Pasqua, dernier acte
Pour sa conférence de presse, Charles Pasqua avait annoncé le grand jeu. Cette fois-ci, il allait ébranler la République, il nous promettait même du sang et des larmes. Malheureusement, pour reprendre l’expression de son ancien ami corrèzien, l’évènement a fait « Pschitt ! »…
Un tueur de théâtre
Mais après tout, on aurait pu s’en douter, ce n’est pas la première fois que Charles Pasqua, grand bluffeur devant l’éternel, agite le chiffon rouge. Nicolas Domenach le définit d’ailleurs comme un matamore, un « tueur de théâtre dont la lame se rétracte quand il s’agit de poignarder ».
Bien sûr, il en veut toujours bougrement au couple Chirac-Villepin, coupable selon lui de ne pas l’avoir sorti d’affaire, mais cela suffit-il à les incriminer ? Le 27 Octobre, il a été condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis pour trafic d’influence passif dans l’affaire de l’Angolagate . Il aurait décerné l’Ordre national du Mérite à Arcadi Gaydamak contre le paiement de 1,5 million de francs. L’ancien Ministre de l’Intérieur s’en défend, et aurait souhaité que Jacques Chirac fasse de même. Selon Charles Pasqua, cette distinction était méritée puisque Gaydamak avait apporté son aide à la libération des deux pilotes français détenus en Bosnie en 1995. Et de clamer à qui veut l’entendre qu’il n’est pas homme à se « prostituer pour la vente d’une décoration ».
Charles Pasqua ne souhaite en tout cas pas plonger seul et passe donc à l’offensive. Au cours d’un réquisitoire long et redondant, il a invoqué à plusieurs reprises une note déclassifiée de la DGSE du 6 Décembre 1995 qui apporterait la preuve que les plus « hautes autorités de l’époque » (Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Bertrand Landrieu, Jacques Foccart, Hervé de Charette, Charles Million) étaient au courant de la vente d’armes en Angola. Mais cet élément était déjà dans le dossier d’instruction et ne modifie en rien son sort, puisqu’il n’est pas condamné pour trafic d’armes mais bien pour trafic d’influence. De plus, Jacques Chirac ne peut guère être inquiété par cette affaire puisqu’il pourra légitimement invoquer la raison d’Etat.
Charles Pasqua n’a pas épargné non plus le juge d’instruction Phillipe Courroye pour lequel il n’a pas eu de mots assez durs. Il l’accuse d’avoir dirigé une « une instruction uniquement conduite à charge » et sous-entend que l’objectif de la manœuvre était d’empêcher sa candidature aux élections présidentielles de 2002.
L’esbroufe ne suffit plus
Aujourd’hui, Charles Pasqua cherchait à passer pour le grand chantre de la transparence. Il annonça même son intention de lancer une pétition auprès des parlementaires afin d’obtenir la levée du secret défense dans toutes les affaires de ventes d’armes depuis 2002. Mais ça n’inquiète visiblement pas Jacques Chirac qui s’y est déclaré favorable le soir même.
L’ancien Ministre de l’Intérieur a également réclamé avec malice, la constitution d’une commission parlementaire « qui pourrait être présidée par le président de la Cour des comptes », c’est-à-dire par son vieil ami Philippe Séguin.
Mais lorsqu’en fin d’allocution, il a du répondre aux questions des journalistes, il fut beaucoup moins prolixe et ne cessa de botter en touche. Avec son verbe truculent et sa gouaille légendaire, on avait parfois l’impression de revoir l’ancien directeur de Ricard plutôt que le Ministre d’Etat.
Cet acrobate politique entame en tout cas son dernier tour de piste mais ne semble guère en mesure de contrarier sa destinée judiciaire. L’esbrouffe ne suffit manifestement plus. Et s’il parvenait par miracle à se jouer de la Justice, trois autres dossiers sont toujours en cours d’instruction par la Cour de justice de la République. Le terrible monsieur Pasqua n’effraie plus personne…
La conférence de presse :

13 nov 2009 







Info auteur
Bonjour,
Charles Pasqua est un comedien au temperament de feu. Meme si cela n’affectera pas juridiquement Chirac & Villepin. Cela eclaboussera encore un peu Villepin apres son proces Clearstream. Villepin ne s’en relevera pas.
Amicalement
El Padre
Cette conférence de presse a été une tempête dans un verre d’eau.
La mémoire de « Pasqua la Balance » est aussi sélective que celle de Jacques Chirac car il n’a révélé, ni les destinataires des rétro-commissions sur la vente des frégates à Taïwan, ni les bénéficiaires du détournement, par François Mitterrand, des 3,5 milliards de dollars d’indemnités de la guerre du Golfe attribuées à la France en 1991 :
http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/
Mais cela ne l’empêchera pas de comparaître au printemps 2010 devant la Cour de Justice de la République pour différentes affaires : l’autorisation d’exploitation du casino d’Annemasse par un proche en échange d’un financement politique ultérieur ; l’agrément délivré pour le transfert d’un de GEC-Alsthom à Saint-Ouen et qui avait généré à un proche de M. Pasqua en 1994 le versement d’une commission de près de 800 000 euros ; une affaire d’abus de biens sociaux concernant le versement à des proches de M. Pasqua de commissions par une société d’exportation d’armes qui dépendait de son ministère.
La chute du « Terrible Môssieur Pasqua » est inévitable, et il saura entraîner avec lui Jackouille la Fripouille et certainement bien d’autres dirigeants politiques.
Jean-Charles Duboc
@ El Padre
J’avais rencontré Pasqua il y a 6 mois lors de la 18eme journée du livre politique. Il ne tarissait pas d’éloges sur DDV. Aujourd’hui il le charge comme jamais, ce retournement est plutôt surprenant. Surtout qu’il ne dit pas un mot sur Balladur, Léotard et Mitterrand…
C’est certain que cette affaire « éclabousse » un peu plus Villepin mais pas sûr que l’Angolagate fasse grand bruit. Pasqua va être condamné et 2012, c’est encore loin.
@ Jean-Charles
Je pense moi aussi que cette fois-ci sera la bonne pour Pasqua. Mais j’ai la conviction que cette affaire de décoration a été montée parce que le Juge n’a pas pu l’impliquer dans l’affaire de la vente d’armes..