Hortefeux montre son vrai visage

Le dernier épisode de Zone Interdite n’est pas passé inaperçu. Mélissa Theuriau qui recevait le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, a fait preuve d’une étonnante pugnacité en abordant la question des dérives de la police. Au delà de la controverse, deux visions de la politique des banlieues s’entrechoquent…

hortefeux theuriau

Une polémique injustifiée

Hier, le syndicat Alliance s’était insurgé, affirmant que Mélissa Theuriau avait été « aveuglée par une haine non dissimulée de la police » et que « son comportement extrêmement agressif l’avait amenée à salir l’ensemble des policiers en énonçant sans discontinuer des accusations mensongères contre les membres des forces de l’ordre ». Mais qu’a-t-elle dit réellement ?

La présentatrice de M6 n’a fait  que rappeler, suite à un reportage sur les émeutes des banlieues en 2005, certaines vérités. Elle a critiqué une politique de deux poids-deux mesures, évoquant  les dérives de certains policiers « qui bafouent [leur] code de déontologie » et sont pourtant « toujours en fonction ». Elle a également dénoncé l’utilisation du flashball et du taser. Ces remarques ont soulevé un tollé auprès des syndicats de police, très affûtés en ce moment puisqu’ils préparent leurs prochaines élections professionnelles…

Mais outre la polémique, c’est l’opposition de deux conceptions du monde des banlieues qui s’est avérée intéressante au cours de cette entrevue. Brice Hortefeux, en parfait sarkozyste, a défendu le « droit à la sécurité », refusant les zones de non-droit et plaçant l’application de la loi au-dessus des débats éthiques. La rédactrice en chef de Zone Interdite a clamé quant à elle l’importance du « dialogue » avant de parler de « sécurité ».

Le retour du tout-sécuritaire

Le nouveau Ministre de l’Intérieur a beau avoir rencontré des associations et des jeunes des cités cette semaine,  il est désormais avéré que ce petit jeu médiatique n’aboutira à rien. Brice Hortefeux ne promet aucune mesure concrète et  martèle encore et toujours le bien-fondé de sa politique du bâton.  Michelle Alliot-Marie avait pourtant sonné le glas de cette « police spectacle » auparavant menée à l’Intérieur par Nicolas Sarkozy, en réinstaurant notamment la police de proximité  (les UTEQ).

Mais Brice Hortefeux croit apparemment qu’il nous faut revenir aux bonnes vieilles méthodes de son mentor : le respect par la force. Quand Mélissa Theuriau évoque l’incident de Toulouse en 2003, où Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’Intérieur avait demandé aux policiers de la ville de « cesser de jouer au foot avec les jeunes des cités » et de faire leur « métier »,  Brice Hortefeux répète les mêmes inepties.  Il le confirme, « le rôle d’un policier n’est pas de jouer au foot », sans qu’aucune notion de la confiance, de la proximité ou (oserons-nous le dire ?) de la fraternité  qu’il reste à bâtir entre la police et le peuple ne lui vienne à l’esprit.

Sa vision reste dualiste, comme l’illustre cette phrase symptômatique : « nous, on est du pas du coté des voyous, on est du coté des gentils ». Emporté par son manichéisme justicier, il promet d’ailleurs à la fin de son intervention qu’il n’y aura « aucune circonstance atténuante pour les délinquants ».

Faut-il avoir le front épais pour méconnaître à ce point le contexte social et sociétal de la délinquance en banlieue et promettre, bravache, une répression dont il est prouvé, dans sa forme actuelle, que c’est précisément elle qui allume les étincelles du chaos urbain.

Hortefeux sur les traces de son mentor

La vérité, au fond, c’est que Brice Hortefeux a choisi  d’endosser à son tour le rôle de premier flic de France. Désormais pour resserrer ses troupes autour de sa personne, il se fait le parfait avocat de ses ouailles et n’hésite plus à dénoncer la vision « caricaturale » que l’on peut avoir de la police. Lors des incidents de Bagnolet, il ne s’est d’ailleurs pas contenté de défendre la position des forces de l’ordre, il a également porté plainte contre les témoins accusant la police de « bavure ».

L’interview avec Mélissa Theuriau rentre dans ce cadre et n’aura fait que renforcer la popularité du Ministre de l’Intérieur auprès des policiers. Sur les différents forums de la police que l’on peut trouver sur le web, la performance est saluée.

