Mélenchon fait feu de tout bois

Débonnaire, Jean-Luc Mélenchon dispense une petite leçon de Web participatif dans un bar branché de la capitale. Son espace « à lui », son blog qu’il présente et qu’il distingue nettement du parti de gauche…
Un espace où « il fait ce qu’il veut », où tous les convives sont tenus à l’argumentaire sous peine de bannissement. Ce n’est pas le « jet lag » dû à son retour du Panama qui empêchera ce tribun de digresser comme il l’affectionne.

Méluche

Sur les traces d’Oskar Lafontaine

Une volée de bois vert au plagiaire Éric Besson et son équipe « d’incapables », quelques mots sur son mandat, les élections régionales en ligne de mire et l’Amérique du sud, une terre exaltante d’expériences sociales.

Dans le fond, il n’y a que deux manières de lire l’action politique de Jean-Luc Mélenchon. Certains le perçoivent comme un opportuniste qui, à la faveur du débat constitutionnel sur le TCE, est passé du statut de paisible sénateur socialiste à la posture du leader de la cause du peuple contre l’oligarchie bruxelloise, et qui plus tard a réussi son OPA sur le Parti Communiste. Dans cette dynamique, il souhaite pousser son avantage jusqu’à reproduire l’opération avec le Nouveau Parti Anticapitaliste. D’autres voient en lui un homme dont les convictions n’ont guère varié depuis ses premiers combats universitaires pour le PCI à la fondation de son Parti de Gauche. Les deux se confondent, et Jean-Luc Mélenchon se révèle être un redoutable stratège politique.

Aujourd’hui, Mélenchon suit les pas d’Oskar Lafontaine, ancien taulier de la social-démocratie allemande qui avec son mouvement Die Linke a débordé le SPD sur sa gauche et l’a plongé dans une crise sans précédents. Mais l’objectif du député européen du Grand Sud-Ouest n’est pas de « moraliser le PS », ni de le « métamorphoser », mais d’imposer une « refondation de la gauche » dont il prendrait le leadership. Visiblement il n’attend plus rien du parti de centre-gauche dont il rappelle les tentations centristes par des alliances avec le Modem. Selon ses proches, il s’est transfiguré depuis la rupture. Il respire un nouvel air, celui de la liberté et des grands idéaux politiques.

Mais après tout, peut-on lui en vouloir ? Il a durant des décennies tenté d’influencer la ligne directrice du PS : de la Nouvelle Ecole Socialiste à la Gauche Socialiste, il a multiplié les tentatives. Aujourd’hui, il n’est plus décidé à regarder en arrière. Son obsession, c’est « talonner le PS » afin de « devenir la formation qui dispute la tête de la gauche ». Malheureusement pour lui, le NPA se fait désirer, les « discussions unitaires » en vue des régionales n’ont pas donné les résultats escomptés. Pourtant, il s’agit d’un enjeu politique crucial : comme le dit Jean-Luc Mélenchon, « les régions doivent devenir un pôle de résistance à la droite ».

A titre personnel, Jean-Luc Mélenchon ne s’interdit rien, et encore moins la tête de liste aux régionales en Île-de-France : il badine, « La région parisienne, ça m’intéresse, après tout j’ai été élu là bas durant 25 ans ». Et dans cette perspective se déclare non cumulard. Hier soir, Jean-Luc Mélenchon était donc forcément angoissé. « Pourtant si on rassemble, on va faire un carton » lançait t-il, un peu bravache. La décision interviendra ce week-end lors du conseil national du NPA, avant une réunion avec Olivier Besancenot qui aura lieu le mercredi 11. Maussade, il maugrée : « il serait bon qu’ils abrègent nos souffrances », mais reste déterminé et combatif : « si ce n’est pas cette fois-ci nous essayerons, encore… ».

Un tribun de la plèbe

L’ancien sénateur de l’Essonne multiplie les voyages en Amérique Latine, à la rencontre de ce continent qui n’a pas renoncé à sa part d’utopie. Quand il parle du Président bolivien Evo Morales, Jean-Luc Mélenchon se prend à rêver à haute voix : « on ne lui donnait même pas 5% et au final, il a été élu au 1er tour avec 53% des voix ». De rencontres en rencontres, ce co-fondateur de l’Institut Bolivar cultive son ouverture vers le monde et tente de relever les expériences réussies afin d’en tirer les leçons.

Lorsqu’il revient en France, c’est naturellement avec une certaine émotion qu’il évoque le thème de l’immigration, qui pour lui représente toujours une « déchirure ». Il refuse le débat sur l’identité nationale et réaffirme le droit du sol, « ces discussions doivent s’arrêter à la carte d’identité, si vous en rajoutez, vous ne serez plus en mesure de maitriser les dérives que cela va engendrer ». Les périodes sombres sont propices à ce type de thématiques: pour Jean-Luc Mélenchon, un seul slogan acceptable « faire France de tout bois ! ». Accueillir tout ceux qui le veulent. Aujourd’hui, il semble épanoui et sincère lorsqu’il évoque son bonheur d’être à « l’intersection entre les travailleurs et le peuple français, pas celui qui se pose des questions sur son identité mais celui qui l’accomplit dans sa bataille sociale et républicaine. »

Jean-Luc Mélenchon assume son image de grande gueule, de bateleur des sans-voix, comme il le dit lors de l’émission web « Arrêt sur image ». Il se dit aussi prêt à changer de stratégie si cela s’avère nécessaire car « la civilisation de l’image n’a pas de mémoire ». Stagner à 6% aux élections ne fait visiblement pas partie de son programme. Il fait  d’ailleurs remarquer que le mauvais score des européennes s’inscrivait dans un scrutin à forte abstention. C’est évidemment de ce côté-là que ce briscard de la politique tourne son regard malicieux.

Vogelsong & David

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Commentaires

  • Txakal dit:

    Il est bien bon, le Mélenchon. Que ferait-il de « ses  » Indiens, Bretons, Basques, Corses, Occitans, Flamands…? Morales, lui, est un Indien parmi d’autres Indiens. Mélenchon, lui, est un jacobin qui ne respecte aucunement les « Indiens » de France.
    Mélenchon? non! A aucun prix… ou alors, si je dois choisir entre Le Pen et lui… Et encore, je crois bien que je m’abstiendrai: entre la peste et le choléra, je refuse de choisir… Rien de plus semblables qu’un franchuoillard de gauche et un franchouillard de droite.

  • Providia dit:

    Il arrive que son franc parler fasse plaisir, reste à savoir quand :) merci bien pour cet article rafraichissant.

  • sammy dit:

    Mélenchon va avoir un gros problème de visibilité. Depuis un an qu’il a créé le Parti de gauche, on attend toujours un texte fondateur, un projet de société, et plein d’autres choses qu’on est « en droit » d’attendre d’un parti politique.

    Or, en cette période de grandes difficultés (le pire reste à venir), Monsieur M nous saoule avec le Front de gauche. Son obsession ce n’est pas de produire des idées, il n’en a pas… Non; son truc à Méluche, c’est les jeux d’appareils. Sa seule ambition est de « rassembler à gauche », tout un programme… Bref, de la politique à l’ancienne, avec des « has been » de la politique (Mélenchon et Buffet en tête de gondole). Tu parles d’un espoir à gauche…

    Certes, au PS c’est la cata (euphémisme), mais enfin, ce n’est pas une raison de se jeter dans les bras de la première chèvre avec un chapeau de paille…

  • Le Glaude dit:

    Sammy, vous êtes très mal informé. Un document programmatique a été envoyé aux adhérents du Parti de Gauche, rédigé par le syndicaliste Claude Debons et le membre de la cour des Comptes Jacques Rigaudiat. Il servira de base au futur programme qui sera élaboré en décembre et en 2010. N’allez pas plus vite que la musique. Le PG n’a pas un an et Rome ne s’est pas faite en un jour.

    Oui, Mélenchon est un espoir à gauche. Pas né de la dernière pluie, mais c’est un homme de conviction qui ne manie pas la langue de bois. Tout le contraire de beaucoup d’autres politiciens.

  • Jérôme dit:

    Mélenchon n’est pas un homme de conviction, c’est un usurpateur dangereux. Sa petite boutique contestataire à la gauche du PS ne trouvant plus de chair fraiche pour vivre, il s’en est allé monter le PdG, toujurs avec le même discours collectiviste et totalitaire qui ne même à rien et nulle part.
    Ses thèses collectivistes et par nature totalitaires sont d’une dangerosité inouie pour la République et ses valeurs.

    Cet homme menace gravement et directement les libertés publiques et individuelles, par exemple lorsque :

    - il insulte et calomnie les journalistes qui contestent ses délires (Robert Ménard, Jean-Marc Sylvestre, la journaliste de l’AFP qui ne citait pas les chiffres de mélenchon), etc…

    - il insulte et calomnie la mémoire de Soljenitsyne ;

    - il insulte et calomnie la résistance du peupe tibétain, avec un révisionniste ignoble (le Tibet « chinois » depuis le XIVème siècle ! Quelle honte !).

    Tout ceci car cet homme agité n’a jamais admis le naufrage de son idéologie communiste. Ses idées moisies vont le mener au pire. À vouloir être Robespierre, il finira comme Jacques Doriot.

    Etc…

    Ce type est le parfait reflet de Le Pen, une grande gueule misérable qui exploite les inquiétudes des petites gens (dont il n’est aucunement le porte parole évidemment).

    Le Front national d’extrême droite, c’est le pen / la haine.

    Le Front national d’extrême gauche, c’est mélenchon / Bidochon.

    Une info : renseignez-vous sur ce que sont la fonction et la rémunération de la compagne de mélenchon au sein du Parti de Gauche. Celà ouvrira peut-être les yeux aux admirateurs zélés et sectaires de ce boutiquier méprisable.

  • alighieri dit:

    il est bien certain qu’un député européen faisant 6,5% avec l’appui du PC est un danger pour les libertés publiques; il est bien certain que c’est par pur opportunisme qu’on quitte un siège de sénateur dans un parti à 25 % pour aller à une élection incertaine avec un parti nouveau, et que ça mérite d’être qualifé de « boutiquier » ; il est bien certain que dire que les médias étaient pro TCE releve de la calomnie ; il est bien certain que quiconque n’est ni à l »ump ni au modem ni au ps est par conséquent une sorte de Le Pen, indépendamment des valeurs qu’il défend
    Jérome, vous avez le droit de ne pas aimer ses idées, est-il pour autant nécessaire de délirer sur son compte ? vous ne voyez vraiment personne d’autre, chez les politiques, qui soit un réel danger pour les libertés, qui soit un boutiquier méprisable ?
    sûr ?

  • sammy dit:

    @ Claude

    Ouais je suis très mal informé. C’est évident, Mélenchon c’est un grand théoricien, en un quart de siècle de vie politique, Mélenchon a tellement à son actif, à faire valoir. On ne compte plus les lois Mélenchon, ni les références au « mélanchonisme ». Mélenchon ? C’est tout simplement énorme…

    @ alighieri

    Il a quitté son siège de Sénateur APRÈS avoir été élu au parlement européen, et non avant comme vous le laissez entendre…

  • alighieri dit:

    le seul apport théorique que cherche Méluche, c’est celui de l’écologie au socialisme : pour le reste, il n’a pas besoin vraiment d’innover, vu qu’il est sur les positions « classiques » de la gauche socialiste et républicaine, abandonnées par d’autres, dont il estime à bon droit qu’elles sont toujours d’actualité, surtout en période de sarkozysme et de vide intéllectuel au PS.
    comme vous ne l’ignorez sans doute pas, c’est en gros le programme des acquis sociaux de la Résistance après-guerre, ce machin que l’UMP veut détruire tout en reconnaissant du bout des levres qu’il est une explication crédible à la bonne tenue de la France en période de crise, les « pauvres » ayant encore de quoi consommer un minimum
    quant à ses histoires de siège de sénateur…il ne cumule pas, il abandonne une position pepere dans un grand parti, mais ça ne suffit pas ? vous voudriez qu’il abandonne tous ses mandats, alors que vous soulignez ses problèmes de visibilité ?

  • des pas perdus dit:

    Bon article.

    Pas envie de s’abaisser à répondre aux commentaires de Txacal, Jérôme et Sammy…

  • Jérôme dit:

    Merci à Sammy pour ses rappels de bon sens.

    Merci à « des pas perdus » (alias « des baffes qui se perdent »… lol) de son silence. L’air est ainsi plus frais, plus pur.

    mélenchon est un rigolo, un usurpateur,, un collectiviste aigri qui s’intéresse à l’écologie comme le pape s’intéresse aux choses du sexe. Tout au long de sa longue, très longue, trop longue carrière politique faite de « fidélités successives » (selon ses intérêts personnels du moment), quelles ont été ses prises de positions concrètes et tangibles en faveur de la défense de l’environnement ? Rien ! Nada ! Ce qu’il cherche à faire converger aujourd’hui c’est collectivisme et clientèlisme.

    alighieri qualifie les positions de mélenchon de « classiques » pour la gauche républicaine. C’est la meilleure de l’année ! C’est classique que d’insulter et calomnier Soljenitsyne, les résistants Tibétains, les journalistes qui ne relaient pas ses idées et ses mensonges ?

    Cet olibrius interlope est un danger pour la démocratie. Et le prosélytisme vil et risible d’alighieri n’y changera rien. Partout et toujours il faudra lutter contre de tels Jacqes Doriot d’opérette.

    Enfin, qu’est-ce qu’alighieri peut me dire de la fonction et la rémunération de la compagne de mélenchon au sein du PdG ?

  • alighieri dit:

    c’est la 1ere fois que j’interviens sur ce site, c’est probablement la dernière : Jérome a sans doute beaucoup de temps à consacrer à ce genre de choses, moi moins, surtout s’il s’agit de parler de choses aussi passionnantes que la compagne de Mélenchon (2 fois en 2 posts parler de la compagne inconnue d’un mec qu’on déteste, faut quand même avoir que ça à foutre)
    bref, adieu ; je pensais qu’on pouvait parler de politique sur ce site, apparemment non. je laisse Jérome se féliciter d’avoir viré un archéo-totalitaire comme moi de ce site et vous la souhaite bien bonne en son agréable compagnie

  • Sophie dit:

    La compagne de JLM est conseillère régionale d’Île-de-France et rémunérée à ce titre, versant par conséquence au PG une cotisation d’élu. Le PG n’ayant aucun salarié, il relève de la diffamation de dire ce que vous avancez (je ne vouvoie que les gens que je n’apprécie pas, vous voilà prévenu)

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Jérôme
    Ne pas apprécier Mélenchon, ne vous autorise pas à l’insulter, ni à faire des raccourcis simplistes avec le totalitarisme, restons courtois.

    On peut ne pas être d’accord avec ses idées (c’est mon cas), mais observez une véritable ligne directrice tout au long de sa carrière politique. C’est assez rare pour être souligné. De ses premiers combats universitaires à aujourd’hui, il défend plus ou moins les mêmes idées avec la gouaille et le talent oratoire qu’on lui connaît.

    Vos comparaisons avec Doriot et Le Pen sont outrancières et infondées. Mélenchon est un républicain et ça me rassure de voir un politique comme lui, prendre la tête de l’extrême gauche. Contrairement à Besancenot, il ne croit pas au Soviet suprême mais bien à la démocratie parlementaire. Je le considère donc plus comme un garde fou face aux possibles déviances du NPA.

    @ alighieri
    Ça serait dommage que vous partiez pour cela. Sur son blog, on essaye de recueillir toutes les tendances politiques, c’est ça qui fait avancer le débat et qui rend les échanges intéressants.

    @ Sophie
    Merci encore pour l’invitation et à bientôt j’espère.

  • Jérôme dit:

    @ alighiéri : Salut, et bon débarras.

    @ Sophie : soit vous vous trompez, soit vous mentez (au sujet de la rémunération, pas au sujet de son statut de conseillère d’Ile-de-France, évidemment). Ne parlez donc pas de diffamation à tort et à travers. (je ne vouvoie que les gens que je n’apprécie pas, vous voilà prévenu)

  • Jérôme dit:

    @ David Doucet : selon moi mélenchon n’est pas un républicain et je ne retire pas un brin, pas une miette à mes comparaisons. Comptez-vous ne pas me reconnaître ce droit ? Pour ma part, je vous reconnais pleinement le droit de considérer JLM .comme bon vous semble.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Jérôme
    Je ne vous reconnais pas le droit de l’insulter après en ce qui concerne les comparaisons, faites comme bon vous semble, même si c’est un peu facile.

  • Jérôme dit:

    à David Doucet (Auteur) (auteur… de quoi ?).

    Deux observations :

    - Je ne vous reconnais pas le droit de ne pas me reconnaître le droit… Merci de m’autoriser à jouir de ma liberté de jugement et d’expression, vous êtes trop bon.

    - Votre avis précédent est sans queue ni tête. Vous reconnaissez à JLM de grandes qualités morales et républicaines que vous considérez comme des remparts et un « garde fou face aux possibles déviances du NPA« .

    Or, la démarche centrale, la clé de voute, l’alpha et l’oméga de TOUTE l’action politique de JLM (depuis qu’il a monté le PdG, sa petite boutique perso), c’est de TOUT FAIRE, tout tenter, tout entreprendre, pour s’associer (au sein du Front de Gauche) avec le NPA (et d’autres bien entendu). C’est encore le sujet de son édito de ce jour sur son (nouveau, mais toujours aussi censuré) blog.

    Donc vous considérez (à juste titre) le NPA comme dangereux et vous félicitez JLM de TOUT faire pour s’associer à lui.

    J’hésite entre le ridicule et le pathétique. En tous cas, gardez votre métier et ne vous lancez pas en politique, vous y feriez naufrage bien vite.

  • Lee73 dit:

    L’ami Mélenchon semble avoir adopté une tactique à la François Mitterrand : aller siphonner les réservoirs qui sont sur sa gauche. Il oublie cependant 2 facteurs dans son analyse :

    1 le PC représentait régulièrement à la fin des années soixante environ 23% du corps électoral, ce qui loin d’être le cas pour le NPA même en y ajoutant LO et les groupuscules situés à l’extrême.

    2 le discours « à gauche toute » et l’image du capitaliste avec le billet entre les dents pouvaient, à la rigueur, faire illusion il y a 40 ans ; mondialisation et intégration européenne aidant, la marge de manœuvre des gouvernements nationaux s’étiole telle la peau de chagrin et ne laisse aucune place possible pour les solutions les plus extrêmes (voir le distingué DSK et ses services du FMI qui conditionnent le dernier versement de l’aide sollicitée par l’Ukraine au « gel » – lire plutôt l’abandon pur et simple – de la loi votée par le parlement de Kiev qui augmenterait le salaire minimum de 11%, salaire minimum qui est un des plus faibles du continent européen).
    Il est sans doute utile d’avoir du poil à gratter dans notre classe politique aux discours un brin formatés mais il y a malheureusement certaines contingences dont on ne peut s’affranchir sauf à rester éternellement installé dans l’opposition. Jean-Luc Mélenchon devra donc choisir entre l’outrance de ses positions économiques ou leurs édulcorations s’il souhaite vraiment peser sur l’action politique en France. Mais cette dernière option risque de décrédibiliser un peu plus le discours politique.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Jérôme
    « Auteur » de l’article. Enfin nous étions deux, à vrai dire.

