Chroniques éco : comment sont utilisés les profits ?

Nous allons aujourd’hui analyser l’utilisation du profit par les entreprises. Notre omni président souhaitait que ceux-ci soit à l’avenir équitablement répartis entre épargne salariale, investissement, et distribution de dividendes aux actionnaires. Dès lors deux questions se posent : qu’en est actuellement de la répartition du profit ? La répartition souhaitée par le chef de l’Etat est-elle pertinente ?D’abord rappelons qu’une partie de la valeur ajoutée (VA) des sociétés est allouée à la rémunération du facteur travail (les salaires). La somme restante correspond alors à l’excèdent brut d’exploitation (EBE). Ce dernier est ensuite utilisé pour payer les intérêts de la dette, les impôts et les dividendes. Le résidu, qui constitue l’épargne de l’entreprise, est ensuite réparti entre trésorerie et autofinancement de l’investissement.

Évolution de la répartition de l’EBE

Répartition EBESource: Rapport Cotis

Le graphique ci-dessus montre à l’évidence trois phases distinctes comme pour l’évolution du partage de la VA. Jusqu’en 1984, les intérêts de la  dette  disposent d’un poids considérable et croissant dans le cadre de l’utilisation de l’EBE. Cette évolution relevait d’un contexte de taux d’intérêt réel négatif, compte tenu de l’inflation, et d’une compression des marges. Les entreprises furent donc inciter à financer leurs investissements par de la dette. Cependant, lorsqu’au début des années 80, les économies développées prirent le tournant de la rigueur, les taux d’intérêts ont rapidement augmenté entraînant dans leur sillage une charge de la dette toujours plus importante. La phase qui démarre en 1984 marquait ainsi une période de reconstitution des bilans. L’objectif des entreprises était de diminuer la part de la dette dans le passif en la substituant par des fonds propres via des levées de capital sur les marchés d’actions.

Cependant les fonds propres sont également coûteux pour l’entreprise. En effet, ce sont les actionnaires qui, in fine, prennent les risques. Si une entreprise concède des résultats négatifs sur un an alors les actionnaires ne recevront aucun dividendes. Si cette même entreprise est en faillite, les créanciers sont prioritaires dans le remboursement des engagements. Dès lors, si l’ensemble des dettes dispose d’une valeur supérieure aux actifs, alors les actionnaires ne récupèreront aucun centime sur leur investissement. En conséquence, les investisseurs exigent une rentabilité plus forte que pour les autres instruments de financement.

D’un autre coté, une entreprise bien valorisée permet de se prémunir des OPA ou bien même d’en réaliser, dans la mesure où compte tenu de la taille actuelle des entreprises, les opérations d’acquisitions sont généralement réalisées par échange d’actions. C’est ce dernier raisonnement qui a dominé la réflexion des entreprises ces 20 dernières années. La phase qui nous conduit jusqu’à aujourd’hui témoigne ainsi de l’importance prise par les fonds propres et donc de la croissance corrélative des dividendes versées aux actionnaires.

Jusqu’à maintenant, je n’ai pas parlé de l’épargne salariale du fait de sa classification dans les revenus du travail par la comptabilité nationalité. Ainsi pour mesurer la répartition des profits, il est nécessaire de raisonner sur un concept un peu plus large, celui du profit brut. C’est-à-dire qu’on retranche à l’EBE, le paiement des impôts et des intérêts et on ajoute l’épargne salariale. L’évolution de l’utilisation du profit brut est décrite ci-dessous.

Historique de la répartition du profit brut

Répartition Profit Brut Source: Rapport Cotis

La tendance est bien sûr similaire à celle constatée précédemment. Elle révèle une plus forte proportion des profits allouée au versement des dividendes au détriment notamment de la capacité d’autofinancement. Cette évolution peut se rapprocher d’une grande utilisation des sources externes de financement au détriment de l’autofinancement et corrélativement de l’importance prise par les fonds propres dans la valorisation des entreprises. Néanmoins, la distribution reste très largement orientée vers l’investissement (57%). Suit, ensuite, le versement des dividendes (36%) et l’épargne salariale (7%). On est donc très loin de la répartition sous forme des 3 tiers proposée par Nicolas Sarkozy…

Cependant, cette règle est peu sérieuse pour deux raisons simples. Si on peut considérer qu’intéresser le salarié au résultat peut contribuer à le rendre plus productif, il n’en reste pas moins que le profit constitue la rémunération du capital et non celle du travail. De plus, compte tenu du fait que les dividendes représentent déjà à peu près 1/3 du profit, faire passer la proportion de l’épargne salariale à un tiers reviendrait a ponctionner directement dans les investissements dans une proportion considérable. Ce qui aurait un impact fortement négatif sur le tissu productif.

La proposition de Nicolas Sarkozy est donc au mieux utopique, au pire, complètement déconnecté des enjeux économiques et societaux de notre pays…

Les autres articles sur le rapport Cotis :

- Le partage de la valeur ajoutée confronté à la réalité des chiffres…
Évolution du salaire et des inégalités

Article relayé par :

betapolitique_vignette

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2 Commentaires sur “Chroniques éco : comment sont utilisés les profits ?”

  1. Bon article mais à mon sens, on pourrait ne consacrer qu’une partie des profits au tissu productif et dispatcher le reste pour augmenter la rémunération des salariés. Comme vous l’avez rappelé, la motivation est fluctuante et doit être régénérée. Il existe de moins en moins de Stakhanov de nos jours…

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  2. Merci Baptiste, je me sens moins seul ^^

    L’épargne salariale occupe une place croissante mais faible dans les profits. Et cela pour une raison simple, le profit n’a pas, par définition, vocation à être redistribué vers les salariés. Je ne crois vraiment pas que l’épargne salariale constitue une source importante de stimulation des rémunérations.

    Le vrais sujet reste reste celui des salaires.

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