Dray, le retour dans l’arène
On avait connu Julien Dray au fond du gouffre et lâché par les siens dans la violente tempête mediatico-judiciaire qu’il a dû endurer. Mais cette semaine fut celle du renouveau, de la « rédemption » même, selon J.P Huchon. Le parquet a enfin rendu son verdict, l’enquête a été classée sans suite…
« La fin des guerres puniques » ?
La dernière fois que j’ai vu Julien Dray lors d’une rencontre avec des blogueurs, il s’était montré plutôt remonté contre le Parti et ses instances, sous entendant même par moment son désir de faire imploser la machine. On sentait qu’il se rapprochait tout doucement de Jean-Luc Mélenchon, qu’il serait bientôt prêt à franchir le Rubicon….
Mais le verdict de son affaire a vraisemblablement changé la donne. Mardi soir, il fêtait au conseil régional la fin de ses ennuis judiciaires. Pour l’événement, un grand nombre de cadres du parti s’étaient rassemblés (Hollande, Le Roux, Rebsamen, Valls, Boutih…).
Il faut reconnaître que depuis quelque temps le cas Dray ne cessait d’embarrasser le parti. Sa volonté de se présenter aux régionales avait semée le trouble dans les rangs socialistes. Finalement cette décision judiciaire arrive à point nommé et Julien Dray hérite in fine de la tête de liste du PS en Essonne.
Dans son discours de fin d’année, Julien Dray s’est voulu rassurant et s’est déclaré « non revanchard sinon envers l’organisme Tracfin » qu’il juge responsable de ses ennuis judiciaires et avec lequel il ne compte vraisemblablement pas en rester là.
Face à un Dray qui prônait « la fin des guerres puniques », Huchon a emboîté le pas en clamant son intention de mettre fin au péplum socialiste afin de pouvoir se consacrer sereinement à la bataille pour les régionales. Le président de région confiait malgré tout son bonheur de voir un Julien Dray « débarrassé de sa tunique de Nessus » et pleinement de retour dans le jeu politique. Tout ceci avec émotion mais sans naïveté : « Je mesure la douleur que ce passage a représenté pour Julien, ça ne cicatrisera pas en un jour. »
Force est de constater que les évènements qui ont suivi ont donné raison à Jean Paul Huchon. Julien Dray n’est pas encore prêt à enterrer la hache de guerre. Les plaies sont encore trop vives…
Dray cultive sa différence
Dès le lendemain sur Europe 1 et sur RMC, Julien Dray prenait prétexte d’un « nouvel acharnement médiatique » pour envoyer quelques flèches au curare en direction des instances dirigeantes du PS. D’abord à Martine Aubry, avec lequel il souhaite avoir « quelques explications », avec son ennemi de toujours Benoît Hamon ensuite, qui « doit se corriger », et enfin envers Jean-François Cambadélis, qui doit selon lui « s’excuser » d’avoir comparé Éric Besson à Pierre Laval.
Le dicton est connu : « Si vis pacem, para bellum » (Si tu veux la paix, prépare la guerre). Avec ce retour combatif, Julien Dray entend ainsi signifier à ses camarades qu’il ne pardonnera pas à ceux qui ont participé de près ou de loin à cette cabale judiciaire. Néanmoins, il n’entend pas quitter le parti et s’en explique sur son blog : « pour l’instant, il n’y a pas d’alternative, et l’éclatement du PS serait le déclencheur d’un morcellement encore plus grande de la gauche en de multiples chapelles encore plus inefficaces. Personne ne peut prendre cette responsabilité. C’est pourquoi il faut encore tenter de réformer ce parti. »
Non sans habileté, Julien Dray cultive ainsi sa différence avec un parti devenu moribond tout en clamant sa fidélité et son engagement auprès de Jean-Paul Huchon. Ce positionnement ambigu ravive forcément les rumeurs de rapprochement avec Nicolas Sarkozy. Surtout que le député de l’Essonne ne fait rien pour les faire taire. Saluant le travail de Nicolas Sarkozy qui « s’est battu à Copenhague », il a également pris la défense d’Eric Besson en affirmant que « le PS ne peut pas dire qu’il nous a quittés parce que c’est un traître et un renégat (…) mais parce que ce qui fait le ferment du parti socialiste s’est dilué dans les querelles ».
Le cas Julien Dray reste une énigme. Paradoxalement, il compte désormais plus d’ennemis au PS qu’au sein de l’UMP. Mais aujourd’hui, il entend profiter de son retour en grâce pour imposer ses idées et faire le ménage au sein de son parti. Réconcilié avec Ségolène Royal, leurs destins politiques semblent désormais intimement liés. L’un comme l’autre partagent d’ailleurs la même opposition farouche à l’égard de Martine Aubry et de son équipe. De quoi créer des liens avant de pouvoir bâtir, un jour, un projet commun…
Julien Dray sur Europe 1 :

25 déc 2009 







Info auteur
C’est certain que son histoire est bizarre… On dirait que le pouvoir a tiré les ficelles… Il n’empêche qu’il n’est pas non plus sorti indemne puisqu’il a un rappel à la loi… Certes, ce n’est rien comparé à d’autres comme Juppé, Bédier, mais ce n’est pas non plus la reconnaissance d’une gestion irréprochable de ses affaires.
Pour conclure, il me semble que depuis un an, nous avons vu des cortèges de personnes plus malheureuses que lui… Qu’a-t-il fait dans sa vie professionnelle, hormis la politique ?
