Pie XII, le poids d’une légende noire
Pie XII fait partie de ces personnages historiques qui pâtissent d’une légende noire tenace. De Sylla à Richelieu, l’Histoire collectionne ces figures occultées par notre mémoire collective. Alors que Benoit XVI a relancé le processus de béatification de Pie XII en le proclamant « vénérable », les levées de boucliers se multiplient….
Une quête historique
Lorsqu’il s’agit d’évoquer le pontificat de Pie XII (de 1939 à 1958), on y associe assez spontanément le mot « silence ». Il est ainsi communément admis que le pape a pêché par omission, qu’il n’a pas assez élevé la voix face aux crimes du nazisme. Pourtant, très peu de journalistes ont eu le courage de remettre en cause cet axiome. Après la polémique Williamson, il est manifestement dans l’air du temps de critiquer la papauté.
Partant de ce postulat, le blogueur Koztoujours s’est attaqué à cette légende noire en allant à contre courant du formatage médiatique ambiant. Se basant sur les travaux de l’historien et rabbin David G.Dalin, il démonte les procédés d’altération historique employés par Rolf Hocchuth dans sa pièce « Le vicaire » sur laquelle s’est basée toute l’intelligentsia artistique par la suite. Le dramaturge allemand entretient d’ailleurs depuis le début des années 1960 des relations étroites avec l’historien négationniste David Irving qui suffisent à le disqualifier.
John Cornwell, auteur du « Pape d’Hitler », puis Costa Gavras avec « Amen » n’ont fait que reproduire et répandre par la suite ce tissu de contrevérités historiques au sein de notre mémoire collective.
Cette polémique s’est même étendue sur Twitter la semaine dernière, où la cathosphère a tenté de faire entendre sa voix. Mais les blogueurs cathos sont rapidement étiquetés en « papistes » et guère écoutés. Néanmoins, la synthèse de ces débats sur le site de microblogging est intéressante à relire via Pearltrees.
Polémique autour de Pie XII sur Twitter
Pour Koztoujours, non seulement le pape n’a pas été silencieux, mais en plus il a sauvé un grand nombre de Juifs. Il cite ainsi les travaux de l’historien Pinchas Lapide qui affirme que le rôle de Pie XII « a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est 860 000 juifs, d’une mort certaine aux mains des nazis », ainsi que le témoignage de Michael Tagliacozzo, rescapé de la Shoah, qui déclare que le pape aurait permis de sauver 80% des juifs de Rome.
Aujourd’hui, les publications historiques allant dans ce sens sont de plus en plus nombreuses. La fondation Pave the Way, fondée par l’Israélite Gary Krupp a enquêté durant deux ans sur Pie XII et s’est procuré plus de 7000 documents inédits sur la période. Son verdict est sans ambigüité : « non seulement Pie XII était innocent de toutes les accusations portées contre lui, mais il fut également un exemple lumineux d’humanité, de foi et de courage pendant l’Holocauste ». Aujourd’hui, même si les historiens ne s’accordent pas sur le chiffre, ils sont tous d’accord sur le fait que Pie XII a sauvé des Juifs. Mais l’ouverture des archives du Vatican en 2013 permettra sans nul doute de trancher définitivement la question.
Un silence coupable ?
La problématique qui reste en suspens et qui soulève sans doute le plus d’interrogations concerne les silences de Pie XII. Pour y répondre, j’ai interviewé Jean-Paul Bled, historien spécialiste de l’Allemagne contemporaine à l’Université de Paris-Sorbonne.
Reversus) Comment jugez-vous le comportement de Pie XII vis-à-vis du nazisme ? Comment interpréter vous ces « fameux silences » qui lui sont reprochés ?
Il faut se garder de prendre certaines œuvres théâtrales ou cinématographiques pour parole d’évangile. La vérité est plus complexe et nuancée. N’oublions jamais que le futur Pie XII, alors cardinal Pacelli, secrétaire d’Etat de Pie XI, a fortement inspiré l’encyclique « Mit brennender Sorge » de 1937 par laquelle le Saint Siège a condamné avec une extrême vigueur les thèses racistes du nazisme, une condamnation alors sans exemple parmi les voix officielles de la communauté internationale. Dans l’encyclique « Summi Pontificatus » qu’il publie en octobre 1939, on retrouve là aussi une critique très vive du nazisme et de son racisme.
En 1941, Pie XII a d’ailleurs fait connaître aux évêques allemands Mgr von Preysing et Mgr von Galen son approbation de leur dénonciation de l’euthanasie pratiquée dans l’Allemagne nazie. Ces deux prélats seront faits cardinaux par Pie XII en 1945.
