Les Tarifs EDF : une transition vers un prix compétitif ? (1)
Au début du mois de Juillet, le PDG d’EDF Pierre Gadonneix avait provoqué un tollé en réclamant une augmentation des tarifs de 20% sur trois ans, soit environ 6 à 7% par année. Un mois plus tard, le gouvernement français annonçait un brin fataliste une augmentation de 1,9% en moyenne des tarifs de l’électricité…
Coup médiatique pour mieux faire passer la pilule ? Réelle volonté de sortir de la tarification ou de l’aligner sur un prix de marché ? Regardons de plus près de quoi il s’agit véritablement, et quels sont les enjeux, à travers une explication économique de la complexité aussi bien technique que politique du bien électricité.
Un problème technique et plus encore économique.
Avant toute chose il faut faire quelques rappels sur l’électricité, qui représente un bien très particulier. Premièrement, elle n’est pas stockable physiquement, ce qui la distingue des autres biens économiques (la seule façon d’en stocker – indirectement – est un barrage dont on ouvre les vannes en cas de besoin de production). Deuxièmement, il est nécessaire au bon fonctionnement du réseau électrique de maintenir perpétuellement l’égalité entre l’offre et la demande : il faut que le courant passe quand le bouton est actionné sans quoi il peut y avoir des coupures importantes sur de grandes zones du réseau. Troisièmement, l’électricité est un bien physiquement homogène mais très différencié économiquement : logiquement, son prix s’envole lors des demandes de pointes. Quatrièmement, il est important de noter le caractère non substituable de l’électricité et la dépendance domestique à laquelle nous devons faire face, à tel point qu’elle a gagné sa place dans la Constitution française en tant que droit à un service public.
Pour finir (mais il s’agit là plutôt de culture scientifique), l’électricité voyage à 300 000 kilomètres-seconde en suivant le chemin de moindre résistance selon les lois de Kirchhoff, de sorte qu’il n’est pas possible de savoir d’où provient réellement l’électron que l’on reçoit, et que donc (par exemple) des Allemands ou des Suisses anti-nucléaires qui achèteraient de l’électricité à la France n’auraient aucun moyen de vérifier la provenance « écolo » du courant.
Passons maintenant en revue les différents moyens de produire de l’électricité. Premièrement, la centrale nucléaire, dont les coûts de construction en termes de temps et de moyens techniques et financiers sont très élevés pour un coût marginal, c’est-à-dire le coût du combustible, qui demeure relativement faible. Elle a pour avantage sa forte capacité de production, idéale pour produire la « base » de la consommation et satisfaire la demande incompressible.Son inconvénient majeur reste sa très faible capacité d’adaptation : sa mise en route est lente et sa production n’est pas calibrable (cela concerne également la centrale électrique « au fil de l’eau », qui évite certains problèmes liés à l’activité nucléaire en moins mais requiert la présence de fleuves ou autres permettant ce genre de construction : la Suède, par exemple, possède beaucoup de centrales de ce type).
Deuxièmement, la centrale au gaz, dont les coûts de construction sont beaucoup moins conséquents mais dont le coût marginal se révèle plus élevé et volatile (notamment parce que le prix du gaz est partiellement indexé sur celui du pétrole). Ses avantages sont un très bon rendement de conversion de l’énergie primaire en électricité (de l’ordre de 40% pour les centrales récentes) et sa flexibilité qui la rend idéale pour la production de la « dentelle ». Son inconvénient majeur est la volatilité du prix du gaz.
Troisièmement, la centrale à charbon, aux caractéristiques assez semblables à la centrale à gaz, mais dont l’avantage est le faible coût du charbon, et dont l’inconvénient est la très forte quantité de CO2 émise (l’Allemagne et la Pologne, par exemple, possèdent beaucoup de centrales à charbon).
Pour finir, le barrage que nous avons décrit précédemment et dont l’avantage est l’énorme flexibilité de production a pour principal inconvénient, sa localisation en montagne (les Suisses en sont les spécialistes : ils achètent l’électricité à EDF quand les prix sont bas sur le marché et font alors marcher les pompes qui remontent l’eau dans les barrages et ils revendent aux périodes de pointe, leur énergie à leurs voisins français, italiens et allemands).
