Chroniques éco : évolutions des salaires et des inégalités

Deuxième de notre série de trois articles consacrés au rapport Cotis, la chronique d’aujourd’hui traitera de l’évolution des salaires depuis 1960. Le sentiment largement répandu au sein de la population française est que les salaires croissent aujourd’hui de manière moins rapide que dans les années 1970. Les chiffres tendent à confirmer cette intuition.

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Cet état de fait relève non pas d’une orientation excessive de la valeur ajoutée vers le capital, mais simplement d’une moindre croissance de celle-ci, couplée à une progression des taux de cotisations sociales. Dans un second temps, il est intéressant de noter que si la dispersion des salaires est restée relativement constante en termes individuels, cette stabilité dissimule néanmoins des inégalités croissantes si l’on raisonne en termes de ménages. Enfin, le sentiment de déclassement des classes moyennes s’explique en partie par l’écrasement de l’échelle des salaires, et par la forte croissance des rémunérations des très riches (les 1/1000 les plus riches). Retour plus en détail sur ces éléments.

Une notion de base sur la progression des salaires est qu’elle suit le même rythme que la croissance de la valeur ajoutée. Cela vaut bien sûr si la part des salaires dans la VA reste stable, ce qui est le cas depuis le début des années 1990. On constate sur le graphique ci-après que les salaires nets progressent aujourd’hui bien moins rapidement que dans les années 60-75, conformément à une croissance moins rapide de la VA. En conséquence le premier facteur explicatif du manque de dynamisme des salaires depuis près de 20 ans est l’insuffisance de la croissance économique. En dernière analyse, l’insuffisance de la croissance économique provient quant à elle de gains de productivité trop faibles. De fait, le taux de croissance à long terme dépend principalement du taux de croissance de la productivité. Redonner du dynamisme aux salaires passe donc par un regain de  la productivité. On en revient ainsi aux questions d’éducation, de formation, d’incitations à l’innovation, etc… Bref , le débat s’élargit.

Croissance de la valeur ajoutée contre croissance des salaires

VA vs Salaires

Source: Rapport Cotis

Le second élément à relever, comme le rapport Cotis le stipule, c’est « qu’en moyenne, depuis 1990, le surplus de productivité distribuable (croissance de la VA non consacrée aux facteurs de production hors main d’œuvre) aux salariés a été de 0,7 point de PIB par an, alors qu’au cours des années 80 il atteignait plus de 2 points de PIB l’an ». Autrement dit, ce surplus a été davantage utilisé ces deux dernières décennies à financer des emplois additionnels qu’à augmenter les salaires. Enfin, dans le même temps, l’augmentation des cotisations employeurs et salariales a accru la différence entre le salaire « superbrut » (salaire net + cotisations salariales + cotisations employeurs) et le salaire net. Au final, en 2007, le salaire net n’a progressé en termes réels (inflation comprise) que de 20% par rapport à 1983, soit environ 1% par an. Néanmoins, la structure des emplois créés sur la période considérée est nettement orientée vers le segment peu qualifié, induisant une lecture de la croissance du revenu des salariés déjà en emploi quelque peu sous estimée. Pour plus de détail, je vous renvoie au rapport.

Intéressons-nous davantage à la dynamique des salaires par catégorie de revenus, c’est-à-dire dans ses inégalités. Le sentiment de déclassement des classes moyennes est l’objet depuis quelques années déjà de nombreuses analyses. Et si on ne constate pas d’accroissement des inégalités depuis près de 30 ans entre les deux bouts de l’échelle des revenus, on observe en revanche un écrasement patent.