Reversus) Pouvait-il agir autrement ? Quelle était sa marge de manœuvre ?
Ce silence peut s’expliquer par le souci d’épargner à l’Eglise et aux catholiques de l’Europe occupée une vague de persécutions. En revanche, Pie XII a agi discrètement pour venir en aide aux Juifs. Pour ne prendre que l’exemple de la France, les ecclésiastiques ont été nombreux à intervenir pour sauver des Juifs.
En marge des réponses apportées par Jean-Paul Bled, on pourrait également ajouter que le discours prononcé le 25 décembre 1942, aujourd’hui critiqué car trop allusif, a pourtant été compris par tous. Les militants antinazis y ont vu un message d’espoir, l’allusion au génocide des juifs est très clairement perceptible. La presse étrangère en parle, le New York Times titre même « The Pope’s verdict », voici l’intégralité du texte :
« No Christmas sermon reaches a larger congregation than the message Pope Plus XII addresses to a war-torn world at this season. This Christmas more than ever he is a lonely voice crying out of the silence of a continent. The pulpit whence he speaks is more than ever like the Rock on which the Church was founded, a tiny island lashed and surrounded by a sea of war. »
Un diplomate chevronné face au péril nazi
En réalité, le Pape, conscient des enjeux de cette période troublée, avait privilégié l’efficacité au risque de rodomontades inutiles. Il s’est ainsi comporté en diplomate chevronné qui, plutôt que d’attaquer frontalement le nazisme en risquant de compromettre les épiscopats locaux, a préféré une approche discrète et silencieuse. L’ancien nonce apostolique Giovani Ferrofino témoigne : « Je me souviens qu’un jour Pie XII a perdu patience et a dit devant moi : Pourquoi les américains ne comprennent-ils pas ? Tout doit être fait pour sauver cette communauté si vivante ». Le message du Pape qu’il devait transmettre au gouvernement portugais était ferme et rempli de détermination : « Le monde doit comprendre l’urgence qu’il y a à sauver le plus de juifs possibles. Le Portugal doit apporter son aide. »
Avec l’ouverture des archives soviétiques, nous avons une source historique de premier plan qui permet de mesurer l’action du Pape, il s’agit du journal de Joseph Goebbels. Sa lecture permet d’avoir la preuve que dès 1939 les messages antinazis du pape sont très clairement compris. Goebbels note ainsi le 28 décembre 1939 : « Le pape a parlé à Noel. Discours plein d’attaques très sévères et dissimulées contre nous, contre le Reich et contre le national-socialisme. Toutes les forces de l’internationalisme sont contre nous, nous devons les abattre. »
La lecture du journal du Ministre de la propagande d’Hitler est intéressante également parce qu’elle démontre que Goebbels projetait de persécuter les évêques allemands afin « d’éliminer l’influence politique de l’Eglise » : la prudence de Pie XII prend ici tout son sens. Le 14 décembre 1941, il écrit : « Notre christianisme sera toujours opposé à une vision nationale forte. Une religion qui part du principe qu’on doit aimer ses ennemis quand on n’a pas le droit de les tuer et qu’on doit tendre la joue gauche quand on reçoit un coup sur la droite, ne peut faire office de doctrine virile de la défense de la patrie. En réalité, le christianisme est une doctrine de la déchéance. Pour un homme moderne, il ne mérite que le mépris intellectuel. Aujourd’hui sous sa forme confessionnelle, son activité revient à une trahison, du moins chez nous. L’évêque Galen de Munster en est un exemple typique. Le Führer est déterminé à faire table rase de celui là et de quelques autres agitateurs sous peu. Il va encore observer l’évolution des choses pendant un certain temps, mais lorsque la coupe sera pleine, l’éclair de la colère s’abattra subitement sur les traîtres de princes de l’Eglise ».
En poursuivant la lecture, on a la preuve qu’aux yeux du régime nazi, le christianisme représentait véritablement un risque, qu’il fallait éradiquer tôt ou tard pour le remplacer par une religion d’Etat : « Le combat contre les Eglises sera cependant très difficile, parce qu’avec leurs absurdités scandaleuses, elles mettront toujours la majorité des êtres humains de leur coté. Je crois pourtant que lorsque les temps seront plus calmes, nous pourrons tranquillement nous attaquer à ce problème ; car nous ne sommes pas coupés des masses au point que nous ne puissions pas faire comprendre au peuple ce que nous voulons (…) Le führer rejette l’idée qu’on puisse un jour lui attribuer des fonctions religieuses. Il ne veut pas devenir un saint, il considère que sa seule mission est de résoudre les problèmes politiques. Mais il sera sans doute inévitable dans les décennies ou les siècles à venir, que le peuple en fasse spontanément ce qu’il voit déjà souvent en lui ».
