Barbier et les frontières du ridicule

De semaine en semaine, Christophe Barbier n’en finit plus de nous étonner. Le directeur de l’Express ne se contente plus de brandir sa plume lyrique, il se met en scène constamment. Le problème de l’exercice, c’est que l’on ne passe jamais très loin du ridicule…

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Christophe Barbier, c’est un peu l’enfant chéri de la presse politique française. Journaliste à 23 ans, Directeur de l’Express à 29 ans, le parcours du normalien force le respect et l’admiration. Certains stigmatisent pourtant un certain conformisme dans la pensée. Et il est vrai que Barbier n’est jamais aussi bon que lorsqu’il distille des vérités communément admises, quand il réchauffe la soupe avec un souffle d’exaltation en plus.

D’autres mettent le doigt sur ses prises de positions controversées. En 2008-2009, il défend notamment l’offensive israélienne contre le Hamas en parlant d’une « guerre juste », en juillet 2008 il joue les va-t-en-guerre en soutenant avec ardeur l’engagement des troupes françaises en Afghanistan. Malgré son coté premier de la classe, Christophe se lâche aussi parfois. Le 19 février dernier dans un édito sur la crise aux Antilles, il assène : « Aux Français des tropiques qui veulent travailler à l’antillaise et consommer à la métropolitaine, rappelons qu’il faut labourer la terre arable pour qu’elle lève d’autres moissons que celle du songe… »

Enfin certains lui reprochent ses connivences avec le pouvoir en place. Lui que l’on avait connu si véhément sous la Chiraquie, a substitué à ses critiques acerbes de chaleureux conseils. Lors du malaise vagal de notre président, Barbier, inquiet, ira même jusqu’à s’improviser médecin pour prodiguer d’affectueuses recommandations à notre « grand malade ».  En 2008, il procède d’ailleurs à  la première interview de Carla Bruni: un joli coup marketing puisque l’Express réalise alors les meilleures ventes de son histoire. Juan de Sarkofrance a trouvé la bonne formule pour définir ce thuriféraire du régime, il s’agit ni plus ni moins que du « Alain Duhamel des années 2000 : faire semblant de critiquer, mais surtout ne pas déranger… »

Talentueux mais grisé comme d’autres par le succès, il s’intéresse très vite au petit écran. Pendant trois ans, il débat sans briller face à Eric Zemmour sur I-Télé dans l’émission « Ça se dispute ». Mais depuis quelques années maintenant, il nous gratifie d’éditos vidéo sur le site de l’Express. Au fil du temps ce passionné de théâtre a commencé à se mettre en scène…

barbier écharpe

Pour cela, il a adopté l’écharpe rouge mitterrandienne, histoire de compenser un manque évident de charisme. Bruno Roger-Petit qui s’est livré à une analyse sémiotique du personnage, note aussi la présence distinguée d’une montre, « toujours portée sur la manche de la chemise, jamais en dessous ».

En matière de réalisation, force est de reconnaitre que l’on est plus proche de Max Pecas que de Fritz Lang. Dernièrement, il nous a même gratifié de quelques perles : le chapeau panaméen, l’écharpe rouge en guise de masque contre la grippe et enfin la désormais célèbre déambulation dans des rues de Paris enneigées, pour évoquer la crise à Gaza.

Dans le fond, le directeur de l’Express a lamentablement échoué. De cette volonté initiale de se poser en grand sage de son époque, Barbier n’aura réussi qu’à en devenir le parangon grotesque. Une sorte de synthétisation burlesque d’une société surmédiatisée qui n’hésite plus à franchir, une par une, les frontières du ridicule…

Barbier médecin :


Barbier va-t-en-guerre :




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10 Commentaires sur “Barbier et les frontières du ridicule”

  1. Sa fait longtemps qu’il me pique les yeux celui là, il faut savoir qu’il est journaliste politique privilégié par France 5 dans l’émission « c’est dans l’air ». Je ne vous raconte pas les « séances » d’analyse politique creuses entre « experts ».