    Vous critiquez la « dangerosité inouïe » de Mélenchon mais vous employez pour cela des méthodes d’un autre âge. Je crois qu’on peut être en désaccord avec lui sans céder à ce genre de coups bas.

    Bon ensuite, vous faites bien de relever cette « contradiction » dans la démarche de Mélenchon. Je lui ai posé la question car moi aussi, ce positionnement me gênait. A mots couverts, il a expliqué qu’il fallait d’abord bâtir un cadre politique et qu’il espérait ainsi pouvoir influer par la suite sur la ligne dogmatique du NPA.

    Sabine Hérold a bien décrypté le programme totalitaire qui se cache derrière Besancenot dans son livre « Le bouffon du roi ». Il y a un réel danger, c’est la raison pour laquelle la présence de Mélenchon au sein de l’Extrême gauche me rassure. Il ne cautionnera jamais ce genre de projet.

    @ Lee73
    Je rejoins votre analyse mais je crois que le programme économique du PG est moins « utopique » qu’il n’y paraît puisqu’il est intégralement écrit par Jacques Généreux. Lui-seul a une légitimité assez grande en économie pour le bâtir.

    Je crois que l’erreur de Mélenchon c’est de tourner le dos au PS. La rancœur l’emporte sur la raison…

  • NiCo dit:

    @ Lee73
    Par contre sur le rôle du FMI ça mériterait un éclaircissement : http://www.marianne2.fr/Ukraine-pourquoi-DSK-s-est-fache_a182646.html?com

  • Boris Yarko dit:

    Il est toujours étonnant de voir des personnes incapables de produire une critique argumentée de leurs adversaires politiques et qui s’en tiennent à un flot de déclarations haineuses non-étayées de faits, références, réflexions… Pour certains, visiblement, ce qui compte est de se défouler derrière son écran plutôt que de donner à réfléchir.

    Jean-Luc Mélenchon est probablement critiquable, mais pourrait-on savoir pourquoi ? Concrètement.

  • Lee73 dit:

    Dont acte quant à la situation intérieure ukrainienne (même si les minima concernés sont effectivement très, très « minima ») ; il demeure que j’aimerais bien que le FMI mette la même ardeur à combattre les dérives des institutions financières et pointe l’index un peu plus souvent dans cette direction…

    Sur Mélenchon vs PS, je suis totalement d’accord avec l’opinion de David Doucet. Je connais mal l’économiste Jaqcues Généreux (avec un nom pareil, il est évident que les thèses néolibérales pures et dures ne doivent pas constituer sa tasse de thé) et je vais en profiter pour découvrir les idées du bonhomme. C’est aussi un des aspects intéressants de ce site : découvrir des auteurs originaux et peu médiatisés.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Lee73
    Jacques Généreux est l’un des rares économistes à avoir prédit la crise économique. Je trouve qu’il livre une critique assez lucide du néo-libéralisme.

    http://www.dailymotion.com/video/x14vnx_def-liberalisme-par-jacques-genereu_business

  • Lee73 dit:

    Merci pour le lien !

    Au sujet des critiques du libéralisme outrancier, de ses effets et de ses évolutions prévisibles, j’avoue un certain penchant pour l’honnêteté intellectuelle et économique de Joseph E. Stiglitz qui fut aussi parmi celles et ceux ayant crié haro sur le baudet avant le déclenchement de la crise.

  • Jérôme dit:

    @ Boris :

    Vous êtes mignon mais mal informé. Ma critique de mélenchon (pas sur ce blog, j’en conviens) est ancienne et argumentée de A à Z. Un petit résumé pour éclairer votre lanterne :

    JLM a raconté des horreurs et des mesonges véritablement révisionnistes au sujet de la résistance du peuple Tibétain contre l’occupation chinoise. Son blog, au printes 2008, lorsqu’il avait évoqué ainsi le sujet avait été submergé (près de 3000 messages !) de réponses indignées. Par ailleurs, de nombreux historiens avaient critiqué et condamné ses explications archi fausses sur le plan historique. (Sources : le blog de mélenchon, de nombreux articles d’agoravox.)

    De la même façon, JLM a tenu des propos haineux et calomnieux à l’encontre de Soljenitsyne lors du décès e celui-ci. Après tout, libre à lui de détester l’auteur de l’Archipel du goulag, n pur comprendre que la dénonciation du rêve de jeunesse de JLM ne lui soi pas agréable, est-ce une raison pour accuser Soljenitsyne d’antissémitisme ? Et après vous venez me donner des leçons de courtoisie et de tolérance ? Merde alors ! (Source : l’édito de JLM sur son blog lors du décès d’A. S).

    Idem pour les insultes et la calomnie éructées par JLM à l’encontre de journalistes qui dénoncent ses délires collectivistes. Robert Ménard accusé d’être financé par la CIA. Jean-Marc Sylvestre accusé d’être un valt du capitalisme et de déshonnorer sa corporation (pourquoi JLM ne dit-il pas la même chose des journalistes de l’Humanité, journal objectif, comme chacun sait, et qu’il vante souvent ?).
    La journaliste de l’AFP (qui avait évoqué dans son papier une affluence moindreque celle « décidée » par JLM lors du premier congrès du PdG) accusée d’être une foldingue qui s’est vangée de la sorte car elle n’avait pas pu garer « sa Mercédès » (bonjour le cliché !) devant la porte de la salle ! L’Intersyndicale de l’AFP avait publié un communiqué outré.
    (Sources : documentez-vous ! C’est facile à trouver).

    Sur un plan plus général, un type qui essaye de bâtir une force politique en s’associant (ou essayant de le faire) avec le PCF et le NPA est quand même à considérer comme assez dangereux sur le plan des libertés.

    C’est ainsi et votre ton plein de vacuité n’y changera rien.

    Bien le bonsoir.

  • Jérôme dit:

    @ David Doucet :

    Vous dites « Il y a un réel danger, c’est la raison pour laquelle la présence de Mélenchon au sein de l’Extrême gauche me rassure. Il ne cautionnera jamais ce genre de projet.« .

    Nous sommes là au coeur du problème mélenchon.

    Je ne partage pas votre optimisme. JLM a la mentalité d’un milicien de la Stasi et il ne s’opposerait en rien aux délires totalitaires de ses partenaires fous. Il utiliserait sa véhémence habituelle pour expliquer que… nous sommes trop bêtes pour comprendre.

    C’est ainsi que, PARTOUT, TOUJOURS, les »expériences » communistes se sont terminées. Dans e drame, la terreur, la mort et la dictature.

    C’est cette mécanique insidieuse que je dénonce. Et, contrairement à vous, je suis convaincu, par son tempérement, que JLM n’en serait pas le contrepoids mais à l’inverse l’animateur cynique et zélé. Brrrrr, j’en ai froid dans le dos.

  • Le Glaude dit:

    En même temps, placer Mélenchon à l’extrême-gauche, c’est quand même pousser le bouchon un peu loin. Mélenchon appartient à une gauche socialiste et républicaine très traditionnelle, pendant que le PS s’est droitisé.
    Mélenchon n’est pas un saint (contrairement à Sarkozy et ses apôtres Dodo et Frédo), je ne suis pas forcément d’accord avec tous ses coups de gueule, mais il a beaucoup de franc parler et ne manie pas la langue de bois (contrairement à d’autres). Bref, il n’essaye pas de maquiller ses idées, qu’elles soient dans le sens du vent ou pas. Avouez que rien que ça, ça donne envie de voter pour lui plutôt que pour tous ces bonimenteurs qui disent aujourd’hui avec aplomb le contraire de ce qu’ils disaient hier, tout en défendant l’indéfendable la main sur le coeur.

  • Jérôme dit:

    @ Le Glaude :

    Pour ma part, je préfère voter pour un bonimenteur qui malgré ses défauts respectera nos institutions, les libertés et la démocratie, plutôt que pour une grande gueule truculente qui mettre sa gouaille au service d’une idéologie moisie et liberticide.

    Chacun son truc.

  • Lionel - PG 44 dit:

    Avec Jérome, il reste encore un socialiste moderne…

  • Le Glaude dit:

    @Jérôme : tout à fait d’accord. Je vote donc Mélenchon. Les idéologies moisie et liberticide, en ce moment, c’est le (social-)libéralisme et le sarkozysme.

  • Boris Yarko dit:

    Cher Jérôme,

    1) pour ce qui est de la question du Tibet, je vous donne un certain quitus. L’obsession anti-cléricale et jacobine de Jean-Luc Mélenchon le pousse, selon moi, trop loin. Elle lui fait mettre de côté la réalité de la colonisation chinoise et du nettoyage ethnique qui va avec.

    Il gagnerait à observer sous le même prisme la situation du peuple tibétain et celle du peuple palestinien.

    Après, avouons que la sphère médiatique et ses donneurs de leçons (BHL, Finkelkraut, Glücksmann, Kouchner, etc.) ont des révoltes qui coïncident toujours avec les intérêts américains :
    _ vent debout pour protéger les Albanais du Kosovo (pour restreindre l’influence de la Serbie à l’époque alliée de la Russie) ou les Tibétains (pour contrer la montée en puissance de la Chine) ;
    _ mais quasi-absents pour critiquer le nettoyage ethnique exercé contre les Palestiniens dans les territoires occupés (on n’attaque pas l’allié israélien), contre les Kurdes en Turquie (un pays membre de l’OTAN), le traitement des Amérindiens en Bolivie, au Mexique et dans tout le pré carré américain, l’oppression des chiites en Arabie Saoudite, etc.

    En prenant position, Mélenchon venait critiquer ce deux poids deux mesures ainsi que la révérence médiatique envers le chef en exil d’une théocratie (parce que le gouvernement traditionnel tibétain ce n’était tout-de-même pas un système politique très éclairé). Après son aveuglement le pousse dans une prise de position un poil caricatural selon moi. Le jacobinisme a ses limites.

    2) Sa critique de l’ultra-nationaliste antisémite Soljenitsyne me parait justifiée. Ce n’est pas parce que cette homme a dénoncé à juste titre l’abjection stalinienne que cela fait de lui un saint ! La nuance, l’objectivité, cela existe aussi.

    Personnellement en tant que petit-fils de Russes blancs, Soljenitsyne me fait honte : avoir subi le totalitarisme communisme pour devenir un chantre haineux de l’extrême-droite russe est pitoyable.

    Un auteur :
    _ qui reprit, dans Lénine à Zurich, la vieille thèse antisémite selon laquelle les Juifs étaient responsables de la Révolution d’octobre ;
    _ qui se réjouissait du départ des Juifs pour Israël qui viendrait enfin débarrasser la mère Russie de cette engeance que le partage de la Pologne avait incorporé dans la nation russe ;
    _ qui reprochait à Staline de ne pas avoir trouvé de compromis avec Hitler pour éviter au peuple russe les 20 millions de morts de la Sconde Guerre Mondiale ;
    _ qui réclamait, selon Sakharov, l’instauration dun « régime autoritaire de transition » type Bonaparte ou Franco pour préserver la nation russe du danger d’une démocratisation à l’occidentale (pas étonnant que Poutine lui a rendu hommage) ;
    _ qui déclara en 1976 que « si le Chili n’existait pas, il faudrait l’inventer » ;
    _ qui affirmait que la victoire de Franco sur la république espagnole correspondait à la victoire du « concept de vie chrétienne » ;
    _ qui a approuvé la seconde guerre de Tchétchènie ;
    _ qui a écrit le répugnant opuscule antisémite Deux siècles ensemble
    ne mérite guère mon admiration.

    3) En ce qui concerne les journalistes, je ne vois pas ce qu’il ya de choquant à critiquer les positions caricaturalement idéologiques de certains d’entre eux…

    Je crois que je mourrai de saisissement le jour où Jean-Marc Sylvestre aura un petit mot de critique pour la théorie néo-classique de l’économie.

    Robert Ménard, l’homme qui se refuse à toute critique des médias : « nous risquions de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien des patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique », comme il le reconnait dans son livre Robert Ces journalistes qu’on veut faire taire (Albin Michel).
    Un défenseur de la liberté de la presse spécialisé dans les adversaires des USA et assez peu regardant ailleurs.

    En somme, il est amusant de noter que vous reprochez essentiellement à M. Melenchon le genre d’outrances que vous avez envers lui : jugement à l’emporte-pièce, insultes, etc.

    4) Je ne vois pas en quoi le PCF, sous sa forme actuelle, est une organisation dangereuse pour les libertés publiques… Moins en tout cas qu’un certain parti majoritaire qui souhaite supprimer le juge d’instruction, établit des fichiers sans contrôle parlementaire, a réduit l’exécutif à une personne unique, finance des sondages à sa gloire avec l’argent de l’Élysée, dont le chef entretient des rapports d’amitié avec tous les plus grands patrons de presse et la moitié du CAC 40…

    Bref, votre argumentation est plus que boiteuse et votre ton empli de suffisance n’y change rien.

  • Jérôme dit:

    Bon, mes réponses semblent passer, donc voici les éléments de réponse que je souhaite apporter à Boris.

    Tout d’abord, comme tous les gauchistes, vous niez la nature humaine et toutes les nuances qui forment le caractère, le jugement, les sentiments, les joies, les peurs.
    Cette façon permanente de dire « puisque vous jugez séverement A quand il critique B », c’est que vous défendez et soutenez B complètement. Cette vision manichéenne et totalitaire de la vie des idées n’est pas la mienne. Je sais qu’elle est celle des communistes, des collectivistes dont l’idéologe binaire ne peut admettre de demi mesure. Nos avis seront donc impossibles à accorder sur ce plan. Je vous laisse à votre prison intelliectuelle.

    Cette posture est d’autant plus désolante que vous écrivez vous-même :  » Ce n’est pas parce que cette homme a dénoncé à juste titre l’abjection stalinienne que cela fait de lui un saint ! La nuance, l’objectivité, cela existe aussi.  »

    Pourquoi n’appliquez-vous pas à votre (longue) démonstration ce juste principe ?

    Ai-je défendu le gouvernement tibétain en exil ? Non ! Je dis simplement, et je le redis haut et fort que les insultes et les calomnies de JLM sont indignes. (et plus encore, sa défense à peine voilée du régime de Pékin).

    De même, avez-vous lu une ligne de moi défendre des positions pour le moins lourdingues et douteuses de Soljenitsyne ? Non ! Encore une fois non ! Mais JLM n’avait pas fouillé les bonnes pages pro communistes du web comme vous l’avez fait méticuleusement, il s’en prenait ad hominem à l’auteur de l’Archipel ; c’est ce rôle (celui retenu par l’Histoire) qui insupporte JLM ; reportez-vous à son édito sur son blog lors du décès de l’écrivain (en août 2008 si ma mémoire est bonne et vous pourrez juger ; enfin… juger, le pouvez-vous ? Au moins je vous aurais invité à le faire…).

    Idem pour vos autres délires. Ai-je dit UN MOT, UN à l’encontre des palestiniens ?

    Idem encore pour les journalistes. Ai-je défendu leurs positions un seul instant ? Non ! J’ai dénoncé les attaques odieuses et haineuses de JLM à leur encontre, et dirigées contre leurs personnes ! Que diriez-vous si un membre d’un parti politique démocratique s’en prenait dans les mêmes termes à un journaliste de l’Humanité ? Vous braillerez !

    Enfin, je ne partage pas votre point de vue quant au caractère inoffensif du PCF « actuel ». Il est inoffensif car il ne pèse presque plus rien sur le plan électoral (et que nous sommes encore dans une démocratie, ouf !) mais ses idées demeurent totalement opposées à nos principes républicains.
    Et que dire de l’allié « rêvé » de JLM, le NPA, dont vous ne dites mot ! Est-ce pour vous un parti « innoffensif » et démocratique ?

    Quant à vos allusions envers l’UMP, je vous invite à les formuler à un militant de l’UMP, ce que je ne suis pas.
    Néanmoins, je considère que nos échéances électorales et démocratiques seront respectées avec un parti comme l’UMP, me garantiriez-vous qu’il en serait de même avec un large Front de Gauche au pouvoir ? Personnellement, j’en doute.

    Il ne sert à rien de me dérouler toutes les turpitudes (avérées ou supposées) des détestations éructées par JLM. Mon propos n’est pas de les défendre, mon propos est de dénoncer les postures staliniennes de JLM.

    Et que ça vous plaise ou non, je compte bien continuer à le faire, inlassablement.

    Bref, votre argumentation est plus que boiteuse et votre ton empli de suffisance n’y change rien.

    À l’attention de Lionel (PG44) : « socialiste moderne« , bof… Mais démocrate vigilant et lucide, ça oui ! Quoi d’autre ?

  • Lionel - PG 44 dit:

    Vous avez raison, Jérome, je suis militant du PG, j’ai fait allégeance au fürher Mélenchon, quand le FdG aura gagné, nous instaurerons la dictature du prolétariat, ouvrirons des goulags… Mais où la paranoïa va-t-elle se nicher

  • Jérôme dit:

    Je crois que je mourrai de saisissement le jour où Jean-Marc Sylvestre aura un petit mot de critique pour la théorie néo-classique de l’économie. nous dit Boris.

    Je crois que je mourrai de saisissement le jour où Jean-Luc Mélenchon aura un petit mot de critique pour…

    - la théorie marxiste de l’économie ;

    - les atteintes graves et répétées aux libertés menées par les régimes de Cuba et de Pékin ;

    - les conceptions « démocratiques » pour le moins surprenantes du NPA ;

    - la censure stalinienne (et illégale) qu’il fait régner (avec morgue en plus) sur son blog ;

    - la base électorale de Die Linke constituée significativement d’anciens miliciens de la Stasi ;

    - etc.

    - etc.

    Bon dimanche !

    Mon petit Lionel, quand le FdG aura gagné (quelle horreur, mais nous sommes là dans l’hypothèse, ouf !) les mots seront probablement différents, mais les intentions seront les mêmes et, oui, la dictature s’instaurera, doucemnt, mais surement, en effet. C’est mon opinion. Calme et argumentée. Basée sur l’observation des faits historiques et aucunement sur je ne sais quelle paranoïa.

    Vous n’êtes pas des démocrates.

    Suis-je clair ?

  • Boris Yarko dit:

    Cher Jérôme, il est amusant de voir à quel point vos interventions sont exemptes de toutes les attaques ad hominem que vous reprochez à m; Mélenchon…

    Je cite :
    _ « il me sera évidemment difficile de répondre aux mensonges de Boris » (vous êtes du côté de la vérité, moi de la propagande)
    _ « vous niez la nature humaine et toutes les nuances qui forment le caractère, le jugement, les sentiments, les joies, les peurs. » (bref, je suis à peine humain) ;
    _ « Je vous laisse à votre prison intellectuelle. »
    _ « Idem pour vos autres délires. »
    _ « enfin… juger, le pouvez-vous ? »
    _ etc.