D’autres documents historiques ont prouvé que des projets de kidnapping du pape Pie XII ont existé. Dès lors, il paraît toujours plus facile de juger l’action d’un homme à l’aune des évènements actuels. Mais, contraint à une action silencieuse au sein d’une époque troublée, son action mérite d’être réhabilitée aux yeux de l’opinion publique.
Mais aujourd’hui, dans un contexte de tensions entre les mondes judaïque et chrétien, cette décision semble malvenue et inopportune. Cette béatification aurait sans doute pu attendre. Dans notre siècle en équilibre précaire, le rôle du pape est d’être un médiateur. A défaut d’être pleinement réhabilité, Pie XII peut devenir un modèle d’inspiration…
Pearltrees sur la polémique Pie XII (articles de presse, blog…) :

31 déc 2009 








Info auteur
L’Etat ferait mieux de subventionner les blogueurs plutôt que les journaleux. On lit plus ce genre d’analyses sur les sites d’infos. Merci à vous et bon réveillon
Vous m’avez fait changer d’avis sur ce pape. Je vais essayer de me procurer le livre de me procurer le livre de Dalin. Comme l’a dit M. Jeandel, bon réveillon et meilleurs voeux pour cette nouvelle année
Il n’y a rien à rajouter, bref et fulgurant, votre plume s’aiguise.
Merci! Depuis longtemps que les écrit orduriers salissent ce pape. L’honnêteté est une vertu rare; vous l’avez, vous.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par koz, Mancioday. Mancioday a dit: Pie XII, le poids d’une légende noire | Reversus http://tinyurl.com/ycul2v9 [...]
[...] Une interview du professeur Jean-Paul BLED, historien spécialiste de l’Allemagne contemporaine à l’Université de Paris-Sorbonne, sur Reversus [...]
Désolé, mais je ne suis pas convaincu, tant sur le rôle du pape que sur celui de l’Eglise en France. Le pape n’était sans doute pas un collabo, mais de là à le transformer en résistant… Son silence quant à l’arrivée au pouvoir de Mussolini est tout de même édifiant au regard de son influence sur le peuple italien. Quant à l’Eglise de France il est difficile également d’affirmer qu’elle a résisté dans son ensemble… Beaucoup de collabos parmi les pires ont bénéficié de son aide.
Belle synthèse!
J’essaie aussi de rétablir un peu de mesure dans les propos des médias qui manipulent l’opinion et je vous remercie de vos précisions, j’ai vécu cette époque et je sais ce qu’il en était. Les donneurs de leçons bien assis sur leurs certitudes et à l’abri dans une Europe pacifiée qu’ils peuvent critiquer confortablement, ignorent la position extrêmement risquée du pape à l’époque qui a conservé aux catholiques la liberté de culte.
Inutile d’être catho ou papiste pour avoir une certaine impartialité qui soit en rapport avec l’éthique journalistique.
Merci à tous pour vos commentaires.
@ Des pas perdus
C’est pourtant prouvé historiquement. Voir par exemple l’avis d’autres historiens comme celui de Jean-Dominique Durand, spécialiste du catholicisme.
@ Scaramouche
Je vous remercie. je dois dire que Marianne me déçoit énormément sur le coup. Je fais partie de leurs abonnés mais ce genre de une me fait réfléchir quant à leur ligne éditoriale.
Bonsoir David, bonsoir à tous et bonne année !
Joli chassé-croisé, car moi, catholique pratiquant et de retour de pèlerinage en Pologne, je vais me retrouver à être plus critique et plus réservé que toi, non-croyant si j’en crois ton profil sur Facebook
!