La réception au CR d’Ile de France c’était plus mardi que mercredi je crois
« Plus d’ennemis au PS qu’à l’UMP », à voir ; sans doute vrai si on ne regarde que la direction bunkerisée à Solférino ; mais à la base, je t’assure qu’il en va différemment. Regarde tous les messages de soutien sur le profil Facebook de Julien par exemple … Quant aux soutiens de l’UMP, par-delà les arrière-pensées tactiques, ils sont la preuve d’un respect pour un responsable politique qui respecte ses adversaires, mais je ne crois pas que personne à droite ait oublié que sur des sujets comme la sécurité ou l’immigration, il reste un de leurs plus farouches adversaires.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Tefy Andriamanana, Mancioday. Mancioday a dit: Dray, le retour dans l’arène | Reversus http://tinyurl.com/ydpjdpa [...]
@ Des pas perdus
Oui la thèse selon laquelle Sarkozy aurait fait en sorte que Dray sorte indemne pour mieux empoisonner le PS. Personnellement je n’y crois pas trop.
Bien sûr, il n’est sans doute pas le plus à plaindre. Il n’empêche que ce qu’il a vécu nous pousse à nous interroger sur les ressorts de notre société. Le lynchage est devenu monnaie et nous y participons tous à plus ou moins grande échelle, moi le premier. Je crois qu’il faut s’astreindre à du recul et à une recontextualisation du sujet, si l’on souhaite y échapper…
@ Romain
Je perds la notion du temps, c’est corrigé
En ce qui concerne le soutien des militants à Julien Dray, c’est difficile d’avoir un avis sur la question. Les gens qui interviennent sur son profil FB sont naturellement des personnes qui se sentent proches de lui et de ses idées. Ce n’est donc pas révélateur d’un soutien massif de la base. Je pense qu’il garde une bonne image auprès des militants mais je pense que ces derniers sont de plus en plus méfiants.
J’ai du mal à comprendre sa stratégie. Il est dans une position idéale pour fédérer plusieurs courants autour de lui et il prend tout le monde de court à chaque fois en soutenant Jean Sarkozy ou bien encore Eric Besson. J’ai saisi qu’il souhaitait cultiver sa différence et sa liberté de parole mais ça doit déconcerter pas mal de militants qui vivent dans la peur de le voir transformer en nouveau ministre d’ouverture.
Concernant l’UMP, je suis d’accord et je ne pense d’ailleurs pas qu’il finira dans un gouvernement de N.Sarkozy. Puisque la carte Mélenchon n’a pas marché, je le vois bien comme je le disais dans l’édito, reformer un duo avec Ségolène Royal. Ils ont d’ailleurs autant besoin l’un de l’autre et puis en guise de conclusion sur Europe 1, Dray appelait à la « fraternité« , un clin d’œil qui ne trompe pas…
J’ai l’impression que Dray n’a plus de parole, il est désormais prêt à tout pour faire parler de lui.
Quand à l’utilisation des « guerres puniques », c’est un contresens. Comme beaucoup de politiques, il utilise une expression historique sans en connaitre le sens.
Voir ce lien
Une métaphore peut avoir plusieurs significations et n’est pas contrainte d’être rattachée stricto sensu au sens historique premier.
Je pense que Julien Dray voulait évoquer des « guerres fratricides et destructrices ». Dans le sens où Carthaginois et Romains partageaient le même « Mare nostrum » et que le conflit a finalement abouti à la destruction de Carthages.
Mon souci obsessionnel du détail finira par me perdre. Votre article repris sur Marianne.fr est intitulé « Dray de retour au bercail Soléfrino ». Ils ont marqué Soléfrino au lieu de Solférino. J’ai retourné ce mot dans tous les sens, je me le suis répété pour me le mettre en bouche, et voir s’il n’y avait pas un jeux de mot, une contrepétrie, un palindrome, un hologramme, que sais-je ? Mais non, il ne s’agit que d’une coquille, à corriger d’urgence ! Ce message est surtout fait pour vous avertir. Vu son absence totale d’autre intérêt, pas besoin de le publier. Cordialement. GWR.
Bien d’accord, je n’ai personnellement pas participé à son lynchage… De la même façon, je ne participe pas aux festivités pour relancer sa carrière ! Sa mésaventure permet de s’interroger sur la justice, et ses liens avec le pouvoir… Il ne serait pas le 1er, hélas, à avoir été instrumentalisé par le pouvoir exécutif… Remember Denis Robert dans l’affaire des listings de clearstream.
@ Maniaco
Merci c’est vrai que ça fait tache. J’ai envoyé un mail à Marianne. Malheureusement en ces périodes festives, pas sur qu’il soit encore au travail pour opérer cette modification. Merci de m’avoir prévenu en tout cas. Sur Reversus, on supprime aucun commentaires par contre, c’est la règle
@ Des pas perdus
Il ne s’agit pas de « participer aux festivités » . Personnellement j’ai été invité mais je saisis cette occasion pour mieux comprendre les ressorts du personnage.
On peut dire que sa conduite est intéressée mais c’est le seul personnage politique en France qui interagit vraiment avec la blogosphère politique. Rien que pour cette attitude, je lui témoigne du respect et une attention particulière.
Julien Dray se remet au boulot et tire sur Mediapart !
Vu à ce sujet un salutaire coup de gueule de Politeia sur Le Post:
» Juju, t’en fais pas un peu trop ? »
http://www.lepost.fr/article/2010/01/11/1881198_juju-t-en-fais-pas-un-peu-trop.html
qui, au delà de l’interpellation de Julien Dray, remet, je trouve, dans une juste perspective politique, les enjeux de « l’affaire Dray ».
[...] tel que le parfum des campagnes électorales pour remettre Julien Dray en selle. Ragaillardi par la fin de ses ennuis judiciaires, il a choisi d’aller à la rencontre des blogueurs afin d’évoquer la bataille électorale [...]