    Cela me rappelle une vieille histoire de paille et de poutre, personnellement. Mais si cela vous fait plaisir de déverser des torrents de haine et de mépris sur vos interlocuteurs, grand bien vous fasse !

    Alors, essayons de reprendre calmement :

    1) Vous ne m’avez pas lu avec précision en ce qui concerne l’affaire tibétaine :

    a) je vous donnais « quitus » (donc raison) en ce qui concerne la défense hors de propos de Jean-Luc Mélenchon du gouvernement chinois, mais visiblement cela vous a échappé… Vous avez préféré critiquer ma position supposée plutôt que ma position réelle.
    Mais c’est tellement plus simple que d’essayer de saisir la logique de l’autre, les éventuels points d’accord, les réelles divergences. Et puis cela supposerait me donner le statut d’être humain conscient plutôt que de menteur gauchiste délirant enfermé dans sa prison intellectuelle.

    b) « Ai-je défendu le gouvernement tibétain en exil ? Non ! » : si vous me relisiez, vous remarqueriez que je ne vous accuse pas de cela, j’essayais juste d’expliquer les causes de la prise de position de Jean-Luc Mélenchon selon moi.

    Mais c’est vrai que je pratique un exercice étrange qui consiste à essayer de comprendre les positions des personnes avec lesquelles j’ai un désaccord…

    c) « Idem pour vos autres délires. Ai-je dit UN MOT, UN à l’encontre des palestiniens ? » Là encore, vous ne m’avez pas lu, mais parcouru rapidement. J’essayais juste d’expliquer qu’il y avait en ce monde deux poids deux mesures en ce qui concerne un certain nombre de dossiers et que la présentation hagiographique de la cause tibétaine pose de ce fait problème.

    2) En ce qui concerne Soljenitsyne, je répondais à votre intervention :

    « De la même façon, JLM a tenu des propos haineux et calomnieux à l’encontre de Soljenitsyne lors du décès e celui-ci. Après tout, libre à lui de détester l’auteur de l’Archipel du goulag, n pur comprendre que la dénonciation du rêve de jeunesse de JLM ne lui soi pas agréable, est-ce une raison pour accuser Soljenitsyne d’antissémitisme ? »

    Vous reprochiez à Mélenchon de critiquer l’Archipel du Goulag (argument implicite : critiquer un opposant au régime soviétique, c’est être stalinien) et de le traiter d’antisémite.
    Je vous ai donc répondu :
    a) que critiquer le stalinisme ne faisait pas de Soljenitsyne un saint (contre votre argument premier)
    b) que par bien des aspects Soljenitsyne était bien antisémite et proche de l’extrême-droite. Ce que vous étiez en train de nier dans votre commentaire précédent.

    Je ne vois pas en quoi mon argumentation est attaquable sur ce point puis je critiquais LA POSITION QUE VOUS AVEZ EXPRIMEE et non celle de Mélenchon. Mais visiblement, comme cela vous gêne d’être pris en défaut, vous me reprochez d’avoir contrer votre position (lapidaire, peu argumentée et étayée) plutôt que l’édito de Mélenchon dont vous ne donniez pas les références…

    Je suis donc allé voir ce post du 4 août 2008 : http://www.jean-luc-melenchon.com/2008/08/pompes-funebres/

    Je cite : « Devant le flot de pieuses pensées émues que le décès de l’inepte griot de l’anti communisme officiel va déclencher il faut rester de marbre.Il faut maintenir un coin d’insolence. Je dis que le départ de Soljenitsyne ne manquera pas à la pensée de notre temps. Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante. Je n’oublie pas. Je ne pardonne pas.C’était un perroquet utile de la propagande «occidentale». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Les textes de Christian Rakovski et combien d’autres (oserais je mentionner Léon Trotski ?) ne reçurent ni prix Nobel, ni grasses subventions, ni hébergement fastueux, ni aucun des colifichets dorés dont Soljenitsyne fut gorgé comme une bête de commémorations anti progressiste mise à l’engrais. Ces lignes sont dédiées à leur mémoire.  »

    a) Insulter un mort, ce n’est pas l’acte le plus charitable qui soit, mais personnellement je n’ai guère de tendresse pour les antisémites fascinés par Pinochet et Franco… Donc cela ne me choque guère, comme je comprends que l’on pourrait se réjouir de la mort de Kim Jong Il ou de Poutine, comme on a pu le faire de Béria ou Staline.

    b) « Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.  »
    –> Cela me parait assez conforme à la réalité à moins que vous me démontriez qu’il était amoureux des démocraties libérales occidentales, de l’habeas corpus, de l’homosexualité, de la parité et vomissait la religion orthodoxe et la Russie des tsars ?

    c) « C’était un perroquet utile de la propagande «occidentale». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Les textes de Christian Rakovski et combien d’autres (oserais je mentionner Léon Trotski ?) ne reçurent ni prix Nobel, ni grasses subventions, ni hébergement fastueux, ni aucun des colifichets dorés dont Soljenitsyne fut gorgé comme une bête de commémorations anti progressiste mise à l’engrais.  »

    –> le reproche fait ici n’est pas que Soljenitsyn a critiqué le Goulag, mais que les médias occidentaux ont porté aux nues les plus réactionnaires des dissidents soviétiques, le moins démocrate d’entre eux.
    Sakharov était tout de même moins caricaturalement réactionnaire que Soljenitsyne non ? Ou Christian Rakovsky liquidé par Staline. ou Vladimir Boukovsky qui dénonça l’utilisation de l’emprisonnement psychiatrique contre les prisonniers politiques tout en restant un vrai démocrate…
    On peut tout de même s’étonner que les intellectuels qui prétendent lutter contre les totalitarismes (comme BHL) prennent comme étendard un nostalgique de la Russie tsariste, non ? Voire se demander si cela ne répond pas en fait à leurs aspirations néo-conservatrices.

    3) sur la question des journalistes :

    « Idem encore pour les journalistes. Ai-je défendu leurs positions un seul instant ? Non ! »
    —> je ne vous accuse pas de cela, j’explique en quoi j’estime que CES journalismes sont critiquables.

    « J’ai dénoncé les attaques odieuses et haineuses de JLM à leur encontre, et dirigées contre leurs personnes ! Que diriez-vous si un membre d’un parti politique démocratique s’en prenait dans les mêmes termes à un journaliste de l’Humanité ? Vous braillerez ! »

    —> c’est la qualité des arguments qui déterminerait si je braillerais ou pas en cas d’attaque de journalistes de l’Humanité, journal que je lis peu d’ailleurs. Mais je ne vois pas en quoi il est interdit de remettre en cause la probité de certains journalistes. Oui, Jean-Marc Sylvestre est une caricature : quelque soit la situation il répète le même crédo ultralibéral, à la manière d’Arlette Laguiller avec son idéologie trotskyste.

    Les journalistes ne sont pas exempts de la critique, en particulier ceux qui poursuivent un agenda idéologique sans nuance. De la même manière, je ne serai pas choqué que vous critiquiez la défense absurde d’Ignacio Ramonet (ancien rédacteur du Monde Diplomatique) du régime cubain.
    Mais je suis, moi, capable de penser parfois contre mon camp.

    4) L’autre gauche est anti-démocratique :

    « Enfin, je ne partage pas votre point de vue quant au caractère inoffensif du PCF « actuel ». Il est inoffensif car il ne pèse presque plus rien sur le plan électoral (et que nous sommes encore dans une démocratie, ouf !) mais ses idées demeurent totalement opposées à nos principes républicains. »
    –> Je vous invite à dénicher dans le programme actuel du PCF ce qui est attentatoire aux libertés et aux principes républicains. Donnez-moi des références précises et je suis prêt à en discuter. Mais à discuter de faits concrets pas de présupposés.

    En ce qui concerne le NPA, même chose. Allez voir leur programme et faites moi la liste de leurs propositions anti-républicaines. Ce sera certainement plus facile, je vous l’accorde, si ce nouveau parti partage la haine délirante des Troskystes pour la démocratie représentative.

    5) « Quant à vos allusions envers l’UMP, je vous invite à les formuler à un militant de l’UMP, ce que je ne suis pas.
    Néanmoins, je considère que nos échéances électorales et démocratiques seront respectées avec un parti comme l’UMP, me garantiriez-vous qu’il en serait de même avec un large Front de Gauche au pouvoir ? Personnellement, j’en doute. »

    –> Dans la mesure où le centre de gravité du Front de Gauche se trouve du côté du PG, du PCF, des anciens chevènementistes et des alternatifs, je pense que vous pouvez oublié vos peurs de fin de la démocratie. Pour ce qui est du système économique actuel, c’est autre chose.
    Quant à mes allusions à l’UMP c’était pour démontrer que la principale menace pour la démocratie actuellement viennent de là et je reprends :
    _ la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme, le président qui ne supporte ni critique, ni ministre, ni parlement, n’est pas une injure à la démocratie et à la République ?
    _ le nouveau mode de scrutin uninominal à un tour couplé à la réforme des circonscriptions parlementaires ne sont-ils pas des méthodes destinées à truquer le suffrage universel en offrant tous les pouvoirs à l’UMP ?
    _ la suppression du juge d’instruction sans instauration d’un parquet indépendant n’est-il pas un moyen de supprimer toute velléité d’indépendance des magistrats ?
    _ et la liste est longue…

    Alors, oui, le sarkozysme est une idéologie néfaste pour la démocratie, ne vous en déplaise.

  • Jérome dit:

    @ Boris,

    Vous avez du temps et un stock impressionnant de mauvaise foi. Vous aimez couper les cheveux en quatre et violenter les diptères. Libre à vous.

    Je n’ai pas l’envie de rentrer dans ce petit jeu stérile de décortiquer chacune de nos phrases et de nos virgules ; certes l’expression de nos points de vue est importante et il est normal d’y puiser des éléments pour porter la contradiction, mais la trame générale des idées me semble largement suffisante pour vous exprimer mon désaccord absolu par rapport à vos affirmations (que je continu à considérer comme des mensonges).

    - JLM à calomnié médiocrement les résistants tibétains et défendu honteusement l’action du régime de Pékin ; j’avais noté votre quitus (du bout des lèvres).

    - Soljenitsyme (sa mémoire) a été insulté par JLM lors de son décès ; merci de citer un extrait ignoble qui pratique un amalgame justement vicieux et odieux entre la dénonciation du goulag et les nostalgies douteuses d’A. S.

    - Vous ne trouver RIEN de dangereux dans les programmes actuels du PCF et du NPA. Et bien moi je trouve TOUTE toute leur histoire dangereuse. Vous voulez des faits concrets ? 100 millions de morts ! ça vous suffit ? Les mêmes causes produisent toujours, toujours, toujours, les mêmes effets…

    - Au sujet des journalistes insultés et calomniés par JLM, votre rhétorique est médiocre et sans intérêt. Les faits sont là et vos mots n’y changeront rien.

    Résumons nos contradictions simplement : JLM est-il un politicien démocrate et respectable ? Selon vous, oui ; selon moi, non.

    Pour conclure, voici un long texte (pardon ! mais à verbeux, verbeux et demi !) qui pose mon opinion :

    «  » Rappelons les grandes lignes du marxisme. Pour Marx et Engels, toute l’histoire de l’humanité se résume à une lutte des classes, une lutte entre dominants et dominés. Le marxisme croit donc au sens de l’histoire. Au XIXe siècle, la classe bourgeoise domine celle des prolétaires. Selon le marxisme, le capitalisme, qui est l’exploitation de l’homme par l’homme, est appelé à mourir fatalement en raison de ses propres contradictions : c’est une certitude scientifique – on appelle d’ailleurs le marxisme socialisme scientifique. La classe des prolétaires doit renverser l’ordre bourgeois par la révolution et instaurer la dictature du prolétariat en supprimant la propriété privée, qui est la base de l’exploitation, et en muselant la bourgeoisie. L’Etat s’appropriera donc tous les facteurs de production et d’échange : ce sera la phase du socialisme. Alors, l’Etat devra dépérir et c’est ainsi que naîtra la société idéale, égalitaire, où l’humanité sera débarrassée du capitalisme et vivra réconciliée avec elle-même : ce sera le communisme et la fin de l’histoire.

    Le communisme est donc associé à une libération d’une partie de l’humanité, à quelque chose de positif. Si bien que les régimes communistes du XXe siècle sont considérés comme des perversions du marxisme : une « bonne » doctrine aurait été « mal » appliquée. Mais ce point de vue consiste à juger le communisme sur ses intentions, sur ce qu’il était censé faire. Or, on ne juge pas sur des intentions, aussi bonnes soient-elles. Nous venons déjà de le voir : le marxisme distingue bien la fin – le communisme, l’idéal – et les moyens – le socialisme, la dictature du prolétariat. Il est absurde de juger sur l’idéal de départ, sur les intentions, car l’utopie, par définition, n’existe pas, elle est irréelle. Le mot utopie, en effet, est composé du radical issu du grec topos (« lieu ») et du préfixe privatif u-. Littéralement, l’utopie est donc le « non lieu », le « lieu qui n’existe pas ».

    Fatalement, donc, la réalité ne peut jamais correspondre à l’utopie puisque cette dernière est, précisément, irréelle. Par conséquent, l’argument semble en béton : on juge quelque chose qui a réellement existé par rapport à une fiction, quelque chose qui n’existe pas. Il est donc facile de parler de « trahison ».

    La thèse selon laquelle la réalité aurait dévoyé l’idéologie marxiste tient un raisonnement circulaire qui repose sur un postulat non démontré. Ce postulat tient pour acquis que la société idéale existe réellement et qu’elle pourra être réalisée. Mais le postulat aurait du être démontré, on aurait du voir au XXe siècle des sociétés communistes réussir. Or, aucune n’a réussi et tous les régimes communistes ont produit la destruction et la mort de masse. La thèse du « dévoiement » du marxisme se base donc sur un postulat que l’expérience historique a totalement réfuté. Elle refuse, en définitive, de prendre acte des faits et se réfugie derrière l’argument facile et inattaquable des bonnes intentions, de l’utopie.

    Il nous semble, au contraire, que le communisme est intrinsèquement criminel, c’est-à-dire que le meurtre de masse, la violence organisée, la haine des libertés individuelles constituent l’essence même du marxisme. Le communisme élaboré par Marx et Engels devait aboutir aux régimes qui se sont mis en place au XXe siècle sous Lénine, Staline, Mao Zedong, Castro, Kim Il-Sung ou Mengistu. C’est ce que nous allons essayer de montrer.

    Une doctrine intrinsèquement bonne qui produit systématiquement son propre contraire ?

    Considérons d’abord l’expérience du XXe siècle, celle du communisme tel qu’il a été. Ce qui est frappant, c’est que partout et de tout temps, à chaque fois que les communistes prirent le pouvoir, ils instaurèrent des régimes totalitaires. Ce fut la seule et unique forme de communisme au pouvoir ayant existé.

    Sans être exhaustif, prenons quelques exemples. En 1917, dès que les bolcheviks prennent le pouvoir, un régime totalitaire est instauré : parti unique, premiers camps du Goulag, idéologie officielle, suppression de la propriété privée des facteurs de production et d’échange, création d’une police politique, la Tchéka, abolition des libertés individuelles, et exécutions sommaires, entre autres. Ce scénario se retrouve, inlassablement, dans chaque pays où les communistes prirent le pouvoir.

    Ainsi, en décembre 1945, le parti communiste prend le pouvoir en Corée du Nord. En mars 1946 les terres sont confisquées puis, en août, sont nationalisés les moyens de production et d’échange : banques, industries et transports. Les libertés individuelles sont supprimées, le régime du parti unique est instauré, des camps de concentration sont créés et le culte de la personnalité est un autre point commun avec Staline.

    Mao Zedong prend le pouvoir en Chine en 1949 et instaure lui aussi un régime totalitaire. C’est un régime de parti unique, avec des camps de concentration, une économie socialiste et une extermination de masse avec, par exemple, l’assassinat de cinq millions de personnes en seulement deux ans, de 1950 à 1952.

    Au Cambodge, les communistes prennent le pouvoir le 17 avril 1975. Dès lors se met en place un régime totalitaire : les libertés individuelles sont détruites, la surveillance mutuelle est renforcée pour contrer les éléments « contre-révolutionnaires », la population anéantie est soumise, les facteurs de production et d’échange sont nationalisés. De plus, les communistes accomplissent un véritable génocide en exterminant, en seulement quatre ans, le quart de la population cambodgienne.

    À Cuba, les communistes conquièrent le pouvoir en 1959. Là encore, le scénario se répète. Castro instaure la dictature du parti unique, supprime toutes les libertés individuelles, fait assassiner les opposants. Il nationalise les banques et les industries, procède à la collectivisation des terres et exproprie les entreprises étrangères. Il fait enfin régner la terreur dans le pays, comme dans les autres Etats communistes.

    En Ethiopie, c’est encore et toujours le même scénario qui se déroule. Comme à chaque fois, les communistes, quand ils prennent le pouvoir en 1974, assassinent tous les opposants. Comme à chaque fois, ils procèdent à la collectivisation des terres et nationalisent les industries et les banques. Comme à chaque fois, le régime totalitaire se caractérise par le parti unique et la terreur de masse. En somme, on retrouve, là comme ailleurs, tous les critères des régimes communistes.

    Ce que nous avons voulu souligner, c’est que les exécutions massives, la destruction de populations entières et l’instauration de régimes extrêmement répressifs sont les fondements de tout pouvoir communiste, et ce, dans n’importe quel contexte. Sous n’importe quelle latitude, à n’importe quelle époque du XXe siècle et dans n’importe quel contexte politique et culturel, le communisme déroule invariablement le même scénario. De la Russie de 1917 à la Chine de 1949, du Cuba de la fin des années 1950 au Cambodge des années 1970 et de la Corée de 1945 à l’Éthiopie de 1974, la mise en place du communisme se répète exactement de la même manière, selon les mêmes modalités. Le communisme au XXe siècle est donc la seule vérification expérimentale du marxisme que l’on puisse avoir. Et la vérification par l’expérience semble montrer des dispositions criminelles propres au communisme.

    Ainsi, il n’est pas possible de soutenir qu’une doctrine intrinsèquement bonne ait systématiquement produit son contraire. Comment défendre l’idée que cette idéologie, bonne par nature, ne se soit incarnée que dans sa propre perversion ? Par quel miracle une doctrine intrinsèquement bonne peut-elle toujours, systématiquement et sans exception aucune, produire le contraire de ce qu’elle dit, comment peut-elle systématiquement s’incarner dans son propre dévoiement ? Si le communisme n’a rien pu produire d’autre que des régimes criminels, c’est peut-être plutôt parce qu’il n’en était pas capable. Cette criminalité systématique, invariable malgré les contextes les plus divers, semble être le signe que l’idéologie communiste ne peut s’incarner que de cette manière-là. Autrement dit, le communisme révèle ainsi son essence même.