Le rapport inter-décile constitue un indicateur usuel des inégalités. On l’obtient en divisant le salaire qui sépare les 10% les plus riches des autres 90%, par celui qui sépare les 10% les plus pauvres des 90% plus riches. Ce ratio est ainsi resté stable autour de 3 depuis de nombreuses années déjà, soulignant une stabilité de l’éventail des revenus. Cependant, ce point doit être relativisé si on raisonne sur les inégalités en termes de ménages ou de couples. En effet, les hauts revenus sont davantage homogames que les bas et moyens revenus, impliquant donc un accroissement des inégalités (dans des proportions néanmoins peu spectaculaires). Enfin, les hauts revenus tirent des revenus de leur patrimoine, notamment financiers, et cela dans une plus forte mesure que chez les autres salariés. Ces deux effets tempèrent donc quelque peu la première analyse, sans pour autant la discréditer complètement.

Progression des salaires nets par décile

Progression Salaires

Source: Rapport Cotis

Le graphique ci-dessus relate les progressions salariales par décile. On voit assez nettement se dessiner, sur la période 1996-2001, une forme en « u », signifiant des hausses plus rapides pour les salaires les plus bas comme pour les salaires les plus hauts. Cette évolution du bas de l’échelle tient des nombreux coups de pouce accordés au SMIC. De fait, le revenu minimum s’est nettement rapproché du revenu moyen, expliquant le processus de « smicardisation » du segment peu et moyennement qualifié du marché du travail.

L’autre point marquant du rapport Cotis, rejoignant ici les conclusions de Camille Landais (qui s’est plongé dans les données rassemblées par les excellents Piketty et Saez) est la forte progression des très hauts revenus (les 1/1000 les plus riches). Clairement, on constate dans le graphique ci-dessous un accroissement bien plus rapide des salaires dans cette catégorie de revenu. Cet état de fait vient probablement renforcer l’impression de déclassement des classes moyennes. En considérant simplement le dernier centile (les 1% les plus riches), la part de ceux-ci dans les salaires totaux est passé de 5,8% à 6,8% entre 1995 et 2005. Ceci est évidemment substantiel compte tenu des montants considérés.

Progression des salaires nets des très hauts revenus

Très Hauts Revenus

Source: Rapport Cotis

En conclusion, je dirais que, depuis le début des années 1980, on a pu constater une moindre croissance des salaires, en raison notamment d’une croissance économique plus faible qu’auparavant. Parallèlement, tout le monde ne fut pas logé à la même enseigne, et si les inégalités, mesurées au sens usuel se sont peu accrues, le sentiment de déclassement des classes moyennes s’explique aisément. Ceux-ci se sont vu  rattraper par les bas revenus suite aux revalorisations successives du SMIC, tandis que le niveau de rémunération des très hauts revenus s’est envolé. Les mesures fiscales ou redistributives comme le RMI et le RSA n’ayant, par définition, pas d’incidence sur les salaires bruts avant impôt, stimuler les salaires passera donc nécessairement par une plus forte croissance…

Article relayé par :

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27 Commentaires sur “Chroniques éco : évolutions des salaires et des inégalités”

  1. He bien merci beaucoup pour ce nouveaux post très éclairant; vraiment très intéressant.
    Il fraudais ici, selon moi, réintroduire la possibilité de penser une politique fiscale plus pertinente, donc plus juste pour compenser cette iniquité; et ce; en marge de la nécessité d’une croissance plus forte pour stimuler les salaires. C’est d’autant plus nécessaire que « la croissance » est une notion que je crois nécessaire de repenser actuellement. Alors bien sur c’est à partir de ce moment là que naissent les divergences.

    Merci à l’auteur en tous cas.

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  2. On pourrait aussi s’interroger en termes politiques sur cette évolution. Si les 1% très riches deviennent plus riches et que le reste devient un prolétariat à peu près uniforme et malléable, et si une police armée maintient une frontière autoritaire entre les 2, nous serons en pleine République de Platon (celle des « philosophes rois » de l’Atlantide), c’est-à-dire, en termes contemporains, en plein fascisme.

    L’économie n’est que le prétexte du pouvoir, et comme l’a dit FD Roosevelt, « En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un évènement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi ».

