Chine – USA : lutte au sommet sur le terrain climatique
Les États-Unis et la Chine sont aujourd’hui les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis l’échec de Kyoto. A quelques mois du Sommet de Copenhague, la lutte contre le réchauffement climatique n’est plus simplement perçue comme une contrainte mais bien comme une opportunité…
Les États-Unis à la relance
Les États-Unis sont aujourd’hui le deuxième émetteur de GES dans le monde, dépassé il y a peu par la Chine. Ces deux pays ont émis près de 6000 Mt d’équivalent CO2 en 2006, alors que le troisième émetteur, la Russie, se situe à un niveau d’environ 1500 Mt de CO2. Rapporté au niveau individuel, un Américain consomme en moyenne environ 8 tonnes d’équivalent pétrole (TEP) par an, soit deux fois plus qu’un Européen et huit fois plus qu’un Chinois. Ce qui fait de lui le plus gros pollueur, et de loin.
Une habitude de consommation défendue jusque dans les hautes cimes de l’Etat puisque le président Bush avait clairement indiqué que « l’american way of life n’était pas négociable », justifiant ainsi la politique d’énergie bon marché alors en vigueur. L’attitude américaine a conduit à une augmentation d’environ 20% des émissions d’équivalent CO2 entre 1990 et 2006.
Mais c’est bien la Chine qui est devenue récemment le plus gros émetteur de gaz à effet de serre sur terre. Si la Chine consomme en moyenne qu’une tonne d’équivalent pétrole (TEP) par an et par habitant, l’importance de la population donne à cette pollution des proportions gigantesques.
Ceci laisse songeur, car si les Chinois consommaient autant que les Européens, on compterait700 millions de voitures automobiles en Chine. Le pays engloutirait alors l’équivalent de la production annuelle de pétrole du Moyen-Orient (soit 60% de la production mondiale). Cette situation n’est évidemment pas envisageable dans une optique de réduction de la consommation de pétrole et des autres énergies fossiles.
Notons toutefois qu’il convient de nuancer notre constat précédent concernant l’ère Bush : si l’influence d’une partie du camp républicain très proche des lobbies industriels et énergétiques a fini par plomber le protocole de Kyoto, quelques entreprises et Etats américains ont déjà, et depuis une dizaine d’années, fortement développé leur approche écologique. De plus, s’il est vrai que la position de l’Etat fédéral ne pouvait jusqu’à présent guère être qualifiée d’écologiste, la présidence de Barack Obama, dont une partie de l’équipe a été baptisée la « green team », marque un complet revirement de la stratégie.
Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à leur plus grande crise économique depuis 1929. L’effondrement de bon nombre de géants industriels américain a eu un impact désastreux sur l’emploi et plus largement sur le mode de vie des Américains. La récession a notamment contraint les constructeurs automobiles américains à revoir leurs modèles de production.
Mais ce contexte a également permis à la nouvelle administration américaine de trouver un écho plus favorable à sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui, l’ère est au « green business » c’est-à-dire à la création d’un nouveau mode de croissance basé sur le développement des énergies propres.
Barack Obama se veut donc optimiste puisqu’il estime que cette voie permettra de lutter à la fois contre le réchauffement climatique et contre le chômage, mais également contre la dépendance de son pays aux énergies fossiles. L’Etat fédéral américain prévoit d’investir 150 milliards de dollars sur les dix prochaines années dans ce secteur et d’augmenter à hauteur de 25% la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2025 (sachant tout de même que les États-Unis sont déjà, avec la Chine, le premier producteur mondial d’électricité éolienne).
Un enjeu d’avenir
Cependant, l’Amérique est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis en matière énergétique aussi bien sur le plan national qu’international.
Au niveau international, la problématique est relativement simple : l’intérêt des États-Unis de sortir de la dépendance au pétrole est à mettre en parallèle avec son envie de mettre fin à sa présence en Irak. L’idée assez répandue que l’argent du pétrole (notamment saoudien) servirait à financer le terrorisme anti-américain ne fait qu’inciter un peu plus les États-Unis à changer de mode de consommation.
Sur le plan national se joue une grande bataille autour du charbon, qui demeure la première source d’énergie primaire en raison de son utilisation dans la production d’électricité. Face à cet enjeu, les industriels tentent de développer des technologies de charbon propre via la Capture et la Séquestration du Carbone (CCS) par exemple, dans lesquelles ils placent d’énormes investissements. Mais il faudra attendre au moins une vingtaine d’années avant qu’une telle technologie arrive à maturation.
En coulisses, des négociations ont cours pour que la législation ne se durcisse pas trop, afin de laisser à l’industrie du charbon le temps de se reconvertir.
Dans le domaine des innovations, il existe aussi une lutte féroce entre les investisseurs qui recherchent les « Microsoft et Google verts » de demain chez les start-up. On assiste ainsi à une véritable course aux brevets pour le développement des énergies propres comme l’hydrogène (en gardant à l’esprit que, sur ce créneau, la concurrence est mondiale).
Les Etats américains prennent également d’intéressantes initiatives comme en Californie ou en Pennsylvanie avec le gouverneur démocrate Edouard Rendell élu depuis 2003. Le bassin industriel de la ville de Pittsburgh, jadis grand émetteur de gaz à effet de serre, est ainsi devenu l’un des plus propres au monde. Ceci passe par des investissements dans des pôles universitaires de recherches mais aussi par l’attraction d’entreprises spécialisées dans les énergies alternatives.