    Aussi faut-il s’attarder plus longuement sur le communisme en tant que doctrine. Il est possible de déceler dans le marxisme, dans sa conception même, de nombreux éléments d’essence totalitaire, antidémocratique et criminelle.

    Marx, « l’inventeur de la Solution finale » (E. Nolte)

    Un premier élément d’essence totalitaire réside dans la conception marxiste de la révolution. En effet, la conception du marxisme est que l’amélioration progressive de la société est impossible par la réforme graduelle. La seule manière de progresser, c’est la révolution, c’est-à-dire la destruction totale de l’ordre actuel de manière violente pour repartir de zéro. La violence, selon le marxisme, est inévitable. Il faut tout détruire pour permettre la réalisation de l’avenir radieux promis par Marx et Engels. Selon les marxistes, la régénération de l’homme, doit être accomplie en s’emparant par la violence de l’Etat.

    Jean-Paul Sartre, l’un des compagnons de route les plus illustres du communisme, déclara en 1973 : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. » Sartre justifiait ainsi les crimes de masse par le fait que la nature même du régime l’exige, un régime révolutionnaire. Dans ce type de régime, il est souhaitable d’assassiner des personnes, les « contre-révolutionnaires ». En effet, à partir du moment où les révolutionnaires veulent tout détruire, tout ce qui s’oppose à eux est nécessairement perçu comme un obstacle à anéantir. La révolution instaure donc une conception manichéenne des choses : les bons contre les mauvais, le bien contre le mal, les révolutionnaires contre les contre-révolutionnaires. Il n’y a pas de demi-mesure. Car la révolution, par définition, suppose un changement brusque et total. Or, c’est bien Marx et Engels qui préconisent la révolution, c’est-à-dire la méthode violente, pour instaurer le communisme.

    Dans le Manifeste du Parti communiste, publié en 1848, Marx et Engels affirment ainsi que la lutte des classes est « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». Selon eux, la démocratie est le libre-échange, le pouvoir du commerce et de la bourgeoisie. La liberté n’est revendiquée que par ceux qui peuvent en profiter. Pour survivre, le prolétariat n’a pas d’autre choix que d’utiliser la méthode violente pour bouleverser l’ordre établi. Le socialisme est le développement des moyens de production, le triomphe de l’Etat comme organe « officiel » du prolétariat. Le renversement du capitalisme doit se faire par la révolution. Ainsi, l’ouvrage se conclut par ces mots : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. »

    C’est sous l’influence de la Commune, en 1871, que Marx considère la dictature du prolétariat comme une forme politique à part entière et non plus comme une simple stratégie de pouvoir. La révolution est un moyen, la violence est nécessaire. Marx pensait que l’erreur des insurgés avait été de s’emparer des institutions existantes au lieu de les balayer par la situation révolutionnaire. Ils ne furent pas suffisamment déterminés dans leur entreprise violente.

    C’est exactement la même aspiration à la violence que reprend Lénine. En 1908, dans Les leçons de la Commune, il expliqua que le premier acte de tout gouvernement révolutionnaire doit être d’instaurer la terreur. En 1871, le prolétariat français avait été d’une « générosité excessive » alors qu’il aurait du « faire périr ses adversaires ». C’est aussi le point de vue de Marx, comme on l’a vu. En août-septembre 1916, Lénine écrivit : « À la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes. » Et en octobre 1917, il affirma : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » Il déclara encore qu’il voulait « épurer la terre russe de tous les insectes nuisibles, les poux et les punaises qui l’infestent ». Les plus menaçants sont les koulaks, ces « buveurs de sang » contre lesquels, dit-il au printemps 1918, il faut livrer « une guerre sans merci ». C’est exactement ce qui fut mis en application, non seulement en Russie, mais aussi partout où les communistes prirent le pouvoir. Et c’est bien dans la pensée de Marx que l’on trouve cette violence.

    Par conséquent, le marxisme, en prônant la révolution, est bien une doctrine extrêmement radicale, qui préconise la violence dans le but d’instaurer la société idéale. La révolution implique nécessairement la terreur. Car cette dernière est justifiée par le danger de « contre-révolution ». La pensée marxiste comporte une radicalité et une violence réelles. D’ailleurs, Proudhon et Bakounine, lorsqu’ils avaient l’occasion de discuter avec Marx, demandaient à ce dernier pourquoi il donnait l’impression d’être en face d’ennemis à tuer, ce qui est significatif. Et en écho à cette intolérance violente de Marx, Lénine déclara : « Les mencheviks me disent : « Permettez-nous de dialoguer avec vous » et moi je leur dis : « Permettez-nous de vous coller au mur. » »

    La révolution, de par sa radicalité qui oblige à se positionner clairement, mène nécessairement à la terreur : on est pour ou contre la révolution. Lénine exprima bien cette idée quand il affirma que la terreur vise « les éléments hésitants et nuisibles de notre propre milieu », « les individus coupables d’indiscipline », « les éléments instables et inconséquents de la masse laborieuse elle-même ». La révolution, préconisée par Marx, constitue donc bien un élément faisant du marxisme une idéologie intrinsèquement violente. Dans une société de classe, la légitimité révolutionnaire est donc dans le prolétariat et pas dans le peuple.

    Un autre élément de nature criminelle qui compose le marxisme est sa volonté de supprimer un groupe humain bien défini, la bourgeoisie. En effet, c’est Marx qui, selon les mots d’Ernst Nolte, « est l’inventeur de la Solution finale puisqu’il préconise la disparition de la bourgeoisie en tant que classe ». Le marxisme recommande donc bien l’extermination collective d’innocents appartenant à un groupe déterminé : les bourgeois sont les ennemis de classe à abattre. On comprend alors mieux les appels au meurtre qui peuvent en découler.

    Ainsi, un certain G.D.H. Cole écrivit : « le prolétariat a le droit et le devoir d’utiliser tous les moyens et de commettre toutes les actions propres à le mener à l’écrasement de ses ennemis de classe ». Quant à Bernard Shaw, dans sa préface à son livre intitulé On the rocks, il encourageait l’Union soviétique à exterminer des personnes. Il réclamait une extermination « fondée sur des bases scientifiques ». En effet, l’assassinat des masses possédantes était considéré par lui comme un acte « tout à fait raisonnable et absolument nécessaire » étant donné que rien ne pourrait les guérir de leur instinct capitaliste.

    Le romancier russe Maxime Gorki, adepte des idées socialistes et révolutionnaires, écrivit : « La haine de classe doit être cultivée par les répulsions organiques à l’égard de l’ennemi, en tant qu’être inférieur, un dégénéré sur le plan physique, mais aussi moral. » De fait, les communistes décidèrent dès 1916 d’exterminer « la bourgeoisie en tant que classe ». Et ils mirent en pratique cette idée, en appliquant le terme de « bourgeois » à tous les opposants. Staline, le 27 décembre 1929, lorsque commence la collectivisation forcée, décida d’exterminer les koulaks « en tant que classe », en réalité, tous ceux qui s’opposaient à ses décisions. Ces mesures meurtrières « antibourgeoises » trouvent leurs racines dans la pensée marxiste.

    La « dictature du prolétariat »

    La notion de dictature qu’on trouve dans la doctrine marxiste renforce encore l’idée selon laquelle cette dernière est intrinsèquement criminelle. En effet, Marx préconise la dictature du prolétariat lors de la phase transitoire entre la suppression du capitalisme et l’avènement de la société idéale.

    Pourtant, les régimes communistes qui se mirent en place à partir de 1917 furent des dictatures du Parti, et non du prolétariat. A priori, donc, il serait possible de dire que, sur ce point, le marxisme aurait été trahi. Certes, entre Lénine et Marx existe une différence dans la conception de la dictature. Lénine pense à la dictature du Parti unique. Dans une brochure d’octobre 1917, il écrivit que le pouvoir devait revenir aux quelques centaines de milliers de militants du Parti qu’il dirigeait et que la direction du Parti se verrait attribuer le rôle de guide.

    En revanche, pour Marx, tout État étant un État de classe, la « dictature de la bourgeoisie » doit être supplantée par la « dictature du prolétariat ». Dans Le Manifeste du Parti communiste, publié au début de 1848, Marx parlait de « guerre civile larvée » et de la nécessaire « domination du prolétariat ». En juin de la même année, il se montra encore plus radical en parlant de « guerre civile ouverte » et de « dictature du prolétariat ».

    Et sur ce point, Lénine partage les vues de Marx. En effet, dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautzky, publié en 1918, il nota par exemple : « L’Etat est aux mains de la classe dominante, une machine destinée à écraser la résistance de ses adversaires de classe. Sur ce point, la dictature du prolétariat ne se distingue en rien, quant au fond, de la dictature de tout autre classe. […] La dictature est un pouvoir qui s’appuie directement sur la violence et n’est lié par aucune loi. La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi. »

    Mais qu’elle soit du prolétariat ou du Parti, une dictature reste une dictature. Marx pense que la dictature du prolétariat doit prendre appui sur la violence organisée. Lénine, lui, parle de « terreur de masse » pour désigner le mode de gouvernement des communistes. En outre, Marx n’a jamais défini concrètement ce que serait un Etat ou même un gouvernement communiste, et il ne fut jamais en situation de pouvoir. Il est donc difficile de savoir ce qu’il aurait proposé concrètement pour l’installation de la dictature du prolétariat. Et on peut très bien dire que Lénine a simplement trouvé la solution à ce flou de la pensée marxiste en défendant en 1902, dans son livre Que faire ?, l’idée selon laquelle le prolétariat était exprimé par le parti bolchevique.

    Certes aussi, Marx et Engels n’accordèrent pas autant d’importance au Parti communiste que Lénine. Pour les premiers, il n’était que l’ensemble des ouvriers luttant pour le communisme et parvenant, par ce combat, à la conscience de classe. Pour le second, par contre, le Parti est une véritable machine, celui qui va façonner le prolétariat et qui détient la Vérité. Par conséquent, selon la conception léniniste du Parti, tout débat est inutile, le bavardage est interdit. Mais c’est justement ici que Lénine rejoint la pensée de Marx : le bavardage, les débats sont la manifestation du parlementarisme, c’est la démocratie « bourgeoise »… et c’est ce que déteste aussi le marxisme.

    « Le bien, c’est le mal […]. Le mal, c’est le bien » (K. Marx)

    En effet, Marx vomit la démocratie puisqu’elle n’est à ses yeux, nous l’avons vu, que le pouvoir du libre-échange, de la bourgeoisie et du commerce. La démocratie « bourgeoise » est en réalité la « dictature de la bourgeoisie » pour les fondateurs du marxisme. Le parlementarisme est une « source de mystification ». Le marxisme tient donc en horreur ce qui fonde la démocratie : les droits de l’homme. Là encore, l’essence criminelle du communisme se fait jour.

    Marx rejette violemment la philosophie bourgeoise des droits de l’homme. Ce sont les préoccupations égoïstes, individualistes, des hommes qui sont exprimées par ces droits. Dans son article « La Question juive », paru en 1843 dans les Annales franco-allemandes, Marx écrivit en effet : « Aucun des prétendus droits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, l’homme en tant que membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu séparé de la communauté, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant à son arbitraire privé. »

    Donc, le droit de propriété, la liberté religieuse, la liberté de parole, la liberté d’opinion, la liberté d’association… toutes ces libertés ne sont que des libertés « formelles ». Le droit tel qu’il existe dans les démocraties existe pour masquer les inégalités.

    En 1864, Marx écrivit à Engels pour lui livrer l’impression, visiblement désagréable, qu’il avait eue lorsqu’il a rédigé les statuts que l’Association internationale des travailleurs venait d’adopter : « J’ai été obligé d’accepter dans le préambule des statuts deux phrases où il est question de duty et de right, de même que de truth, morality and justice. Je les ai placées de manière qu’elles ne fassent pas trop de dégâts. » En clair, ce qui répugne Marx, ce sont ces inventions « bourgeoises » que sont les « devoirs », les « droits », la « vérité », la « moralité » et la « justice ».

    Enfin, en 1875, le congrès de Gotha vit se décider l’union des socialistes allemands. Ces derniers adoptèrent un programme réformiste, c’est-à-dire visant à transformer les conditions de vie des travailleurs mais dans le cadre de la légalité démocratique. En clair, ils rejetaient la révolution. Marx condamna donc ce programme qui entendait, d’après lui, défendre les intérêts des ouvriers en se basant sur des valeurs issues du droit « bourgeois ». Or, ce droit est l’instrument même de l’exploitation du prolétariat d’après la doctrine marxiste.

    C’est pourquoi Marx expliqua ceci : « Le bien, c’est le mal, en un sens. C’est ce qui doit être éliminé. C’est ce qui s’oppose au progrès des relations interhumaines. Le mal, c’est le bien, puisqu’il produit le mouvement qui fait l’histoire en continuant la lutte. » La conception marxiste de la révolution considère les droits de l’homme comme un mal car ils freinent la révolution. L’argumentation fut reprise par Trotski dans Leur morale et la nôtre, livre dans lequel il oppose la morale « bourgeoise » à la morale « prolétarienne ».

    Ce rejet pur et simple des droits de l’homme, cette opposition entre des libertés dites « formelles » et des libertés dites « réelles » a quelque chose d’extrêmement dangereux. Ce danger fut bien exprimé dans un article du Monde, intitulé « Les intellectuels et le pouvoir » : « Il n’y a pas de libertés « formelles » qu’on puisse supprimer, fût-ce provisoirement, au nom des libertés « réelles » ou « futures » sans d’immenses dangers […] La violence fait partie de notre monde et nous n’avons pas l’illusion qu’elle puisse disparaître rapidement. Mais constater son rôle dans l’Histoire […] n’autorise pas à en faire l’apologie ni à la justifier en tout cas. »

    Et ce danger se concrétisa lorsque le communisme prit le pouvoir. Lénine appartenait bien à la tendance la plus antidémocratique du mouvement ouvrier. Il considérait le suffrage universel comme une ruse de la bourgeoisie, que « la République bourgeoise la plus démocratique n’est rien d’autre qu’un appareil permettant à la bourgeoisie de réprimer la classe ouvrière, permettant à une poignée de capitalistes d’écraser les masses laborieuses ». Ce rejet de la démocratie et de ses règles exprimé par Lénine, on le décèle déjà chez Marx. Dès qu’ils sont arrivés au pouvoir, les bolcheviks étaient convaincus qu’ils pouvaient s’affranchir des règles du jeu démocratiques car ces règles étaient des règles « bourgeoises », qui n’avaient plus leur place dans le système prolétarien. Et partout où les communistes prirent le pouvoir, nous l’avons vu, ils instaurèrent des régimes férocement antidémocratiques. Cette aversion pour les libertés individuelles, ces libertés dites « formelles », fut encore exprimé par Jeannette Vermeersh-Thorez, la veuve du secrétaire général du PCF Maurice Thorez : elle osa en effet déclarer que les habitants de l’URSS étaient « mille fois plus libres » que les Français : ces derniers vivaient dans une démocratie « bourgeoise » tandis que les Soviétiques, eux, connaissaient le bonheur de vivre dans le pays du socialisme…

    Le rejet des droits de l’homme par le marxisme a une autre explication, avancée par le philosophe français Raymond Aron. Le communisme, par définition, s’oppose à l’individualisme, c’est-à-dire à la conception selon laquelle l’individu constitue une réalité première, essentielle et fondatrice de toute valeur. Dans cette conception, chaque individu possède les mêmes droits : ce sont les libertés individuelles, celles qui s’appliquent à chaque individu. Le communisme, au contraire, est un collectivisme qui, comme son nom l’indique, entend donner le primat au collectif. On devine alors l’essence totalitaire d’une telle conception : le marxisme entend nier l’individu, le détruire, en l’absorbant dans la collectivité. L’individu et ce qui s’y rattache, ses droits, sont par conséquent incompatibles avec la société idéale voulue par Marx et Engels. En effet, l’individu représente la singularité et, donc, la déviance par rapport à l’ordre collectif. La personnalité propre à chaque individu doit être broyée, inexistante. Tout doit être mis en œuvre pour éviter que l’individu menace ainsi l’égalité parfaite instaurée dans la société sans classe. En ce sens, le marxisme est donc bien une idéologie intrinsèquement totalitaire : la suppression des droits de l’homme vise ni plus ni moins à détruire l’individu.

    Adolphe Franck, dans Le Communisme jugé par l’histoire, cita le Code de la nature de Morelly pour dire que ce dernier avait appelé à la suppression de la propriété privée et, donc nécessairement, à l’abolition des libertés individuelles. L’opuscule de Morelly, rédigé en 1755, était une prémonition du système de Lénine et Staline : il prévoyait d’ôter la liberté d’expression à tous ceux qui réclameraient la restauration du droit de propriété et d’élever tous les enfants en commun selon des règles imposées par l’État. On voit donc bien ici l’aspect totalitaire d’une société communiste.

    Pierre Hassner a donc tout à fait raison de souligner que le communisme se caractérise par son rejet déclaré des libertés individuelles. Cette aversion vis-à-vis de la démocratie, ce rejet violent des droits de l’individu sont des éléments qui illustrent la nature intrinsèquement criminelle du communisme.

    Ainsi, à ce stade de notre argumentation, il est déjà possible de tirer un premier enseignement, que l’on peut résumer par la phrase de Dominique Colas : « « Le marxisme-léninisme » a en commun avec le marxisme de Marx la thèse du caractère nécessaire de la guerre entre classes. Également le rejet absolu de la valeur de la démocratie représentative et des droits de l’homme traités en illusions mystificatrices. » Au fond, le marxisme-léninisme ne peut pas être considéré comme une trahison du marxisme.

    Le but du marxisme : créer un homme nouveau, une cité idéale

    Nous l’avons rappelé plus haut, le marxisme est persuadé de connaître le sens de l’histoire et professe la fin de la société de classes, la fin des inégalités, la fin des conflits, la fin de l’Etat et la fin de l’histoire, c’est-à-dire la réalisation de la société idéale, parfaite. Le marxisme est donc une idéologie visant à réaliser une utopie. Ainsi, un cours de marxisme tenu par des professeurs, au sein du PCF, dans les années 1950, contenait ces mots : « Il est difficile de se représenter entièrement ce que sera cette nouvelle société, mais il y a des choses que l’on peut affirmer. Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de prisons. Bien entendu, il n’y aura plus d’églises. Il n’y aura plus d’armée. Il n’y aura plus de crimes. Il pourra y avoir des malades, on les soignera. Toute idée de contrainte disparaîtra. Les hommes auront tout à fait le sentiment qu’ils sont débarrassés, dégagés de tout ce qui faisait autrefois leur servitude. Ce seront des hommes absolument nouveaux. […] Quand on sait que l’on est dans cette voie et que cette voie est celle de l’évolution humaine qui apportera aux hommes la fin de tant de misères, que c’est la voie scientifique, la voie certaine, on a le sentiment que l’on combat pour la plus grande des causes. » La création de « l’homme nouveau », voilà le but du marxisme.