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  3. Un pur marxiste…

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  4. Effectivement, c’est un discours usé bien trop stéréotypé qui est utilisé par Cacao. C’est d’autant plus dommage que Karl Marx est toujours une référence incontestable du point de vue du regard critique très pertinent qu’il a porté sur le capitalisme. Alors bien sur je crois qu’il faut séparer ses propositions de son diagnostique. Mais d’un homme qui disait lui même qu’il n’étais pas Marxiste; il ne faut pas avoir peur de retrouver et d’étudier son Œuvre, mais pour la penser et la faire évoluer. C’est pour cette raison me semble t-il, que je préfère écouter des Marxiens qui veulent vraiment réfléchir et critiqué la vision de Marx du communisme, que des Marxistes, animé par un dogme qui est bien souvent rigide et très peu pertinent.

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  5. Qui a parlé de MARXISME ? Les stéréotypes sont les vôtres il me semble. Grands dieux, le marxisme, non merci…

    De même, Providia, pas besoin d’intellectualiser le débat de la sorte, je suis plus pragmatique et observateur que dogmatique et « rigide » si vous me relisez. C’est de la pollution de débat pure et simple, ce que vous venez d’écrire.

    Au-delà de ces idées préfabriquées, quelqu’un peut-il m’opposer de véritables arguments si je vous parle de contrôle social par la précarité et l’autoritarisme ? Quid de la démocratie dans un pays où les ressources sont concentrées en haut de la pyramide, et protégées par une force de police bientôt unifiée et placée sous l’autorité directe du régime en place (une autorité difficilement contestable en temps de « crise », même inégalement répartie) ?

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  6. bien d’accord avec vous, caocao, et je dirais même plus : c’est à un authentique ACTE DE FOI que se livre Providia, lorsqu’il prétend que vous utilisez un discours « usé bien trop stéréotypé » -sans toutefois avancer à cet égard le début d’un commencement de preuve. Et pour tout dire ce procédé… dogmatique me paraît quelque peu ridicule, venant de qui prétend pourfendre des dogmes.

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  7. un terme très utilisé aussi par les gens de cette mouvance, notamment lorsqu’ils exercent le métier de journaliste au Monde ou à Libération, est l’adjectif « excessif », appliqué à tout ce qui risquerait de déranger les digestives certitudes de leur crédule public.

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  8. Intéressant…. Ces inégalités de revenus qui s’accroissent vont de pair avec d’autres qui concernent le logement, l’éducation…

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  9. @ Caocao

    Votre analyse initiale est purement marxiste même dans la manière de faire de l’économisme, après ce n’est pas non plus une insulte ;-) juste une vision trop simpliste à mon sens.

    A part ça il faut quand même souligner le fait principal que pointe l’auteur : le manque de croissance préjudiciable à la croissance des salaires. C’est là dessus qu’il faut se poser des questions pour y remédier car à mon avis que des gens gagnent beaucoup d’argent n’est pas un mal en soi si il existe un minimum de redistribution et surtout des mécanismes permettant une certaine « égalité des chances » et c’est là dessus que je rejoindrait plutôt l’analyse de Des Pas Perdus.

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  10. C’est incroyable ça tout de même. Je n’ai jamais lu Marx, j’abhorre le système marxiste, que je considère comme un contrepoids fallacieux au capitalisme (une conception commune que vos propos attestent), et bien que j’affirme n’être pas marxiste, vous me répétez pourtant que je le suis. A mon sens, j’aurai pu écrire ce que j’ai écrit sous n’importe quelle obédience. Passons. Après tout on a tous ses fantaisies: vous parlez bien de croissance « qui manque ». Je pouffe. Si je suis le Monsieur Jourdain du marxisme, vous êtes le Pangloss du capitalisme.

    Comme le disait Goethe (cette citation est pour vous Luc), « il n’y a pire esclave que celui qui se croit libre ».

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  11. Oula, je ne voulais pas blesser Cacacao mais apparemment il aime répondre de manière agressive … chacun son style.

