Sarkozy, l’impasse d’une stratégie de communication
Nicolas Sarkozy traverse une crise de popularité sans précédent. C’est désormais une évidence, sa stratégie de communication ne fonctionne plus. Prisonnier de ses discours et de l’influence de ses conseillers, le chef de l’Etat semble de plus en plus résigné. Sa communication trahirait-elle sa pensée ?
Quel est le vrai Sarkozy ?
A l’occasion de la remise de la légion d’honneur à Dany Boon, le Chef de l’Etat a surpris son monde en rivalisant d’humour et de plaisanteries dès qu’il parvenait à se détacher de son discours. L’occasion de découvrir un autre Nicolas Sarkozy, moins vindicatif et, osons même le dire, beaucoup plus sympathique. Même si l’analyse de ses silences et de ses expressions du corps nous avaient déjà fait apercevoir un autre homme…
Finalement, cet évènement nous pousse à nous interroger sur la nature véritable de Nicolas Sarkozy : qui est-il vraiment ? Pensait-il sérieusement ce discours qu’il a prononcé à Dakar ? Est-il réellement convaincu de cet hymne à la terre qu’il n’a cessé de ressasser ? Le philosophe Merleau-Ponty affirmait à raison que « la pensée trame dans le langage, qu’il n’est pas un outil mais bien le lieu de la pensée ». Mais ce raisonnement ne tient plus lorsqu’une personne compense son vide idéologique par la présence de conseillers en communication. Cette dépendance est aujourd’hui symbolisée par l’influence croissante du plus éminent d’entre eux, Henri Guaino.
Dans un très bon article qui lui est consacré dans le dernier numéro de Marianne, son ami William Abitbol affirme qu’il a rallié Nicolas Sarkozy car « il misait sur son absence de pensée ». En effet, Henri Guaino ne se contente plus de brandir sa plume lyrique, il cherche aussi à modeler Nicolas Sarkozy à son image. Mais le « conseiller spécial » du Président n’est pas le seul à murmurer à son oreille. Alain Minc, Claude Guéant, Nicolas Baverez se prêtent au même jeu. Ceci explique en partie le manque de cohérence du projet présidentiel, qui vogue désormais au gré des influences. En réalité, la seule boussole du sarkozysme, c’est l’opportunisme. Cette capacité parfois incroyable de passer instantanément du jacobinisme au colbertisme, du néo-conservatisme à l’interventionnisme, et enfin de l’atlantisme au souverainisme…
Aujourd’hui cette stratégie de communication ne fonctionne plus car les conseillers de communication de Nicolas Sarkozy ont pris beaucoup trop d’importance. Jean-David Lévitte n’informe plus Bernard Kouchner, Patrick Ouart a fait tomber Rachida Dati et Henri Guaino se permet même de contredire le Premier Ministre. On assiste à une véritable « cacophonie » rendant illisible l’action gouvernementale. Les couacs en série (affaires Hortefeux, Mitterrand, Jean Sarkozy…) n’ont fait qu’accélérer le déclin de la parole présidentielle…
Prisonnier d’une stratégie
La victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 est avant tout celle d’une stratégie de communication et d’une remarquable analyse sociologique de notre pays. Le chef de l’Etat a réussi à faire croire à une majorité de Français que la réponse à leurs problèmes pouvait encore être politique. Son langage performatif, son style court et direct, sa propension à utiliser des verbes modaux (devoir, vouloir) a marqué une rupture dans l’histoire de la communication politique. Il s’est progressivement érigé en homme providentiel volontariste dont le dogme était : « tout est possible ».
Son discours à Nantes le 15 mars 2007 illustre à merveille cette empreinte messianique : « Je refuse la fatalité, le renoncement, la démission. Je crois dans la volonté, dans l’énergie, dans la foi qui soulève les montagnes. » Il a toujours davantage misé sur le caractère des gens plutôt que sur leurs capacités de réflexion.
Nicolas Sarkozy a également rendu ses discours accessibles au plus grand nombre. Tout passe par la simplification, par des réalités souvent discursives et des amalgames portant à controverse. Pour créer un semblant d’unité, il ne peut s’empêcher de pointer régulièrement du doigt un adversaire qu’il désigne à la vindicte populaire. Nicolas Sarkozy a constamment recours à la stigmatisation, à l’opposition de deux France. Sa tactique : diviser pour mieux fédérer.
