Obama, prix Nobel de l’espoir
L’attribution du prix Nobel de la Paix à Barack Obama a surpris le monde entier. A travers cet acte politique, le jury a voulu soutenir et récompenser les efforts d’ouverture du président américain actuellement en difficulté sur la scène diplomatique mondiale….
Une attribution prématurée
Beaucoup de spécialistes ont critiqué cette attribution en estimant qu’elle allait à l’encontre de la définition originelle du prix Nobel, censé récompenser une personne ayant contribué par ses actes à la défense de la paix dans le monde.
Aujourd’hui, compte tenu de l’échec du processus de paix israélo-palestinien et du fait que les Etats-Unis sont encore engagés dans deux guerres (en Irak et en Afghanistan), la remise de ce prix à Barack Obama semble quelque peu prématurée et même véritablement dénuée de légitimité. Surtout lorsqu’on apprend que Washington s’apprête à envoyer 40 000 hommes supplémentaires à Kaboul.
Barack Obama fut lui-même assez étonné de recevoir cette distinction et avouait d’ailleurs avec une certaine humilité qu’à ses yeux, il ne la méritait sans doute pas encore.
Ainsi cette année le prix Nobel ne peut être pas être interprété comme une récompense mais bien comme un acte politique.
Un acte politique
Le jury a justifié son choix en affirmant que : « rarement une personne a, comme l’a fait Obama, capté l’attention de la planète et donné à sa population l’espoir d’un avenir meilleur. Sa diplomatie s’inspire du concept selon lequel ceux qui doivent conduire le monde doivent le faire sur la base de valeurs et d’attitudes qui sont partagées par la majorité de la population de la planète. »
Le geste politique est clairement défendu : « Pendant 108 ans, le comité Nobel norvégien a précisément cherché à encourager la politique internationale et les attitudes pour lesquelles Obama est maintenant le premier porte-parole de la planète. »
En effet, même si la diplomatie américaine peine à obtenir des résultats concrets, le jury des Nobels a souhaité saluer le changement d’orientation politique. Et force est de constater que le début de mandat de Barack Obama avait marqué une très nette rupture avec celui de son prédécesseur. Il a en effet très vite compris l’exigence de multilatéralisme en reprenant notamment le dialogue avec l’Iran, le Venezuela, la Corée du Nord ou bien encore la Russie. La politique de fermeté avec Israël et enfin les efforts de rapprochement et de réconciliation entre l’Orient et l’Occident sont également de bon augure.
Alors que la position d’ouverture choisie par Barack Obama est aujourd’hui fragilisée que ce soit sur le dossier iranien ou israélo-palestinien, le jury a voulu l’encourager à la poursuite de cette politique. Ceci afin qu’il ne cède pas aux sirènes de la radicalisation.
Le président américain l’a bien compris puisqu’il a interprété cette distinction comme un « appel à l’action ». Son engagement en faveur du désarmement nucléaire et le fait qu’il a renoncé à installer un bouclier anti-missile en Pologne et en République Tchèque n’a fait que conforter le jury dans sa prise de décision.
Obama, ce Messie…
Par le passé, les Etats-Unis se sont toujours considérés comme une nation pourvue d’une « destinée manifeste » comme l’a formalisé John O’Sullivan. John Kennedy affirmait d’ailleurs que la vocation de l’Amérique était de pousser plus loin les « nouvelles frontières » (à savoir la résolution de la paix dans le monde, les progrès scientifique ou bien encore la conquête spatiale).
Mais depuis le traumatisme du Vietnam et les deux guerres en Irak, la nation américaine peine encore à croire en son caractère messianique. Cette aspiration s’est aujourd’hui transposée sur les épaules de Barack Obama. Excepté qu’il ne cristallise plus seulement les attentes de la population américaine mais également celles de la population mondiale. Une pression sans doute trop importante pour un seul homme et que ce prix Nobel ne fait qu’exacerber. Bertold Brecht ne prévenait-il pas en 1938 : « Malheur aux peuples qui ont besoin de héros. » ?
Discours de Barack Obama suite à cette attribution :

10 oct 2009 







Info auteur
Je suis tout à fait en adéquation avec cette synthèse, je tendrais peut-être plus vers une conclusion qui tourne autour du cadeau empoisonné.
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On mentionne, entre autres, le discours du Caire. Mais n’oublions pas son premier grand discours de politique internationale : le discours de Berlin. Ferme, pugnace, calmement impérialiste
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/07/25/obama-et-le-monde-le-discours-de-berlin/
La paix peut-être. Mais la paix armée…
Paul Laurendeau.
Je suis tenté de voir, au delà d’un encouragement spectaculaire à persévérer, le désir du jury d’essayer de renforcer B. Obama dans une période cruciale…
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@ Providia
Je suis d’accord mais bon il a sans doute suffisamment de talent pour en tirer avantage de cette distinction.
@ Paul
Il a toujours été ferme avec l’Europe malheureusement; c’est ce que je regrette le plus dans son action diplomatique. Pour lui, le vieux continent n’est plus qu’un enjeu secondaire.
Maintenant même si il ne faut sans doute pas être dupes sur les objectifs de la diplomatie américaine, son ouverture d’esprit et sa volonté de réconciliation avec l’Orient doit être saluée.
@ Le Coucou
Je le pense aussi.