Obama snobe t-il la France ?

Ce n’est plus désormais qu’un secret de polichinelle.  Barack Obama n’aime pas notre bien-aimé président. De petites vexations en grandes humiliations, l’ancien sénateur de l’Illinois a su montrer le peu d’estime qu’il lui porte. Mais Barack Obama ne snobe t-il pas la France toute entière à travers cette prise de distance ?

obama sarkozy

Dans Marianne (N°641), le journaliste Guy Sitbon revenait dans un très bon article sur une relation qui sur le papier avait tout pour réussir : «  S’il est deux hommes qui étaient faits pour s’entendre, c’est bien ces deux-là. Même génération dans des conciles accoutumés aux querelles de gérontes.. Ils sont nés devant une télé avec le pragmatisme dans le sang. Le pragmatisme et la politique… Dans le club des Grands aucun autres parcours ne s’apparente aux leurs. Conçus au galop par d’improbables pères débarqués de terres lointaines, aussitôt arrivés, aussitôt envolés, leurs cœurs débordent de souvenirs d’un pays inconnu…»

La volonté d’occuper l’espace de notre président, ses multiples gaffes aussi, ont eu le mérite d’irriter au plus haut point, le nouveau président des États-Unis. Guy Sitbon énumère les multiples maladresses d’un Nicolas Sarkozy pressé et oppressant : «  Notre président fut le tout premier à féliciter Obama pour son élection avant même l’annonce officielle de sa victoire. Pour faire bien yankee, il ajouta à la main « Mon cher Barak », oubliant le c de Barack. Bégnin. Sauf que l’Américain marmonna : « Pourquoi il m’appelle Barack ? On n’a pas élevé les cochons ensembles? ». D’autant que ses intimes l’appellent Barry.  Pas grave mais Nicolas fut le dernier à être remercié pour ses congratulations. Il a dû patienter 48 heures, record du monde dans ce protocole ».

Ces relations ne se sont guère améliorées avec les propos de Nicolas Sarkozy  lors du fameux dîner rassemblant des parlementaires de tout bord.  L’omni-président avait tancé un Barack Obama qui « n’a jamais géré un ministère de sa vie » et qui pour lui, « n’est  toujours pas au niveau de décision et d’efficience », « nul sur le dossier du réchauffement climatique ».

Alors que Nicolas Sarkozy avait tout misé sur son positionnement atlantiste,  que la « France a sagement repris sa place dans l’OTAN comme si de rien n’avait été, comme si De Gaulle, Mitterand, Chirac et Cie n’avaient jamais existé », que notre présence en Afghanistan a été renforcée, Sarkozy « The American » comme il aimait se faire appeler continue d’être mis à l’index.

Personne n’a oublié cette image assez révélatrice lors du sommet du G20 à Londres (voir vidéo en dessous) où « Barack Obama allait saluer chaleureusement les grands de ce monde, passant devant Nicolas Sarkozy sans lui serrer la main ni lui accorder l’aumône d’un regard ».  L’évènement le plus grave à relever est celui du passage éclair du couple Obama à Paris. « Les Sarkozy avaient concocté trois programmes : un dîner à l’Elysée, un dîner au restaurant Jules-Verne de la Tour Eiffel, ou encore chez Alain Ducasse, sous les ors de l’hôtel Plaza. L’ambassade des Etats-Unis examina les propositions, laissa notre président mariner quelques jours dans son jus et finit par répondre que les Obama déclinaient l’invitation et se contenteraient d’un séjour privé à Paris. Tous les journaux du monde titrèrent : Obama refuse de dîner chez Sarkozy… Dans les annales diplomatiques, il faut chercher loin pour trouver pareille offense envers un allié.»

Nicolas Sarkozy qui avait tout misé sur son positionnement atlantiste n’a plus que ses yeux pour pleurer. Que Barack Obama ne l’aime pas, le fait est désormais avéré  (il a sans doute de bonnes raisons à cela) mais en marquant de manière publique un tel dédain, n’est-ce pas sur la France entière que le président américain jette l’opprobre ?

Jusqu’en 2012 au moins, Nicolas Sarkozy représente notre pays et il serait bon que le président américain en prenne conscience. Comme le concluait Guy Sitbon, « Obama n’a pas été égal à lui-même dans cette histoire… »

Sarkozy « The American » :


L’humiliation au G20 :

Quand Carla Bruni réplique :


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13 Commentaires sur “Obama snobe t-il la France ?”

  1. Sans doute le pion français est-il bien petit aujourd’hui pour un président US. Le fait, justement, de revenir dans l’OTAN comme un gamin privé de dessert vient demander l’indulgence de sa mère, accuse une soudaine faiblesse loin de la superbe envolée de Dominique de Villepin à l’Assemblée générale des Nations Unies. Les déboires du Charles de Gaulle ne sont certainement pas pour rien, non plus, dans ce dénigrement. La France sarkozienne n’est plus qu’une monarchie bananière dont l’Afrique se gausse. En diplomatie, le ridicule tue.

