Le baroud d’honneur de Julien Dray
Au PS, la présomption de culpabilité a pris le pas sur la solidarité partisane. En se présentant aux régionales, Julien Dray avait cherché à placer ses camarades devant leurs responsabilités, à les éprouver en quelque sorte. Le résultat ne l’a sans doute pas déçu. Car c’est sans vergogne que ses anciens amis l’ont exclu…
Une question de principe
Il y a maintenant un peu plus d’un mois, j’avais eu la chance de rencontrer Julien Dray en compagnie d’autres blogueurs dans le cadre d’une interview organisée par Vendredi Hebdo. L’ancien fondateur de SOS Racisme nous confiait qu’il vivait désormais « au jour le jour ». Son objectif ? « Démonter la bombe à retardement » présente en permanence au-dessus de sa tête.
Sans présager du jugement de son affaire, on peut malgré tout affirmer que la procédure judiciaire en cours se révèle assez singulière, comme Julien Dray le démontre d’ailleurs en détails dans son livre. Quant à la cabale médiatique à son encontre, elle est désormais très nettement retombée. Plusieurs journaux ont même été condamnés pour diffamation, parmi lesquels Le Point, l’Est Républicain et enfin Le Monde. Le contexte rendait donc beaucoup plus crédible sa candidature aux régionales.
Mais, plus qu’un hypothétique poste de conseiller régional, cette candidature était surtout l’occasion pour Julien Dray de rappeler ses camarades à son bon souvenir. Voir jusqu’où ils seraient capables d’aller en termes d’ignorance ou d’hypocrisie. Car depuis le début de cette affaire, c’est sans doute de leur silence qu’il a le plus souffert. Trente années passées au PS, et si peu de soutien : le constat est terrible, l’amertume tenace….
Julien Dray est aujourd’hui persuadé que cette attitude reflétait en réalité une certaine implication dans l’enquête judiciaire dont il fait l’objet. C’est son intime conviction : « la gauche est à 80% responsable de la situation dans laquelle je me retrouve aujourd’hui » rajoutait-il, dépité. On est jamais trahi que par les siens, le député de l’Essonne a pu vérifier cet adage à ses dépens.
En bon amateur de poker, Julien Dray espérait gagner du temps afin de soigner sa relance. Mais il a sous-estimé ses anciens camarades. Écarté des listes manu militari, sa marge de manœuvre est aujourd’hui très limitée. Bien sûr, les tauliers du parti jurent aujourd’hui leurs grands dieux qu’il sera réintégré sur les listes si effectivement il est blanchi. Or le complément d’enquête sur cette affaire sera connu le 15 décembre ,tandis que la convention nationale de ratification qui entérinera les listes du PS pour les régionales aura déjà eu lieu 3 jours auparavant…
Quelle porte de sortie ?
L’actuel vice-président de l’Essonne n’est pas dupe et dénonce cet « échafaudage bancal » portant atteinte à la présomption d’innocence. Dimanche, il a même décidé de maintenir sa candidature et d’aller jusqu’au bout de cette entreprise. L’actuelle direction du parti a eu tort de jouer avec l’honneur d’un homme. Après l’épisode Peillon-Royal, le PS avait-il besoin d’une nouvelle guerre de clans ? Devant un tel spectacle, l’UMP ne boude pas son plaisir.
Quoi qu’il en soit, cet événement pousse Julien Dray dans ses derniers retranchements. Au Parti Socialiste, il sait désormais que ses soutiens se comptent sur les doigts d’une main. Même si cet épisode lui aura vraisemblablement permis de se réconcilier définitivement avec Ségolène Royal. Suffisant pour sceller une nouvelle alliance ? Rien n’est moins sûr.
Surtout que, dans le camp d’en face, un tribun également très fâché avec la maison socialiste lui tend les bras : Jean-Luc Mélenchon. Cette semaine encore, le leader du Parti de Gauche est monté au front pour le défendre et pour dénoncer l’hypocrisie de Manuel Valls qu’il juge être le principal responsable de l’exclusion de Julien Dray sur la liste essonnienne.
Des déclarations qu’il est intéressant de remettre en perspective avec celles que Julien Dray avait lui-même tenues lors de sa dernière rencontre avec des blogueurs. À l’époque, ce qui avait surpris certains d’entre nous, c’est qu’il ne tarissait pas d’éloges sur le sénateur de l’Essonne.
Il est sans doute trop tôt pour conclure à un rapprochement, mais si d’aventure ses camarades socialistes s’en prenaient trop ouvertement à lui, nul doute qu’il n’hésiterait pas à franchir le Rubicon…

01 déc 2009 








Info auteur
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Donjipez, Mancioday. Mancioday a dit: Le baroud d’honneur de Julien Dray | Reversus http://tinyurl.com/yklroyu [...]
