Sarkozy et le 11 Novembre, une nouvelle lecture de l’Histoire
Suite à la mort du dernier Poilu l’année dernière, Nicolas Sarkozy avait à cœur de placer le 11 Novembre 2009 sous le signe de la réconciliation franco-allemande. Même si sa propension à vouloir dicter l’Histoire est quelque peu dérangeante, il faut reconnaître que cette journée de célébration fut une vraie réussite…
Sarkozy et l’Histoire
Nicolas Sarkozy a tout au long de sa présidence cherché à peser sur l’Histoire, à inscrire son action dans une continuité historique afin de marquer l’inconscient collectif. De déclarations en fabulations, il cherche à modeler son image et n’est jamais à court d’idées pour se mettre en scène. Hagiographe de son propre règne, Nicolas Sarkozy utilise en permanence l’Histoire à des fins politiques.
L’historien Nicolas Offenstadt est revenu dans un très bon ouvrage intitulé « L’histoire bling bling : Le retour du roman national » sur ce processus de manipulation historique. Il écrit : « L’histoire bling-bling a un sens, le national réinventé. Une direction : des Gaulois à Sarkozy. Une volonté : pas de repentance qu’il s’agisse de Vichy ou du colonialisme et un ennemi public : la mémoire des communautés ».
Nicolas Offenstadt poursuit : « Cette histoire bling-bling se marque d’abord par des mises en scène dans des lieux choisis comme symboliques de combats valorisants ou de la mémoire nationale […] C’est ensuite le grand mélange où tout s’entrechoque comme dans une boîte de nuit où les néons tournent à plein : des grands noms (Jaurès ou Jeanne d’Arc), des grands événements (les Croisades ou la Seconde Guerre mondiale), le tout mélangé sans hiérarchie, sans contexte, sans souci d’explicitation. Evidemment les enjeux sont là politiques, bâtir de l’unanimité, comme un parti unique de la mémoire nationale, faire comme si les clivages n’existaient plus, comme si l’histoire n’était pas le fruit de tensions, sujettes à interprétations difficiles, incertaines parfois. […] Les grandes figures sont valorisées, louées, mises en scène. Guy Môquet le premier, qui fut transformé en icône nationale chargée de valeurs, plus ou moins consensuelles, hors de tout contexte historique, de tout effort de compréhension de ses engagements propres. […] L’histoire bling-bling est une histoire de consommateurs, pas une histoire de citoyens. L’histoire bling-bling brille mais n’éclaire pas. C’est l’adhésion contre la réflexion. »
Célébrer la réconciliation plutôt que la défaite
On ne pouvait donc qu’être circonspect face à la nouvelle idée de Nicolas Sarkozy de placer ce 11 Novembre sous le signe de la réconciliation franco-allemande. Mais l’intention est louable. Pour la première fois, un chef d’Etat allemand participait à cette commémoration. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ayant ravivé ensemble la flamme du soldat inconnu devant l’Arc de triomphe.
Même si, une nouvelle fois, le chef de l’Etat a cherché à ancrer cet évènement dans l’Histoire en parlant notamment d’un « geste historique », son initiative mérite d’être saluée.
A contrario, la blogosphère est aujourd’hui assez hostile à l’idée lancée par Jacques Chirac et reprise par le chef de l’Etat de faire désormais de cette date une journée d’amitié franco-allemande. Pour certains, ce serait occulter la mémoire des combattants et le poids du sacrifice consenti.
Néanmoins, Nicolas Sarkozy a prouvé dans son discours qu’on pouvait concilier les deux. Il a d’ailleurs longuement rendu hommage aux 10 millions de combattants tombés au champ d’honneur.
Célébrer cette capitulation allemande a perdu son sens à l’aune du XXIème siècle. Surtout que l’Histoire a prouvé que le 11 Novembre n’était pas une victoire mais une double défaite. Défaite du Reich Wilhelmien d’une part, mais également d’une France qui n’a pas su préparer la paix lors du Traité de Versailles. Keynes l’avait brillamment prouvé dans « Les conséquences économiques de la paix », cette position intransigeante et vindicative n’a eu que de terribles répercussions…
Nicolas Sarkozy est dans le vrai lorsqu’il dit que « l’amitié de l’Allemagne et de la France est un trésor ». Il a néanmoins fallu le naufrage du capitalisme anglo-saxon et plus de 2 ans de mandat pour qu’il s’en rende compte.
Du couple Adenauer-De Gaulle en 1962 à Cerny-en-Laonnois au couple Mitterrand-Kohl en 1984 à Verdun, cette journée trouvera peut être sa place dans ce grand fil historique. Mais il y a, comme toujours derrière l’Histoire, un enjeu éminemment contemporain : l’Europe.

12 nov 2009 








Info auteur
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Mancioday et Mancioday, emachedé. emachedé a dit: Un peu d'histoire le matin: "Sarkozy et le 11 Novembre, une nouvelle lecture de l’Histoire" http://tinyurl.com/ycox96x [...]
Je le répète ici : le 22 janvier aurait été mieux choisi. Je ne suis pas contre une célébration de l’unité franco-allemande en elle-même, je crois juste qu’il y a d’autres attachements à cette guerre que nous devons nous remémorer..
Deux précisions:
Un armistice met fin aux hostilités mais pas à la guerre.
Le 11 novembre 1918 fut signé un armistice et l’Allemagne ne capitula pas.
Sinon sur le fond du billet, je partage ce sentiment de volonté de réécrire une histoire.
).
Faut-il abolir le 14 juillet parce que la nation est dépassée?
Les symboles qui rythment l’année ont un sens, changer le sens est un non-sens. D’autres dates sont disponibles dans le calendrier (et je suis prêt à échanger ma journée de solidarité contre une célébration de l’amitié franco-allemande
@ Mathieu L.
Le 22 Janvier n’a pas la même symbolique et n’est pas férié malheureusement
@ Férocias
Mea culpa pour la « capitulation », j’ai employé le mauvais terme. Même si avec la Novemberrevolution, la messe était plus ou moins dite.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’abolir le 11 Novembre mais de lui donner une nouvelle orientation. Cette nouvelle symbolique n’empêchera pas de rendre hommage aux combattants de la Grande Guerre, bien au contraire. Fêter l’amitié franco-allemande le même jour, signifie qu’on a tiré les leçons de l’Histoire.
Un jour férié, cela peut se mettre en place. Je le disais chez moi : virons un jour férié religieux et mettons celui-là.
Ils veulent déjà limiter les jours fériés alors en rajouter un autre, tu penses bien que c’est impossible. Supprimer un jour férié religieux ne se fera pas non plus sans levées de boucliers.
[...] L’instrumentalisation de l’Histoire est devenue au fil des mois l’un des reflets typiques du sarkozysme. Cette semaine, en bon fidèle du Président, Christian Estrosi s’est même permis de franchir allégrement le point Godwin afin de défendre le débat sur l’identité nationale. [...]