Le chef de l’Etat est avant tout le produit d’une époque, celle de l’hyper-médiatisation. Durant des mois, il a dicté l’agenda médiatique et charmé par son activisme. Mais il aura fini par lasser la population. D’une part, parce que les résultats de sa politique sont très décevants – la crise de popularité qu’il traverse est sans doute à la hauteur des espoirs projetés en lui – d’autre part, ses excès médiatiques ont fini par « gaver » le peuple et n’engendrent plus qu’un phénomène de rejet.
Face à cette saturation de l’espace médiatique, l’opposition s’est trouvée un nouveau moyen d’expression sur lequel il n’a pas de prise : Internet. Victime d’une violente série de polémiques, Nicolas Sarkozy ne fait plus l’actualité, il la subit. Par le passé, les présidents de la Vème République ne s’exprimaient que de manière ponctuelles et créaient donc un sentiment d’attente. Aujourd’hui, comme le dit justement Jean-François Probst, « il s’invite tous les jours chez les gens », sa présence n’est donc plus une surprise.
Le phénomène de cour qu’il subit autour de sa personne l’empêche malheureusement de comprendre ces quelques évidences. Désormais il ne peut rétablir l’équilibre qu’en rompant avec cette stratégie d’« hypercommunication »…
Article relayé par :



Très honnêtement et contrairement à toi et à Guy, je ne l’ai absolument pas trouvé sympathique dans le discours de remise de légion à Dany Boon. Populiste, inculte (il y a déjà un Amidou qui a fait carrière), méprisant envers les petits, limite raciste. (CF la tirade sur les origines des géniteurs de DB et celle sur son nom d’origine)…
Très interressant ce billet…
@ B.mode
Je suis d’accord sur le fait que c’est de l’humour gras et qu’on peut l’interpréter différemment. J’ai l’impression qu’il connaissait bien Dany Boon avant cette rencontre et c’est pour cette raison qu’il s’est permis ce genre de plaisanterie.
Ce que je souhaitais dire, c’est qu’il paraissait chaleureux pour une fois.
@ Falcon
Merci
« l’influence croissante du plus éminent d’entre eux, Henri Guaino. » Je ne suis pas sur qu’Henri Guaino ai tant d’influence que sa… il est certes la plume de nombreux discours, il se sert d’un aura fictif pour influencer les députés dans les couloirs mais sa ne va pas plus loin. Il vaut mieux s’attarder sur des figures plus subtiles comme Claude Guéant, discret mais à mon avis bien plus influent que Guaino, rappelons nous cette petite phrase phrase « un départ de François Fillon n’est pas à l’ordre du jour ». Et bien entendu Max Gallo, historien reconnu, éloquent et très influent dans la sphère intellectuelle, on dit que certains discours ont été écrit pour lui!
Un article intéressant sur Guéant: http://www.nonfiction.fr/article-1694-claude_gueant_vice_president_de_la_republique.htm
Pour comprendre la vraie nature d’une personne publique, au-delà de la parole, les journalistes devraient avec soin avoir le sens de l’observation ; la gestuelle, le regard, l’attitude physique sont de profonds révélateurs. On sent tout de suite si l’individu est ouvert ou fermé, naturel ou superficiel, réfléchi ou agité, volubile ou posé, ect..
Nicolas Sarkozy est un sauteur en longueur que la foule acclame pour l’encourager dans son élan, avec ferveur. Comme au final il ne saute jamais ou s’il le fait c’est avec assez peu de résultat (au hasard, le travailler plus par exemple), les gens finiront par le huer.
