Les nouveaux défis de l’énergie
Alors que la conférence mondiale sur le climat s’ouvre lundi à Copenhague, nous avons choisi d’aborder le volet énergétique à travers le récent livre édité par Jean-Marie Chevalier, intitulé Les nouveaux défis de l’énergie.
Il est important de comprendre pourquoi la problématique énergétique est à ce point centrale en vue des négociations du sommet de Copenhague. La consommation d’énergie, au sens large (c’est-à-dire la génération d’électricité et de chaleur, le transport et l’industrie), est responsable des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) vraisemblablement responsables du réchauffement climatique.
La consommation d’énergie est nécessaire à la vie humaine, afin de se chauffer, de se déplacer, de faire fonctionner les industries, de générer l’électricité indispensable dans les économies développées… Pourtant, 80% de l’énergie que nous utilisons provient des énergies fossiles, qui sont par définition émettrices de GES et épuisables. Cette situation engendre fatalement des tensions économiques, mais aussi géopolitiques car les réserves fossiles sont très localisées.
L’objectif que Jean-Marie Chevalier s’est assigné tout au long de son ouvrage est d’aborder les défis énergétiques à travers le prisme des trois grandes crises que nous traversons actuellement : la crise énergétique, la crise économique mondiale et la crise climatique. Pour cela, l’auteur est assisté de professeurs et de doctorants de l’université Paris Dauphine, principalement issus de l’équipe du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP).
La structure du livre a été pensée de telle sorte que chaque chapitre correspond à une zone géographique du monde bien particulière : l’Asie, la Russie, l’Afrique, le Moyen-Orient, les États-Unis et l’Europe . Un découpage intelligent car les problématiques sont extrêmement différentes selon les régions du globe dans lesquelles on se trouve, même si chacune est impactée d’une façon qui lui est propre par les trois crises précédemment évoquées.
Par exemple, les pays en développement cherchent la croissance, ce qui passe par l’utilisation d’énergie pour produire de la valeur (des produits manufacturés), mais ils privilégient la solution la moins onéreuse qui se révèle souvent la plus polluante en terme d’émissions de GES et autres : le charbon. C’est ainsi que les économies asiatiques deviennent dépendantes du carbone.
D’autre part, les pays producteurs de pétrole ou de gaz souffrent toujours de la maladie hollandaise (il n’y a guère que la Norvège qui ait réussi à éviter la « malédiction pétrolière »), ce qui nuit énormément à leurs économies intérieures. Cela est à mettre en parallèle avec la dépendance énergétique des pays développés, notamment celle des États-Unis. Les concepts de sécurité de la demande et des approvisionnements sont ici centraux dans la géopolitique de l’énergie.
Le rôle de la finance demeure déterminant dans ce monde énergétique, caractérisé par une forte volatilité des prix. La flambée du prix du pétrole et sa brutale chute en 2008 ne plaide pas en faveur des marchés financiers. Les auteurs de ce chapitre restent en tout cas mesurés dans leurs conclusions et, tout en reconnaissant des avantages, pointent du doigt certains dysfonctionnements possibles qui perdurent.
Ce livre est donc essentiel si l’on veut avoir un panorama du monde énergétique actuel, car il est à la fois synthétique et très documenté avec de nombreux chiffres et graphiques à la clé. Cependant, le lecteur qui désirerait obtenir une vision historique de la scène énergétique mondiale devra se rabattre sur le précédent livre écrit par Jean-Marie Chevalier, à savoir Les grandes batailles de l’énergie. Un ouvrage lui aussi essentiel, qui permet de mieux comprendre l’inertie de certains comportements politiques actuels.
Article relayé par :

05 déc 2009 







Info auteur
Reversus est toujours une source, inépuisable elle, d’intérêt et de connaissance des grands enjeux contemporains (par exemple, je ne connaissais pas le syndrome de la Maladie Hollandaise). Pour celles et ceux que cela intéresse, je conseille vivement la lecture du livre de William Engdahl « Pétrole, une guerre d’un siècle » (Jean-Cyrille Godefroy, éditeur) qui jette un œil « géostratégique » sur l’histoire de l’extraction et de l’exploitation de l’or noir ; édifiant et instructif pour qui veut comprendre la cause de beaucoup de conflits depuis la fin du 19e siècle.
@ Lee73
Merci beaucoup pour ton message, c’est très gentil
On essaye, on essaye. Pas évident de bloguer régulièrement mais on s’y astreint. Merci pour cette référence en tout cas, je la rajoute à mes futures notes de lecture.
[...] Les nouveaux défis de l'énergie | Reversus [...]
@ Lee73
Je ne connaissais pas cette référence mais après quelques petites recherches (http://fr.wikipedia.org/wiki/F._William_Engdahl) je vous avoue que je suis un tout petit peu sceptique sur le total des implications politiques a priori (notamment pour les conflits récents) mais il y a sûrement aussi des choses de vraies
Je vous dis ça parce que le pétrole a toujours un peu tendance à attiser les fantasmes, il faut dire que l’histoire du pétrole est vraiment fascinante et dépasse de loin notre imagination, c’est pourquoi il est vraiment difficile de faire la part des choses.
Mais je crois que pour tous les spécialistes le magnum opus sur le pétrole est le livre de Daniel Yergin : « The Prize : The Epic Quest for Oil, Money, and Power », il en arrive peut-être au mêmes conclusions que Engdahl je n’en sais rien. Par contre il commence à dater un peu. Si le pétrole vous intéresse vraiment j’ai une énorme liste de références sur le sujet qui pourrait vous être utile.
Je ne vous cache pas que « Les grandes batailles de l’énergie » de Chevalier ont ma préférence parce que c’est écrit de façon très neutre et que cela parle vraiment de toutes les énergies.
En tout cas, encore merci pour vos compliments que je pends comme des encouragements à perséver
A Nico,
Personnellement j’ai lu ce bouquin quasiment d’une seule traite et un peu comme un « polar » ; il est vrai qu’il ne concerne que le pétrole et s’attache à examiner les implications géopolitiques avec un angle forcément subjectif mais j’ai trouvé son apport intéressant et convaincant ; l’ancien Ministre du Pétrole d’Arabie Saoudite, Cheikh Yamani, avait eu des mots élogieux pour l’ouvrage de Engdahl quant à la présentation des causes et des modalités de la crise de 1973. Je vais me procurer l’ouvrage auquel vous faites allusion dans votre contribution (Chevalier) et vous remercie pour l’autre référence (Daniel Yergin). Cordialement et bonne continuation !
Merci pour cet article lumineux. Je prends la référence du livre.