Effets économiques du travail dominical

Après des semaines de débats houleux à l’Assemblée Nationale, la loi sur le travail dominical est finalement passée au forceps. Elle est d’ailleurs entrée en vigueur ce week-end.  Au-delà de toutes considérations sociétales,  la question est la suivante:  qu’apporte précisément l’ouverture des commerces le dimanche ?

loidimanchebertrand

Nous le savons, cette loi prévoit notamment d’autoriser l’ouverture des commerces non récréatifs et non culturels dans les zones déjà classifiées comme touristiques. Dans un second temps, il est prévu d’étendre à un certains nombres de zones urbaines dites « PUCE » (périmètre urbain de consommation exceptionnelle) les autorisations d’ouverture dominicale. Dans cet article, nous reviendrons sur les effets possibles du travail dominical sur l’économie. Les études sur le sujet étant assez peu nombreuses, ce qui suit doit être relativisé en conséquence.

A l’évidence, le consommateur effréné et dépensier bénéficiera pleinement d’une telle mesure. Si une dépense réalisée le dimanche ne se substitue pas à une autre effectuée les autres jours de la semaine, on pourra  dès lors conclure que la consommation des ménages augmentera. Cependant, à contrainte budgétaire constante pour le consommateur, cet effet peut n’être que marginal. Le gain ne se mesure alors qu’en termes de bien-être pour le client.

Du coté de l’emploi, le volume d’heures travaillées devrait, par définition, augmenter. Les entreprises devront faire face à ce surcroît de travail en utilisant les heures supplémentaires ou en embauchant du personnel. En ce sens, une généralisation de l’ouverture des commerces le dimanche pourrait avoir un impact positif sur l’emploi et les salaires.

Dans le cadre de notre débat national, il est intéressant de s’attarder sur  le cas des États américains et des provinces canadiennes (voir ici par exemple) qui n’ont pas dérégulé l’ouverture des commerces le dimanche. Leurs analyses montrent des résultats plutôt convergents. L’effet net sur l’emploi est réel, de l’ordre de 1 a 2% de postes supplémentaires dans le secteur considéré. Si l’effet brut peut se révéler assez large (environ de 5 à 12% dans le cas des provinces canadiennes), l’effet net est plus modeste en raison des petits commerçants étranglés par des pertes supplémentaires de parts de marché.

dimanchesyndicat

Du coté des salaires, l’effet est nul dans la mesure où les entreprises s’ajustent en utilisant le  levier des emplois plutôt que celui des heures supplémentaires. Parallèlement, les salariés déjà employés qui sont amenés à travailler le dimanche ne sont pas davantage rémunérés puisque les heures travaillées ce jour-là se substituent à d’autres perdues en semaine (le surcroit d’heures travaillées est fournit par de nouveaux employés et le travail dominical est rémunéré presque de la  même  manière que les autres jours sur le continent nord-américain) . Au final, ils ne sont donc pas mieux payés. C’est sans doute pour éviter cet effet que la majorité actuelle entend doubler le salaire perçu sur les heures travaillées le dimanche (le cas français pourrait donc se distinguer par une augmentation des rémunérations plus significative  que dans les cas pré-cités).

Enfin, l’ouverture des commerces le dimanche conduit à une augmentation des coûts et donc des prix. En effet, si les ventes totales restent constantes alors que les entreprises ont embauché, les dépenses des consommateurs par heures travaillées vont fatalement diminuer. L’entreprise risque donc de compenser ce manque à gagner par des prix supérieurs. Ainsi, les études sur le continent nord-américain aboutissent à une augmentation des prix de l’ordre de 4%. Le doublement salarial, couplé à la faible concurrence entre enseignes dans la majorité des zones géographiques concernées, pourrait renforcer cette hausse des prix.

En conséquence, l’ouverture le dimanche étant un service, de la même manière que le petit épicier qui reste ouvert tard le soir, celui-ci sera facturé aux clients de manière indiscriminée (difficile d’imaginer en pratique des prix différents le dimanche du reste de la semaine). Cette loi comporte ainsi des avantages et inconvénients dont l’appréciation des poids respectifs relèvera des préférences de chacun…

Article relayé par :

betapolitique_vignette

Share/Save/Bookmark

Tags: , , , ,

Commentaires

  • babelouest dit:

    Ce genre d’ouverture supplémentaire ne peut se justifier que si de nombreux étrangers (en général moins frileux en termes de budget) fréquentent l’établissement. Pour le salarié français, le seul avantage peut éventuellement être de l’ordre de l’horaire, si effectivement lui-même ne travaille pas ce jour-là. Des courses faites à la sauvette dans la semaine seront reportées un jour où la notion d’urgence sera gommée. On pourra alors constater deux effets. Si l’on a plus de temps, il est alors possible de céder à des offres alléchantes, que pressé par le temps on n’aurait même pas aperçues. En parallèle, celui qui a un budget réduit pourra mieux choisir en fonction des prix ce dont il a réellement besoin. Pour le chiffre d’affaire du commerçant, et pour le porte-monnaie des chalands, globalement je pense que ces deux effets se neutraliseront plus ou moins.

    Qui sera un peu gagnant ? Ceux qui ont vraiment des difficultés avec les horaires.

    Qui sera perdant ? Les employés qui perdront le repos dominical, si une autre journée de repos dans la semaine leur est proposée, car les bruits extérieurs de circulation et de travaux divers présentent un grosse différence en termes de décibels entre un jour banal et le dimanche. C’est un facteur qui, à long terme, n’est pas négligeable.

    Pour les commerçants, je pense que le résultat sera neutre, excepté, comme je l’avais signalé plus haut, si la proportion d’étrangers dans le secteur est assez importante.

    En conclusion, voilà une reculade sociale qui, une fois de plus, ne profitera qu’aux riches.

  • Providia dit:

    J’ai toujours été très surpris par le poids inexistant du catholicisme en France; la ou le traditionalisme s’ancre dans la droite dans de nombreux pays Européen, L’allemagne en est un très bel exemple, en France le libéralisme de droite ne semble contenir ni de près, ni de loin de famille catholique. C’est ce qui m’a le plus surpris dans l’affaire du travail dominical.

  • babelouest dit:

    (à Providia)
    En fait, la France de droite au pouvoir n’est plus celle d’un gaullisme de droite solidement assis sur des bases catholiques. C’est une nouvelle souche où l’argent est devenu le dieu dominant, et où les ficelles religieuses ne servent que pour déstabiliser un Etat de droit laïque et manquant de souplesse grâce à des lois protégeant les plus faibles.

    Le travail dominical est surtout un moyen pour désolidariser encore plus des salariés qui ne travailleront plus qu’épisodiquement ensemble.

  • Mancioday (Auteur) dit:

    Bravo à Seb pour son travail d’analyse.

    Personnellement, je pense que les effets de cette loi sur l’économie seront quasi-nulles. Même sur l’emploi, je pose la question. Ce facteur ne doit-il pas être relativisé étant donné la crise économique que nous traversons ?

  • des pas perdus dit:

    C’est une mesure purement dogmatique, économiquement contestable, et socialement détestable.

    par rapport à un commentateur, la France est un Etat laïque. Laissons donc la religion dans le domaine strictement privé… X. Darcos est l’archétype du croyant catholique hypocrite…

Trackbacks

Il n'y pas de trackback