicolas Sarkozy emmène plus de 300 personnes dans ses bagages…
Ce qui est sans doute le plus grave, c’est ce contrat de 1,5 millions d’euros sans appel d’offres passé auprès d’un cabinet d’opinion, dont le nom n’a pas été donné, qui a pu commanditer au nom de l’Elysée n’importe quel sondage. Mediapart en a dévoilé le nom : il s’agirait de Publifact, cabinet dirigé par un conseiller politique très proche de Nicolas Sarkozy, le très controversé Patrick Buisson (voir son portrait sur Ruminances)
Également parmi les instituts de sondage qui ont hérité de ces prérogatives : Opinion Way, qui a ainsi facturé pas moins de 392 328 euros à l’Elysée pour une étude également publiée dans Le Figaro et LCI. La société des rédacteurs du Figaro indiquent aujourd’hui dans un communiqué que «de nombreux sondages « Opinion Way » publiés, notamment, par le Figaro, sont commandités par la présidence et certains sont expurgés avant d’être diffusés au grand public», demandant par la même à la direction de «mettre immédiatement un terme à ce type de « coproduction » qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe».
Ces informations ravivent forcément les doutes que l’on pouvait avoir sur cet institut. Au cours de ces dernières années, Opinion Way a plus d’une fois créé la controverse, par ses résultats de sondage à contre courant des enquêtes d’opinion traditionnelles ou du fait de ses méthodes « low cost » jugées peu fiables (toutes les enquêtes sont réalisées via le web). De fait, comme le reconnaît le directeur Hugues Cazenave, « les gens de droite sont surreprésentés dans ces échantillons ».
Ségolène Royal et François Bayrou avaient plusieurs fois dénoncé l’ « instrumentalisation de l’opinion » et la « connivence » entre le pouvoir en place et cet institut de sondage. Le but de ces manœuvres : faire croire que l’on a l’appui du peuple pour mener les réformes de son agenda. Sur la sellette également, les questions souvent très orientées d’Opinion Way.
Cette manipulation médiatique s’étend comme une pieuvre. On a souvent cru que les amitiés que Nicolas Sarkozy avaient nouées avec les Martin Bouygues, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Serge Dassault ou encore Bernard Arnault étaient le fruit de rencontres fortuites, laissées au hasard. Alors qu’il s’agit au contraire d’une stratégie politique longuement mûrie.
Après avoir trusté tous les médias de ces nouveaux amis, Nicolas Sarkozy s’intéresse désormais à la presse dite d’opposition. Sans scrupules, il drague le lectorat du Nouvel Obs et de Libé. Comment ? Tout simplement en mettant 600 millions d’euros sur la table (distribués sur 3 ans) pour aider les quotidiens en difficulté. L’argent reste le nerf de la guerre : Laurent Joffin désormais tombé en pâmoison devant notre Guide Suprême, en sait quelque chose.
Plus que tout autre, Nicolas Sarkozy a compris le rôle du IVème pouvoir et a fait en sorte d’y étendre une emprise quasi hégémonique, parfois flagrante et toujours latente.
L’exemple des quotidiens gratuits est en ce sens probant. En achetant Le Point ou Le Figaro (depuis le départ de Nicolas Beytout), vous savez plus ou moins à quoi vous vous exposez, ou vous feriez mieux de le savoir, puisque vous payez. Un gratuit vous offre – gratuitement – des dépêches aseptisées qui sous couvert d’impartialité vous délivrent des chroniques partisanes.
Rappelons que le groupe Bolloré possède la moitié de Métro, un peu plus du tiers de 20 Minutes et la totalité de Direct Matin/Soir. Pour ce dernier quotidien, il ne se passe pas une journée en France sans qu’on ne puisse louer l’action gouvernementale, et se répandre au fil des pages en courbettes à l’égard de l’omni président et en quolibets pour l’opposant. A la tête de ce joyeux aréopage, vous pouvez retrouver les analyses ciselées d’Alain Minc, Philippe Labro ou bien encore celle de Jacques Séguéla, jamais en reste pour faire l’apologie du sarkozysme.