)
Guaino est un pleutre de la république. Il en aime les ors et l’odeur du pouvoir mais craint de se présenter au suffrage du peuple…
entièrement d’accord avec B.mode : on savait Sarkozy maladivement narcissique, voilà qu’il se révèle condescendant même lors d’une cérémonie officielle. Condescendant envers l’acteur – qui manque décidément de répartie -, condescendant avec ses origines, condescendant avec le Nord – Pas de Calais et ses habitants, et ça c’est grave venant d’une personne supposée être à la tête de TOUS les Français. Arrête de te prendre pour un artiste en one-man show, petit monsieur à talonnettes, c’est pas ton rôle du tout !
heureusement qu’en ouvrant son restaurant William Abitbol a dit qu’il se retirait définitivement de la politique…
il quitte Pasqua pour rallier Sarkozy ? du jeunisme ou bien ?
bien sûr qu’il connaissait Dany Boon notre bon mètre, il le dit (je préfère décorer les gens que je connais, ou un truc du genre), mais il n’en reste pas moins que ce discours (non préparé puisque c’était à Arthur de remettre la décoration) est proprement nul et indigne d’un représentant de ce rang. pourquoi n’est-il pas dans les archives de la Présidence ?
La présidentielle de 2007 a été vécue comme un match de communicants, plus qu’un débat de fond. Le ton était donné pour la suite .
Comme Bush, dont l’inculture crasse et la personnalité plutôt vulgaire étaient citées, Sarko est entouré de conseillers qui donnent un
habillage idéologique à ses discours et à son action, ou plutôt à son activisme .D’où des incohérences comme le souligne l’article .
La déstructuration des institutions à un rythme aussi rapide laisse le citoyen dans un état proche de la sidération .La catastrophe
annoncée suite à la suppression de la taxe professionnelle fait même réveiller et grogner la majorité .C’est dire .
Tres bon papier david
@ Merci à tous pour vos commentaires
@ Providia
Guéant a plus d’influence que Guaino mais là je parlais uniquement en terme de communication, domaine exclusivement réservé à l’ancien gaulliste. Max Gallo n’est pas véritablement considéré comme un historien mais comme un romancier. Son influence est très relative…
Hé bien! Max Gallo, romancier ? Ne nous emballons pas. Il est d’abord historien, il a choisi d’aborder l’histoire par la grande tradition du « roman national », ce qui lui donne certes une facette d’écrivain mais au service d’une grande idée: la nation. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il siège à l’académie française. Dire que son influence est toute relative, c’est y aller un peu fort je trouve. Aduler comme commentateur lors d’évènements historiques ou commémoratifs sur TF1; consultant important de la chaine « Histoire »; Éloquent chroniqueur (chaque dimanche) « d’esprit publique » sur France Culture. Il a une aura plus que relative, à moins que nous considérions carrément que le milieu intellectuel n’a que peu d’influence sur la politique. Ce que je ne crois pas du tout.
Max Gallo a eu une formation d’historien mais il n’est plus considéré comme tel. N’oublions pas que l’Histoire est une science qui demande de la rigueur et une certaine méthodologie. Pas de place pour la fiction, l’écriture romanesque ou les égarements chronologiques.
Très peu d’historiens ont su concilier littérature et Histoire, c’est un exercice périlleux. Seul Michelet a réussi cet exercice avec brio. Aujourd’hui Max Gallo n’est plus considéré comme un historien par ses pairs mais comme quelqu’un pratiquant la vulgarisation historique. D’ailleurs il n’enseigne plus l’Histoire et vous ne trouverez jamais aucun de ses ouvrages dans des livres d’historiens.
Certes il siège à l’Académie mais ça n’est malheureusement plus un gage de valeur. On dit que l’influence de Sarkozy ne serait d’ailleurs pas étrangère à cette nomination. Concernant la chaine Histoire dirigée par le très controversé Patrick Buisson, pas de quoi fanfaronner non plus.
Quant à sa présence sur les chaines télévisées, c’est le triste reflet de notre société. La télé ne choisit plus que des pseudos historiens, des pseudos économistes télégéniques plutôt que de véritables spécialistes des disciplines. Les véritables historiens, on ne les voit jamais dans les médias malheureusement. On se permet de disserter sur l’histoire de l’Allemagne, de l’esclavage sans interroger des personnes qui ont travaillé toutes leurs vies sur ces sujets. C’est une honte…
Bien, ce message m’a convaincu. C’est avec une loupe un peu trop puissante que je regardais ce personnage.