    Or, cette dimension utopique est un élément qui reflète encore la nature intrinsèquement criminelle du communisme. Car, comme l’a bien dit Claude Imbert le 17 septembre 1991 sur Europe 1 : « Ceux qui veulent faire le bonheur de l’humanité ne font jamais le bonheur des hommes. Ceux qui rêvent d’un système idéal d’égalité commencent en équarisseurs et finissent en nomenklaturistes.
    »

    Eugène Richter, dans son livre intitulé Où mène le socialisme ?, publié en Allemagne en 1891 et en France en 1895, décrivait les conséquences néfastes de l’utopie si elle venait à prendre le pouvoir. Alfred Sudre publia en 1849 une Histoire du communisme. Réfutation historique des utopies socialistes. Il soulignait que la volonté des socialistes d’émanciper les masses était une illusion car une nation qui confierait toute l’autorité économique à quelques gouvernants aboutirait inéluctablement à une tyrannie. Et c’est ce qui se produisit effectivement au XXe siècle. Surtout, il écrivait que l’acharnement des philosophes de l’antiquité à bâtir la cité idéale les mena à des erreurs monstrueuses.

    Quant à Jacques Rossi, qui fut enfermé au Goulag de 1937 à 1956, il déclara : « Le marxisme étant une utopie ne peut être réalisé autrement que par la violence et par la terreur. » Dans son Manuel du Goulag. Dictionnaire historique, Jacques Rossi souligne bien que le « goulag servait de laboratoire au régime soviétique, dans le but de créer une société idéale : garde-à-vous et pensée unique ». Il ajoute encore : « Le goulag n’était pas une aberration ou une déviation, c’était l’essence même du système. » Car le but de l’utopie est de créer un « homme nouveau ». La violence est donc nécessaire dans la mesure où une fois que tous les ennemis auront été éliminés, il ne restera que des hommes « nouveaux », « régénérés ».

    Dans son essai sur Max Weber, Karl Jaspers relata la discussion entre Weber et Schumpeter qui eut lieu peu de temps après la révolution d’octobre 1917, étant donné que Weber est mort en 1920 :

    « Les deux hommes se rencontrèrent dans un café de Vienne en présence de Ludo Moritz Hartmann et de Felix Somary. Schumpeter souligna combien la révolution socialiste de Russie lui procurait une grande satisfaction. Désormais, le socialisme ne se bornerait plus à un programme sur le papier, il aurait à prouver sa viabilité.

    « Ce à quoi Weber répondit, en témoignant de la plus grande agitation, que le communisme à ce stade de développement en Russie constituait virtuellement un crime, qu’emprunter cette direction conduirait à une misère humaine sans équivalent et à une terrible catastrophe.
    « « Cela se passera tout à fait ainsi », répondit Schumpeter, « mais quelle parfaite expérience de laboratoire ».
    « « Un laboratoire où s’entasseront des montagnes de cadavres », répondit Weber fiévreusement.
    « « On pourrait dire la même chose de n’importe quelle salle de dissection » répliqua Schumpeter. »

    On le voit bien : deux des plus grands intellectuels de l’époque, au tout début du régime communiste russe, le sociologue Max Weber et l’économiste Joseph Schumpeter, ne nourrissaient ainsi aucune illusion sur le communisme et étaient d’accord pour en déceler les dispositions criminelles. Les « montagnes de cadavres » dont parlait Weber, on les retrouva effectivement dans les goulags soviétiques, dans le Laogaï chinois, après le génocide au Cambodge ou dans les camps de rééducation nord-coréens…

    Michel Heller et Aleksandr Nekrich publièrent en 1982 L’Utopie au pouvoir. C’était le titre donné à leur histoire de l’URSS. C’était donc affirmer que l’utopie, en politique, est criminelle. Car dans l’impossibilité de pouvoir compter sur la vertu des hommes pour les libérer de leurs chaînes, il faut les enchaîner autrement, pour leur propre bonheur. La fin de l’exploitation de l’homme par l’homme doit passer par la mise en place du monstre totalitaire.

    L’utopie est une idéologie totale qui entend remodeler la société sur le patron d’un rêve rationalisé : c’est exactement ce qu’entendait faire le marxisme. En effet, la dimension meurtrière de l’utopie réside dans le fait que cette dernière, de par sa nature même, est inaccessible, irréelle et, donc, irréalisable. Il existera toujours un décalage constant entre le réel et l’utopie, une distance irréductible. Or, le problème est de faire coïncider la réalité avec le rêve. Aussi, lorsque les militants d’une utopie arrivent au pouvoir, ils s’acharnent à vouloir supprimer cette distance, à faire correspondre l’idéal avec la réalité. Le seul moyen est donc d’utiliser la violence, la terreur.

    L’utopie marxiste prétendait s’affranchir de la réalité car elle croyait qu’une société sans conflits et sans classes pouvait exister. La réalité est donc le pire ennemi de l’utopie car elle finit toujours par l’emporter. Dans le jargon psychanalytique, le principe de plaisir – ici, l’utopie marxiste – se heurte au principe de réalité. Le seul moyen, par conséquent, pour l’utopie de rester au pouvoir, c’est de faire violence à la réalité. Ainsi, dès que ceux qui prétendent apporter le bonheur prennent le pouvoir, ils s’aperçoivent rapidement qu’ils ne peuvent apporter le rêve annoncé, car la réalité fait obstacle et parce que la distance entre l’utopie et la réalité est, on l’a dit, irréductible. En conséquence, les utopiste sont obligés d’imposer la terreur dans la mesure où, comme l’écrit très bien Michel Winock, « le défaut de vertu est compensé par un surcroît de tyrannie ». Et les obstacles sur lesquels se heurtent les utopistes au pouvoir ne font que les renforcer dans leur conviction qu’il faut imposer la terreur. En définitive, le postulat du parfait en politique est la première marche vers l’enfer.

    Une belle phrase de l’éditorial du numéro 217 de la revue L’Histoire a bien résumé le danger que représente l’utopie révolutionnaire communiste ainsi que la distance irréductible entre la réalité et l’utopie : « « changer la vie » ne se décrète pas. Quand on s’y essaie, il faut vite, confronté à l’épreuve du réel, renoncer à la logique de l’imaginaire, ou bien emplir les prisons. » Au XXe siècle, les communistes, au lieu de « renoncer à l’imaginaire », c’est-à-dire leur utopie égalitariste, ont « empli les prisons », mais aussi les camps de concentration et les fosses communes.

    On le voit, l’utopie, l’utopie marxiste en l’occurrence, est meurtrière par essence car c’est au nom des bonnes intentions que l’on commet les crimes. C’est un ancêtre illustre du communisme, Babeuf, qui écrivit : « Un régénérateur doit voir grand. Il doit faucher tout ce qui le gêne, tout ce qui obstrue son passage, tout ce qui peut nuire à son arrivée au terme qu’il s’est prescrit. » Les utopistes au pouvoir sont obligé d’imposer la terreur car l’utopie doit correspondre, à n’importe quel prix, à la réalité. Finalement, l’idée centrale est celle-ci : au nom des bonnes intentions on se permet de commettre les pires crimes. On justifie ces derniers par la fin poursuivie. Trotski, dans son livre Leur morale et la nôtre, ne disait pas autre chose : il revendiquait le principe selon lequel la fin justifie les moyens.

    Un « totalitarisme médiatisé par l’utopie » (Jean-François Revel)

    Le philosophe Jean-François Revel a utilisé une belle expression pour qualifier le communisme : ce dernier fut un « totalitarisme médiatisé par l’utopie ». C’est-à-dire que le communisme annonce le contraire de ce qu’il va effectivement produire. Il s’abrite derrière le masque des bonnes intentions pour commettre ses crimes. En effet, il promettait l’abondance et la prospérité et il produisit la misère ; il promettait la liberté et il produisit des régimes horriblement répressifs ; il promettait le respect de la vie humaine – seulement jusqu’à un certain point tout de même – et pratiqua les exécutions de masse. Cette contradiction était acceptée par les communistes occidentaux et les compagnons de route car l’utopie se situait dans l’avenir. Et si cette confiance dans l’avenir existait, c’est parce qu’existait la croyance en un sens de l’histoire, le sens marxiste de l’histoire : nous avons rappelé, au début de cet article, que le marxisme croit au sens de l’histoire. En définitive, le communisme accomplit le Mal au nom du Bien. Et l’on repense à la phrase de Marx, rencontrée plus haut : « Le mal, c’est le bien »…

    Des exemples significatifs peuvent être donnés. Ainsi, la socialiste britannique Béatrice Webb, à propos des personnes victimes de la famine orchestrée par le pouvoir en Ukraine en 1932, déclara : « On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? » On ne peut être plus clair. Une socialiste acceptait le massacre de milliers de personnes – les « œufs » – car elle voyait là un élément incontournable pour réaliser le projet communiste – l’« omelette ».

    Une autre femme qui a aussi accompagné le communisme, Dominique Desanti, admettait dans un témoignage : « Nous savions aussi que les régimes à l’Est étaient très répressifs. Mais nous nous disions qu’il fallait passer par cette « dictature du prolétariat ». Que tout cela n’aurait qu’un temps. » Là encore, ses mots sont très explicites : la terreur est nécessaire pour réaliser l’utopie, « il faut » passer par cette étape. Dominique Desanti acceptait la terreur de masse au nom de la société idéale à venir : « tout cela n’aurait qu’un temps »…

    Citons Simone de Beauvoir qui, en octobre 1946, déclara : « L’adversaire de l’URSS use d’un sophisme quand, soulignant la part de violence criminelle assumée par la politique stalinienne, il néglige de la confronter avec les fins poursuivies… Sans doute, les épurations, les déportations, les abus de l’Occupation, la dictature policière, dépassent en importance les violences exercées dans aucun autre pays [...]. Mais les considérations quantitatives sont insuffisantes [...]. On ne peut juger un moyen sans la fin qui lui donne son sens. Le lynchage est un mal absolu, il représente la survivance d’une civilisation périmée. C’est une faute sans justification, sans excuse. Supprimer cent oppositionnels, c’est sûrement un scandale, mais il se peut qu’il ait un sens, une raison… peut-être représente-t-elle seulement cette part nécessaire d’échec que comporte toute construction positive. » Là encore, on retrouve l’idée selon laquelle la fin justifie les moyens ; la « construction positive » communiste exigeait donc, pour Simone de Beauvoir, d’exterminer des êtres humains ou d’en enfermer dans des camps, Goulag ou Laogaï…

    Enfin, le philosophe Merleau-Ponty s’attacha lui aussi à justifier la terreur au lieu de la nier : « Ou bien on veut faire quelque chose, mais c’est à condition d’user de la violence – ou bien on respecte la liberté formelle, on renonce à la violence, mais on ne peut le faire qu’en renonçant au socialisme et à la société sans classes, c’est-à-dire en consolidant le règne du « quaker hypocrite ». La révolution assume et dirige une violence que la société bourgeoise tolère dans le chômage et dans la guerre et camoufle sous le nom de fatalité. Mais toutes les révolutions réunies n’ont pas versé plus de sang que les empires. Il n’y a que des violences, et la violence révolutionnaire doit être préférée parce qu’elle a un avenir d’humanisme. » Au nom de l’humanisme, de la société sans classes, Merleau-Ponty admettait les crimes de masse. Notons au passage qu’on retrouve dans ces propos la répulsion de Marx vis-à-vis de la liberté dite « formelle »…

    Comme le dit encore bien Michel Winock, l’utopie, en faisant rêver d’un monde parfait, encourage les révolutionnaires. L’utopie, dans le marxisme, justifie ainsi la révolution et la dictature du prolétariat. Car la fin justifie les moyens. Au nom du bonheur à venir d’une partie de l’humanité, au nom de la réalisation de la société sans classe et de la fin de l’histoire, il faut faire la révolution et instaurer la dictature du prolétariat. Par exemple, Pol Pot était un révolutionnaire convaincu de lutter pour la bonne cause. L’utopie, qui est au centre du marxisme, rend donc ce dernier intrinsèquement meurtrier.

    Ainsi peut s’expliquer l’énigme communiste. Loin d’avoir été une « trahison », une « perversion » du marxisme, les régimes totalitaires qui se sont installés sous l’enseigne du communisme au XXe siècle en reflètent l’essence même.

    Loin de nous l’idée de réduire le marxisme à son seul aspect criminel. L’œuvre de Marx et Engels fut aussi une vaste « entreprise anthropologique et sociologique », mais aussi économique. Et, dans une certaine mesure, elle a pu – et peut encore – servir de grille de lecture des sociétés humaines pour certains analystes.

    Mais considérée sous l’angle d’une idéologie persuadée de connaître le sens de l’histoire et de détenir la vérité scientifique de l’histoire et du capitalisme, cette œuvre porte en elle le monstre totalitaire communiste qui sévira au siècle suivant. «  »

    /

  • Jérome dit:

    «  » Rappelons les grandes lignes du marxisme. Pour Marx et Engels, toute l’histoire de l’humanité se résume à une lutte des classes, une lutte entre dominants et dominés. Le marxisme croit donc au sens de l’histoire. Au XIXe siècle, la classe bourgeoise domine celle des prolétaires. Selon le marxisme, le capitalisme, qui est l’exploitation de l’homme par l’homme, est appelé à mourir fatalement en raison de ses propres contradictions : c’est une certitude scientifique – on appelle d’ailleurs le marxisme socialisme scientifique. La classe des prolétaires doit renverser l’ordre bourgeois par la révolution et instaurer la dictature du prolétariat en supprimant la propriété privée, qui est la base de l’exploitation, et en muselant la bourgeoisie. L’Etat s’appropriera donc tous les facteurs de production et d’échange : ce sera la phase du socialisme. Alors, l’Etat devra dépérir et c’est ainsi que naîtra la société idéale, égalitaire, où l’humanité sera débarrassée du capitalisme et vivra réconciliée avec elle-même : ce sera le communisme et la fin de l’histoire.

    Le communisme est donc associé à une libération d’une partie de l’humanité, à quelque chose de positif. Si bien que les régimes communistes du XXe siècle sont considérés comme des perversions du marxisme : une « bonne » doctrine aurait été « mal » appliquée. Mais ce point de vue consiste à juger le communisme sur ses intentions, sur ce qu’il était censé faire. Or, on ne juge pas sur des intentions, aussi bonnes soient-elles. Nous venons déjà de le voir : le marxisme distingue bien la fin – le communisme, l’idéal – et les moyens – le socialisme, la dictature du prolétariat. Il est absurde de juger sur l’idéal de départ, sur les intentions, car l’utopie, par définition, n’existe pas, elle est irréelle. Le mot utopie, en effet, est composé du radical issu du grec topos (« lieu ») et du préfixe privatif u-. Littéralement, l’utopie est donc le « non lieu », le « lieu qui n’existe pas ».

    Fatalement, donc, la réalité ne peut jamais correspondre à l’utopie puisque cette dernière est, précisément, irréelle. Par conséquent, l’argument semble en béton : on juge quelque chose qui a réellement existé par rapport à une fiction, quelque chose qui n’existe pas. Il est donc facile de parler de « trahison ».

    La thèse selon laquelle la réalité aurait dévoyé l’idéologie marxiste tient un raisonnement circulaire qui repose sur un postulat non démontré. Ce postulat tient pour acquis que la société idéale existe réellement et qu’elle pourra être réalisée. Mais le postulat aurait du être démontré, on aurait du voir au XXe siècle des sociétés communistes réussir. Or, aucune n’a réussi et tous les régimes communistes ont produit la destruction et la mort de masse. La thèse du « dévoiement » du marxisme se base donc sur un postulat que l’expérience historique a totalement réfuté. Elle refuse, en définitive, de prendre acte des faits et se réfugie derrière l’argument facile et inattaquable des bonnes intentions, de l’utopie.

    Il nous semble, au contraire, que le communisme est intrinsèquement criminel, c’est-à-dire que le meurtre de masse, la violence organisée, la haine des libertés individuelles constituent l’essence même du marxisme. Le communisme élaboré par Marx et Engels devait aboutir aux régimes qui se sont mis en place au XXe siècle sous Lénine, Staline, Mao Zedong, Castro, Kim Il-Sung ou Mengistu. C’est ce que nous allons essayer de montrer.

    Une doctrine intrinsèquement bonne qui produit systématiquement son propre contraire ?

    Considérons d’abord l’expérience du XXe siècle, celle du communisme tel qu’il a été. Ce qui est frappant, c’est que partout et de tout temps, à chaque fois que les communistes prirent le pouvoir, ils instaurèrent des régimes totalitaires. Ce fut la seule et unique forme de communisme au pouvoir ayant existé.

    Sans être exhaustif, prenons quelques exemples. En 1917, dès que les bolcheviks prennent le pouvoir, un régime totalitaire est instauré : parti unique, premiers camps du Goulag, idéologie officielle, suppression de la propriété privée des facteurs de production et d’échange, création d’une police politique, la Tchéka, abolition des libertés individuelles, et exécutions sommaires, entre autres. Ce scénario se retrouve, inlassablement, dans chaque pays où les communistes prirent le pouvoir.

    Ainsi, en décembre 1945, le parti communiste prend le pouvoir en Corée du Nord. En mars 1946 les terres sont confisquées puis, en août, sont nationalisés les moyens de production et d’échange : banques, industries et transports. Les libertés individuelles sont supprimées, le régime du parti unique est instauré, des camps de concentration sont créés et le culte de la personnalité est un autre point commun avec Staline.

    Mao Zedong prend le pouvoir en Chine en 1949 et instaure lui aussi un régime totalitaire. C’est un régime de parti unique, avec des camps de concentration, une économie socialiste et une extermination de masse avec, par exemple, l’assassinat de cinq millions de personnes en seulement deux ans, de 1950 à 1952.

    Au Cambodge, les communistes prennent le pouvoir le 17 avril 1975. Dès lors se met en place un régime totalitaire : les libertés individuelles sont détruites, la surveillance mutuelle est renforcée pour contrer les éléments « contre-révolutionnaires », la population anéantie est soumise, les facteurs de production et d’échange sont nationalisés. De plus, les communistes accomplissent un véritable génocide en exterminant, en seulement quatre ans, le quart de la population cambodgienne.

    À Cuba, les communistes conquièrent le pouvoir en 1959. Là encore, le scénario se répète. Castro instaure la dictature du parti unique, supprime toutes les libertés individuelles, fait assassiner les opposants. Il nationalise les banques et les industries, procède à la collectivisation des terres et exproprie les entreprises étrangères. Il fait enfin régner la terreur dans le pays, comme dans les autres Etats communistes.

    En Ethiopie, c’est encore et toujours le même scénario qui se déroule. Comme à chaque fois, les communistes, quand ils prennent le pouvoir en 1974, assassinent tous les opposants. Comme à chaque fois, ils procèdent à la collectivisation des terres et nationalisent les industries et les banques. Comme à chaque fois, le régime totalitaire se caractérise par le parti unique et la terreur de masse. En somme, on retrouve, là comme ailleurs, tous les critères des régimes communistes.

