La Taxe carbone, en vert et contre tous

Le torchon brûle entre écolos et socialistes cette semaine. Il aura suffi d’une déclaration de Ségolène Royal contre la taxe carbone pour que la fragile alliance que l’on voyait prendre forme se retrouve sur la sellette…

sarkozy verts

Le gouvernement persiste et signe

De son côté, François Fillon a profité de cette cacophonie médiatique pour annoncer la mise en place de la contribution énergie climat en 2010. Il a adopté au final la même position que Christine Lagarde en annonçant une taxe carbone de 14 € par émission de tonne de CO2. Nous nous sommes exprimés plusieurs fois sur le sujet. Cette taxe n’atteindra pas son noble but initial, à savoir encourager les consommateurs à utiliser moins d’énergie fossile, car son coût trop faible ne pèsera pas sur les comportements.

Cette taxe risque en revanche de peser sur le portefeuille des ménages, et reste extrêmement inégalitaire car tout le monde n’est pas en mesure de réguler ses émissions, notamment quand il s’agit de ne plus utiliser sa voiture par exemple. François Fillon avance certes des « aides pour ceux qui habitent à la campagne et sont obligés de faire des kilomètres en voiture », mais tout cela reste encore bien trop abstrait…

Sur ce point, force est de reconnaître que Ségolène Royal avait vu juste : il s’avère aujourd’hui impossible d’approuver la réforme voulue par François Fillon sur un sujet que le gouvernement n’a pas pris à bras le corps, loin s’en faut, quand on sait ce que sont devenues les recommandations de la commission Rocard (à savoir une taxe d’au minimum 32€ la tonne avec une augmentation graduelle au fil du temps).

Au-delà de notre scepticisme quant au moyen choisi pour lutter contre le réchauffement climatique, nous aurions pu reconnaître un certain courage à l’action gouvernementale si le dossier avait au moins intégré ces recommandations.

Des questions toujours sans réponses

L’idée de progressivité de cette taxe, évoquée dès le début du débat, nous avait paru d’emblée inextricable, et ce pour plusieurs raisons évidentes. D’une part, il ne tombe pas sous le sens que la relation entre les revenus des ménages et leurs émissions de gaz à effet de serre soit toujours proportionnelle. D’autre part, on serait tenté de souligner que l’objectif devrait être au contraire de sanctionner les consommations intensives de la population quelques soient ses revenus.

François Fillon préconise aujourd’hui une baisse des charges sociales en contrepartie, mais on serait tenté de s’interroger sur ce principe de redistribution des revenus de la taxe. En agissant ainsi, ne risque t-on pas d’assouplir un peu plus la contrainte, alors que la logique voudrait que les revenus générés servent uniquement à financer la recherche et le développement de nouvelles énergies propres (c’est-à-dire renforcer le secteur de l’éducation et de l’innovation) ?

Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que Nicolas Sarkozy s’appuie sur cette taxe pour envoyer un message aux autres partenaires internationaux. Il entend montrer à tous, avec l’humilité qui le caractérise, qu’il embrasse le problème du réchauffement climatique avant tout le monde. Malheureusement, à vouloir faire cavalier seul, le chef de l’État prend de gros risques.

En effet, c’est à Copenhague et non à Paris que la décision finale sur le sujet sera prise. La tendance pourra être à une taxe carbone mondiale, ou bien encore à l’instauration d’un marché d’émission: tous les paris restent pour l’instant ouverts. En voulant aller plus vite que la musique, Nicolas Sarkozy semble se préparer pour un de ces fameux concertos pour pipeau dans lesquels il est passé maître. Il serait alors contraint de faire marche arrière.

Du marketing écologiste

Mais revenons à l’empoignade médiatique entre les écologistes et Ségolène Royal.  Nous l’avons dit précédemment, la présidente du Conseil Général de Poitou-Charentes a raison quand elle s’oppose à la Taxe carbone, mais les explications qu’elle avance sont pour le moins étonnantes, surtout pour celle qui se considère comme la « meilleure candidate écologiste aux présidentielles ».

Ségolène Royal se trompe de débat lorsqu’elle fustige la taxe carbone sur le plan de la fiscalité, en estimant le montant trop élevé. Par contre, elle est dans le vrai lorsqu’elle déclare que les possibilités d’adaptation (notamment via les changements d’équipement) sont beaucoup trop rares actuellement pour justifier une telle taxe. On serait cependant tenté d’ajouter que le but d’une taxe carbone est justement d’amorcer ce changement, en rendant compétitives des technologies aujourd’hui trop coûteuses.

D’ailleurs, l’ancienne Ministre de l’Environnement socialiste tient là un double discours, puisqu’elle avait à l’époque investi l’argent du contribuable dans les énergies photovoltaïques, aujourd’hui parmi les plus onéreuses.