Entièrement d’accord, et comme historien et comme citoyen, qu’il faut être très nuancé et très équilibré dans ce débat très complexe, d’autant que les pièces du dossier ne sont pas toutes disponibles encore, ni les passions assez apaisées. entièrement d’accord aussi que la décision est précipitée et inopportune. après la série de gaffes du printemps, Benoît XVI devrait être plus prudent…
Mais pour le reste, j’ai des réserves :
- on peut critiquer Hochut et Costa-Gravas, ils n’ont fait que mettre le débat sur la place publique, fût-ce au prix de caricatures ou de simplifications en partie inévitables (encore que « Amen » est nuancé, et guère clément pour les Alliés ou les neutres non plus). Mais le débat existait bien avant : E. Mounier s’étonne du « silence de Pie XII »… à l’automne 1939, alors que l’agression d’un pays catholique et le massacre de l’Eglise polonaise le laissent sans voix ! Et Raul Hilberg, pionnier de l’histoire de la shoah dès les années 1950, relève déjà les critiques de contemporains catholiques envers le silence papal…
- il faudrait citer d’autres travaux de référence que JP Bled (marqué très à droite, paraît-il, au passage, tout brillant que soit son livre) en particulier le très remarquable « L’Allemagne nazie et les Juifs. Les Années d’Extermination » de Saül Friedlanderb (Seuil, 2007), très critique envers Pie XIIi. Tu peux ne lire que sa conclusion générale sur l’Eglise p. 703-709 si tu manques de temps…
- Il montre un paquet de cas de passivité évidente de Pie XII face aux appels à l’aide et aux informations lui provenant de toute part. En particulier on voit combien dans ses réponses, il omet clairement de relever ou de commenter les passages décrivant le sort infligé aux Juifs…
- Le fameux discours de Noël 1942 sur lequel on a tant glosé : Friedländer montre que l’allusion aux Juifs, non nommés, n’est qu’à la page 24 d’un texte de 26 pages, et ne pèse trois phrases, trop générales pour être comprises autrement que par les initiés.
Et quant aux réactions: Mussolini s’est gaussé des platitudes du discours, l’ambassadeur de Pologne s’est dit déçu auprès du pape, l’ambassadeur de Vichy lui-même est perplexe dans son rapport, et l’ambassadeur allemand ne relève même pas l’allusion. Goebbels juge le discours « dénué de toute signification profonde. Il porte sur des généralités qui suscitent le désintérêt le plus total ds les pays en guerre. » Seul un document plus tardif du RSHA (celui cité tout le temps par les apologistes du Pape) dénonce le discours comme une attaque. Quand à Pie XII, il pense en avoir été ainsi quitte avec toutes les demandes d’interventions antérieures…
- sur les sauvetages dus à Pie XII : selon Friedländer encore, pas de preuve à cette heure que le Pape ait promu personnellement ou encouragé les sauvetages à Rome dans les couvents et autres. Jusqu’à nouveau document, il n’aurait rien dit contre, il n’aurait rien dit pour, ça semble s’être fait « par en-bas », spontanément. Son silence et sa volonté d’éviter une crise avec Berlin lors de la rafle des Juifs de Rome sont par contre attestés…
- il y a des interventions attestées, notamment en Slovaquie et en Hongrie, et encore faut-il nuancer. Le 25 juin 1944, quand pour la première fois, Pie XII intervient publiquement en faveur des Juifs, auprès du régent hongrois Horty, son propos reste nébuleux et vague : le mot « juif » ne figure pas, et il est question de « souffrances », pas d’extermination, alors que le Vatican, Etat le mieux informé du monde sur le génocide (quel autre aurait autant d’agents de renseignements que le chef de l’Eglise universelle ?!), a assez d’infos pour savoir à quoi s’en tenir. (p. 758) Ce n’est pas comme ça que le Pape va inciter le chef de l’Eglise hongroise, le cardinal Justinian Seredi, à résister aux déporations (surtout qu’il a voté les lois antisémites de 1938-1939, et qui selon hilberg se plaint auprès du conseil juif de Budapest que si le Pape ne dit rien, il ne peut faire plus…).
- La relation de Pie XII à l’Allemagne nazie ne devrait pas seule faire débat : que dire de son soutien aux sanguinaires oustachis croates, dont la sauvagerie dégoûtait jusqu’aux nazis eux-mêmes… Ce régime cléricalo-fasciste est responsable de centaines de milliers de morts, de déportations de populations et de conversions forcées massives…
- Mais aussi, j’ai été choqué de découvrir moi-même très récemment qu’en mars 1942, alors que le Japon vient d’agresser l’Amérique quatre mois plus tôt et déferle sur l’Asie qu’il met à feu et à sang, le Vatican choisit ce moment précis pour rétablir les relations de facto avec l’empire du soleil-levant ! Et l’envoyé de Pie XII dans les camps de prisonniers alliés au Japon, un futur cardinal, a déclaré que tout le monde y était très bien traité, etc…. alors que la mortalité et la cruauté n’avaient rien à y envier à ceux des camps nazis ! Il s’est au minimum fait balader… et Pie XII a au minimum agi de façon inopportune…
Mais aussi le débat sur Pie XII est toujours vicié par certains présupposés des débattants, auxquels cette page certes bien rédigée n’échappe pas :
- on suppose toujours implicitement que sa préoccupation première était de savoir comment sauver les Juifs, et qu’est-ce qui était le plus efficace (le silence et l’action discrète ? l’action publique ?).