    Ce que nous avons voulu souligner, c’est que les exécutions massives, la destruction de populations entières et l’instauration de régimes extrêmement répressifs sont les fondements de tout pouvoir communiste, et ce, dans n’importe quel contexte. Sous n’importe quelle latitude, à n’importe quelle époque du XXe siècle et dans n’importe quel contexte politique et culturel, le communisme déroule invariablement le même scénario. De la Russie de 1917 à la Chine de 1949, du Cuba de la fin des années 1950 au Cambodge des années 1970 et de la Corée de 1945 à l’Éthiopie de 1974, la mise en place du communisme se répète exactement de la même manière, selon les mêmes modalités. Le communisme au XXe siècle est donc la seule vérification expérimentale du marxisme que l’on puisse avoir. Et la vérification par l’expérience semble montrer des dispositions criminelles propres au communisme.

    Ainsi, il n’est pas possible de soutenir qu’une doctrine intrinsèquement bonne ait systématiquement produit son contraire. Comment défendre l’idée que cette idéologie, bonne par nature, ne se soit incarnée que dans sa propre perversion ? Par quel miracle une doctrine intrinsèquement bonne peut-elle toujours, systématiquement et sans exception aucune, produire le contraire de ce qu’elle dit, comment peut-elle systématiquement s’incarner dans son propre dévoiement ? Si le communisme n’a rien pu produire d’autre que des régimes criminels, c’est peut-être plutôt parce qu’il n’en était pas capable. Cette criminalité systématique, invariable malgré les contextes les plus divers, semble être le signe que l’idéologie communiste ne peut s’incarner que de cette manière-là. Autrement dit, le communisme révèle ainsi son essence même.

    Aussi faut-il s’attarder plus longuement sur le communisme en tant que doctrine. Il est possible de déceler dans le marxisme, dans sa conception même, de nombreux éléments d’essence totalitaire, antidémocratique et criminelle.

    Marx, « l’inventeur de la Solution finale » (E. Nolte)

    Un premier élément d’essence totalitaire réside dans la conception marxiste de la révolution. En effet, la conception du marxisme est que l’amélioration progressive de la société est impossible par la réforme graduelle. La seule manière de progresser, c’est la révolution, c’est-à-dire la destruction totale de l’ordre actuel de manière violente pour repartir de zéro. La violence, selon le marxisme, est inévitable. Il faut tout détruire pour permettre la réalisation de l’avenir radieux promis par Marx et Engels. Selon les marxistes, la régénération de l’homme, doit être accomplie en s’emparant par la violence de l’Etat.

    Jean-Paul Sartre, l’un des compagnons de route les plus illustres du communisme, déclara en 1973 : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. » Sartre justifiait ainsi les crimes de masse par le fait que la nature même du régime l’exige, un régime révolutionnaire. Dans ce type de régime, il est souhaitable d’assassiner des personnes, les « contre-révolutionnaires ». En effet, à partir du moment où les révolutionnaires veulent tout détruire, tout ce qui s’oppose à eux est nécessairement perçu comme un obstacle à anéantir. La révolution instaure donc une conception manichéenne des choses : les bons contre les mauvais, le bien contre le mal, les révolutionnaires contre les contre-révolutionnaires. Il n’y a pas de demi-mesure. Car la révolution, par définition, suppose un changement brusque et total. Or, c’est bien Marx et Engels qui préconisent la révolution, c’est-à-dire la méthode violente, pour instaurer le communisme.

    Dans le Manifeste du Parti communiste, publié en 1848, Marx et Engels affirment ainsi que la lutte des classes est « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». Selon eux, la démocratie est le libre-échange, le pouvoir du commerce et de la bourgeoisie. La liberté n’est revendiquée que par ceux qui peuvent en profiter. Pour survivre, le prolétariat n’a pas d’autre choix que d’utiliser la méthode violente pour bouleverser l’ordre établi. Le socialisme est le développement des moyens de production, le triomphe de l’Etat comme organe « officiel » du prolétariat. Le renversement du capitalisme doit se faire par la révolution. Ainsi, l’ouvrage se conclut par ces mots : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. »

    C’est sous l’influence de la Commune, en 1871, que Marx considère la dictature du prolétariat comme une forme politique à part entière et non plus comme une simple stratégie de pouvoir. La révolution est un moyen, la violence est nécessaire. Marx pensait que l’erreur des insurgés avait été de s’emparer des institutions existantes au lieu de les balayer par la situation révolutionnaire. Ils ne furent pas suffisamment déterminés dans leur entreprise violente.

    C’est exactement la même aspiration à la violence que reprend Lénine. En 1908, dans Les leçons de la Commune, il expliqua que le premier acte de tout gouvernement révolutionnaire doit être d’instaurer la terreur. En 1871, le prolétariat français avait été d’une « générosité excessive » alors qu’il aurait du « faire périr ses adversaires ». C’est aussi le point de vue de Marx, comme on l’a vu. En août-septembre 1916, Lénine écrivit : « À la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes. » Et en octobre 1917, il affirma : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » Il déclara encore qu’il voulait « épurer la terre russe de tous les insectes nuisibles, les poux et les punaises qui l’infestent ». Les plus menaçants sont les koulaks, ces « buveurs de sang » contre lesquels, dit-il au printemps 1918, il faut livrer « une guerre sans merci ». C’est exactement ce qui fut mis en application, non seulement en Russie, mais aussi partout où les communistes prirent le pouvoir. Et c’est bien dans la pensée de Marx que l’on trouve cette violence.

    Par conséquent, le marxisme, en prônant la révolution, est bien une doctrine extrêmement radicale, qui préconise la violence dans le but d’instaurer la société idéale. La révolution implique nécessairement la terreur. Car cette dernière est justifiée par le danger de « contre-révolution ». La pensée marxiste comporte une radicalité et une violence réelles. D’ailleurs, Proudhon et Bakounine, lorsqu’ils avaient l’occasion de discuter avec Marx, demandaient à ce dernier pourquoi il donnait l’impression d’être en face d’ennemis à tuer, ce qui est significatif. Et en écho à cette intolérance violente de Marx, Lénine déclara : « Les mencheviks me disent : « Permettez-nous de dialoguer avec vous » et moi je leur dis : « Permettez-nous de vous coller au mur. » »

    La révolution, de par sa radicalité qui oblige à se positionner clairement, mène nécessairement à la terreur : on est pour ou contre la révolution. Lénine exprima bien cette idée quand il affirma que la terreur vise « les éléments hésitants et nuisibles de notre propre milieu », « les individus coupables d’indiscipline », « les éléments instables et inconséquents de la masse laborieuse elle-même ». La révolution, préconisée par Marx, constitue donc bien un élément faisant du marxisme une idéologie intrinsèquement violente. Dans une société de classe, la légitimité révolutionnaire est donc dans le prolétariat et pas dans le peuple.

    Un autre élément de nature criminelle qui compose le marxisme est sa volonté de supprimer un groupe humain bien défini, la bourgeoisie. En effet, c’est Marx qui, selon les mots d’Ernst Nolte, « est l’inventeur de la Solution finale puisqu’il préconise la disparition de la bourgeoisie en tant que classe ». Le marxisme recommande donc bien l’extermination collective d’innocents appartenant à un groupe déterminé : les bourgeois sont les ennemis de classe à abattre. On comprend alors mieux les appels au meurtre qui peuvent en découler.

    Ainsi, un certain G.D.H. Cole écrivit : « le prolétariat a le droit et le devoir d’utiliser tous les moyens et de commettre toutes les actions propres à le mener à l’écrasement de ses ennemis de classe ». Quant à Bernard Shaw, dans sa préface à son livre intitulé On the rocks, il encourageait l’Union soviétique à exterminer des personnes. Il réclamait une extermination « fondée sur des bases scientifiques ». En effet, l’assassinat des masses possédantes était considéré par lui comme un acte « tout à fait raisonnable et absolument nécessaire » étant donné que rien ne pourrait les guérir de leur instinct capitaliste.

    Le romancier russe Maxime Gorki, adepte des idées socialistes et révolutionnaires, écrivit : « La haine de classe doit être cultivée par les répulsions organiques à l’égard de l’ennemi, en tant qu’être inférieur, un dégénéré sur le plan physique, mais aussi moral. » De fait, les communistes décidèrent dès 1916 d’exterminer « la bourgeoisie en tant que classe ». Et ils mirent en pratique cette idée, en appliquant le terme de « bourgeois » à tous les opposants. Staline, le 27 décembre 1929, lorsque commence la collectivisation forcée, décida d’exterminer les koulaks « en tant que classe », en réalité, tous ceux qui s’opposaient à ses décisions. Ces mesures meurtrières « antibourgeoises » trouvent leurs racines dans la pensée marxiste.

    La « dictature du prolétariat »

    La notion de dictature qu’on trouve dans la doctrine marxiste renforce encore l’idée selon laquelle cette dernière est intrinsèquement criminelle. En effet, Marx préconise la dictature du prolétariat lors de la phase transitoire entre la suppression du capitalisme et l’avènement de la société idéale.

    Pourtant, les régimes communistes qui se mirent en place à partir de 1917 furent des dictatures du Parti, et non du prolétariat. A priori, donc, il serait possible de dire que, sur ce point, le marxisme aurait été trahi. Certes, entre Lénine et Marx existe une différence dans la conception de la dictature. Lénine pense à la dictature du Parti unique. Dans une brochure d’octobre 1917, il écrivit que le pouvoir devait revenir aux quelques centaines de milliers de militants du Parti qu’il dirigeait et que la direction du Parti se verrait attribuer le rôle de guide.

    En revanche, pour Marx, tout État étant un État de classe, la « dictature de la bourgeoisie » doit être supplantée par la « dictature du prolétariat ». Dans Le Manifeste du Parti communiste, publié au début de 1848, Marx parlait de « guerre civile larvée » et de la nécessaire « domination du prolétariat ». En juin de la même année, il se montra encore plus radical en parlant de « guerre civile ouverte » et de « dictature du prolétariat ».

    Et sur ce point, Lénine partage les vues de Marx. En effet, dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautzky, publié en 1918, il nota par exemple : « L’Etat est aux mains de la classe dominante, une machine destinée à écraser la résistance de ses adversaires de classe. Sur ce point, la dictature du prolétariat ne se distingue en rien, quant au fond, de la dictature de tout autre classe. […] La dictature est un pouvoir qui s’appuie directement sur la violence et n’est lié par aucune loi. La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi. »

    Mais qu’elle soit du prolétariat ou du Parti, une dictature reste une dictature. Marx pense que la dictature du prolétariat doit prendre appui sur la violence organisée. Lénine, lui, parle de « terreur de masse » pour désigner le mode de gouvernement des communistes. En outre, Marx n’a jamais défini concrètement ce que serait un Etat ou même un gouvernement communiste, et il ne fut jamais en situation de pouvoir. Il est donc difficile de savoir ce qu’il aurait proposé concrètement pour l’installation de la dictature du prolétariat. Et on peut très bien dire que Lénine a simplement trouvé la solution à ce flou de la pensée marxiste en défendant en 1902, dans son livre Que faire ?, l’idée selon laquelle le prolétariat était exprimé par le parti bolchevique.

    Certes aussi, Marx et Engels n’accordèrent pas autant d’importance au Parti communiste que Lénine. Pour les premiers, il n’était que l’ensemble des ouvriers luttant pour le communisme et parvenant, par ce combat, à la conscience de classe. Pour le second, par contre, le Parti est une véritable machine, celui qui va façonner le prolétariat et qui détient la Vérité. Par conséquent, selon la conception léniniste du Parti, tout débat est inutile, le bavardage est interdit. Mais c’est justement ici que Lénine rejoint la pensée de Marx : le bavardage, les débats sont la manifestation du parlementarisme, c’est la démocratie « bourgeoise »… et c’est ce que déteste aussi le marxisme.

  • Jérome dit:

    « Le bien, c’est le mal […]. Le mal, c’est le bien » (K. Marx)

    En effet, Marx vomit la démocratie puisqu’elle n’est à ses yeux, nous l’avons vu, que le pouvoir du libre-échange, de la bourgeoisie et du commerce. La démocratie « bourgeoise » est en réalité la « dictature de la bourgeoisie » pour les fondateurs du marxisme. Le parlementarisme est une « source de mystification ». Le marxisme tient donc en horreur ce qui fonde la démocratie : les droits de l’homme. Là encore, l’essence criminelle du communisme se fait jour.

    Marx rejette violemment la philosophie bourgeoise des droits de l’homme. Ce sont les préoccupations égoïstes, individualistes, des hommes qui sont exprimées par ces droits. Dans son article « La Question juive », paru en 1843 dans les Annales franco-allemandes, Marx écrivit en effet : « Aucun des prétendus droits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, l’homme en tant que membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu séparé de la communauté, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant à son arbitraire privé. »

    Donc, le droit de propriété, la liberté religieuse, la liberté de parole, la liberté d’opinion, la liberté d’association… toutes ces libertés ne sont que des libertés « formelles ». Le droit tel qu’il existe dans les démocraties existe pour masquer les inégalités.

    En 1864, Marx écrivit à Engels pour lui livrer l’impression, visiblement désagréable, qu’il avait eue lorsqu’il a rédigé les statuts que l’Association internationale des travailleurs venait d’adopter : « J’ai été obligé d’accepter dans le préambule des statuts deux phrases où il est question de duty et de right, de même que de truth, morality and justice. Je les ai placées de manière qu’elles ne fassent pas trop de dégâts. » En clair, ce qui répugne Marx, ce sont ces inventions « bourgeoises » que sont les « devoirs », les « droits », la « vérité », la « moralité » et la « justice ».

    Enfin, en 1875, le congrès de Gotha vit se décider l’union des socialistes allemands. Ces derniers adoptèrent un programme réformiste, c’est-à-dire visant à transformer les conditions de vie des travailleurs mais dans le cadre de la légalité démocratique. En clair, ils rejetaient la révolution. Marx condamna donc ce programme qui entendait, d’après lui, défendre les intérêts des ouvriers en se basant sur des valeurs issues du droit « bourgeois ». Or, ce droit est l’instrument même de l’exploitation du prolétariat d’après la doctrine marxiste.

    C’est pourquoi Marx expliqua ceci : « Le bien, c’est le mal, en un sens. C’est ce qui doit être éliminé. C’est ce qui s’oppose au progrès des relations interhumaines. Le mal, c’est le bien, puisqu’il produit le mouvement qui fait l’histoire en continuant la lutte. » La conception marxiste de la révolution considère les droits de l’homme comme un mal car ils freinent la révolution. L’argumentation fut reprise par Trotski dans Leur morale et la nôtre, livre dans lequel il oppose la morale « bourgeoise » à la morale « prolétarienne ».

    Ce rejet pur et simple des droits de l’homme, cette opposition entre des libertés dites « formelles » et des libertés dites « réelles » a quelque chose d’extrêmement dangereux. Ce danger fut bien exprimé dans un article du Monde, intitulé « Les intellectuels et le pouvoir » : « Il n’y a pas de libertés « formelles » qu’on puisse supprimer, fût-ce provisoirement, au nom des libertés « réelles » ou « futures » sans d’immenses dangers […] La violence fait partie de notre monde et nous n’avons pas l’illusion qu’elle puisse disparaître rapidement. Mais constater son rôle dans l’Histoire […] n’autorise pas à en faire l’apologie ni à la justifier en tout cas. »

    Et ce danger se concrétisa lorsque le communisme prit le pouvoir. Lénine appartenait bien à la tendance la plus antidémocratique du mouvement ouvrier. Il considérait le suffrage universel comme une ruse de la bourgeoisie, que « la République bourgeoise la plus démocratique n’est rien d’autre qu’un appareil permettant à la bourgeoisie de réprimer la classe ouvrière, permettant à une poignée de capitalistes d’écraser les masses laborieuses ». Ce rejet de la démocratie et de ses règles exprimé par Lénine, on le décèle déjà chez Marx. Dès qu’ils sont arrivés au pouvoir, les bolcheviks étaient convaincus qu’ils pouvaient s’affranchir des règles du jeu démocratiques car ces règles étaient des règles « bourgeoises », qui n’avaient plus leur place dans le système prolétarien. Et partout où les communistes prirent le pouvoir, nous l’avons vu, ils instaurèrent des régimes férocement antidémocratiques. Cette aversion pour les libertés individuelles, ces libertés dites « formelles », fut encore exprimé par Jeannette Vermeersh-Thorez, la veuve du secrétaire général du PCF Maurice Thorez : elle osa en effet déclarer que les habitants de l’URSS étaient « mille fois plus libres » que les Français : ces derniers vivaient dans une démocratie « bourgeoise » tandis que les Soviétiques, eux, connaissaient le bonheur de vivre dans le pays du socialisme…

    Le rejet des droits de l’homme par le marxisme a une autre explication, avancée par le philosophe français Raymond Aron. Le communisme, par définition, s’oppose à l’individualisme, c’est-à-dire à la conception selon laquelle l’individu constitue une réalité première, essentielle et fondatrice de toute valeur. Dans cette conception, chaque individu possède les mêmes droits : ce sont les libertés individuelles, celles qui s’appliquent à chaque individu. Le communisme, au contraire, est un collectivisme qui, comme son nom l’indique, entend donner le primat au collectif. On devine alors l’essence totalitaire d’une telle conception : le marxisme entend nier l’individu, le détruire, en l’absorbant dans la collectivité. L’individu et ce qui s’y rattache, ses droits, sont par conséquent incompatibles avec la société idéale voulue par Marx et Engels. En effet, l’individu représente la singularité et, donc, la déviance par rapport à l’ordre collectif. La personnalité propre à chaque individu doit être broyée, inexistante. Tout doit être mis en œuvre pour éviter que l’individu menace ainsi l’égalité parfaite instaurée dans la société sans classe. En ce sens, le marxisme est donc bien une idéologie intrinsèquement totalitaire : la suppression des droits de l’homme vise ni plus ni moins à détruire l’individu.

    Adolphe Franck, dans Le Communisme jugé par l’histoire, cita le Code de la nature de Morelly pour dire que ce dernier avait appelé à la suppression de la propriété privée et, donc nécessairement, à l’abolition des libertés individuelles. L’opuscule de Morelly, rédigé en 1755, était une prémonition du système de Lénine et Staline : il prévoyait d’ôter la liberté d’expression à tous ceux qui réclameraient la restauration du droit de propriété et d’élever tous les enfants en commun selon des règles imposées par l’État. On voit donc bien ici l’aspect totalitaire d’une société communiste.

    Pierre Hassner a donc tout à fait raison de souligner que le communisme se caractérise par son rejet déclaré des libertés individuelles. Cette aversion vis-à-vis de la démocratie, ce rejet violent des droits de l’individu sont des éléments qui illustrent la nature intrinsèquement criminelle du communisme.