Quant aux écologistes, ils n’ont pas été égaux à eux-mêmes dans cette histoire: pour le moins, leur acharnement à défendre une taxe aussi dérisoire surprend. Avec pragmatisme, les Verts pensent sans doute que « cette mesurette » permettra l’instauration de mesures  plus fortes, une fois la page de la crise économique tournée. Une stratégie attentiste, donc. Hélas, en s’opposant aussi vigoureusement à Ségolène Royal, ils font le jeu de Nicolas Sarkozy et fragilisent l’entente cordiale qui avait germé lors de l’université d’été de la Rochelle.

Au lieu de préparer le sommet de Copenhague et de consulter nos partenaires européens et mondiaux, le débat politique français tourne en rond. En effet, le problème reste entier: il faut impérativement harmoniser nos choix avec ceux de nos voisins, et nos instruments avec ceux déjà mis en œuvre. L’exemple de l’électricité est en cela symptomatique, car si certains souhaitent que les producteurs d’électricité soient soumis à la taxe, ils oublient que ce secteur est déjà sous le coup des quotas d’émissions. Il faut éviter à tout prix ces double-peines et la superposition hasardeuse de mesures mises en œuvre sans concertation.

Entre opportunisme et basse démagogie, nous sommes véritablement en train d’occulter la véritable problématique environnementale que soulève cette polémique…

Article relayé par :

marianne2

Ségolène Royal, sur RTL :

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15 Commentaires sur “La Taxe carbone, en vert et contre tous”

  1. Cette taxe est une vaste blague à mettre en perspective avec la disparition de la taxe professionnelle. C’est une décision tactique incroyablement habile qui fait d’une pierre deux coups; afficher un semblant d’action avant Copenhague et réformer une infime partie de la fiscalité (en somme une source de financement supplémentaire pour l’État) sans pour autant la présenter comme une augmentation des impôts (Nicolas Sarkozy y est viscéralement opposé… sur le papier.)

    Ce qui est plus tragique c’est l’uni-son des politiques écologiques qui ne se rendent pas comptes de la manipulation… L’épisode allemand de la Taxe Carbone aurait pourtant du nous alerter, l’augmentation des prix n’ayant eu aucun impact sur le «comportements des consommateurs». L’assèchement intellectuelle de la politique écologique est pattant:
    Je comprend le silence des verts présent à l’UMP, je comprend beaucoup moins l’enthousiasme des « verts de gauche » [SIC] comme Daniel Cohn Bendit en faveur de cette taxe…

    Le débat devrait se focaliser sur les mécanismes de redistributions, pour le moment rien à signaler… Sauf peut-être le geste emblématique de Martine Billard (clairement à gauche, radicalement même, si je puis dire) qui a quitté les verts pour rejoindre le front de gauche en disant: «Il y a chez Les Verts un assèchement intellectuel total!»

    Lire cet article sur Marianne 2

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  2. Oui et c’est pas fini cette petite guéguerre politique. Voici que Valls s’y met lui aussi et flingue Royal dans La Tribune.

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  3. Je ne sais pas si il s’agit d’un assèchement intellectuel spécifique au verts parce qu’il contamine un peu tout le monde. Le problème de l’écologie c’est que nous sommes véritablement rentrés dans une ère où cela ne peut plus être qu’un seul positionnement de niche. L’enjeu doit être considéré par tous les bords politiques, de là en découle une concurrence politicienne pas forcément propice à la réflexion sur le problème.

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  4. Je dois dire que je n’approuve pas le parallèle fait entre l’action de Ségolène Royal dans sa région et sa position contre la taxe carbone. Il n’y a pas de double langage bien au contraire. Elle montre que sans augmenter les impôts on peut mener une véritable politique environnementale si on en a la volonté. C’est un choix.
    La taxe carbone, ou contribution climat-écologie, n’est pas un choix. Et elle reposera exclusivement, on le sait, sur les ménage en exonérant les gros pollueurs. Pour nous à gauche c’est inacceptable. On demande donc à ce que les bénéfices, venant pour beaucoup de la spéculation sur le prix du pétrole, des grosses entreprises polluantes comme Total soit exceptionnellement surtaxés et l’on arrive au même chiffre que la taxe carbone. Et créer une véritable fiscalité écologique en pénalisant les pollueurs et en récompensant les vertueux. Donnant-donnant quoi.

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  5. Imposer une taxe comme la taxe carbone c’est aussi un choix et c’est l’idée que tout le monde pollue et que donc tout le monde doit payer. Je trouve surprenant que vous citiez le cas de Total qui est extrêmement ambigü : Total vend du polluant et se sont ses consommateurs qui vont polluer, qui taxer ? Taxer Total pourquoi pas mais il vont dans une certaine mesure répercuter ce sur-coût sur ses clients…

    Malheureusement il est clair que ce sont les utilisateurs finaux qui vont devoir payer le gros de la facture environnementale. Mais le but principal n’est pas de payer plus mais de changer les comportements de tous et d’influencer les choix d’investissements vers des technologies trop chères actuellement.

