Berlusconi-Sarkozy, même combat ?

En Italie, Silvio Berlusconi règne en autocrate. Après avoir pris le contrôle des médias du pays et écrasé l’opposition, le Cavaliere semble aujourd’hui hors d’atteinte des poursuites de la Justice. Pourtant, certains refusent d’accepter ce déclin politique de l’Italie, et la révolte a fini par surgir là où l’on ne l’attendait plus, c’est-à-dire sur Internet.

berlusconi

L’Italie, un miroir déformant ?

L’opinion internationale a toujours eu du mal à comprendre comment le peuple italien avait pu succomber à ce « bateleur d’estrade » multipliant les gaffes et les entourloupes.  Peu de gens ont vu en lui ce qu’Umberto Eco a décrit comme un « génie marketing politique postmoderne ». En juillet, L’Express avait par exemple cru bon de faire sa une en titrant « Berlusconi, le bouffon de l’Europe ». Pourtant, on aurait tort de railler les Italiens pour l’avoir élu, car il l’a été pour les mêmes raisons que celles qui ont poussé les citoyens français à porter Nicolas Sarkozy au pouvoir.

Silvio Berlusconi, tout comme notre omniprésident, a réussi à faire croire à des électeurs qui n’y croyaient plus que la réponse à leurs problèmes pouvaient encore être politique. Michela Marzano, chercheuse au CRNS, revient dans un excellent ouvrage intitulé Fascisme, un encombrant retour sur les similitudes entre les deux chefs d’Etat. De leur volonté de s’ériger en leader messianique à leur méthode gouvernementale conjuguant habilement libéralisme économique et nationalisme sécuritaire, les similitudes sont trop nombreuses pour relever du simple hasard.

Nicolas Sarkozy, qui ne jure que par la culture du résultat, ne cache d’ailleurs pas son admiration pour ce « self made man » décrié mais sans cesse réélu. L’Italie berlusconienne est devenue le miroir avancé de la France sarkozyste. C’est la raison pour laquelle nous devons observer avec attention la situation politique italienne.

Car en Italie, la mode est également au « tout sécuritaire » et à la diabolisation de l’étranger. On ne compte plus les lois allant dans ce sens : fichage des Roms, intensification de la lutte contre l’immigration clandestine. Le droit d’asile est bafoué, les conditions de regroupement familial durcies. Même si nous n’en sommes pas encore là, nous empruntons malheureusement le même chemin. Une situation relativement inquiétante.

Puisque l’Italie ne cesse de flirter avec la ligne blanche. Pour rester au pouvoir, Silvio Berlusconi n’a pas hésité à passer des alliances avec des mouvements d’extrême droite comme La Ligue du Nord et l’Alliance Nationale, et à les faire entrer au gouvernement à des postes importants (l’Intérieur et la Défense). Il n’a eu aucun scrupule à offrir les clés de Rome à Gianni Alemanno, ancien secrétaire national du MSI.  Crédibilisés par l’exercice du pouvoir, les néofascistes ne cessent de pousser plus loin la radicalisation à droite. Mateo Salvini n’hésite pas par exemple à proposer que certaines places dans les transports en commun soient réservés aux « italiens de souche », tandis qu’en Lombardie, la Ligue du Nord lance une opération « white christmas » afin de débusquer les immigrés. Si la situation française est différente, Nicolas Sarkozy ne s’embarrasse d’aucun scrupule non plus  lorsqu’il s’agit de faire rentrer un Philippe De Villiers dans le giron de la droite républicaine

Internet, l’ultime rempart

Jusqu’alors, peu de voix se sont élevées contre de telles dérives. En effet, au fil des années, Berlusconi a lessivé toute opposition. Sua Emittenza comme on le surnomme (par un jeu de mots avec « éminence » et « émetteur »), tient les Médias dans une main et la Justice dans l’autre. Poursuivi dans deux affaires, l’une pour corruption de témoins (affaires Mills) et l’autre pour fraude fiscale (droits télévisés Mediaset), Berlusconi ne risque plus rien. Son projet de loi raccourcissant la durée des procès devrait lui assurer une tranquillité supplémentaire.

Quant à la gauche italienne, elle est dans un état de léthargie avancée et peine à se remettre de la démission de sa figure de proue, Walter Ventroni. En fin de compte, la seule alternative crédible au berlusconisme triomphant provient de son propre camp. Le héraut d’armes de « l’Italie pluriethnique » est un ancien néofasciste, Gianfranco Fini. Mais derrière cette attitude, beaucoup d’Italiens perçoivent un redoutable opportunisme politique guère plus prometteur que celui du Cavaliere.

Face à cette défaillance politique, cinq blogueurs ont décidé de réagir et de reprendre le destin de leur pays en main.  Initié grâce à Facebook, le « No Berlusconi Day » (vaste manifestation réclamant la démission du chef de gouvernement italien) a rassemblé plus de 350 000 personnes à Rome ce dimanche. Un succès sans précédent puisque l’idée a même été reprise dans d’autres grandes capitales, notamment à Londres, Sydney, New York, Bruxelles et Paris.