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  12. Effectivement, je préfère quand les mots ont du poids mais visiblement pour un débat (j’ai posé une question plus haut, au cas où un démocrate souhaiterait parler à un autre de l’avenir de son pays…), je repasserai. Vous me découragez, j’abandonne. Très bon article tout de même.

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  13. je respecte votre décision d’abandonner, caocao, et m’en solidarise avec… un commentaire, réduit au minimum. On assiste sur Internet, pour des raisons qui sont en partie liées au résultat des présidentielles 2007, à un retour en force d’un discours qui rappelle celui du temps de la guerre froide : quiconque dénonce le contrôle social sans cesse accru, ou encore les inégalités caricaturales, a vite fait de se faire traiter de marxiste !

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  14. salut,
    pourquoi ne pas dire clairement que le SMIC est une des causes de l’absence de création de richesses, et l’un des freins tant à l’insertion professionnelle des plus démunis et des moins formés, qu’à la création d’emplois ?

    je cite Salin, économiste libéral et reconnu internationalement :

    La presse économique nous a récemment abreuvés de reportages sur la dure vie de ceux qui sont payés un salaire de misère dans les pays anglo-saxons où le salaire minimum est faible ou inexistant. L’erreur implicite (et probablement volontaire) transmise par ces hebdomadaires consiste à comparer ces gens-là avec nos smicards, évidemment beaucoup mieux payés. Or, ceux qui gagneraient aussi peu en l’absence de salaire minimum ne sont pas les smicards. Ceux-là sont assez productifs pour justifier leur emploi au niveau imposé, et ne gagneraient donc pas moins si on supprimait le SMIC. C’est avec nos exclus, victimes de nos interdiction de travailler, qu’il faut comparer les faibles salaires dans les autres pays.

    Et à qui prétend qu’il vaut mieux ne pas travailler que le faire à ces conditions, on répondra que c’est aux intéressés de choisir. Les législateurs du salaire minimum, en les privant de leur Droit de choisir, leur confisquent leur Droit naturel (et constitutionnel) de travailler. Confisquer à quelqu’un son Droit de travailler, c’est se dire propriétaire de sa capacité de travail. Et se prétendre propriétaire du travail de quelqu’un, c’est de l’esclavagisme.

    Si on supprimait le SMIC, par conséquent, la seule conséquence en serait de rendre leurs chances à une foule d’êtres humains en les rétablissant dans leur droit d’entrer à nouveau sur le marché du travail, alors qu’ils en étaient exclus faute de produire assez pour rentabiliser leur embauche par un éventuel employeur.

    à bientôt !

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  15. Les législateurs du salaire minimum, en les privant de leur Droit de choisir, leur confisquent leur Droit naturel (et constitutionnel) de travailler. Confisquer à quelqu’un son Droit de travailler, c’est se dire propriétaire de sa capacité de travail. Et se prétendre propriétaire du travail de quelqu’un, c’est de l’esclavagisme.

    Pourquoi cette phrase, tant dans sa forme que dans son contenu, me fait-elle penser à 1984?

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  16. la propriété privée des moyens de production prend des formes différentes suivant l’époque, Etiam Rides : se prétendre propriétaire du travail de quelqu’un est compatible avec l’esclavagisme, comme avec le féodalisme ou le capitalisme. Il n’y a donc pas lieu, de mon point de vue, d’invoquer ici plus particulièrement 1984.

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  17. La guerre, c’est la paix.
    La liberté, c’est l’esclavage.
    L’ignorance, c’est la force.

    Et le salaire minimum c’est contraire au droit naturel. Pardon au Droit naturel.

    Je changerai d’avis quand je verrai des smicards manifester pour qu’on supprime le SMIC, bien entendu.

