Iran, le point de non retour
On pensait l’opposition iranienne en perte de vitesse et sur le point de rompre. Pourtant, alors qu’elle vient de perdre l’une de ses principales figures, à savoir le grand ayatollah Montazeri, la révolte a trouvé un second souffle. Le conflit qui l’oppose aux forces gouvernementales semble aujourd’hui avoir atteint le point de non retour…
La mort de Montazeri, l’ultime impulsion
Il y a une semaine, la mort du Grand Ayatollah Montazeri avait été vécue comme un drame. Principal théoricien de la République Islamique en 1979, il en était devenu au fil des années l’un des principaux opposants. En juin dernier, il avait par exemple été l’un des rares membres du clergé iranien a s’opposer à la réélection du président Ahmadinejad. En juillet, il avait également osé émettre une Fatwa à l’encontre du Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, qu’il qualifiait d’ « illégitime ». Et récemment, il s’était même permis de traiter le gouvernement iranien de « dictature » et avait appelé à l’arrêt de la torture ainsi qu’à la libération des prisonniers politiques. Sa disparition à l’âge de 87 ans a donc laissé un grand vide et soulevé un grand nombre de questions quant à la survie du mouvement d’opposition…
Mais contrairement à ce que l’on aurait pu penser, cet évènement a servi de catalyseur à la révolte iranienne. Celle-ci a transformé les obsèques du grand Ayatollah en protestations contre la nomenklatura islamique. De la même manière, les Iraniens ont reproduit l’opération ce week-end en profitant des commémorations religieuses de Tassoua et de l’Ashoura pour défier le régime.
Depuis le début des protestations, alors que la censure règne sur le pays, Internet et Twitter en particulier permettent la libre circulation de l’information. Grâce au fameux site de microblogging, nous avons ainsi pu suivre heure par heure le déroulement des manifestations. L’hashtag #iranelections fait de nouveau partie des « trending topics » (termes les plus couramment employés). A l’heure actuelle, on compte 96 twitts par minute évoquant l’insurrection iranienne.
Radicalisation des affrontements
L’analyse de ces informations nous permet aujourd’hui de dire que la journée d’hier fut cruciale. Un cap a vraisemblablement été franchi. En effet, de violents affrontements ont éclaté entre manifestants et forces anti-émeutes. On recense 10 morts selon le New York Times dont le propre neveu de Mir Hossein Moussavi ( leader de l’opposition) et plus de 300 personnes arrêtées. On assiste aujourd’hui à une véritable montée de la répression et des violences du coté des forces gouvernementales, mais également à une radicalisation du mouvement de protestation (voir photos) . Les manifestants n’hésitent plus à s’en prendre directement au Guide suprême en criant « mort au dictateur » ainsi qu’à remettre en question le principe du « velayateh faghih » sur lequel est fondé la République islamique – qui veut que le religieux possède constamment une prééminence sur le caractère politique du régime.
Avec la mort du neveu de Mir Hossein Moussavi, rien ne sera plus comme avant. En juin dernier, nous avions tendance à penser que la rébellion s’était trouvée un mauvais héraut d’armes en choisissant ce pur produit du sérail islamique. Mais aujourd’hui, alors que le gouvernement s’attaque à sa propre famille, Moussavi sait désormais que son destin est « étroitement lié à celui de l’opposition », comme l’a bien analysé Armin Arefi, journaliste spécialiste de la question iranienne.
Désormais, les insurgés sont prêts à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes et de leur combat. Comme le scandaient certains manifestants : « Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l’Iran ». Ils n’ont plus peur des coups des miliciens bassidjis et osent s’attaquer directement à eux, comme « s’ils n’avaient plus rien à perdre » rajoute Armin Arefi. Ils ne réclament plus seulement de nouvelles élections mais la chute du Guide suprême qui a soutenu et cautionné Ahmadinejad depuis le début.
L’opposition ne baissera plus les armes et annonce dès aujourd’hui une grève générale dans tout le pays. Même s’il est encore trop tôt pour annoncer la chute de la théocratie irannienne, solidement ancrée dans le pays et soutenue par des centaines de milliers de bassidjis, l’Iran est sans nul doute en train d’écrire une nouvelle page de son histoire.
Le succès sans précédent du mouvement de protestation en juin dernier fut la conséquence d’un fragile équilibre entre la non-ingérence des pays occidentaux et la surmédiatisation temporaire du conflit. Aujourd’hui, le rôle de l’information est d’alimenter la flamme des combattants pour que le « Allah akbar » qui résonne dans les rues de Téhéran puisse continuer à trouver un écho durant longtemps en Occident…
Pearltrees sur le mouvement d’insurrection (articles, vidéos, réactions sur Twitter) :

28 déc 2009 







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[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par oli2be, Mancioday. Mancioday a dit: Iran, le point de non retour | Reversus http://tinyurl.com/ykhoa4u #iranelection [...]