Le Brésil, l’autre problématique de Copenhague
Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique avec la prochaine conférence de Copenhague, nous continuons notre tour d’horizon en évoquant la situation d’un autre pays émergent : le Brésil, dont la situation énergétique dans le monde mérite une attention particulière…
Le Brésil présente un mix énergétique unique au monde, avec une très forte utilisation des énergies renouvelables comme source d’énergie primaire (environ 45% de son bilan énergétique). En effet, l’hydraulique assure 85% de sa production électrique (là où la Chine, l’Inde ou même les États-Unis comptent avant tout sur le charbon) et cela se traduit aussi par un usage répandu des biocarburants dans les transports ou même dans l’agriculture.
Le cas du Brésil est très singulier et ne peut pas être reproduit à l’identique à l’échelle du monde, même si certains tentent de s’en inspirer (notamment parce que par le Brésil est pratiquement autosuffisant dans sa production de pétrole). Son savoir technologique dans le domaine de l’utilisation des biocarburants mérite d’être souligné. Pourtant derrière ces signes encourageants se cache un phénomène occulté par beaucoup, à savoir la déforestation.
La déforestation, des émissions de GES méconnues
Quand nous pensons au émissions de gaz à effet de serre (GES), il nous vient immédiatement à l’esprit les gaz d’échappement de nos voitures, et pourtant il faut savoir que la déforestation est responsable de presque 20% des émissions de GES sur Terre, un taux supérieur à celui dû aux transports. La lutte contre le changement climatique passe donc nécessairement par la lutte contre la déforestation.
Nous voyons ici l’une des principales faiblesses du protocole de Kyoto, qui se préoccupait exclusivement des émissions industrielles de GES. L’explication est que c’est surtout dans les pays en développement (PED) que se pratique la déforestation, et ce pour une raison simple : le besoin de terres pour pratiquer l’agriculture (une activité source d’émission de méthane dont le pouvoir de GES est très élevé, en plus de l’émission de gaz carbonique provoquée par la destruction de la forêt). Ainsi, le protocole qui visait principalement les pays développés (PID) s’est surtout préoccupé des émissions industrielles et du problème de la production d’électricité.
Le Brésil est le pays qui détruit le plus de forêts au monde avec 31 000 km² de forêt rasées par an entre 2000 et 2005 en moyenne, loin devant l’Indonésie et ses 18 700 km², et très loin devant le Soudan qui se positionne troisième avec 5 900 km². L’explication tient, outre la taille gigantesque du pays et son immense forêt tropicale, au dynamisme de l’économie brésilienne ces dernières années, avec notamment d’importantes exportations agricoles et de grands besoins en carburants (pour faire rouler les tracteurs comme les automobiles).
Le recours du Brésil aux biocarburants est très discutable. De façon générale, le bioéthanol ne peut pas être une solution viable à long terme car cela provoquerait une forte déforestation partout dans le monde. La perte de terres passées à la culture pour biocarburants devant être compensée pour produire de la nourriture. Nous voyons donc que les interdépendances sont nombreuses, la crise alimentaire liée à la flambée des prix est là pour le montrer (même si cette flambée était plus le fait d’anticipations que d’un réel manque d’offre, il y aura problème si la situation s’accentue, d’autant que la demande mondiale n’est pas prête de baisser).
Le porte-drapeau des PED
Pour ces raisons, la situation brésilienne mérite beaucoup d’attention car elle est assez symptomatique : lutter contre la déforestation signifie l’implication des paysans des PED dans le processus de réduction des émissions de GES. Si la responsabilité du réchauffement climatique est partagée par tous, elle est majoritairement imputable aux PID qui sont responsables de 80% des émissions passées. Mais ce sont les PED qui seront responsables de la majorité des émissions à l’avenir (ne serait-ce que parce que la population des PID devrait stagner à son niveau actuel d’environ un milliard d’individus), et nous voyons donc bien toute la difficulté de trouver un accord tant la notion d’équité n’est pas évidente.
