MAM face à la honte de notre République

Albert Camus affirmait qu’une « société se juge à l’Etat de ses prisons ». Alors que le nombre de suicides ne cesse d’augmenter (81 depuis le début de l’année), que la surpopulation carcérale n’a jamais été aussi importante, nous sommes en droit de nous poser certaines questions…

MAM prison

Le fardeau de MAM :

Michelle Alliot-Marie, promue Garde des Sceaux lors du dernier remaniement, n’a pas à rougir de son bilan à l’Intérieur. Pendant deux ans, elle a honorablement rattrapé certaines erreurs de Nicolas Sarkozy, en mettant par exemple un terme à sa « police spectacle », et en réinstaurant la police de proximité avec les UTEQ. Sous son office, les atteintes aux biens ont baissé mais l’augmentation des violences physiques et du taux de cambriolages ont quelque peu assombri le tableau final. Cette fidèle chiraquienne  souhaitait d’ailleurs poursuivre sa mission place Beauveau, mais Nicolas Sarkozy en a décidé autrement.

Pour quelles raisons ? Conscient de l’importance de ce ministère aux yeux de son électorat, le chef de l’Etat a reproché à MAM de ne pas suffisamment se mettre en scène, de n’avoir pas su médiatiser sa lutte contre l’insécurité. Il souhaitait d’ailleurs au départ lui adjoindre Christian Estrosi en tant que Secrétaire d’Etat à la Sécurité Publique, ceci afin de pallier à son déficit en matière de comm’. Mais leur inimité affichée a rendu le projet caduc. MAM s’est donc retrouvée à la Justice mais avec un rang de Ministre d’Etat, comme pour mieux lui faire digérer la pilule…

En tête de ses nouvelles priorités,  elle retrouve l’épineuse question des prisons. Le 22 juin dernier, Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs affirmé que « l’état des prisons était une honte pour notre République ». A l’heure actuelle, l’administration pénitentiaire dénombre une surpopulation inquiétante, 62 420 détenus pour 51 000 places. Le nombre de suicides ne cesse d’augmenter (96 en 2007, 115 en 2008) et 81 depuis le début de l’année, le plus fort taux en Europe. Lundi, un détenu s’est suicidé, précipitant un peu plus l’intervention de Michelle Alliot-Marie sur le sujet.

Mardi, la nouvelle Garde des Sceaux a donc présenté une batterie de 20 mesures afin de prévenir tout accroissement du risque de suicide. Pour éviter les tentatives de pendaison, elle préconise par exemple l’emploi de vêtements et de draps en papier pour les détenus présentant des risques. Elle s’est prononcée en faveur de la formation de 900 surveillants mais également pour la nomination de « détenus de soutien », chargés d’épauler les prisonniers en détresse.

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Les prisons, une absence politique :

Le psychiatre Louis Albrand, auteur d’un rapport sur lequel Michelle Alliot-Marie s’est appuyé pour annoncer son plan d’action, estime que ces propositions sont « décevantes » et  « pas sérieuses ». Selon lui, il faut à la fois « réhumaniser la prison, remettre le détenu dans une condition d’espoir » mais également s’efforcer d’atténuer le sentiment « d’isolement de la personne détenue » en favorisant les contacts avec l’extérieur de la prison (parloirs, conversations téléphoniques…), surtout durant les premières semaines d’incarcération. Patrick Marest, président de l’Observatoire international des prisons, insiste quant à lui sur les besoins en termes de « personnel médical et soignant, la formation des détenus et des surveillants n’est pas suffisante… »

Les solutions prônées par la nouvelle Garde des Sceaux ne suffiront donc pas à endiguer le fléau, surtout quand c’est l’ensemble du processus pénitentiaire français qui prend l’eau. Cette situation est le résultat d’une double équation : le durcissement de la politique pénale voulu par Nicolas Sarkozy d’une part, et l’absence de mesures de réinsertion et de réhabilitation de l’autre, qui n’ont fait qu’accroître les déséquilibres structurels des prisons françaises. Pour pallier ce problème, Nicolas Sarkozy a toujours prôné la même solution : la construction de nouvelles prisons. Mais tous les spécialistes s’accordent à dire que des prisons modernes ne changeront pas la donne, le suicide récent dans celle de Corbas en est l’illustre exemple.