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  18. Oulalala, je vois qu’on a complètement dérivé par rapport au sujet de départ ^^

    Deux remarques:

    i) Les 1% les plus riches disposent de 6,8% des salaires totaux. C’est non négligeable, mais on est loin d’une concentration invraisemblable des salaires surtout au regard des standards internationaux…

    ii) Un SMIC trop élevé peut effectivement être un frein à l’emploi peu qualifié. On est, en France, probablement proche d’un tel niveau. Cependant sa raison d’être va au-delà de ce genre de considérations.

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  19. Seb_ me paraît faire bon marché, dans sa réponse ci-dessus, ce qui est un peu plus qu’un détail : le salaire, n’est qu’une des modalités, de l’appropriation de la richesse…

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  20. salut à tous,
    mon but n’était pas de troller le billet, désolé si ça prend cette tournure…!

    @ Etiam Rides : pourquoi le fait de vouloir faire en sorte que les gens puissent décider librement de ce qui le concerne te fait penser à 1984 ? Je crois que tu n’as pas du lire le même livre que moi….

    @ Luc et Seb : la question n’est pas que X ou Y décide dans son cabinet ministériel ou dans son appart de blogueur ce qui est juste ou pas. Cette attitude s’appelle le constructivisme. Elle consiste à croire qu’il est possible d’avoir toutes les informations permettant de dire ce qui est le salaire juste ou pas. C’est impossible, tout simplement. Parce que la justice n’est pas qu’une affaire de comparaison entre des salaires ou des revenus et les « mérites » supposés que l’on veut voir dans les activités des uns et des autres, mais surtout une question de processus et de marché. C’est le marché du travail qui permet de faire émerger l’information « prix », et donc l’information « salaire ». Personne ne peut dire combien doit être payé un cadre ou un balayeur. Par contre, chaque acteur sait combien il est prêt à payer pour un service donné, et chaque acteur sait pour quel salaire il est prêt à travailler. Laissons donc les gens faire librement leurs échanges : aucune SMIC ne peut être satisfaisant, parce qu’aucune personne n’est interchangeable avec une autre, et que les gens évoluent.

    Celui qui un jour bosse pour moins que le SMIC, gagnera par l’acquisition de compétences de la valeur pour l’entreprise et donc un salaire plus elevé. C’est une relation entre personnes qui se jouent dans le travail. Un smicard ne vaut pas un autre smicard. C’est toute l’erreur – dramatique et dénoncée par Salin – des dispositifs comme le SMIC.

    à bientôt !

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  21. « Celui qui un jour bosse pour moins que le SMIC, gagnera par l’acquisition de compétences de la valeur pour l’entreprise et donc un salaire plus elevé ».

    On est d’accord que ça veut rien dire. De même si cela avait pourquoi des gens restent-ils toute leur vie avec le même salaire ?

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  22. @ luc

    Je sais bien, mais les salaires restent le sujet initial du billet :-)

    @ LOmiG

    Je vois bien que le débat est de nature idéologique. Nos points de vue sont différents. Je réitère ce que je dis. Que le salaire minimum puisse être un frein à l’emploi peu qualifié, je suis d’accord, mais son existence ne peut être seulement analysé par le prisme de l’efficience économique. Encore que.

    Si l’on considère un marché du travail où le pouvoir de négociation des salariés est si faible que le salaire fixé par le marché est inférieur à la la productivité marginale du travailleur, alors le producteur spolie quelque part un surplus sur le dos du premier. Le travailleur peut rationnellement choisir de ne pas travailler. Une étude réalisée dans les années 1990 de je ne sais plus quel Etat US montrait qu’une hausse du salaire minimum avait eu des effets positifs sur l’emploi car jusqu’alors les salaires de marché étaient trop bas…

