Jean-Pierre Brard : « Sarkozy détruit le Parlement »
A l’assemblée Nationale, Jean-Pierre Brard fait partie des parlementaires que l’on remarque. Orateur hors pair, travailleur acharné, ce député communiste n’hésite plus aujourd’hui à sonner le tocsin. De la loi de Finances 2010 à la réforme des collectivités territoriales, retour sur tous les sujets brûlants du moment…
1) Les internautes ont appris à vous connaître lors du débat sur le projet de loi Hadopi : de références historiques en anecdotes culturelles, on avait ressenti chez vous un profond attachement au débat parlementaire et aux joutes oratoires (voir vidéos). Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le rôle du Parlement ?
Actuellement, on n’hésite plus à faire revoter le Parlement si ses décisions vont à l’encontre des souhaits de l’Elysée. L’incident avec M. Jean-François Lamour en est la malheureuse illustration.
Le Parlement actuel n’est qu’un objet, à la fois caisse de résonnance et boite d’enregistrement. Quand des députés ont l’audace d’avoir une attitude libre comme dans le cas de la Taxe Professionnelle, ils se font rappeler à l’ordre.
Les ministres ne sont pas mieux lotis : ils ne sont que les scribes du pharaon, simplement là pour recueillir les paroles du saint homme et les mettre en application. Ils n’ont plus de marge de libre initiative.
2) Que pensez vous de la fronde des sénateurs ?
Bien que l’opinion l’ignore en partie, le gouvernement est en train de détruire le socle constitutionnel issu de la Révolution, à savoir les départements, les communes et le processus de conquête des libertés. Les collectivités représentent des points d’appui pour la résistance face au gouvernement, c’est pourquoi il cherche aujourd’hui à s’en débarrasser.
3) L’équilibre démocratique est-il en danger ?
Si l’on continue à vouloir faire taire la vox populi et le Parlement, on court un danger. Il faut savoir que ce qui ne se réglera pas au Parlement d’une façon civilisée risque de se régler dans la rue. N’oublions jamais que nous sommes un « peuple d’émotions » comme on l’affirmait au Moyen-âge. Les révoltes paysannes se terminaient alors souvent par l’incendie du château et la pendaison du châtelain. Nicolas Sarkozy, si ignorant de notre Histoire, tirerait profit à méditer sur ces leçons.
4) Vous avez été vice-président de la Commission des finances, vous occupez aujourd’hui le poste de secrétaire. Que pensez-vous du projet de loi de finances présenté par Eric Woerth ?
La situation des finances est dramatique : jamais nous n’avions connu un tel déficit. Le déficit public représente 8% du produit intérieur brut et la dette publique pas moins de 85% du PIB.
Mais alors qu’on nous annonce que l’Etat n’a pas les moyens (9 millions d’euros) de revaloriser les pensions des anciens combattants, on voit que les dérives restent permises. A ce sujet, le rapport de la Cour des comptes sur le sommet euro-méditerranéen est accablant : 11 millions d’euros de dépenses pour financer la folie des grandeurs de Nicolas Sarkozy qui a voulu impressioner les chefs d’États étrangers avec notre argent.
Aujourd’hui, les banques sont en train de rembourser les crédits contractés mais le système reste en place, l’État reste assureur en dernière analyse. Les banques retrouvent une totale liberté de mouvement mais elles conservent leur droit de tirage. L’État s’est privé d’une plus-value de 12 milliards d’euros, si l’on tient compte de la valorisation boursière.
5) L’Etat souhaite miser sur l’investissement et la compétitivité, mais décide de laisser libre au cours aux déficits jusqu’en 2012. Trouvez-vous cette stratégie de redressement trop tardive ?
Repousser jusqu’en 2012, c’est surtout l’occasion d’attendre les prochaines élections présidentielles, et d’ici là d’éviter un plan de rigueur.
Le nombre de chômeurs continue d’augmenter parce que le gouvernement a traité la crise bancaire sans se soucier de la crise économique qui est d’abord, celle du pouvoir d’achat. Les gens consomment quand ils en ont les moyens et c’est ce qui permettra d’obtenir une reprise de notre économie.
Je crois qu’il est urgent de rétablir la progressivité de l’impôt pour les très hauts revenus et les revenus du capital. Ce sont ceux qui payent le moins proportionnellement. Je suis également favorable à la création d’un emprunt obligatoire sur tous ceux qui sont assujettis à l’impôt sur les grandes fortunes.