Plus que jamais en France, l’heure est à la manipulation de l’opinion, et seul le Web et quelques quotidiens parviennent encore à échapper à cette doxa pour faire émerger la vérité. Mais l’équilibre reste fragile, à l’image de cet Incipit affiché aujourd’hui sur le site d’Opinion Way : « Nous nous réservons enfin le droit d’engager des procédures à l’encontre de tous ceux qui exprimeraient des propos à caractère diffamatoire… »
Article relayé par :

20 juil 2009 








Info auteur
Une gestion des médias qui n’est pas sans rappeler celle de Tony Blair, qui avait entretenu un flirt poussé avec le groupe Murdoch, en échange de lois très bienveillantes sur les seuils de concentration dans la presse, qui maniait lui aussi à merveille l’art de la rumeur et avait été le premier à faire de la politique un spectacle permanent.
On souhaite moins de longévité à notre gesticulateur national…
Comme Blair, comme Berlusconi; il vérouille le quatrième pouvoir (le 5ème étant plutôt internet, non ?). Ce qui lui permet de manipuler l’opinion à défaut de trouver de véritables solutions pour le pays…
@ Etiam
Oui il y a peut être un peu de Tony Blair dans cette instrumentalisation des médias mais à l’instar de B.mode, je verrais plus un coté Berlusconi. La ressemblance entre les deux est de plus en plus frappante, surtout que Nicolas Sarkozy ne cache plus son admiration pour le président du conseil italien.
@ B.mode.
Merci, je corrige. Faut me pardonner, je suis grippé en ce moment,je peine à écrire
vous oubliez de préciser pour Libé et le nouvel obs que Joffrin et Olivennes n’ont pas attendu l’argent pour être sarko compatibles. S’ils sont là c’est déjà qu’ils l’étaient.
Rappelons qu’Olivennes c’est le saboteur « graques » de Royal, l’inspirateur d’Hadopi.
Rappelons que Joffrin est arrivé à la tête de libé contre l’avis de sa rédaction par la grace de Rotschild, BHL & co …
Il est clair que l’ère Sarkozy signe la faillite totale du journalisme d’investigation en France.
Seuls Internet, le Canard et Marianne font le boulot.
Je rappelle quand même la liste des scandales depuis le début du quinquennat:
L’affaire Tapie, Le Karachigate, Opinion Way, le voyage au Mexique chez un narcotraficant, le Pôle emploi fourgué au privé, les journaux gratuits pire que la Pravda, le concert de Johnny Halliday le 14/07 retenu sans appel d’offres, l’appartement des Sarkozy pendant la campagne, le retour dans l’OTAN sans référundum, Hadopi, la nomination de Val à France Inter et ça continue…
Aux USA, Sarkozy aurait déjà sauté depuis très longtemps.
Ce qui m’étonne, c’est que le président affirme ouvertement qu’il faut marcher sur la gueule des journalistes (selon ses termes) et ceux-ci encaissent. Pas de rébellion, rien. Pitoyable, juste pitoyable….
@sevestre Ok avec tout ça !
@ B.mode et David
Certes, mais Berlusconi possède personnellement une bonne partie des médias italiens. Le contrôle qu’il exerce sur eux ne lui a pas demandé beaucoup d’efforts.
Ce qu’il y a d’intéressant chez Blair et Sarkozy, c’est qu’ils ont conquis le pouvoir médiatique en en intégrant parfaitement l’agenda, en se transformant en produits vendeurs pour les médias.
on s’étonnera que ne soit pas posé plus souvent le problème de ces « journaux gratuits », qui dans le domaine de l’intoxe et de la bêtification vont plus loin encore que les autres. Et ce pour une évidente raison : ils ne sont pas même exposés à la sanction (implicite), de perdre des lecteurs…
Dire qu’il aura fallu attendre un compte rendu de seguin pour que la politique médiatico-maffiosi de sarko-le nain soit mise a la une des médias, alors que depuis des mois, il circulait sur le web et certains journaux toutes les présomptions avérées!!!!!quand les journalistes vont-ils enfin faire leur boulot? ( je ne parle pas de manon loiseau, benoit comombat etcertains autres dont j’ai oublié le nom qui font TOUT SIMPLEMENT LEUR TRAVAIL, il me semble que le job d’un journaliste ne necessite pas le substantif d’INVESTIGUATION, car pour moi, cela va de pair!!!!!!!!!!!!!