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  2. Encore une fois il ne snobe pas la France mais le nain de jardin diplomatique qu’est Sarkozy… ça rassure de voir un peu de lucidité outre-atlantique…

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  3. Très bon billet.

    Sur Obama et Sarkozy : je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’amour ou d’estime. Une autre hypothèse serait de dire que ces deux présidents se ressemblent justement trop dans leurs parcours pour ne pas être concurrents, d’autant que leurs ambitions convergent. Ces snobismes répétés ressemblent plus à des bouderies séductrices qu’à de véritables animosités. Chacun d’entre eux a grandi politiquement avec la même certitude profonde d’être unique, Guy Sitbon l’exprime très bien, sauf que vu qu’il s’agit un peu de la même à un niveau différent, ils doivent avoir l’impression de se faire de l’ombre mutuellement – un peu comme deux demoiselles découvrant à l’entrée d’un cocktail mondain qu’elles ont choisi la même robe de soirée.

    Sur les relations France et USA : Obama et Sarkozy ont chacun à la tête de leur pays une ambition internationale de premier plan, celle de Sarkozy devant paraître usurpée aux américains – et je rejoins en cela le commentairede babelouest. Or en arbitrant la guerre en Géorgie depuis la présidence européenne, puis en étant le premier à réagir à la crise économique par la création et l’organisation du G20 – certes au profit des élections US – Nicolas Sarkozy a damé le pion plusieurs fois d’affilée à la diplomatie américaine, qui peut avoir envie de lui montrer qu’elle reste maîtresse du jeu, et que c’est elle qui distribue les bons points. Ceci reste pour moi un problème bien plus général que celui des Etats-Unis et de l’OTAN : on le retrouve dans les relations avec la Chine, par exemple, avec qui la France veut traiter d’égal à égal quand celle-ci n’a de cesse de lui rappeler que c’est elle qui détient désormais le porte-monnaie de la planète.

    Je pense que Sarkozy garde un regard qui n’est pas loin d’être gaulliste sur le rôle que la France doit tenir sur la scène internationale – sans quoi Obama le cajolerait beaucoup plus. Par contre, contrairement au(x) gaulliste(s) contemporains « officiels », lui pense que la France doit faire la preuve de son rôle premier avant de le revendiquer, alors que Villepin (au hasard) pense que cette preuve est liée à l’identité même de la France, et donc n’a plus à être apportée.

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  4. Tout ça rehausse plutôt mon estime pour Obama ! Beaucoup de faits que je ne connaissais pas dans ton texte très intéressant. Une petite erreur de frappe (Sarko est évidemment Pt jusqu’en 2012), et un oubli qui m’étonne : tu pouvais décrire comment le 8 novembre dernier, l’ex-copain de Bush tente d’entrer dans les bonnes grâces de Barry en prétendant que W. avait voulu l’empêcher d’aller en Géorgie au fort de la crise d’août (parfaite contre-vérité démentie quand l’ambassadeur à Washington s’est vu convoquer à la Maison-Blanche et mettre sous le nez la transcription de la conversation téléphonique ; pour une fois que W. n’est pas le menteur !). Evidemment ça aurait indisposé n’importe qui… et ce alors même qu’un an plus tôt Nicolas s’était précipité chez Bush pour y passer ses vacances. Obama a du apprécier l’opportunisme joint à la goujaterie, pas de quoi voir en l’autre un partenaire fiable pour l’avenir !

    Ajouter aussi que l’un était contre la guerre en Irak et pas l’autre. Enfin, c’est peut-être vrai qu’Obama pourrait donner à terme l’impression de snober la France, mais tu pourrais mentionner aussi que fidèle à sa réputation de conciliateur, il lui est arrivé d’avoir des mots très polis envers Sarkozy (au sommet de l’OTAN je crois, en avril, ou un peu avant), son dynamisme, son énergie, etc. Des mots qui m’étaient restés dans la gorge, mais heureusement, ton texte me rassure, Obama est d’une lucidité finalement égale à elle-même !!

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  5. C’est le genre d’article qu’il faut lire devant un bon petit déjeuné; avec des tartines beurrées.
    La stature a toujours joué un rôle important en diplomatie; je ne vois pas pourquoi on s’étonne que Sarkozy ne dégage pas beaucoup d’Aura… A défaut d’être grand et bien bâtit, les hommes plus petits sont souvent de grand orateurs, lorsque l’on a ni l’un ni l’autre … bon bah…

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  6. Avec un peu de recul, il est tout à fait possible qu’Obama reproche à Sarkozy son rapprochement trop grand avec Bush. Une situation diplomatique conflictuel assez bien analysé par Védrine: http://www.dailymotion.com/relevance/search/Hubert+V%C3%A9drine/video/x8prn4_audition-dhubert-vedrine-sur-lotan_news

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  7. Triste bilan pour Sarkozy. On s’aperçoit déjà que le G20 et toute son action pendant le Krach n’ont été que de vastes entreprises d’enfumage.

    En espérant se rendre indispensable en courtisant les Etats-Unis et en reniant la politique étrangère menée depuis De Gaulle… il a tout simplement amorcé le déclin international de la France. Il ne pourra même pas se glorifier d’un bilan aussi flatteur que Chirac en politique internationale.