Les manifestants arborant le violet, seule couleur « laissée libre » par les partis politiques traditionnels, ont débattu sur l’impact du berlusconisme au sein de la société italienne.  Dans un numéro de Marianne daté du 20 Décembre 2008, Silvio Sircana, ancien porte-parole du gouvernement Prodi affirmait que Silvio Berlusconi avait « vendu et diffusé la banalité comme valeur moyenne pour l’Italie ». Le député Sandro Gozi répliquait en posant cette problématique : « Pensez-vous que le berlusconisme serait culturellement dominant si le service public avait assumé son rôle, qui consiste à élever le niveau de conscience des gens ? ».

Une réflexion à méditer pendant que chez nous Nicolas Sarkozy s’évertue à étouffer progressivement toute forme de contestation, et que les blogueurs attendent l’étincelle qui rallumera la flamme de notre conscience nationale.

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Silvio Berlusconi

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7 Commentaires sur “Berlusconi-Sarkozy, même combat ?”

  1. Je me suis dit, en voyant le titre, tiens une idée curieuse mais nouvelle,pkoi pas alors j ai commencé a lire et bien vite ça s’est gaté et puis la: »L’Italie berlusconienne est devenue le miroir avancé de la France sarkozyste. » J ai coincé, j ai stoppé. et je me suis dit, Joffrin avait raison « l anti sarkozysme primaire, pavlovien, n’est pas une alternative ». C’est une évidence car il est ici, cet anti sarkozysme , sans limite.
    Cordialement,

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  2. Merci pour cette analyse. Les points de ressemblance sont en effet légion. Il faudrait être aveugle pour ignorer que le sarkozysme n’est qu’une pâle copie du berlusconisme…

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  3. Sur bien des points, le sarkozysme est même en avant sur le berlusconisme comme sur la question de l’éducation, de la nation et des orientations diplomatiques.

    Sarkozy détruit progressivement tout ce qui a fait notre Histoire. Nos valeurs volent en éclat

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  4. Je ne sais s’il faut les mettre sur le même plan, mais ils ont tous de même beaucoup de points en communs.

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  5. Insulté par Nicolas Sarkozy au salon de l’Agriculture
    « Casse-toi pov’ con ! »
    FERNAND BURON REVIENT, ET IL EST PAS CONTENT !

    Le 28 janvier 2010, Fernand Buron ira souhaiter les 55 ans du petit président à l’Elysée Ce jour-là, Nicolas Sarkozy, né en 1955, aura 55 ans.

    Moi, Fernand Buron, citoyen insulté par le petit président au salon de l’Agriculture, paysan normand retraité, j’invite tous les Français(es) qui se sont sentis outragés par cette parole à lui souhaiter ensemble un joyeux anniversaire. (Les étrangers peuvent venir aussi.) Rendez-vous le 28 janvier 2010 à 17h55 devant le 55 rue Faubourg-Saint-Honoré (Paris 8e). N’oubliez pas d’apporter vos tartes à la crème, casseroles, sifflets et surtout vos pancartes : »Casse-toi pov’ con ! »

    http://fernandburon.blogspot.com/

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  6. @ David,

    Je ne suis pas complètement d’accord. Bien sûr, il y a beaucoup de proximités entre Sarkozy et Berlusconi (la ligne pro-étasunienne, le libéralisme, la sécurité, la volonté de contrôler les médias, l’incapacité de l’opposition de gauche à s’opposer…) mais je crois qu’il y a tout de même une différence de nature entre les deux, qui rend un « No Berlusconi Day » légitime mais ferait qu’un « No Sarkozy Day » ne le serait pas.

    Il y a pour moi trois raisons majeures :
    - la première, c’est l’instrumentalisation du pouvoir pour sortir le Cavaliere de situations judiciaires embarrassantes. Silvio Berlusconi fait voter des lois pour éviter d’être condamner par la justice dans de nombreuses affaires. Ils trainent des casseroles qui feraient passer n’importe quel homme politique Français pour un enfant de choeur
    - la seconde, c’est un contrôle des médias beaucoup plus serrés puisqu’il contrôle à la fois les chaînes de son groupe et la Rai, ce qui créé un conflit d’intérêt patent et qui n’est pas équivalent en France. Certes, TF1 sert la soupe à Nicolas Sarkozy, qui le lui rend bien (on attend toujours la 4ème licence…) mais ce n’est pas la même chose. L’opposition journalistique existe en France, même sur dans des médias plutôt proches du pouvoir
    - enfin, si Nicolas Sarkozy s’est laissé aller après avoir été élu, cela n’a rien à voir avec les innombrables déclarations à tendance racistes ou machistes de Silvio Berlusconi

    Même si je me suis farouchement opposé à lui pendant toute la campagne présidentielle de 2007 (et que je m’oppose généralement à son action gouvernementale), il a légitimement gagné ces élections en surclassant ses adversaires (ce qui n’était pas bien difficile, il faut dire). Nous pourrons nous exprimer à nouveau en 2012 pour dire ce que nous pensons de son passif, mais je crois qu’une telle initiative serait exagérée.

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  7. Nous ne sommes pas du même bord politique, mais je respecte toutefois l’analyse. Tellement pertinente que je la partage. Mais ce qui nous rassemble est-il plus important que ce qui nous divise ?

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