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  6. On peut et on doit changer les comportements. Pas par une taxe et une taxe toujours sur les mêmes: Nous. Total fait des superbénéfices dûs à la spéculation financière et la taxe carbone lui garanti un prix de vente élevé à la pompe! Une hérésie alors que nous nous devons renflouer les banques en plus…Franchement on nous prend pour des cons et la gauche avec il faut bien le reconnaître:
    http://www.lepost.fr/article/2009/09/05/1683363_martine-aubry-incarne-la-faillite-ideologique-du-socialisme_1_0_1.html

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  7. Que proposé-vous à la place d’une taxe, ou plus largement une contrainte financière sur les ménages ? Une tape dans le dos et un sourire ?

    Je vous le redis si on taxe Total ils vont répercuter le manque à gagner en augmentant leur prix à la pompe de toute façon… Je ne saisi pas votre logique même si je comprends votre mécontentement.

    Pour les banques c’est un autre problème car l’Etat français n’a pas donné cet argent pour les solvabiliser…

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  8. « Je vous le redis si on taxe Total ils vont répercuter le manque à gagner en augmentant leur prix à la pompe de toute façon… Je ne saisi pas votre logique même si je comprends votre mécontentement. »

    C’est une réflexion étrange que vous menez la… il est important que vous vous rappeliez que les taxes de Totale répercutés sur le consommateur peuvent être redistribué par l’Etat au contribuable (donc compensation de la hausse des prix). C’est un signal envoyé à l’entreprise Totale et non au consommateur. (Rappelons nous que Totale a des concurrents, peu nombreux mais qui existe, elle ne peut pas augmenter ses prix n’importe comment.)

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  9. En effet mais je suppose que si on en arrive là on taxera aussi les concurrents de Total donc le niveau général des prix des carburant seront à la hausse.

    En ce qui concerne la redistribution au moins dans notre cas j’y crois pas trop, c’est un peu trop complexe à mettre en oeuvre si on veut que ce soit véritablement équitable.

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  10. Fillon c’est plus des couleuvres qu’il avale, c’est des anacondas…

    Aucune fierté ce mec là. Voir l’article du Figaro

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  11. Je pose la question : celui qui va payer la taxe carbone parce qu’il a construit à 30 kms de son travail parce les terrains étaient trop chers; en quoi cela va-t-il changer son comportement ??? S’il n’a plus les moyens il ira pointer au chomage.

    Personnellement, je crois plus à l’adhésion qu’à le contrainte et vous ???

    Eric Le Boucher disait que l’écologie est « anti-social ».

    Oui si on va vers la décroissance, il y aura des choix douloureux à faire…Mais il y a peu de politique qui sont capables de l’annoncer clairement…

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  12. Je pense que l’adhésion est un doux rêve car personne ne fera personnellement les efforts nécessaires pour atteindre le but fixé de reduction des émissions de gaz à effet de serre.

    L’écologie est sûrement anti-sociale dans le sens ou elle exigera de tous un effort à peu près similaire financièrement, donc c’est finalement un coût dégressif avec le revenu. Mais le but est d’inciter tout le monde en rendant plus chers les technologies polluantes.

    Je ne crois pas à la décroissance et pour être franc je pense que certes cela va représenter un coût pour tous les français, mais il y dans ce pays suffisament de potentiels pour que ce coût soit en fait un investissement. Cela demande de rediriger l’argent vers l’éducation et l’innovation en faveur des technologies vertes, mais aussi le courage politique de mettre toute ceci en oeuvre.

    Sur ce site nous avons plusieurs fois exprimés notre désaccord avec la taxe carbone parce que justement le problème d’une taxe c’est qu’elle touche tout le monde et que donc cela passe facilement pour anti-social. Par contre d’une façon ou d’une autre il faudra bien payer, plus on attend plus le coût social (financier et peut-être humain pour les générations futures) sera élevé.

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  13. La glace de la banquise fond
    Des ours blancs vont mourir de faim
    La forêt va de nouveau s’étendre sur le Groenland
    Un réchauffement climatique a été décrété par un processus décisionnel digne d’un bureau de prospective économique à long terme
    Le dioxyde de carbone produit par l’activité humain est probablement à l’origine d’un réchauffement climatique possible
    Le méthane n’est par contre pas concerné, un consensus à été établi, ainsi les vaches sacrée pourront continuer à améliorer les conditions sanitaires d’une partie de l’Asie du Sud Est
    En France la toxicité d’algues vertes présentes depuis près de vingt-cinq ans est envisagée sur la pointe des pieds car rien ne démontre formellement que des gaz reconnus comme mortels soient la cause du cheval qui se promenait sur la plage
    Deux anciens premiers ministres connus pour leur efficacité en matière d’amélioration des finances de l’état font la promotion du Grand Emprunt décrété par le bureau politique du comité central de la république. On connait le montant du Grand Emprunt, reste à déterminer à quoi il sera employé, les candidats bénéficiaires sont tellement nombreux que le montant envisagé devrait sans doute être revu à la hausse.
    L’histoire avait enterré la gabelle, les nouveau fermiers généraux la remettent en vigueur sous le nom de taxe carbone

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  14. [...] bien, nous avions à maintes reprises critiqué la Taxe Carbone sur ce blog. Nous estimions qu’elle était mal [...]

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