    Ainsi, à ce stade de notre argumentation, il est déjà possible de tirer un premier enseignement, que l’on peut résumer par la phrase de Dominique Colas : « « Le marxisme-léninisme » a en commun avec le marxisme de Marx la thèse du caractère nécessaire de la guerre entre classes. Également le rejet absolu de la valeur de la démocratie représentative et des droits de l’homme traités en illusions mystificatrices. » Au fond, le marxisme-léninisme ne peut pas être considéré comme une trahison du marxisme.

    Le but du marxisme : créer un homme nouveau, une cité idéale

    Nous l’avons rappelé plus haut, le marxisme est persuadé de connaître le sens de l’histoire et professe la fin de la société de classes, la fin des inégalités, la fin des conflits, la fin de l’Etat et la fin de l’histoire, c’est-à-dire la réalisation de la société idéale, parfaite. Le marxisme est donc une idéologie visant à réaliser une utopie. Ainsi, un cours de marxisme tenu par des professeurs, au sein du PCF, dans les années 1950, contenait ces mots : « Il est difficile de se représenter entièrement ce que sera cette nouvelle société, mais il y a des choses que l’on peut affirmer. Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de prisons. Bien entendu, il n’y aura plus d’églises. Il n’y aura plus d’armée. Il n’y aura plus de crimes. Il pourra y avoir des malades, on les soignera. Toute idée de contrainte disparaîtra. Les hommes auront tout à fait le sentiment qu’ils sont débarrassés, dégagés de tout ce qui faisait autrefois leur servitude. Ce seront des hommes absolument nouveaux. […] Quand on sait que l’on est dans cette voie et que cette voie est celle de l’évolution humaine qui apportera aux hommes la fin de tant de misères, que c’est la voie scientifique, la voie certaine, on a le sentiment que l’on combat pour la plus grande des causes. » La création de « l’homme nouveau », voilà le but du marxisme.

    Or, cette dimension utopique est un élément qui reflète encore la nature intrinsèquement criminelle du communisme. Car, comme l’a bien dit Claude Imbert le 17 septembre 1991 sur Europe 1 : « Ceux qui veulent faire le bonheur de l’humanité ne font jamais le bonheur des hommes. Ceux qui rêvent d’un système idéal d’égalité commencent en équarisseurs et finissent en nomenklaturistes.
    »

    Eugène Richter, dans son livre intitulé Où mène le socialisme ?, publié en Allemagne en 1891 et en France en 1895, décrivait les conséquences néfastes de l’utopie si elle venait à prendre le pouvoir. Alfred Sudre publia en 1849 une Histoire du communisme. Réfutation historique des utopies socialistes. Il soulignait que la volonté des socialistes d’émanciper les masses était une illusion car une nation qui confierait toute l’autorité économique à quelques gouvernants aboutirait inéluctablement à une tyrannie. Et c’est ce qui se produisit effectivement au XXe siècle. Surtout, il écrivait que l’acharnement des philosophes de l’antiquité à bâtir la cité idéale les mena à des erreurs monstrueuses.

    Quant à Jacques Rossi, qui fut enfermé au Goulag de 1937 à 1956, il déclara : « Le marxisme étant une utopie ne peut être réalisé autrement que par la violence et par la terreur. » Dans son Manuel du Goulag. Dictionnaire historique, Jacques Rossi souligne bien que le « goulag servait de laboratoire au régime soviétique, dans le but de créer une société idéale : garde-à-vous et pensée unique ». Il ajoute encore : « Le goulag n’était pas une aberration ou une déviation, c’était l’essence même du système. » Car le but de l’utopie est de créer un « homme nouveau ». La violence est donc nécessaire dans la mesure où une fois que tous les ennemis auront été éliminés, il ne restera que des hommes « nouveaux », « régénérés ».

    Dans son essai sur Max Weber, Karl Jaspers relata la discussion entre Weber et Schumpeter qui eut lieu peu de temps après la révolution d’octobre 1917, étant donné que Weber est mort en 1920 :

    « Les deux hommes se rencontrèrent dans un café de Vienne en présence de Ludo Moritz Hartmann et de Felix Somary. Schumpeter souligna combien la révolution socialiste de Russie lui procurait une grande satisfaction. Désormais, le socialisme ne se bornerait plus à un programme sur le papier, il aurait à prouver sa viabilité.

    « Ce à quoi Weber répondit, en témoignant de la plus grande agitation, que le communisme à ce stade de développement en Russie constituait virtuellement un crime, qu’emprunter cette direction conduirait à une misère humaine sans équivalent et à une terrible catastrophe.
    « « Cela se passera tout à fait ainsi », répondit Schumpeter, « mais quelle parfaite expérience de laboratoire ».
    « « Un laboratoire où s’entasseront des montagnes de cadavres », répondit Weber fiévreusement.
    « « On pourrait dire la même chose de n’importe quelle salle de dissection » répliqua Schumpeter. »

    On le voit bien : deux des plus grands intellectuels de l’époque, au tout début du régime communiste russe, le sociologue Max Weber et l’économiste Joseph Schumpeter, ne nourrissaient ainsi aucune illusion sur le communisme et étaient d’accord pour en déceler les dispositions criminelles. Les « montagnes de cadavres » dont parlait Weber, on les retrouva effectivement dans les goulags soviétiques, dans le Laogaï chinois, après le génocide au Cambodge ou dans les camps de rééducation nord-coréens…

    Michel Heller et Aleksandr Nekrich publièrent en 1982 L’Utopie au pouvoir. C’était le titre donné à leur histoire de l’URSS. C’était donc affirmer que l’utopie, en politique, est criminelle. Car dans l’impossibilité de pouvoir compter sur la vertu des hommes pour les libérer de leurs chaînes, il faut les enchaîner autrement, pour leur propre bonheur. La fin de l’exploitation de l’homme par l’homme doit passer par la mise en place du monstre totalitaire.

    L’utopie est une idéologie totale qui entend remodeler la société sur le patron d’un rêve rationalisé : c’est exactement ce qu’entendait faire le marxisme. En effet, la dimension meurtrière de l’utopie réside dans le fait que cette dernière, de par sa nature même, est inaccessible, irréelle et, donc, irréalisable. Il existera toujours un décalage constant entre le réel et l’utopie, une distance irréductible. Or, le problème est de faire coïncider la réalité avec le rêve. Aussi, lorsque les militants d’une utopie arrivent au pouvoir, ils s’acharnent à vouloir supprimer cette distance, à faire correspondre l’idéal avec la réalité. Le seul moyen est donc d’utiliser la violence, la terreur.

    L’utopie marxiste prétendait s’affranchir de la réalité car elle croyait qu’une société sans conflits et sans classes pouvait exister. La réalité est donc le pire ennemi de l’utopie car elle finit toujours par l’emporter. Dans le jargon psychanalytique, le principe de plaisir – ici, l’utopie marxiste – se heurte au principe de réalité. Le seul moyen, par conséquent, pour l’utopie de rester au pouvoir, c’est de faire violence à la réalité. Ainsi, dès que ceux qui prétendent apporter le bonheur prennent le pouvoir, ils s’aperçoivent rapidement qu’ils ne peuvent apporter le rêve annoncé, car la réalité fait obstacle et parce que la distance entre l’utopie et la réalité est, on l’a dit, irréductible. En conséquence, les utopiste sont obligés d’imposer la terreur dans la mesure où, comme l’écrit très bien Michel Winock, « le défaut de vertu est compensé par un surcroît de tyrannie ». Et les obstacles sur lesquels se heurtent les utopistes au pouvoir ne font que les renforcer dans leur conviction qu’il faut imposer la terreur. En définitive, le postulat du parfait en politique est la première marche vers l’enfer.

    Une belle phrase de l’éditorial du numéro 217 de la revue L’Histoire a bien résumé le danger que représente l’utopie révolutionnaire communiste ainsi que la distance irréductible entre la réalité et l’utopie : « « changer la vie » ne se décrète pas. Quand on s’y essaie, il faut vite, confronté à l’épreuve du réel, renoncer à la logique de l’imaginaire, ou bien emplir les prisons. » Au XXe siècle, les communistes, au lieu de « renoncer à l’imaginaire », c’est-à-dire leur utopie égalitariste, ont « empli les prisons », mais aussi les camps de concentration et les fosses communes.

    On le voit, l’utopie, l’utopie marxiste en l’occurrence, est meurtrière par essence car c’est au nom des bonnes intentions que l’on commet les crimes. C’est un ancêtre illustre du communisme, Babeuf, qui écrivit : « Un régénérateur doit voir grand. Il doit faucher tout ce qui le gêne, tout ce qui obstrue son passage, tout ce qui peut nuire à son arrivée au terme qu’il s’est prescrit. » Les utopistes au pouvoir sont obligé d’imposer la terreur car l’utopie doit correspondre, à n’importe quel prix, à la réalité. Finalement, l’idée centrale est celle-ci : au nom des bonnes intentions on se permet de commettre les pires crimes. On justifie ces derniers par la fin poursuivie. Trotski, dans son livre Leur morale et la nôtre, ne disait pas autre chose : il revendiquait le principe selon lequel la fin justifie les moyens.

    Un « totalitarisme médiatisé par l’utopie » (Jean-François Revel)

    Le philosophe Jean-François Revel a utilisé une belle expression pour qualifier le communisme : ce dernier fut un « totalitarisme médiatisé par l’utopie ». C’est-à-dire que le communisme annonce le contraire de ce qu’il va effectivement produire. Il s’abrite derrière le masque des bonnes intentions pour commettre ses crimes. En effet, il promettait l’abondance et la prospérité et il produisit la misère ; il promettait la liberté et il produisit des régimes horriblement répressifs ; il promettait le respect de la vie humaine – seulement jusqu’à un certain point tout de même – et pratiqua les exécutions de masse. Cette contradiction était acceptée par les communistes occidentaux et les compagnons de route car l’utopie se situait dans l’avenir. Et si cette confiance dans l’avenir existait, c’est parce qu’existait la croyance en un sens de l’histoire, le sens marxiste de l’histoire : nous avons rappelé, au début de cet article, que le marxisme croit au sens de l’histoire. En définitive, le communisme accomplit le Mal au nom du Bien. Et l’on repense à la phrase de Marx, rencontrée plus haut : « Le mal, c’est le bien »…

    Des exemples significatifs peuvent être donnés. Ainsi, la socialiste britannique Béatrice Webb, à propos des personnes victimes de la famine orchestrée par le pouvoir en Ukraine en 1932, déclara : « On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? » On ne peut être plus clair. Une socialiste acceptait le massacre de milliers de personnes – les « œufs » – car elle voyait là un élément incontournable pour réaliser le projet communiste – l’« omelette ».

    Une autre femme qui a aussi accompagné le communisme, Dominique Desanti, admettait dans un témoignage : « Nous savions aussi que les régimes à l’Est étaient très répressifs. Mais nous nous disions qu’il fallait passer par cette « dictature du prolétariat ». Que tout cela n’aurait qu’un temps. » Là encore, ses mots sont très explicites : la terreur est nécessaire pour réaliser l’utopie, « il faut » passer par cette étape. Dominique Desanti acceptait la terreur de masse au nom de la société idéale à venir : « tout cela n’aurait qu’un temps »…

    Citons Simone de Beauvoir qui, en octobre 1946, déclara : « L’adversaire de l’URSS use d’un sophisme quand, soulignant la part de violence criminelle assumée par la politique stalinienne, il néglige de la confronter avec les fins poursuivies… Sans doute, les épurations, les déportations, les abus de l’Occupation, la dictature policière, dépassent en importance les violences exercées dans aucun autre pays [...]. Mais les considérations quantitatives sont insuffisantes [...]. On ne peut juger un moyen sans la fin qui lui donne son sens. Le lynchage est un mal absolu, il représente la survivance d’une civilisation périmée. C’est une faute sans justification, sans excuse. Supprimer cent oppositionnels, c’est sûrement un scandale, mais il se peut qu’il ait un sens, une raison… peut-être représente-t-elle seulement cette part nécessaire d’échec que comporte toute construction positive. » Là encore, on retrouve l’idée selon laquelle la fin justifie les moyens ; la « construction positive » communiste exigeait donc, pour Simone de Beauvoir, d’exterminer des êtres humains ou d’en enfermer dans des camps, Goulag ou Laogaï…

    Enfin, le philosophe Merleau-Ponty s’attacha lui aussi à justifier la terreur au lieu de la nier : « Ou bien on veut faire quelque chose, mais c’est à condition d’user de la violence – ou bien on respecte la liberté formelle, on renonce à la violence, mais on ne peut le faire qu’en renonçant au socialisme et à la société sans classes, c’est-à-dire en consolidant le règne du « quaker hypocrite ». La révolution assume et dirige une violence que la société bourgeoise tolère dans le chômage et dans la guerre et camoufle sous le nom de fatalité. Mais toutes les révolutions réunies n’ont pas versé plus de sang que les empires. Il n’y a que des violences, et la violence révolutionnaire doit être préférée parce qu’elle a un avenir d’humanisme. » Au nom de l’humanisme, de la société sans classes, Merleau-Ponty admettait les crimes de masse. Notons au passage qu’on retrouve dans ces propos la répulsion de Marx vis-à-vis de la liberté dite « formelle »…

    Comme le dit encore bien Michel Winock, l’utopie, en faisant rêver d’un monde parfait, encourage les révolutionnaires. L’utopie, dans le marxisme, justifie ainsi la révolution et la dictature du prolétariat. Car la fin justifie les moyens. Au nom du bonheur à venir d’une partie de l’humanité, au nom de la réalisation de la société sans classe et de la fin de l’histoire, il faut faire la révolution et instaurer la dictature du prolétariat. Par exemple, Pol Pot était un révolutionnaire convaincu de lutter pour la bonne cause. L’utopie, qui est au centre du marxisme, rend donc ce dernier intrinsèquement meurtrier.

    Ainsi peut s’expliquer l’énigme communiste. Loin d’avoir été une « trahison », une « perversion » du marxisme, les régimes totalitaires qui se sont installés sous l’enseigne du communisme au XXe siècle en reflètent l’essence même.

    Loin de nous l’idée de réduire le marxisme à son seul aspect criminel. L’œuvre de Marx et Engels fut aussi une vaste « entreprise anthropologique et sociologique », mais aussi économique. Et, dans une certaine mesure, elle a pu – et peut encore – servir de grille de lecture des sociétés humaines pour certains analystes.

    Mais considérée sous l’angle d’une idéologie persuadée de connaître le sens de l’histoire et de détenir la vérité scientifique de l’histoire et du capitalisme, cette œuvre porte en elle le monstre totalitaire communiste qui sévira au siècle suivant.

  • Jérome dit:

    Pardon de ces doublons particulièrement lourds, mais mon premier envoi ne « passait » pas. Je l’ai donc scindé en deux parties.

    Je suis troublé par la façon dont ce blog « réorganise » mes envois. Je ne parle pas de censure, mais de réorganisation troublante, méthode à laquelle je ne suis pas habitué.
    C’est en tout état de cause préférable, bien entendu, à la censure stalinienne qui règne sur le blog de mélenchon !

  • Boris Yarko dit:

    Toujours les insultes…
    « Je n’ai pas l’envie de rentrer dans ce petit jeu stérile de décortiquer chacune de nos phrases et de nos virgules »
    C’est pourtant la seule manière saine de mener un débat : se baser sur le discours exact de l’autre, pas sur la caricature que l’on souhaite en faire.
    Mais vous ne voulez pas débattre, vous voulez avoir raison, soumettre les autres au silence. Il vous est visiblement impossible d’accorder à votre interlocuteur raison sur un point ou autre. Ou pire entrer dans une dialectique avec lui pour que de l’opposition des points de vue naisse des positions plus nuancées, plus riches.
    Vous êtes comme mes élèves de collège qui refuse le débat, le doute, d’imaginer qu’il y a une part de vérité en l’autre. Et c’est moi le stalinien ?
    « certes l’expression de nos points de vue est importante et il est normal d’y puiser des éléments pour porter la contradiction »
    Pourquoi ne pas s’y attacher alors ?
    « mais la trame générale des idées me semble largement suffisante pour vous exprimer mon désaccord absolu par rapport à vos affirmations (que je continu à considérer comme des mensonges). »
    La « trame générale des idées » : c’est-à-dire la caricature des points de vue, l’absence de nuances. Ce qui permet à tant de discussions de finir en point Godwin : si tu es pro-palestinien, tu es antisémite ; si tu es pro-israélien, tu es nazi…
    La trame générale des idées, c’est le contraire de la raison, le refus de considérer l’autre dans sa complexité, le désir de le réduire à une parodie de pensée.
    Pour ce qui est du programme ACTUEL du PCF, évidemment, vous n’êtes pas allé voir. C’est le passé totalitaire et stalinien qui seul vous intéresse… Pas de débat possible sur la réalité contemporaine du PCF.
    S’en suivent trois posts verbeux sur l’horreur stalinienne. Évidemment que je partage cette critique, mais les communistes actuels ont évolués : les vieux staliniens ont créer des groupuscules hors du PCF.
    Mais cette démarche de poster une avalanche scripturale n’a qu’un but : empêcher le débat. Comment puis-je reprendre point par point ce que vous venez de poster, argumenter sur chaque point. Vous donner raison sur un, tort sur un autre. Vous avez voulu rendre la tâche impossible.
    Pour deux raisons :
    _ obtenir ma capitulation qui vous donnera la joie pitoyable d’avoir « gagner » contre l’ennemi abject, celui qui ne se prosterne pas immédiatement devant le soleil de votre génie ;
    _ éviter le débat réel qui se situe dans la pesée délicate de chaque argument.
    Visiblement l’héritage des Lumières peine à s’installer sur Internet quand chacun préfère le pamphlet à l’essai, la guerre au débat.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Jérôme
    J’essaye de regrouper vos post dans un seul effectivement. Il faut essayer d’éviter la surmultiplication de commentaires ainsi que les doublons.

    Et le blog filtre systématiquement vos commentaires dans la catégorie spam car vous avez indiqué une mauvaise adresse mail et que vous multipliez les envois dans un laps de temps relativement réduit.

  • Jérôme dit:

    Merci à David de ces explications.

    Boris, seriez-vous depressif ? Je n’ai pas de buts aussi machiavéliques que ceux que vous me prêtez ; vous considérez les mouvements communistes et collectivistes actuels comme respectables et débarassés de leurs anciens réflexes totalitaires, moi pas.
    Le long texte argumenté et construit que j’ai posté (et que vous critiquez comme par hasard) expose justement dans le détails les raisons pour lesquelles le communisme est PAR NATURE incompatible avec les lkibertés, hier comme aujourd’hui.

    Vous me reprochez en même temps de biaiser et simplifier le débat ET de vous infliger une avalanche scripturale (jolie formule au demeurant). Faudrait savoir !

    Mettez vous en accord avec vos idées et ne faites pas de moi le miroir de vos erreurs.