Je ne pense pas que ce soit la déontologie des journalistes qui soit en jeu, c’est très probablement des chic types pour la plupart et on va quand même pas leur apprendre leur métier. Simplement, ils sont aujourd’hui au même ban que les toubibs qui prescrivent des anti-dépresseurs à gogo, des chimios à répétition et du tamiflu-mon-cul pour la grippe du cochon, que les flics qui multiplient les amendes, les détentions arbitraires et les rafles, ou que les profs qui n’en finissent plus d’alléger les programmes et de trafiquer les notes. En gros, soit ils se gardent bien de révéler l’escroquerie qui leur pend au nez, soit ils en savent que dalle (ce qui est plus fréquent et malheureusement plus dangereux). Et en attendant, Sarko 2012 et son nouvel ordre mondial auquel « personne, et je dis bien personne, ne pourra s’opposer ». Bonjour la France.
@ Robert
Vous avez raison, merci du complément d’information.
@ Silvestre
Merci de la piqûre de rappel. Votre remarque me rappelle cette attaque cinglante et justifiée de Dominique de Villepin contre la Presse :
http://tinyurl.com/l8elar
@ Etiam
Je ne sais pas s’ils se sont transformés ou si ce changement est tout simplement générationnel. Regarde, notre génération, celle des années 80-90, qui dès son plus jeune âge a été habitué aux outils du Web 2.0, son accès à d’importantes responsabilités, sera forcément médiatiquement différent.
@ Luc
Effectivement, ces journaux gratuits sont une plaie. Étonnant qu’aucuns partis d’opposition ne se soit saisi du sujet.
@ nanougk
Sarkozy affiche une volonté de transparence, ne soyons pas trop dur sur ce sujet non plus. Il a sans doute beaucoup de défauts mais je crois pas que ce soit quelqu’un de corrompu.
@ Caocao
La presse est à l’image du pouvoir. Elle est à l’affut de sentiments, de stats, de petites phrases, de polémiques. La forme primera toujours sur le fond. Hannah Arendt l’avait prédit, nous vivons une crise de notre culture.
L’information marchandise
De la presse écrite qui n’est plus que de la vente de papier
à l’audiovisuel qui s’alimente d’audimat
aux radios en proie aux camelots de foire
et maintenant avec Internet tellement gratuit
que chacun se croit intelligent et journaliste,
que pouvons-nous espérer pour ne pas vivre dans le doute permanent??
Croire en saint Nicolas ????
qui sème la bonne parole avec le fric des autres,avec le nôtre.
On a la presse qu’on mérite!!!
pour les raisons que tu indiques, carikel, on en arrive à se demander s’il ne vaudrait pas mieux qu’il n’y aît plus qu’un seul et même journal. D’abord parce que ça enlèverait aux imbéciles, l’illusion qu’ils ont le choix (!). Quant aux autres, ayant tous lu le même journal, ils trouveraient d’autant plus facilement un langage commun pour en faire la critique.
Ici a Nice le torchon de Bolloré: Direct Nice a fait un triplé
dans le bourrage de crane pro-UMP
sans ressentir aucune gène:
Mardi 23 juin Sarko en couverture photo 3/4 page
Mercredi 24 juin Estrosi en couverture photo 3/4 page
Jeudi 25 juin Fillon en couverture photo 3/4 page
entre la télé et la radio aux ordres sans oublier
la propagande ecrite (le flagorneur Barbier et al)
2012 s’annonce de + en + comme un reve totalitaire comme le film
‘V pour Vendetta’ une fresque , profondément politique, ode à l’anarchie et la liberté, dont le futur proche dépeint sonne comme profondément présent.La dictature utilisant une propagande quotidienne et une censure omniprésente pour assujettir le peuple.
Bonjour,
Merci de l’info. Je n’en doute pas, j’ai voulu à plusieurs reprises faire un billet consacré uniquement à Direct Matin et Soir, de la propagande à visage, à peine voilée…
Personnellement, je suis abonné à deux hebdos (L’Express et Marianne) et c’est vrai que de plus en plus, Christophe Barbier a tendance à s’adoucir, il est de moins en moins critique. Certains diront qu’il ne l’a jamais vraiment été, mais il y a 1 an, il l’était quand même beaucoup plus. Je me rappelle de cette une de L’Express, pourquoi la France devient Anti-Sarko…
Aujourd’hui les médias qui ne sont pas à la solde du gouvernement se comptent sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt, comme dirait Gainsbourg.