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  2. Vous êtes dur avec ce mec au poil ! Barbier, il est toujours sur le fil du rasoir, nan ? ;)

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  3. superbe billet, aussi bien que les jambes de la dame en robe, barbier ce serait plutôt « tes riens et tiroirs ».

    rital, quand t’écris de la sorte ça donne vraiment envie de lire, R.E.S.P.E.C.T !!!

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  4. Le réquisitoire est virulent mais talentueux, une fois de plus. Personnellement je garde malgré tout un faible affectif pour Christophe Barbier, dont j’apprécie l’inventivité pédagogique dans les analogies lorsqu’il s’agit de problématiser une situation politique complexe par exemple, et ce notamment dans « C dans l’air ». Si son point de vue ne m’influence que rarement, il me permet souvent d’affiner le mien – et c’est son job, après tout.

    Sur le plan des critiques, j’avoue par contre aussi ne plus regarder ses éditos, dont la mise en scène, qui se voudrait créative, parasite systématiquement le fond du propos, lui-même souvent trop immédiat et arbitraire pour faire le tour de la question soulevée. Dans la foulée, je trouve que c’est vraiment dommage qu’il ne tienne pas un « vrai » blog, parce que quand il prend son temps, il sait écrire. Or quand on lit le sien on a l’impression qu’il n’y reporte que les miettes indigestes tombées de la table de la rédaction de l’Express.

    Bref, pour ma part j’ai l’impression que ces imperfections sont dûes avant tout au fait que Christophe Barbier fait trop de choses pour parvenir à les aboutir toutes, ou pour avoir un recul raisonnable sur chacune d’entre elles. Il est peut être aussi mal conseillé. Mais quel que soit mon propre recul sur son travail, je garde une forme d’empathie pour cette fringale professionnelle exposée au grand jour, quand bien même elle serait source d’excès.

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  5. je n’ai jamais acheté son torchon… mais à part Marianne et Politis, tous les hebdos défendent la même ligne politique, non?

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  6. @ Clarky
    Tout est question de sujet bien souvent ;)

    @ Stéphane
    Je suis d’accord sur le fait que Barbier écrit redoutablement bien. A mon sens, c’est sans doute l’une des plus belles plumes de la presse écrite française. Il devrait se restreindre à cela.

    Ce qui me gêne c’est la stature qu’il essaye de se construire, son coté je-sais-tout, son manque d’humilité aussi, tout cela devient très gênant à la longue.

    De plus, je lui reproche une forme de lâcheté. Rappelons-nous qu’il a été l’un des premiers à sortir le couteau quand Jacques Chirac a pris sa retraite, il n’a pas hésité à sabrer Dominique de Villepin lorsque ce dernier était au plus bas dans les sondages en parlant d’un « manque d’éthique ».

    Aujourd’hui, il se montre affable et condescendant envers Nicolas Sarkozy. Comme beaucoup d’autres journalistes après tout mais encore une fois, il l’affiche de manière trop excessive…

    @ Des pas perdus
    Je suis abonné à Marianne, Mediapart et l’Express. Entre les trois, j’arrive à bâtir ma propre opinion. Mais j’avoue que je suis de plus en plus déçu par l’Express…

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  7. le parcours du normalien…

    J’aime beaucoup cette phrase.

    Au regard de cette biographie non officielle, on se dit que le système forme ses meilleurs éléments à devenir des brosses à reluire… Désolant.

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  8. Françoise Villonne 01 sept 2009 at 12h 42 min

    Christophe Barbier a, sur la plupart des sujets d’actualité, un point de vue proche de la « beauferie » : son seul et unique talent est de savoir enrober ses propos simplistes et caricaturaux dans une prose ampoulée et grandiloquente, à la sauce « pseudo-normalienne ». Comment un type aussi lèche-botte et aux idées aussi étroites peut-il être rédacteur en chef d’un grand hebdomadaire français ?

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  9. sur un point vous exagérez un chouïa : directeur … du service politique de l’Express … à 29 ans… ; et puis directeur de la rédaction, directeur de l’Express si on veut, … à 39 ans…
    ohhh, seulement ?? mais alors, ça force moins le respect ?? ça fait plus tâcheron… !
    ben oui.
    mais bon,
    pour être nul comme il l’est, au plan humain, et tout, l’âge ne sert de rien.

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