Toutes les grandes entreprises américaines ont pris conscience que la contrainte environnementale va devenir plus importante dans les années à venir, en conséquence elles cherchent aujourd’hui à anticiper les nouvelles législations. Mais paradoxalement elles espèrent l’instauration d’un cadre légal clairement défini afin de faciliter au plus vite leur adaptation.
L’objectif de l’Etat américain est actuellement de sortir de la crise au moyen de la lutte contre les émissions de GES et de dominer la menace chinoise dans le leadership du « green business ». Il faut cependant rester prudent vis-à-vis de la position américaine puisqu’elle reste soumise à une forte pression populaire. La tentation d’une guerre commerciale avec des droits de douanes verts n’est pas non plus à exclure.
Néanmoins, au niveau des négociations internationales, la bonne volonté américaine permettra sans doute d’aboutir plus rapidement à un accord. Le débat entre la taxe et le marché d’émission risque toutefois d’être âpre puisque l’Europe affiche des ambitions plus élevées dans cette prise de décision. Le vieux continent possède, compte tenu de ses efforts pour réduire les émissions de CO2 depuis de nombreuses années, une plus grande légitimité.
La Chine carbure au charbon
En Chine, la situation est radicalement différente et le problème réside surtout dans l’utilisation massive de charbon : aujourd’hui, il représente 70% de l’énergie primaire chinoise et il s’agit de l’énergie la plus polluante en termes d’émissions de CO2. Néanmoins cette situation offre également de grands espoirs car elle prouve l’existence d’un énorme potentiel de réduction dans ce pays si le charbon est remplacé par d’autres technologies.
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la Chine accueille un grand nombre de mécanismes de développement propre (MDP, issus du protocole de Kyoto afin d’accompagner les pays en développement dans leurs projets de réduction des émissions) : les coûts y sont encore faibles et les opportunités de dépollution nombreuses.
La Chine prévoit également d’investir massivement dans le nucléaire en construisant une vingtaine de centrales d’ici à 2020. Ceci ne représente cependant pas un enjeu décisif puisqu’il ne fera que porter la part du nucléaire dans la consommation d’électricité de 1,5 à 3%. Quand on songe que le grand barrage des Trois Gorges possède à lui seul la capacité d’une vingtaine de centrales, nous voyons que d’énormes potentiels sont encore mobilisables.
Le gaz devrait également prendre une place de plus en plus importante via des collaborations renforcées avec la Russie et le Kazakhstan, d’autant plus intéressantes que les centrales électriques à cycle combiné utilisant du gaz sont aujourd’hui celles qui présentent les meilleurs rendements (la conversion d’énergie primaire en énergie commerciale étant de l’ordre de 40%) et leurs émissions de GES sont les plus faibles des trois énergies fossiles existantes.
L’opportunité de lutter à armes égales avec les Etats-Unis
L’avenir semble donc placé sous le signe d’une plus grande efficacité énergétique, d’autant que la Chine dispose d’une forte volonté de s’intégrer dans le dispositif mondial de lutte contre les émissions de GES. L’analogie avec les Etats-Unis est en cela assez frappante.
L’Empire du Milieu tente aujourd’hui de s’imposer en tant que leader mondial des futurs marchés du green business et est prête à investir massivement pour cela.
Ainsi, pour le nouveau programme nucléaire de la Chine, le pays exige qu’en contrepartie de l’accès au marché national, les entreprises étrangères opèrent un transfert de technologie. Cela est d’autant plus nécessaire dans le cas du nucléaire car une bonne partie du processus de construction des centrales consiste, en plus de créer l’infrastructure nécessaire au fonctionnement sécurisé des centrales, de former du personnel adapté pour entretenir et gérer les centrales et les combustibles usés.
La Chine est un géant mondial en devenir et veut en tant que tel être aujourd’hui en mesure de faire face à la concurrence américaine et mondiale dans la lutte contre le réchauffement climatique. Hu Jintao l’a clairement indiqué à la tribune des Nations Unies le mois dernier.
Cependant, le pays doit encore faire face à de nombreux défis comme la réduction progressive de la place du charbon dans son bilan énergétique, mais aussi pouvoir assurer la satisfaction de ses besoins en énergie pour alimenter sa croissance.
Pour conclure, nous pouvons dire que si tout le monde semble d’accord sur le principe, le problème réside désormais dans la mise en place d’un dispositif harmonisé. Le point positif est l’envie des pays de participer à la lutte contre les émissions de GES, non pas en la subissant comme une contrainte mais en la saisissant comme une opportunité pour s’imposer. A croire qu’ils se sont appropriés cette maxime de Winston Churchill : « le pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, l’optimiste l’opportunité dans chaque difficulté ».

14 oct 2009 









Info auteur
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Analyse intéressante, c’est bien que ces deux superpuissances aient enfin pris conscience des impératifs climatiques. Copenhague servira peut être à quelque chose finalement…
Je serai moins optimiste que vous sur les capacités des Etats-Unis à rompre avec leurs habitudes polluantes. Les « Green Business » ok mais ça reste très marginal pour l’instant.
@ P.Jeandel :
Nous pouvons l’espérer mais il ne faudra pas non plus se précipiter.
@ Dust :
En effet j’en discutais avec David qui m’a fait parvenir le lien suivant : http://www.cdurable.info/Barack-Obama-un-Prix-Nobel-de-la-Paix-qui-oblige,2029.html .
Il ne faut pas oublier que la la crise économique frappe encore les Etats-Unis (et donc la Chine via les échanges internationaux), que la Chine a d’énorme besoin en énergie…
Le problème va être que l’on ne pourra juger que dans une dizaine (ou deux) d’année de l’efficacité du processus actel.
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