C’est vrai que c’est déboussolent de voir la qualité de la presse régresser avec une telle constance. Il y a un peu une chasse à la pertinence ou à la différence en ce moment. Mais en même temps, à force de taper sur les idéologies quelle qu’elles soient pour instaurer une sorte de normalisme informel… on fini par récolter ce qu’on sème. Il y a comme un traitement symétrique de l’information, même dans le paysage des médias papier classiques (il suffit de voir l’importance qu’a l’AFP aujourd’hui, l’image de Sartre qui verrait la une de Libé aujourd’hui me fait toujours sourir). Ce qui me frappe c’est le manque de cohérence des journalistes qui semblent faire de leur activité rien de plus qu’un métier qui donne au rédacteur un statut de simple salarié, rien de plus. C’est un peu comme faire de la politique un métier; cela me semble incroyable et incohérent. Il suffit de voir de quels bébés accouchent les parties politiques, c’est affligeant; la pensée prend un rôle secondaire, c’est devenue un luxe; et on arrive à dire aujourd’hui très sincèrement, très naïvement qu’il faut « renouer un dialogue avec les intellectuels », « réfléchir sur un programme commun »… c’est pathétique, si la politique avance sans réfléchir il y a de quoi s’inquiéter.
[...] Dans cette vaste partie de poker menteur, Nicolas Sarkozy joue une grand part de sa crédibilité politique. Si l’instrumentalisation de ce procès est avérée, l’accusation peut très vite se retourner contre lui. Il n’hésite donc plus à abattre ses dernières cartes via des médias qui sont devenus de véritables relais du pouvoir. [...]
@Etiam Rides
« Ce qui lui permet de manipuler l’opinion à défaut de trouver de véritables solutions pour le pays… »
De tous temps les politiques ont entretenu des relations houleuses avec le 4ème pouvoir. Le cinéma ne s’est pas privé d’en faire la démonstration. Hormis l’effet de miroir gratifiant que renvoie la presse à ces élus (ou non-élus) il est tellement plus commode, en effet, de ne rien faire (pour le peuple) tout en donnant l’impression de faire (via la presse) et tout en préparant son avenir (le relationnel via la presse).
@sevestre1
« Aux USA, Sarkozy aurait déjà sauté depuis très longtemps. »
Euh, ça c’est vraiment pas sûr. G. W. Bush est resté au pouvoir 8 ans avec une réélection franche en 2004 malgré le scandale de l’intervention en Irak (mince on n’a pas trouvé, finalement, d’arme de destruction massive. Mais du pétrole ça y’en a et c’est tout bénef pour l’industrie privée [pétrole, sécurité, construction] tandis que le contribuable finance), la mise au pas de la presse, des vedettes contre la guerre en Irak (inscription sur liste noire), les « fraternitudes » du Congrès, etc.
@luc.n.
« Et ce pour une évidente raison : ils ne sont pas même exposés à la sanction (implicite), de perdre des lecteurs… »
Les journaux dits gratuits ne SONT PAS gratuits. Qu’est ce qui est gratuit dans ce monde du reste ?
Ils vivent de la publicité. Moins de lecteurs, moins de pub, moins de journalistes, moins d’articles, moins de pub, etc.
De toutes les manières, lorsque quelque chose qui, en principe, représente une certaine somme à produire (produire un canard diffusé nationalement ça coute TRES CHER), vous est donné, c’est louche, forcément.
db
Et tout cela pour finir par une faillite médiatique.
Comment en 2010 un journal va t’il pouvoir gagner des contrats publicitaires en vantant les mérites du Sarkozysme.
Si toutefois Sarkozysme il y a, car si le personnage est ramené à ses préoccupations il n’y pas de quoi faire une idéologie nouvelle, le personnage illustre la prétention inouïe d’un président de république bananière qui accumulent les incohérences.
Restent encore parmi ceux qui ne se « couchent » pas : l’Humanité et l’Huma Dimanche.
[...] – Mediapart vise l’indépendance absolue – Mediapart et la renaissance des Médias franç… [...]
[...] – Sarkozy et les Médias, une collusion généralisée [...]