Nous n’évoquerons pas ici les autres formes de production comme les centrales thermiques à essence (qui sont dépassées) ou bien encore les moyens alternatifs (énergies renouvelables). Pour la simple et bonne raison que bien que leur poids dans la production soit amené à croitre, ils ne sont à l’heure actuelle pas suffisamment maîtrisés.
Revenons d’ailleurs au cœur de notre sujet : quelle est la différence entre un tarif et un prix ? Un tarif désigne des prix fixés de façon réglementaire pour une durée déterminée, c’est donc l’Etat français qui fixe les tarifs de l’électricité, EDF restant pour le moment qu’une force de proposition avec l’avis consultatif de la Commission de Régulation de l’énergie (CRE).
Notons toutefois que dans un marché entièrement libéralisé, les tarifs ne représentent plus que le droit de péage payé par les opérateurs d’électricité pour utiliser le réseau de transport. Un prix est quant à lui le montant médiateur de l’offre et de la demande, cela ne signifiant pas que toute demande est satisfaite : pour un prix donné, ceux pour qui ce prix est trop élevé resteront une demande potentielle.
Symétriquement, nous remarquons que pour les offreurs, le problème s’inverse. En effet si le prix est jugé trop faible, les vendeurs préféreront ne pas vendre plutôt que de le faire à perte. Remarquons également que cette situation est également valable en présence de tarifs.
Voici donc les notions préalables que nous pouvions énoncer dans le cadre de cet article mais comme nous l’avons évoqué précédemment, l’électricité reste un bien très spécifique tant dans la production que dans son acheminement, tant sur la notion de coût que sur celle de prix.
EDF est depuis 2004 une société anonyme à capitaux publics, dont l’Etat français détient encore plus de 80% de production et de fourniture d’électricité. Cette ouverture du capital a été opérée dans le cadre de la déréglementation du secteur électrique suite à une directive européenne de 1996 imposant « l’unbundling » de la chaîne de valeur dans le secteur électrique : la séparation des activités de production , de transport et de distribution d’électricité, permettant la libre concurrence entre producteurs et distributeurs mais en maintenant le transport comme monopole régulé (le réseau de transport est en effet une « ressource essentielle » dont la duplication serait trop coûteuse et non optimale).
Tout ceci a été présenté comme un moyen de faire baisser les prix de l’électricité par la mise en concurrence des différents acteurs du marché et d’éviter ainsi le « slack organisationnel », c’est à dire le gaspillage de ressources. Un phénomène très fréquemment constaté dans les monopoles d’autant plus quand ils sont publics.
La baisse des prix espérée n’était cependant pas évidente compte tenu de l’envolée du coût de production de l’électricité. Il faut rappeler qu’il dépend très fortement des prix d’énergies primaires aujourd’hui à la hausse (pétrole, gaz, charbon). A cela, il faut ajouter l’augmentation de la plupart des coûts ces dernières années (par exemple le coût de construction des centrales nucléaires) et la nouvelle contrainte carbone imposée aux producteurs d’électricité européens. Ces derniers doivent désormais se soumettre à un système de quotas d’émission de gaz à effet de serre. Ces bouleversements engendrent une certaine incertitude pour la plupart des producteurs d’électricité….
Nous voyons donc le grand défi que représente l’électricité en terme de design de marché, c’est a dire à la forme que l’on souhaite donner au marché de l’électricité. En effet il existe aujourd’hui en Europe déjà plusieurs marchés de l’électricité qui ont chacun leur spécificité, on pourrait citer par exemple le Powernext en France ou le Nord Pool de Scandinavie. Mais l’électricité ne se résume pas aux problèmes techniques ou micro économiques, il s’agit aussi d’un enjeu politique…
Seconde partie : les tarifs EDF, un combat entre le marché et l’Etat
Article relayé par :

24 août 2009 








Info auteur
« (énergies renouvelables). Pour la simple et bonne raison que bien que leur poids dans la production soit amené à croitre, ils ne sont à l’heure actuelle pas suffisamment maîtrisés. » Je ne suis pas sur que cet argument soit très fondé en Allemagne; devenue d’ailleurs depuis peu le leader mondial dans le domaines des énergies renouvelables. La bataille des « écologistes » (nous devrions plus parler des verts progressistes qui ont une vision que je situe au centre gauche) en Allemagne a mis une énorme pression sur le lobby (dans son terme le plus noble) nucléaire. Ce qui a accéléré leur reconversion énergétique.