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  8. @ Babelouest
    Assez d’accord sur les conséquences de la réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN. Avant les Etats-Unis admiraient malgré tout notre indépendance d’esprit mais maintenant que nous sommes à leur botte, ils méprisent notre asservissement.

    @ B.mode
    A travers les humiliations à Nicolas Sarkozy représentant de la nation jusqu’en 2012, il éclaboussement fatalement son peuple, au passage. Personne n’est en mesure de faire le « distinguo ».

    Durant combien d’années, on s’est contenté d’identifier le peuple iranien à travers les positions dogmatiques de son guide suprême ? Les américains aux dérives de Bush ?

    Historiquement c’est une vérité communément admise. La nation est toujours assimilée à son représentant.

    @ Stéphane
    Je pense au contraire qu’il y a une vraie animosité qui tient à la divergence de leurs caractères et qui est attisé par la convergence de leurs ambitions.

    Le problème de Sarkozy c’est qu’il n’a aucune intelligence diplomatique. Il veut traiter d’égal à égal avec la Chine ou les Etats-Unis mais il se donne même pas la peine pour cela, de renforcer notre alliance avec l’Allemagne. Il s’y prend très mal avec la Russie, d’ailleurs Poutine ne l’apprécie pas et regrette lui aussi Chirac.

    Je pense que tu as raison dans ton analyse lorsque tu évoques la différence de vision entre un Barack Obama et un Dominique de Villepin sur le rôle de notre nation.

    Concernant Sarkozy, je ne suis pas d’accord. Je pense qu’il n’est pas du tout attaché à la France. Les ambitions qu’il a ne sont pas françaises, elles tournent toujours autour de sa personne. Il se fout de notre culture, de notre histoire. Ce qu’il souhaite, c’est marquer l’Histoire, laisser sa marque. Dans sa démarche, la France n’est qu’un outil. C’est toute la tragédie de cette présidence…

    @ Raphael
    Bienvenue et merci de ton passage ici ;)

    Merci, j’ai rectifié la faute de frappe. Concernant la crise géorgienne, tu as raison. J’ai choisi de pointer juste un ou deux exemples mais c’est vrai que ce fait marquant avait lui aussi sa place.

    Surtout que Guy Sitbon en parle dans son article. Je cite : « Notre président avait menti, calomnié son collègue, croyant faire plaisir à son successeur. Il en résulta l’inverse. Obama se dit qu’on ne pouvait pas se confier à ce type qui rapporte les conversations confidentielles en les déformant. »

    Il y a du second degré parfois dans les paroles d’Obama. C’est comme du Medvedev en plus fin.

    @ Providia
    Il faut bien voir qu’il s’agit que d’une brève et non d’un article de fond. Le but est seulement de faire connaitre un bon article et de poser une question suite à sa lecture.

    Nicolas Sarkozy est bon orateur mais plus ça va, plus il ressemble à un pantin désarticulé. Je ne sais pas si c’est l’assurance ou la fatigue qui le rendent comme ça mais il est de plus en plus grotesque. A ce sujet, la différence de classe entre lui et Obama lors de la conférence commune à Caen, laisse pantois…

    Merci pour la vidéo. C’est toujours un plaisir que d’écouter les analyses d’Hubert Védrine.

    @ Des Pas Perdus
    Pour l’instant la présidence européenne de la France a été l’arbre qui a caché la forêt. Les résultats obtenus ne tiennent malheureusement pas sur la durée. Le maigre capital de Sarkozy est déjà en train de s’effriter

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  9. ceux des américains qui ont une certaine culture comme c’est le cas du couple Obama sont loin d’être insensibles à l’image traditionnelle de raffinement, etc. etc., qui à tort ou à raison est associée à « la France ». Mais là ils ont du mal à s’y retrouver devant un personnage dont même les plus coûteuses Rolex ne feront jamais que souligner la fondamentale vulgarité.

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  10. [...] Mancioday pour son blog “reversus“ [...]

  11. @ Luc

    Oui mais encore une fois ne confondons pas l’antipathie qu’il peut éprouver à l’égard de Nicolas Sarkozy et les relations entre nos deux pays. Le reproche que je pourrais faire à Barack Obama c’est de ne justement pas effectuer cette distinction…

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  12. @Mancioday

    je faisais uniquement allusion à son (éventuel) point de vue privé. Pour le reste et en tant que dirigeant, il se pose peu de de questions de ce genre, pour lui, le monde est divisé en deux : il ya, those-who-are-with-us, et il y a, those-who-are-against-us.

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  13. @ Luc

    Je pense qu’il a une vision moins unilatérale que cela. Certes Obama comme tous les autres présidents américains avant lui est toujours convaincu par la « destinée manifeste » des Etats-Unis. Néanmoins, il a pris conscience des changements opérés ces dernières années, de l’émergence d’un monde multipolaire. Sa main tendue à Chavez, à l’Iran, à Medvedev montre une nouvelle ouverture d’esprit dans la diplomatie américaine.

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