  • Lionel - PG 44 dit:

    Jérome, votre discours pseudo scientisto polique témoigne sans doute d’une grande culture mais aussi d’une intense paranoïa. Le simple fait de voir votre argumentation de plus en plus logomachique en est la preuve. Vous vous gargarisez de mots pour étayer votre dire, niant toute intelligence ou pensée à vos détracteurs… tout au plus, votre grande magnanimité intellectuelle dérangée vous permet, dans votre grande bonté (oui, j’adore bisser) de concéder quelque sincérité aux pauvres ignorants aveuglés que nous sommes.
    La paranoïa se soigne, Jérome, maintenant selon votre age et votre degré de maladie, vous êtes peut être incurable.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    @ Jérôme

    Juste un point sur lequel je peux pas m’empêcher de réagir. Vous citez Nolte, qui fut un grand historien mais dont les thèses dans les années 80 ont été durement combattues. Il a perdu cette bataille historiographique, la fameuse « Historikerstreit » (querelle des historiens). Voir les critiques violentes d’Habermas.

    Je rappelle qu’il n’hésitait pas à affirmer que le nazisme était principalement dû à la situation géographique de l’Allemagne. Cette dernière étant la nation européenne la plus exposée au bolchévisme, elle aurait servi de rempart à l’invasion communiste, et elle y a réagît par le nazisme. Nolte ira même jusqu’à dire que l’holocauste aurait été « suscitée par les actes d’exterminations commis par la révolution russe ».

    Je vous conseille la lecture du livre d’Edouard Husson, certainement le meilleur spécialiste français de la période à ce sujet. Vous comprendrez que ces thèses sont complètement obsolètes aujourd’hui.

  • Providia dit:

    J’ai une question un peu hors sujet mais je ne sais pas comment vous la proposer autrement. Il serait intéressant de poster une analyse du travail très sérieux de Bruno Lemaire au niveau de l’agriculture (voulant redonner un relief stratégique à ce ministère en france et en europe) et qui met en avant le besoin d’une politique économique un peu plus cohérente en Europe. Il veut aussi faire renaitre les grands projets franco-allemands. Une politique très claire et ambitieuse, il faut avouer qu’il porte la majorité dans le bon sens au niveau du porte feuille qu’il gère.

    Un cadeau qui devrait vous faire plaisir vu ses postions sur DDV:

    http://www.dailymotion.com/video/xb2t7y_les-prets-bonifies-pour-les-agricul_news

  • Jérôme dit:

    David, merci de vos éclairages, je vais me documenter.

    Lionel : vos procès de Moscou à deux balles me laissent de marbre. Adulez JLM tant que vous voulez. Je le combattrais jusqu’à mon dernier souffle. Compris ?
    « Il existe une sorte d’hommes toujours en avance sur ses excréments » (René Char). Vous en êtes la tragique illustration.

  • Jérôme dit:

    Voyez comme Lionel, par petites touches, tente de me disqualifier. Toutes les dictatures communistes ont débuté ainsi, en excluant l’autre. JLM a trouvé son Beria.

  • Le Glaude dit:

    Jérôme, la poutre et la paille… Vous excluez toute personne qui n’est pas de votre avis. Je suis moi aussi adhérent du PG, on y trouve des gens très bien et d’autres beaucoup moins, mais franchement, vos procès en stalinisme sont grotesques et ce n’est pas vos fantasmes qui transformeront le PG en promoteur du goulag.
    Je combattrai toute ma vie Sarkozy, mais il ne me viendrait pas à l’idée de dire que c’est un nazi !

  • Boris Yarko dit:

    « Vous me reprochez en même temps de biaiser et simplifier le débat ET de vous infliger une avalanche scripturale (jolie formule au demeurant). Faudrait savoir ! » Mais vous faites les deux.

    D’une part, vous refusez d’argumenter point par point avec moi sur des éléments factuels, puis vous m’affligez une somme que je devrai mettre plus d’une semaine à vérifier point par point.

    Si vous considérez que faire le copier / coller de pages de textes comme une méthode de débat, je pourrai faire de même avec mes propres sources. Cela n’aboutirait qu’à deux monologues parallèles.

    Mais je remarque surtout que vous ne cessez d’esquiver le débat :
    _ je vous accorde un point, vous faites comme si je ne l’avais pas fait ;
    _ je vous prends à défaut en apportant des éléments sur l’antisémitisme de Soljenitsyne, brusquement ce n’est plus le débat ;
    _ je vous demande de me décortiquer le programme du PCF, vous me sortez des pages de textes comme quoi le marxisme est totalitaire par essence, peu importe les hommes qui s’en inspirent, qui l’actualisent, qui peuvent reprendre telle idée et considérer que telle autre est néfaste.

    Personnellement, cette vision essencialiste me parait discutable. c’est comme si j’affirmais, en me basant sur la République de Platon, que toute personne qui se réclame de la tradition platonicienne finira forcément par favoriser l’eugénisme, fabriquer une société de castes et liquider l’aristocratie, etc.

    Après que des aspects de la pensée de Marx (je ne suis pas marxiste moi-même) soient dangereux, j’en conviens facilement : la dictature du prolétariat pour commencer. Mais je n’entends plus de communistes la revendiquer.
    Et j’attends toujours votre analyse du communisme actuel et de son danger, à travers quelques points clefs que l’on puisse discuter plutôt que noyés dans une logorrhée verbale.

    Vous noterez, que contrairement à vous, lorsque je tentai de critiquer votre prise de position initiale, j’ai pris la peine de numéroter mes arguments, d’essayer d’être synthétique, bref de faciliter votre travail de lecture et de contre-argumentation.

    Peut-être parce que, de mon point de vue, c’est le débat qui est porteur de vérité, pas la position de départ.

    Mais je me demande bien pourquoi je m’acharne à vouloir dialogueravec un interlocuteur qui ne cesse de se dérober.

  • Jérôme dit:

    Le Glaude, combattez Sarkozy tant que vous voulez ; votre combat sera borné par des échéances électorales que Sarkozy respectera. Je ne suis pas sûr du tout qi’il en serait de même si JLM était au pouvoir, ceci – selon moi évidemment – en raison de sa vision totalitaire et collectiviste de l’action politique.
    Vous considérez que cette vision relève du fantasme.
    J’admet bien volontiers qu’en l’état, puisque JLM n’est pas au pouvoir (ouf !), celà relève du postulat.

    Votre phrase de conclusion est par contre d’une idiotie achevée. Pourquoi comparer Sarko à un nazi ? Sur quelles bases politiques et historiques ? Quels que soient les reproches que l’on puisse faire à Sarko, il n’y
    Ma comparaison est autrement plus solide : JLM cherche de toute ses forces à s’associer au PCF ET au NPA (principalement) ; ces deux formations sont construites sur une vision marxiste et communiste de la société.
    Or cette vision, PARTOUT et TOUJOURS ou elle a été mise en oeuvre s’est traduite par un régime politique dictatorial. PARTOUT et TOUJOURS.

    Mes procès en stalinisme, ou plus généralement en totalitarisme n’ont donc strictement rien de grotesque sur le plan historique.

    Les catastrophes passées se reproduiraient demain.

    Le fantasme, c’est votre espoir, peut être sincère, mais qui ne s’est jamais vu dans l’histoire d’une société socialiste (au sens marxiste du terme évidemment) et démocratique.

  • Jérôme dit:

    Boris, vos efforts pour bâtir un débat sérieux et solide sont respectables. Ils ne changent rien toutefois à ma vision de JLM (point de départ, dois-je vous le rappeler, de mes interventions ici).

    À vous suivre, je devrais aligner des pages et des pages, des paragraphes et des sous paragraphes pour admettre que, certes oui, certains points du programme du PCF, du Front de Gauche, etc… sont intéressants ou recevables.
    Bien évidemment qu’en tondant les oeufs matin, midi et soir de telles constatations positives et partielles s’imposeraient.

    Me prenez vous pour un enfant ou pour un con ? Ou bien pour les deux, comme vous semblez considérer vos élèves ?

    Ma vision globale (comme disait votre maître, Georges Marchais, lol) des (ex) pays de l’est, du marxisme, du trotskisme, du communisme, du collectivisme est négative et sévère. Tel est mon point de vue et mon message ici.

    Néanmoins, pour que « le débat soit porteur de vérité », selon vos dires, indiquéz moi donc (de façon très synthétique) les succès indiscutables des sociétés communistes. Merci.

  • Lionel - PG 44 dit:

    Nulle tentation tchékiste de ma part, juste un constat clinique à la lecture de vos post où transpire un « complotisme » paranoïaque argumenté

  • Le Glaude dit:

    Ma phrase de conclusion n’est pas idiote du tout. Il y a des tas de points communs entre Sarkozy et les nazis, à commencer par le culte de la performance et de la compétition. Et il s’associe pour cela à l’extrême-droite, formellement avec Villiers, idéologiquement avec le FN dont il met en application certaines idées.

    Quant à Jean-Luc Mélenchon, s’il cherche à s’allier à Besancenot, vous savez très bien que c’est d’un part parce qu’il considère Besancenot comme un démocrate (vous avez le droit de ne pas être de cet avis), et que d’autre part il n’y a pas d’autre solution pour faire avancer les idées de gauche que d’unir les formations de gauche et leur électorat. Bien sûr que le PCF et le NPA sont des formations marxistes et communistes. Mais vous vous obstinez à croire que les idées communistes de 2009 sont les mêmes que celles des années 30, que le marxisme de 2009 est le même qu’à l’époque de Marx, et que quelles que soient les personnes qui les mettent en oeuvre elles finiront sous forme de dictature sanguinaire.

    Manifestement, il vous est difficile d’imaginer que le monde puisse être autre chose que ce qu’il a été. Il faut innover (vous savez, la marotte droitiste) et on n’est pas obligés de refaire la même chose que ce qui a déjà été fait.

    De toute façon, quand vous affirmez « cette vision, PARTOUT et TOUJOURS ou elle a été mise en oeuvre s’est traduite par un régime politique dictatorial. PARTOUT et TOUJOURS », vous vous trompez lourdement. « Partout et toujours » ne se limite pas aux pays occidentaux aux 19ème et 20ème siècles. L’empire Inca par exemple était une société de type collectiviste et elle a fonctionné de manière remarquable. Ce n’était en effet pas une démocratie, mais il faut dire qu’à cette époque, je ne crois pas qu’il existait de pays démocratique dans le monde.

  • Jérôme dit:

    Le Glaude, merci de reconnaître de façon formelle que dans les pays occidentaux aux XIXème et XXème siècles, les « expériences » communistes ont toujours été des catastrophes. Dont acte et bravo pour cette sincérité tardive mais précieuse.
    Quant à l’âge d’or Inca, je m’incline respectueusement devant cette savante référence dont je ne sais pas grand chose.
    Les victimes du goulag apprécieront d’avoir raté une telle société collectiviste remarquable.
    Une question : êtes-vous sérieux ?

    Lionel, une question : êtes-vous fou ? Ridicule, c’est évident, mais fou, j’ai bien l’impression que oui. Vos « constats cliniques » débiles font froid dans le dos. Mais lorsque vous m’aurez déporté, je pourrais rêver à la merveilleuse société collectiviste Inca !

    Sacrés gauchistes, vous êtes impayables ! (sauf avec l’argent des autres, évidemment).

  • Jérôme dit:

    Le Glaude, j’oubliais, lorsque vous établissez des comparaisons et des filiations entre le régime nazi et la politique défendue par le Président Sarkozy, vous êtes totalement ridicule et vous décridibilisez la totalité de vos propos.

    Et dire celà ce n’est pas s’ériger en défenseur de la politique de Sarkozy.

    Pauvre Le Glaude, votre pseudo vous va comme un gant.

  • Le Glaude dit:

    « Le Glaude, merci de reconnaître de façon formelle que dans les pays occidentaux aux XIXème et XXème siècles, les « expériences » communistes ont toujours été des catastrophes. Dont acte et bravo pour cette sincérité tardive mais précieuse. »
    En quoi cette sincérité est-elle tardive ? Vous ne me connaissez ni d’Eve ni d’Adam et vous ne savez donc pas le moins du monde depuis quand j’ai cette opinion, ni même si j’en ai eu une autre. Par ailleurs, je ne prétends pas que toutes les expériences des deux derniers siècles ont été des catastrophes dans la mesure où je n’ai pas la prétention de connaître toutes celles qui ont existé, dans tous les pays, à toutes les échelles. Contrairement à vous, je n’ai pas la science infuse.

    Jérôme, je vous donne un exemple de société de type collectiviste qui a fort bien fonctionné, sans dictature du prolétariat, longtemps avant que Marx n’arrive sur cette terre, et vous me ressortez le goulag. C’est vraiment une idée fixe chez vous. Vous avez décidé que collectivisme=goulag=enfer, il en sera ainsi pour les siècles des siècles, amen. Et ceci d’ailleurs sans que je vous aie dit si je suis moi-même collectiviste. Lionel a raison de dire que vous êtes paranoïaque.

    Pour la filiation entre Sarko et les nazis, c’est la contrepartie volontairement abusive à vos assimilations grotesques entre Mélenchon et Staline qui décrédibilise toute la science que vous avez étalée plus haut. La paille et la poutre une fois de plus… Mais les sarkozystes se sont fait une spécialité de ce double discours, et ce n’est pas être gauchiste que de dire cela.

  • Lionel - PG 44 dit:

    il vient souvent ici, Jérome ?

  • Jérôme dit:

    Aussi souvent qu’il faudra dénoncer vos mensonges et vos menaces mon cher Lionel.

    Par contre, soyez rassuré, la censure d’acier qui règne sur le blog de votre conducator idolâtré m’empêchera de m’y exprimer.

  • Jérôme dit:

    Les virages sur l’aile de Le Glaude et ses circonvolutions nombreuses me donnent le tournis.

  • Le Glaude dit:

    Quels virages ?

  • Lee73 dit:

    Hé bien, plus de 50 messages concernant le sieur Mélenchon… c’est à se demander s’il mérite vraiment ces excès d’honneur ou d’indignité !

    Sur le bonhomme, qui ne m’intéresse que médiocrement (j’aurais apprécié qu’il abandonna son mandat de parlementaire socialiste en même qu’il claquait la porte de la rue de Solférino, mais j’imagine que l’on doit tous gérer nos petites compromissions) il n’y a rien de plus à apprendre.

    En revanche, l’intérêt de ces échanges de type tennis de table (en dehors des sempiternelles dernières phrases qui font immanquablement penser aux « petites phrases » chères à notre classe politique) réside dans les éclairages et les infos qu’ils donnent.

    Autant j’avais apprécié l’écrivain Soljénitsyne (sa journée d’Ivan Denissovitch est certainement le coup de cœur de mes 15 ans) autant les prises de positions du citoyen Soljénitsyne après l’effondrement de l’Union Soviétique m’avaient démontré que la vieillesse pouvait effectivement être un naufrage. Le rappel de certains faits le concernant me le font juger encore plus sévèrement et ils mettent en évidence l’énorme décalage qui peut exister entre l’artiste et l’homme ; les lecteurs de Louis-Ferdinand Céline me comprendront.

    Les très intéressantes et très fournies contributions de Jérôme sur les origines du communisme et les applications politiques de cette doctrine ont déclenché en moi une tentative irrépressible de comparaison avec les dérives sauvages du néolibéralisme ; en relisant ses posts et en substituant dictature des marchés à dictature du prolétariat, néolibéralisme à communisme, etc. on peut établir un troublant parallèle entre ces deux théories tout aussi nuisibles l’une que l’autre parce qu’excessives dans leurs effets et basées sur la négation de l’individu, le non respect de son existence voire même la non prise en compte de sa réalité. Je suis même certain que l’on pourrait trouver dans les analyses des habituels tenants de la toute puissance et de la toute efficacité du marché les justifications aux destructions d’emplois, délocalisations et autres facteurs de désorganisation sociale et économique, justifications qui sont tout aussi scandaleuses et intellectuellement obscènes que celles des intellectuels approuvant les œufs cassés aux seules fins de réussir l’omelette. Au fond, la « main invisible » ne serait-elle pas l’équivalent le plus probant à l’utopie si bien rappelée par Jérôme ?

  • NiCo dit:

    @ Lee73

    Le grand défaut du « néolibéralisme » c’est qu’il n’a jamais été libéral tel que la théorie économique et philosophique l’entendent.

  • Lee73 dit:

    Oui c’est pour cette raison que je ne faisais référence qu’au néolibéralisme, même si durant toutes mes études d’économie la théorie de la « main invisible du marché » m’est apparue aussi farfelue et me laissait aussi incrédule que celle de la virginité de Marie, mère de Jésus, pendant les cours de catéchisme : tout est question de croyance et de foi dans la totalité du dogme !

  • Jérôme dit:

    Les comparaisons de Lee73 sont bien intéressantes.
    J’ai quand même tendance à établir une nuance (plus qu’une nuance) entre les conséquences des négations de l’individu. Un chômeur occidental est moins « nié’ me semble-t-il qu’un interné ou déporté dans les régimes communistes totalitaires (pardon du pléonasme).

    Quant aux virages de Le Glaude, ils sont aussi nombreux que pathétiques.Le plus risible (façon de parler) est sans doute le suivant :

    Par ailleurs, je ne prétends pas que toutes les expériences des deux derniers siècles ont été des catastrophes dans la mesure où je n’ai pas la prétention de connaître toutes celles qui ont existé, dans tous les pays, à toutes les échelles. Contrairement à vous, je n’ai pas la science infuse.

    N’est-ce pas là un exemple terrible de foutage de gueule ? Le Glaude va nous dénicher un anonyme élu local communiste durant les années 30 qui aura eu un comportement et un engagement exemplaires ? Pourquoi pas… Le Glaude va-t-il se souvenir subitement des actes glorieux de résistance menés face à l’occupant nazi par d’exemplaires, respectables et sincères militants communistes ? Sans doute… (encore ne faudra-t-il pas oublier dans cette évocation certains dirigeants communistes qui, eux, négociaient avec les occupants nazi la parution de l’Humanité….).
    Mais bon, soyons sérieux ! Dois-je rappeler toutes les attrocités qu’il faut inscrire au passif de ces « démocraties populaires » ? Ce plateau là de la balance, le brave Le Glaude semble l’oublier avec une désinvolture méprisable (pour la mémoire des victimes).
    Voila un sale virage.

  • Jérôme dit:

    Je suis sûr qu’en cherchant bien, Le Glaude va trouver un brave communiste qui aura aidé une petite vieille à traverser la rue !

  • alighieri dit:

    Jérome se rend parfaitement ridicule, mais il réussit à pourrir le blog…

  • Lionel - PG 44 dit:

    Bon, s’il vient souvent, pouvez vous lui indiquer la consultation psy la plus proche de chez lui ?

    C’est pas que je ne veuille pas discuter sur ce blog avec des gens sensés, mais la proximité d’un quasi aliéné me gène.

  • David Doucet (Auteur) dit:

    Bon je ne croyais ne jamais en arriver à là mais je clos les commentaires. J’espère que l’on pourra avoir des débats plus constructifs sur d’autres sujets…