Et pour quelques degrés de plus…
Comme le suggère le sous-titre de l’ouvrage de Christian de Perthuis, ce sont « nos choix économiques face au risque climatique » qui conditionnent l’issue de la lutte contre le réchauffement climatique. Alors que la perspective d’un accord mondial s’éloigne, ce livre permet d’appréhender les enjeux de ce sommet.
Pour commencer, il paraît nécessaire de présenter Christian de Perthuis afin de mieux comprendre l’ambition du livre, qui souhaite éviter l’écueil du pamphlet scientifique ou de la pétition de principe écologiste. L’auteur est un économiste, ce qui l’amène à penser la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’une façon tout à fait économique, en prenant en compte les coûts et les gains respectifs de toutes les décisions possibles. Là où les approches scientifiques et écologiques montrent les limites de leur application concrète, les perspectives économiques mettent en évidence d’autres moyens possibles pour atteindre notre objectif, à savoir la réduction des émissions de GES.
Bien sûr, les scientifiques sont indispensables pour mettre en évidence des phénomènes comme celui du réchauffement climatique, de même c’est la prise de conscience écologiste qui aura permis de réfléchir à d’autres modèles de sociétés. Néanmoins, il serait naïf de croire que des modèles de développement propres vont prospérer spontanément. Nous ne pouvons plus nous satisfaire des recommandations souvent drastiques des uns et des autres. Trop souvent, les écologistes projettent des scénarii improbables comme l’abandon total du nucléaire ou la très forte diminution de la part du charbon dans la consommation d’énergie primaire mondiale. Au contraire, les scientifiques se distinguent par leur forte croyance dans la capacité de la science à générer des technologies plus propres, dont on peut en vérité difficilement anticiper les progrès (rappelons-nous que la fusion est déjà annoncée depuis des dizaines d’années…). Christian de Perthuis rappelle que les solutions miracles n’existent pas, et que la problématique du financement empêche tout consensus…
L’auteur montre que l’approche économique est plus réaliste. Elle distingue rapidement ce qui est possible de ce qui ne l’est pas. Elle permet également d’envisager des projets de « bonnes incitations ». Pour cela, Christian de Perthuis part de l’idée qu’il faut donner un prix à l’utilisation de l’atmosphère via notamment la création de marché de permis d’émission de GES, afin d’inciter aux réductions d’émission tout en tentant de minimiser le coût total du dispositif. De même, pour en revenir à la question de l’innovation des énergies propres, renchérir le coût des énergies polluantes incite à développer des énergies sobres en émissions de GES. C’est le principe de base du signal prix, et il est ici question de prendre en compte le coût social de la pollution afin que les agents fassent les bons calculs économiques.
L’importance de ce livre ne tient pas à la qualité de théoricien de Christian de Perthuis mais bien à celle d’un praticien. Fort de son expérience en tant que conseiller économique à la mission Climat de la Caisse des Dépôts, qui a beaucoup travaillé sur l’économie du carbone, il est aujourd’hui l’un des grand spécialistes de ce domaine. L’auteur nous livre ainsi une vision à la fois réaliste et responsable de la lutte contre le réchauffement climatique, en prenant en compte les disparités mondiales, que ce soit au niveau des responsabilités d’émissions ou des aspirations de croissance. L’écriture est claire, l’approche se veut rigoureuse et chiffrée. Les débuts des chapitres donnent souvent lieu à des digressions imagées qui permettent de mieux appréhender la suite.
L’auteur part du postulat que le réchauffement climatique est dû aux émissions de GES, c’est finalement son seul a priori. Mais nous ne serons probablement plus de ce monde quand les scientifiques pourront statuer avec certitude sur ce sujet. Aujourd’hui, comme nous l’enseigne l’auteur, la seule chose que nous pouvons accomplir, au nom de l’équité envers les générations futures, c’est de lutter dès maintenant pour maintenir la planète dans son état actuel – tout en luttant en parallèle contre les inégalités de développement économique, en renforçant notre coopération avec les pays de l’hémisphère Sud…
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19 nov 2009 







Info auteur
C’est bien beau de remettre en question la science mais l’économie est également susceptible d’être remise en question.La crise récente que nous traversons l’a prouvé, vous semblez l’oublier.
Il n’y a pas de remise en question de la science, lisez le billet bien en entier…