Le projet de fond vert proposé par le Mexique pourrait ainsi avoir une influence significative sur la limitation du recours au bois comme moyen de produire du charbon. Cette idée permettrait également de mettre en place un système agricole plus efficace. Ceci afin de mieux coordonner la production agricole de nourriture avec celle des biocarburants en finançant la préservation de la forêt. C’est sur ce point que de gros efforts sont nécessaires pour le Brésil car comme nous l’avons dit précédemment, sa consommation d’énergies fossiles est relativement faible comparativement à ses besoins totaux.
Pour conclure, nous voyons que sur la scène énergétique et économique mondiale chacun tente de trouver son modèle. Le modèle brésilien est en soi assez exceptionnel, envié par certains pour ces qualités d’indépendance et d’une certaine façon son côté écologique. Mais il ne faut pas oublier le problème de la déforestation qui doit être intégré à la lutte contre le changement climatique. Certes, Lula a décidé de prendre position contre la déforestation mais nous savons pertinemment que les pétitions de principe des dirigeants politiques ne suffisent pas toujours dans les PED souvent en proie à des intérêts contradictoires. Le président brésilien s’est même permis de lancer un appel aux pays d’Afrique et d’Amérique du Sud afin de bâtir un front commun en vue du sommet de Copenhague.
Pour toutes ces raisons, la mise en place d’une aide mondiale contre la déforestation est nécessaire car le Brésil en particulier et tous les PED en général ne pourront pas lutter seuls contre ce phénomène. La mise en place d’un tel dispositif risque cependant d’être très difficile à négocier car dépendante de la volonté des pays riches qui devront la financer.
Article relayé par :




C’est vrai que la déforestation est trop souvent oubliée par les analystes lorsqu’ils abordent la question du réchauffement climatique. L’engagement de Lula de réduire de 80% la déforestation d’ici 2020 est un sacré défi…
Nos amis de Marianne qui ont relayé l’article lance le débat : forêt ou progrès, faut-il choisir ?
Cet article est, comme d’habitude sur Reversus, passionnant ; ce qui me frappe dans cette question du devenir de notre biosystème, donc de nous, c’est que pour la première fois il met sur un même pied d’égalité pays développés et pays en voie de développement (PVD). Certes les sources de dégradation des conditions de vie de notre planète sont d’origine différentes (essentiellement industrielles pour nos pays développés et plutôt liées à la déforestation pour les PVD) mais il n’y a pas de position dominante des uns par rapport aux autres. Il faudra de part et d’autre faire des concessions afin de parvenir à des solutions efficaces et durables. Mais l’amorce du dialogue semble moins déséquilibrée que par le passé : c’est bien pour les PVD et c’est bien pour nous également ! Un grand défi pour la communauté internationale et la perspective de beaux échanges : d’où l’intérêt et l’urgence de pouvoir compter sur des hommes d’Etat responsables, diplomates, capables de dialoguer, d’échanger, d’écouter.
Merci pour vos commentaires.
C’est en effet un sacré défi car autant les problématique de marché de permis et de taxe sont internes aux pays industrialisés, autant là les pays industrialisés vont devoir se mettre d’accord avec le Brésil, mais aussi beaucoup de pays d’Asie et d’Afrique. Le problème de la création d’un transfert financier va être compliqué je pense. Mais si Lula fait spontanément des déclarations nous pouvons espérer.
Le progres ou la nature, vaste probleme. Enfin pas pour Sarko qui a vendu des rafales et leur technologies aux bresiliens. Ce qui fait pas rire
les EU qui voient leur dollar chuter a cause de l’or. Et oui, tout le monde achete de l’or, le marche de londres blanchit les lingo, Wall Street fait monter artificiellement les cours grace a quelques banques honnetes comme la goldman et Obama , handicapé par le Nobel s’apprete a faire la guerre a l’iran parce que celui ci adopte une autre monnaie que le dollar. Les americains ont toujours fait la guerre pour soutenir , sauver leur billet vert, assure un rapport confidentiel de la cia. Cette fois, ca va etre plus difficile.
Mais c’est la reprise ! Vive la reprise !