6) Le gouvernement justifie l’explosion des déficits par le contexte de crise et le coût des plans de relance : qu’en pensez-vous ?
Il y a un effondrement des recettes fiscales, et en particulier de l’impôt sur les sociétés : les 2/3 de ces recettes ont été perdues depuis la crise économique. C’est un véritable baromètre de l’activité économique de notre pays. Les banques s’en sortent car les entreprises ne se risquent plus à des investissements qu’elles ne pourront pas rembourser. Les carnets de commande sont désespérément vides.
Quand vous ajoutez la perte des recettes due aux baisses d’impôts depuis 2007, à la suppression de la TVA sur la restauration et la suppression de la taxe professionnelle et au bouclier fiscal (15 milliards), vous comprenez pourquoi le budget est en berne. Philippe Séguin a fait la démonstration que les 64 milliards d’exonération de cotisations sociales et fiscales n’ont servi à rien.
Nous sommes dans l’ère de la financiarisation de l’économie et le gouvernement reproduit les mêmes erreurs que par le passé. La crise des « subprimes » n’a été qu’une conséquence d’une mauvaise répartition des richesses. Avant, le ratio était de 70% des richesses produites rémunérant le travail et 30% le capital. Aujourd’hui, il n’y a plus que 60% consacré au travail. Ces 10% d’écart changent tout. C’est la course aux taux de rentabilité absolus, c’est une fuite en avant perpétuelle.
7) En ce qui concerne la taxe professionnelle, on a toujours dit qu’elle était un outil « antiéconomique » pour les entreprises. Mitterrand parlait d’un « impôt imbécile ». Sa suppression n’était-elle pas une bonne idée ?
Ce n’est pas la taxe professionnelle en soit qu’il fallait revoir mais son mode de calcul, qui freine les investissements.
Le rapporteur général du Budget, avec deux de ses collaborateurs, s’est donné la peine de réécrire toute la loi sur la taxe professionnnelle. La nouvelle proposition soumise par le Parlement était de taxer plutôt la valeur ajoutée, c’est-à-dire la réalité de la richesse créée. Nous étions parvenus à un consensus au sein de l’UMP et à un certain soulagement à gauche. Mais le gouvernement n’a pas cédé et a exigé la capitulation des députés UMP. Un résultat catastrophique pour les collectivités territoriales et une humiliation pour le Parlement.
8 ) Aujourd’hui, on parle d’une compensation payée par les entreprises à partir de 500 000 euros de Chiffres d’affaires. Trouvez-vous que ces garanties sont suffisantes pour les collectivités territoriales ?
Je suis très dubitatif. Ce sont les politiques de solidarité dans leur globalité qui sont remises en cause actuellement, alors qu’elles constituent le socle social réel face à la crise économique que nous traversons.
9) Le projet de loi de finances inclut justement la proposition de l’extension du RSA aux moins de 25 ans.
C’est une bonne nouvelle, et quelque chose que l’on réclame depuis longtemps. Mais ce n’est pas une réponse à la hauteur du taux de chômage qui touche les jeunes aujourd’hui.
10) Vous avez beaucoup œuvré dans la lutte contre les sectes. Aujourd’hui, quel état des lieux dresseriez-vous de ce combat ?
Je pense que nous avons beaucoup progressé, notamment grâce aux médias et à l’opinion publique. Les gens sont aujourd’hui assez bien informés et en état de détecter par eux-mêmes le danger. C’est essentiel car nous n’avons jamais cherché à faire peur mais bien à faire appel à l’intelligence de nos concitoyens.
11) Nous avons vu le 28 octobre que l’Eglise de Scientologie a été frappée financièrement mais n’a pas pu être dissoute…
La sanction à l’encontre de l’Eglise de Scientologie est une belle victoire car elle porte un coup dur financier à l’organisation et s’en prend même à sa raison sociale. La dissolution n’a pas pu intervenir à cause d’une manipulation législative qui a eu lieu en catimini en avril dernier.
12) Pourquoi y a-t-il eu manipulation selon vous ?
Selon moi et d’après les informations que j’ai pu recouper, le ou la coupable travaillerait au ministère de la Justice. Il existe des gens au sein de l’appareil d’Etat dont la position sur la question sectaire est peu claire, c’est désormais une évidence.