Je pense que l’annonce de Pierre Gadonneix est un coup de com (d’ailleurs très bien réalisé) qui consiste à remettre sur la table le besoin d’un plan de relance (si je puis dire) du groupe EDF ayant pour ambition de s’imposer sur le marché européen et amplifier son implantation au niveau mondial. Une vision partager par l’UMP puisque cet argument faisait parti de l’explication à l’ouverture du capital d’EDF.
Plutôt qu’un « Coup médiatique pour mieux faire passer la pilule » je pense que Mr Gadonneix a voulu mettre un peu plus de pression sur le gouvernement qui de toute façon aurait annoncer une hausse des tarifs. C’est justement parce-qu’il n’est pas libre de ses mouvements qu’il a taper aussi fort (vous avez très bien rappeler que « l’Etat français détient encore plus de 80% de production et de fourniture d’électricité »).
Ce qui est sur, c’est que la baisse des prix espéré par l’UE est a oubliée. Je suis de ceux qui pensent que « l’ouverture d’un marché concurrentiel » dans des domaines aussi vitaux que l’électricité n’est pas une voix intéressante.
Dommages que C dans l’air ne garde les vidéos entières dans ses archives (pour une fois que l’émission était intéressante):
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1209
Bonjour Providia,
vous n’avez pas tord sur l’Allemagne mais quand je dis que les énergies renouvelables ne sont pas encore suffisament maitrisées je parle à un niveau global. Bien sûr certains landers allemands ont beaucoup d’éolien, Barcelone développe fortement la production d’électricité par solaire ou photovoltaïque… Mais tout ceci s’incrit dans des politiques locales. J’ajouterai que la notion de maitrise que j’évoque renvoit beaucoup à la capacité humaine de planification de la production : les éoliennes par exemple nécessitent un minimum de vent (et pas trop non plus) qui n’est pas spécialement prévisible et ne peuvent pas servir pour produire en cas de demande de pointe imprévue.
Mais bien sûr à l’avenir il faudra des mix énergétiques diversifiés faisant appel de plus en plus à des énergies propres, en limitant au maximum l’usage du charbon (dans l’optique de la lutte contre le CO2, car plus personne ne croit vraiment dans le CCS, Carbone Capture Sequestration »), éviter de tomber dans le tout nucléaire, …
Bonne présentation, j’attends la suite !
Très bonne présentation du secteur électrique en France, c’est un article très éclairant
Par contre quand je lis cette phrase, j’ai du mal à comprendre qu’on ne puisse pas fixer des seuils minimaux et maximaux pour éviter ce genre d’envolée des prix…
« Si le prix est jugé trop faible, les vendeurs préféreront ne pas vendre plutôt que de faire à perte. Remarquons également que cette situation est également valable en présence de tarifs. »
Bonjour Baptiste,
il manque un « le » dans la phrase. Il est normal qu’un producteur ne veuille pas vendre une production si le prix de celle-ci est inférieur à son coût ; cela est vrai si la production n’est pas encore faite (il est clair qu’un vendeur de sapins préférera vendre ses sapins des clopinettes les derniers jours avant noël plutôt que de devoir s’en débarrasser après le jour de noël, mais l’électricité est produite pour l’instant donc nous n’avons pas ce problème).
Des prix plafonds sont effectivement des possibilités mais je suis contre : dans un marché libéralisé il faut que les centrales marginales que l’on appelle pour satisfaire la pointe puissent vendre leur électricité à un prix suffisant pour pouvoir recouvrir tous leurs investissements. Marcel Boiteux, ancien directeur puis président d’EDF, disait que la centrale ultime n’était sollicité qu’une fois tous les dix ans alors dans ce contexte il faut bien que si des investisseurs choisissent de se spécialiser dans des approvisionnement de pointe ils puissent au moins récupérer de l’argent et si possible en gagner, c’est bon pour eux et pour ceux qui voulait cette électricité même si elle était très chère.
[...] la donne est différente. Nous l’avons vu dans le précédent article, l’envolée des coûts de production ne permettent plus de maintenir cette [...]