Les bonnes intentions de façade ne durent pas face à la réalité d’une droite sarkozyste qui n’abandonnera rien de ce qui a fait son succès. En brandissant le spectre sécuritaire, Brice Hortefeux a l’ambition de rassurer son électorat et d’honorer sa politique de quotas. Peu importe après tout que les problèmes de fond demeurent et que les relations entre la police et la jeunesse des quartiers populaires soient de plus en plus délétères…

Article relayé par :

betapolitique_vignette

nouvel-obs

Interview de Brice Hortefeux par Melissa Theuriau :

Share/Save/Bookmark

Tags: , , , , , , ,

Commentaires

  • b.mode dit:

    Melissa non seulement elle est jolie mais elle fait ce que de nombreux journalistes complaisants et complices ont renoncé à faire en Sarkozie. Une vraie interview pas un jeu de passe plat…

  • Monsieur Poireau dit:

    Bon sang, il reste une journaliste au pays de France ! Quelqu’un qui ne vient pas avec le cirage pour les gros souliers de la communication gouvernementale mais qui regarde la réalité sociale et qui en parle en face !
    C’est devenu tellement rare, ça parait extraordinaire !
    :-) )

  • b.mode dit:
  • Marie-Georges Profonde dit:

    Très bon billet, bravo ! On ne lit pas assez souvent cette évidence au sujet des jeunes (je te cite) : « Pour méconnaitre autant le contexte social et sociétal dans lequel ils sont baignés dès leur plus tendre enfance et qu’ils les empêchent fatalement de sortir de leurs enclaves ? » alors merci !

  • Providia dit:

    Cette vidéo illustre ce qu’est la manipulation des chiffres et de la médiation en général. Hortefeux joue sur deux tableaux:

    1/ La baisse de la délinquance, qui va dans le sens d’une meilleur gestion de celle-ci depuis l’arrivé de Nicolas Sarkozy (clin d’œil à son électorat)

    2/ La hausse de la délinquance/violence, qui va dans le sens d’une besoin d’accroissement de la sécurité nationale (clin d’œil à son électorat potentiel)

    Il utilise ensuite « l’image » (la rencontre entre les associations et la police [sic]) pour monter qu’il souhaite faire bouger les choses.
    Comme un retour de bâton, la manipulation médiatique inverse du reportage d’M6 (qui joue sur la violence policière cette fois-ci) va le gêner. Il va, alors, minimiser l’importance de la réaction des banlieue en 2005 (Contresens opportuniste)

    Je ne serais pas si enthousiaste quand à l’intervention de cette journaliste qui affiche une pugnacité de façade sur des questions déjà polémique en soi. Je n’ai pas vu le débat progresser vers des questions plus fondamentales.

    Les statistiques, un service public détourné

  • Nemo dit:

    J’ai regardé la vidéo…bravo Mélissa. Des journalistes impertinents, il en manque cruellement en France…

  • abadinte dit:

    Je ne suis évidemment pas d’accord avec ce billet. Non pas que je pense qu’Hortefeux ou le syndicat Alliance a raison bien au contraire, mais Sarkozy n’est pas le mentor d’Hortefeux en matière de sécurité. Son mentor serait plutôt du côté de Jean-Marie Le Pen et du GUD… Et donc c’est bien Hortefeux le mentor de Sarkozy en terme de sécurité.

  • b.mode dit:

    Sauf votre respect, Abadinte, vous mélangez l’oeuf et la poule. Hortefeux est aux ordres, pantin de Sarkozy qui lui s’est nourri de Jean-Marie.. Sarko siffle et Brice aboie… Ne pas confondre le maître et le chien !

  • Mancioday (Auteur) dit:

    Merci à tous pour vos commentaires.

    @ Providia

    C’est certain que l’on touche pas aux problèmes de fond mais c’est difficile lorsqu’en face, vous avez un homme politique aussi obtus.

    @ Abadinte

    B.mode a raison, Hortefeux ne dicte pas la ligne politique de Sarko bien au contraire. Il a toujours été son Poniatowski, Debré disait de lui : « Hortefeux n’est que le porte-flingues d’autres personnages« .

    Le mentor de Sarkozy en matière de sécurité, c’est Patrick Buisson.

  • peuples dit:

    je viens de visionner la video. Enfin une journaliste qui ne laisse pas la langue se dévider devant elle. bravo !

  • Dominique Rabeuf dit:

    Brice Heurte Flammèche va accumuler les bourdes, virer des préfets, empêcher les fonctionnaires de police de travailler. Allez donc sécuriser les banlieues, les parkings, arrêtez les voleurs. Il n’y a plus de place en prison. Les tribunaux sont engorgés. Les cimetières débordent. Les médecins s’en vont sans remplaçants. Les banquiers se moquent des guignols. Marions Ségolène et Nicolas avec interdiction de divorcer et nommons les secrétaires au nettoyage.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    A voir cette vidéo qui confirme tout ce que l’on pouvait penser de Brice Hortefeux. Un racisme sous-jacent proprement inacceptable…

    « Brice Hortefeux, a posé pour la photo en compagnie d’un jeune militant, samedi 5 septembre lors de l’université d’été de l’UMP, à Seignosse dans les Landes. « Il ne correspond pas du tout au prototype », plaisante M. Hortefeux en référence à l’origine arabe du jeune homme, avant d’ajouter : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes« .

  • Dominique Rabeuf dit:

    Brice Heurte Flammèche est blond, vulgaire, illettré, inutile