Or de même que pour les Alliés ou la Résistance française ou… les dirigeants sionistes ou les communautés juives d’Amérique ou de Palestine, le sort des Juifs n’était pas du tout l’enjeu premier pour le Vatican. Sans doute plutôt un élément qui compliquait la diplomatie délicate du Vatican. Un peu comme évoquer le sort des Tibétains et les droits de l’Homme en Chine est plus une corvée qu’autre chose tant pour Obama que pour Sarkozy ou…Benoît XVI.
- il faudrait donc établir la place des Juifs dans la hiérarchie des priorités de Pie XII (par rapport à l’anticommunisme, à la préparation de l’après-guerre,à la volonté de servir de médiateur entre Axe et Alliés, à la volonté de rester neutre tant l’appel à la paix de Benoît XV en 1917 avait été un échec cuisant…).
Je m’excuse de mes longueurs et je laisse la conclusion à Saül Friedländer : « Si l’on tient simplement l’Eglise pour une institution politique qui doit calculer l’effet de ses décisions en terme de rationalité instrumentale, on peut juger le choix de Pie XII raisonnable au vu des risques encourrus. Si l’Eglise incarne aussi une posture morale, surtout en temps de crise majeure, et a le devoir de quitter alors le niveau des intérêts institutionells pour celui du témoignage moral, le choix de Pie XII appelle de toute évidence une autre évaluation.
Ce que nous n’avons aucune moyen de savoir, c’est si pour Pie XII le destin des Juifs d’Europe représentait une situation de crise majeure et un dilemne angoissant ou s’il n’était qu’un problème marginal qui ne bousculait pas la conscience d’un chrétien ». (p. 705)
Raphaël, merci de ta réaction que j’ai lu attention. J’ai pas eu le temps aujourd’hui et je souhaite y répondre convenablement.
Je m’y consacre demain
@ Raphaël Spina
Je te réponds avec un peu de retard. Après la guerre justement, il me semble que l’activité de Pie XII est saluée. Le grand rabbin de Rome, Israel Zolli, se convertit même à la religion catholique.
En ce qui concerne E. Mounier qui s’étonne du « silence de Pie XII… à l’automne 1939 ». Je pense que l’encyclique de Pie XII « Sumni Pontificatus » démontre le contraire. Le nazisme est sévèrement critiqué.
J’ai interviewé le professeur Bled mais il s’agit de M.Blet qui a écrit livre sur « Pie XII et la seconde guerre mondiale ». Koztoujours va écrire une synthèse de cette lecture dans les prochains jours sur son blog. A suivre…
Pour Saul Friedländer, j’essayerai de me procurer son ouvrage. Mais hormis M.Blet, Edouard Husson spécialiste du nazisme et de la Shoah disculpe également Pie XII. Je te conseille de regarder cette vidéo.
E.Husson est un très grand historien, salué par Ian Kershaw et par la plupart des historiens allemand. Il affirme quand même sans nuances que l’historiographie a évolué et que la plupart des historiens actuels sont d’accord pour dire que Pie XII n’a pas été silencieux mais actif durant la seconde guerre mondiale. Pareil en ce qui concerne le discours de 1942 qui est selon lui parfaitement compris.
La réaction de Goebbels n’est pas étonnante. Il ne va pas reconnaître publiquement dans son journal que le discours l’a heurté. Je sais pas si tu as lu les chroniques de Goebbels mais il ne cesse de se voiler la face jusqu’en 1944-1945.
Pie XII était un diplomate, je pense que sa volonté transparait à travers ses nonces. C’est sur cela qu’il faut se pencher pour mesurer l’étendue de son action.
Concernant le reste de tes commentaires (relations avec l’Eglise hongroise, les outachis croates ou avec le Japon) mes connaissances sont trop fragmentaires pour me prononcer. Il faudrait que je me replonge à fond dans cette période et pousser plus loin mes recherches…
Je suis d’accord sur le fait que Pie XII craignait manifestement plus le nazisme que le communisme. Dès lors, quelle fut la place du sauvetage des juifs parmi ces différentes priorités ? De nombreux témoignages de personens ayant cotoyés Pie XII indiquent que la sauvegarde de la communauté juive était un objectif essentiel à ces yeux…
People deserve good life and home loans or short term loan can make it much better. Just because people’s freedom relies on money state.