Comme le souligne Juan, on est tout simplement en train de reproduire le modèle pénitentiaire américain. Les « mesurettes » promises par MAM sont également le signe que les prisons ne figurent toujours pas  parmi les priorités de Nicolas Sarkozy. Le rang de Ministre d’État de Michelle Alliot-Marie et la création récente d’un secrétariat d’État aux prisons n’y changeront rien, l’enjeu électoral n’est pas assez important pour consentir à de gros efforts sur ce sujet.

Pourtant, pourvus ou non d’une carte d’électeur, les détenus restent nos semblables, et pour un homme qui souhaite tant marquer l’Histoire, Nicolas Sarkozy trouverait peut-être, en relevant l’un des défis majeurs de notre société, de quoi enfin apaiser  son ego


La prison de Fleury-Mérogis filmée par des détenus :


Article relayé par :
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9 Commentaires sur “MAM face à la honte de notre République”

  1. Beau billet !!

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  2. La question des prisons dans notre époque moderne est effectivement devenu problèmatique car il n’est plus seulement question de juste enfermer les gens comme dans le passé mais aussi d’encadrement et de réinsertion.

    Le problème est que les prisons ne sont plus adaptés car il y a notamment le problème des détenus à pathologies psychiatriques qui je crois sont quand même dues à la généralisation de consommation de stupéfiants (si quelqu’un a des études là-dessus ça pourrait être intéressant). Et comme c’est dis dans la vidéo, faut pas mélanger les genres car les mauvais exemples se font souvent passer pour des héros.

    Pour le problème de la réinsertion, c’est souvent le problème de la pauvreté qui frappe ceux qui sortent de prisons qui doit les pousser à persévérer dans une voix où ils ont déjà perdu… La prison ne doit plus être juste un lieu d’enfermement mais un lieu ou l’individu se reconstruit et les deux moyens les plus valorisant je crois que ça reste l’éducation et le travail (honnètement rémunéré).

    Après il faut aussi être capable de mettre en prison ceux qui le méritent donc il faut aussi s’attaquer au manque de place.

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  3. « une société se juge à l’Etat de SES prisons »

    merci pour ce billet.

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  4. Merci Providia, c’est corrigé

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  5. Par contre dire qu’elle n’a pas à rougir de son bilan, est largement abusée. Banlieue, banditisme, violence, le blian est catastrophique. Sans oublier qu’elle a enchristé sept mois un homme sans aucune preuve. Tout ça pour ressortir le spectre de l’ultra gauche terroriste. Rien que pour cette faute impardonnable, elle eut du démissionner…

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  6. [...] Depuis quelques années maintenant, le cinéma français sort de sa torpeur pour proposer à nouveau des œuvres engagées. Après « Welcome»   de Philippe Lioret ou bien encore « Entre les murs»  de Laurent Cantet, Jacques Audiard s’attaque avec  « Un prophète»   aux conditions de détention dans les prisons françaises… [...]

  7. Michelle Alliot-Marie se croit encore au temps du Général de Gaulle, du Service d’Action Civique et de la Cour de sureté de l’État.
    Son utilité au système de saint Nicolas Sarkozy est douteuse comme ont étés celles de sainte Rachida Dati diplômée en Bijouterie, sainte Christine Boutin de la vraie Croix des sept plaie du Vatican. Mais quel ministre, quel secrétaire d’Etat, quel conseiller de la garde rapprochée est utile au système de saint Nicolas Sarkozy qui ne pense qu’a taper du pied et faire du sport tout en promettant tout et son contraire. Il suffira de brûler une lettre de Guy Môquet parfumée aux extraits d’algues vertes en agitant un livre de la Princesse de Clèves et il ira noyer son chagrin au Mexique en passant par la Syrie sans oublier d’aller taper sur l’épaule de Khadafi.

    Dominique Rabeuf – Non Républicain – Partisan de la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican et la vente de tous les édifices cultuels non classés monuments historiques y compris les monuments aux morts pour la patrie

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  8. [...] Lorsque vous étiez Garde des Sceaux, vous aviez évoqué le problème des prisons en parlant d’une « honte de la République ». L’expression a été reprise depuis par [...]

  9. [...] Michelle Alliot-Marie semblait pourtant plus discrète au niveau de sa stratégie de communication à [...]

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