13) Nicolas Sarkozy a-t-il joué un rôle dans cette décision ?
Nicolas Sarkozy s’est laissé aller à d’étranges connivences avec des figures éminentes de la Scientologie, en particulier Tom Cruise. Sa rencontre avec cette figure de proue de la Scientologie a beaucoup desservi l’action que nous menons dans ce domaine depuis des années. Jacques Chirac, sollicité au même moment, avait quant à lui refusé de recevoir Tom Cruise.
Je pense qu’il y a des lobbys qui ont une influence importante au sommet de l’Etat. J’en veux pour preuve les positions prises par Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui n’a pas hésité à affirmer dans une interview accordée à VSD que les sectes étaient un « non problème ».
Article relayé par :



Très bon entretien et la réponse 3 est tout à fait clairvoyante…
Vive Brard
Monsieur Brard est clair : c’est une campagne médiatique activée par quelques esprits chagrins et hargneux qui jettent indûment l’opprobre sur certains mouvements nouveaux dont l’Eglise de Scientologie, sans qu’il soit nécessaire de donner des preuves de ce que l’on affirme. Le parti pris de Monsieur Brard contre l’Eglise de Scientologie est vraiment étonnant. Comment en démocratie, et dans un état laïc, peut-il se faire que des hommes politiques décident de la possibilité des uns et des autres d’exister ou non. En quoi la pensée de Monsieur Brard serait-elle plus valable, plus « blanche » que d’autres ? Lui qui se dit apparenté communiste, n’a-t-il tiré aucune leçon utile des années noires du maccarthysme ? Je suis extrêmement choquée qu’il puisse se trouver parmi nos responsables politiques des hommes qui privatisent l’Etat en lui faisant adopter les préjugés et les haines qu’ils couvent dans les bas-fonds de leur pensée mal inspirée. N’est-ce pas justement pour éviter cela qu’au fil des siècles, les sociétés ont fini par vouloir se protéger des ingérences individuels et des intérêts trop privés en définissant les principes que recouvre ce qu’en France nous nommons la laïcité ? En tant que député, Monsieur Brard se doit de respecter toutes les pensées, y compris celle incarnée par l’Eglise de Scientologie. Agir autrement serait un détournement de pouvoir.
question 10 : »C’est essentiel car nous n’avons jamais cherché à faire peur mais bien à faire appel à l’intelligence de nos concitoyens. »
à comparer avec :
Par arrêt du 19 juin 2009, la 11ème chambre A à la cour d’appel de Paris a condamné Jean Pierre Brard à indemniser la Fédération Chrétienne des Témoins de Jéhovah de France, à la suite des propos diffamatoires tenu par lui et diffusés dans le journal télévisé de TF1 de 20h du juillet 2006.
Si Mr Brard était au pouvoir que détruirait il ?
Mr Brard persiste et signe bon orateur ou pas, il veut résucité le comunisme par tout les moyens .Il est de mauvaise foi
et terrible , je ne l’aime pas, il ne m’attire pas du tout psycologiquement parlant. Sachant l’histoire et contreccarrer leur défaite y compris touts les parties politiques.
Dans l’ensemble Mr Sarkozy et plutôt bonne entente.
Il reste des députés qui résistent à l’omnipotence de Nicolas Sarkozy, ça fait plaisir. Quand on repense à Copé qui se faisait le grand défenseur de l’Hyperparlement, on se dit qu’il y a aujourd’hui un décalage béant entres ces belles paroles et les actes de ce gouvernement…
La non dissolution de l’Eglise de Scientologie est une honte. Avec les déclarations de M.Brard nous avons aujourd’hui confirmation que Nicolas Sarkozy était partie prenante de cette décision.
Rares sont les parlementaires à s’intéresser aux problème des sectes, M. Brard fait partie de ceux là. Bravo et courage. Les quelques commentaires précédents prouvent que le combat n’est pas gagné d’avance…
C’est le Parlement tout entier qui est aux mains des lobbys. C’est bien de s’attaquer aux sectes mais il ne faudrait pas oublier non plus la franc-maçonnerie. La France est gouvernée par une poignée d’oligarques, c’est la bien triste réalité…
Les dérives de l’église de Scientologie ont été prouvée à maintes reprises. Le combat de M.Brard mérite d’être salué.