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  23. @LOmiG
    La situation que vous décrivez d’information imparfaite rendant impossible l’idée d’une « juste » rémunération ne peut, logiquement, que vous amener à la conclusion suivante: si c’est cette même situation qui détermine d’une part l’équilibre ou la crispation de l’emploi, et d’autre part l’amélioration ou la détérioration de la valeur du salaire relative à son environnement (puisque cette situation est inhérente au marché), alors la rémunération, si elle doit être juste, ne peut s’indexer que sur l’environnement lui-même, en d’autres termes, les modalités (financières) de l’accès au logement, à l’éducation et à la propriété. C’est uniquement dans ces termes que le salaire peut être une variable d’ajustement, et c’est uniquement dans ces termes que l’entreprise de marché cessera d’être un scandale social. Car malgré votre entière bonne foi dans votre défense du libéralisme, vous reconnaîtrez que la valeur ajoutée n’est jamais uniformément répartie, précisément parce qu’un monome acculé sur le marché de l’emploi acceptera toujours de baisser son salaire si cette alternative est la plus profitable – ou la seule envisageable (le jeu est tout simplement faussé: le temps est du côté de celui qui offre, et joue contre celui qui demande). Ce dont vous parlez n’est dans les faits que la loi du plus fort, et si ce sont les forts qui nourrissent les faibles, ce sont eux également qui les affament. Si une telle donnée humaine n’avait pas sa juste place dans tout système d’explication, la question même de la juste rémunération serait superflue.

    Autre chose: pensez aux implications pour la citoyenneté de la théorie que vous défendez. Si on réduit une transaction à un jeu d’information, le peuple est perdant, parce qu’il est le moins informé: il s’adapte, survit et subit. Or, la prospérité économique ne peut pas se dispenser de la promesse de stabilité corollaire au plébiscite démocratique, une promesse dont les détenteurs du capital sont certes dédouanés, mais une promesse que l’économiste doit toujours garder en tête s’il prétend défendre un avenir démocratique.

    Et Nico a raison, votre phrase ne veut rien dire. A y penser, elle me fait penser à cette phrase de Johnny Hallyday:
    http://www.dailymotion.com/video/x1nela_johnnyhallidayinterview_fun

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  24. Je m’étonne que personne n’aît relevé l’affirmation (du 29 juillet 2009 à 20h 46mn) selon laquelle « les 1% les plus riches disposent de 6, 8% des salaires totaux », avec tout ce qu’on tentait ici de lui faire dire. Car -dans la meilleure hypothèse- on est devant l’exemple même d’une affirmation inutilisable, en termes de concentration etc., si on ne précise pas le nombre, de ces plus riches !

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  25. @ Luc

    Les 1% les plus riches correspondent à 1% des salariés. Pour obtenir un chiffre grosso modo, prenez celui du nombre d’actifs, ôtez en le nombre de chercheurs d’emplois et les professions libérales. Grossièrement, on va obtenir un chiffre d’environ 150 000 à 200 000.

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  26. On parle d’inégalités de salaires mais pour mieux cerner les « inégalités » réelles, ne faudrait-il pas plutôt évoquer les revenus en tenant compte des redistributions pour les bas salaires et de la forte pression fiscale pour les autres. Il serait également très intéressant de mettre face à face le salaire avec les services rendus à la société. Certaines inégalités seraient sans doute mieux acceptées.

    L’impact de la très forte immigration des 30 dernières années n’est pas évoquée. Difficile de ne pas lui attribuer une part de la stagnation des salaires, seuls les hauts salaires n’étant pas touchés.

    « Redonner du dynamisme aux salaires passe donc par un regain de la productivité. On en revient ainsi aux questions d’éducation, de formation, d’incitations à l’innovation, etc…« . Avec 86% de réussite au bac, avec une durée des études de plus en plus longue, ne devrait-on pas avoir une bonne « éducation » et une bonne « formation » donc une forte productivité ?!!!!

    Quel espoir d’augmenter la productivité avec un secteur public pléthorique et stérilisant ? Comment motiver l’innovation lorsque l’effort et l’ingéniosité sont si mal récompensés ? La mentalité égalitariste des Français est un handicap majeur. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi ceux qui envient tant ces hauts salaires ne tentent pas leur chance. Ce qui est rare est cher !

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