En tout cas, le cas Dray embarrasse de plus en plus les apparatchiks du parti. Interrogé par Apathie ce matin, J.P Huchon est resté stoïque durant plusieurs secondes.
http://www.marianne2.fr/Huchon-reste-bouche-bee-sur-le-cas-Dray_a182964.html?com
Cette affaire peut faire imploser le PS, la goutte d’eau qui fait déborder le vase…
Je partage votre point de vue par contre je ne crois pas a la piste Méluche. Dray est trop progressiste pour ça…
Je dois bien avouer que, même si je trouve un peu fort de café que son propre parti fasse fi de la présomption d’innocence, je ne pleurerai pas vraiment sur les déboires de ce prototype de l’apparatchik. C’est aussi ce genre de profil qui a largement contribué à la dégradation de l’image du politique en France. Passant allégrement de la Ligue Communiste Révolutionnaire, via le Mouvement d’Action Syndicale (MAS), puis à la vice-présidence de l’UNEF-ID avant de rejoindre le PS où il fera figure de bébé Mitterrand (le vieux Rastignac, atterrissant à gauche tel un avion dérouté, aimait paradoxalement à pousser les carrières des jeunes recrues issues de l’extrême gauche), le cofondateur de SOS Racisme aura passé une grande partie de sa vie professionnelle dans le confort des insitutions représentatives. Il réussit son implantation dans l’Essonne en tant que député et conseiller régional, quittant du même coup les rives de la gauche du PS pour devenir, jusqu’à ces derniers mois, le conseiller de Ségolène Royal. Bref, le parcours du parfait politicien professionnel qui l’aura amené à vivre sur la « bête » pendant près de trente années. Il est temps qu’il passe à autre chose et qu’il élargisse ses horizons.
J’ai surtout l’impression que Julien Dray ne cherche plus qu’à faire imploser le PS pour se venger du manque de solidarité de ces anciens camarades. Le reste, il s’en moque. Sa vie politique est désormais dérrière lui et il aura beaucoup de mal à se remettre de cette affaire.
On aurait aimé que le parti passe avant ce désir de vendetta…
Mélenchon et Dray, c’est une vieille histoire, de là à penser que Dray se rapproche du Parti de gauche, il y a là, me semble-t-il, un gouffre… C’est vrai que la décision de Mélenchon le PS a été courageuse…. puisque le PS représente quasiment la garantie d’être élu.
Dray est victime de la part du PS d’un véritable coup bas puisque lui, à lla différence de Huchon et d’autres qui seront candidats, n’a jamais été condamné en justice… D’ailleurs, il n’est même pas inculpé.
Jj’ai la même ‘impression que DUSS .Depuis des mois , pas une sortie contre SARKOZY et sa clique – voir affaire Jean Sarkozy – à croire qu’il ne devra son salut que dans sa capacité à nuire au PS , et renforcer la droite par défaut . il est tou simplement pathétique
s’ill aimait son parti et les electeurs qui lui toujours valu d’avoir une » vie réussie » – quoique pas assez à son goût -ce serait de ne pas se présenter et de se mettre en retrait jusqu’à la fin de ses déboires . QU-il soit pénalement innocent ou non , il est moralement coupable vis à vis de selecteurs du ¨PS . quel message peut il faire si lui même est incapable de vivre de ses revenus relativement confortables . Les moins avisés en politique n’ont que le terme disqualifiant de « gauche caviar » comme argument politique .
je veux bien lui accorder un reste de crédit , si je l’entendais matin et soir faire dans l’antisarkozisme , primaire ou pas , c’est toujours mieux que de s’en prendre à ses camarades ;TOUT CE QUI EST MAUVAIS POUR LE PS EST BON POUR LA DROITE , devrait se dire chaque socilaliste
Cette histoire démontre bien une fois de plus que le PS est mort au congrès de Reims…
Il est indispensable de défendre sans relâche la « présomption d’innocence » sinon pourquoi faire des « procès » passons tout de suite à la condamnation et à la case prison.
Si le ps était encore un grand parti, il aurait pu faire appliquer le non cumul des mandats et ainsi écarter J Dray mais on s’aperçoit que c’était seulement un gros « pipi » de chat » d’aubry qui est sans doute un maillon des ennuis de J Dray dont la finalité était d’éliminer Ségolène Royal.
De toutes façons, Ségolène Royal n’a pas d’intérêt à renouer avec J Dray mais elle n’a pas voulu aboyer avec la « meute ».
Peut être que tout est légal dans cette affaire. L’enquête, on espère pour lui le dira.
En revanche, c’est que selon Julien Dray lui-même, les 300 000 euros et autres clopinettes étaient des crédits remboursés aux associations citées comme « Sos Racisme »
Sachant l’objectif d’une tel association, sachant que 300 000 euros ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval, sachant que « socialiste » cela veut dire naïvement de gauche, proche du peuple, est-ce bien moral d’avoir réalisé une telle opération financière?
Alors après si d’autres esprits malintentionnés, du PS ou de l’UMP, se sont servis de cette « immoralité » à des fins politiques, on pourrait dire bêtement: « tant pis pour lui! »
Tout ça pour ça… http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-41204607@7-37,0.html
Julien Dray n’a pourtant pas été blanchi : l’abus de confiance semble être confirmé dans le rapport du juge Marin. Mais comme Dray a remboursé les sommes litigieuses, et comme les associations amies de Julien Dray ne souhaitent pas de poursuites (!), un simple rappel à la loi pourrait être prononcé… Où est la Justice dans tout ça ???
[...] La dernière fois que j’ai vu Julien Dray lors d’une rencontre avec des blogueurs, il s’était montré plutôt remonté contre le Parti et ses instances, sous entendant même par moment, son désir de faire imploser la machine. On sentait qu’il se rapprochait tout doucement de Jean-Luc Mélenchon, qu’il serait bientôt prêt à franchir le Rubicon…. [...]
[...] indemne de son combat contre l’hallali médiatico-judicaire, Julien Dray se considère comme un miraculé de la politique. Son retour dans l’arène, il le [...]