Philippe Séguin, un héritage à perpétuer…

La mort de Philippe Séguin a ébranlé la République. Grand serviteur de l’Etat, gaulliste inclassable, orateur de talent et franc-tireur ombrageux, Séguin était un monument. Sa tragique disparition laisse un vide mais aussi un héritage à perpétuer…

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Un homme politique atypique

Tout au long de la semaine, les réactions se sont multipliées pour rendre hommage à ce fils adoptif (et pleinement adopté) de la République. Tout a été dit ou presque sur son parcours atypique à contre courant du carriérisme et des combines d’appareil. Solitaire, il savait imposer son point de vue avec force et détermination.

En 1981, il fut l’un des rares députés de droite avec J.Chirac à soutenir l’abolition de la peine de mort. En 1984, il s’oppose à la « dérive droitière du RPR »  et à la « liberalomania ». En 1985, il refuse avec force toute alliances avec le Front National alors que Pasqua et le camp balladurien y sont favorables.

Ce « marginal qui se marginalise » comme l’avait un jour surnommé Jacques Chirac  était un être solitaire, pessimiste et complexe. Il faisait partie de ces hommes qui cultivent leur indépendance d’esprit, le devoir de révolte s’imposait à lui comme une évidence.  Il aimait s’affranchir et se placer au dessus des querelles partisanes même si cela a sans doute bridé son évolution. En 1992 par exemple, lors d’un débat avec F. Mitterrand sur le traité de Maastricht, il choisit de se montrer avenant et d’épargner un Président qu’il sait souffrant. Sacrifiant ses convictions de toujours sur l’autel de la bienséance et de l’image qu’il se fait de la politique.

Comme l’a écrit L.Pinsolle, on peut aujourd’hui regretter que « son destin n’ait pas plus croisé celui de la France ».  Mais il aura malgré tout marqué la vie de la Vème république. En 1995, au terme d’une des plus belles campagnes politiques de ces dernières années, il porte Jacques Chirac sur le perron de l’Elysée.  Par la suite, Président de l’Assemblée Nationale, il a su avec sa truculence donner une autre dimension aux joutes parlementaires. Président de la Cour des Comptes, il avait fait de cette institution un formidable contre-pouvoir face aux dérives élyséennes…

Les héritiers du Gaullisme

A  l’aune du XXIème siècle, que restera t-il de P.Séguin et de ses combats politiques ? De ce Gaullisme social dont il était le parangon flamboyant ? Christophe Barbier, en affirmant que la carrière de Séguin est celle de « la défaite idéologique et historique » du Gaullisme et d’une « France qui est sortie de la Grande Histoire », y répond involontairement…

Le Gaullisme aujourd’hui, c’est précisément le refus de ce genre de sentence. La France n’a pas fini d’être acteur de l’Histoire, elle porte encore en elle un héritage culturel et humaniste essentiel dans un monde en pertes de repères.  Comme l’affirmait Laurent Pinsolle, le « gaullisme doit être une boussole » de notre action politique.  Après l’éclatement des droites, l’UMP sous Sarkozy a fini par rejeter complètement son héritage gaulliste. Nicolas Dupont-Aignan, qui fut l’un des proches collaborateurs de P.Séguin, affirmait fort justement cette semaine que la politique de Nicolas Sarkozy est précisément « anti-gaulliste dans toute son horreur ou sa splendeur ».

L’UMP a fini par trahir l’idéal gaulliste, l’émouvant discours de François Fillon en est un funeste symbole. Cet ancien gaulliste, fils spirituel de Philippe Séguin qui l’avait pris sous son aile, se retrouve chef d’un gouvernement dans lequel il détruit pierre par pierre l’héritage gaulliste.

D’ailleurs quels sont les héritiers du Gaullisme aujourd’hui ? On en compte deux. Nicolas Dupont-Aignan qui est sans conteste l’homme politique le plus proches des idées défendues par Philippe Séguin. Souverainiste, défenseur d’une Europe des Nations, il n’a pas renoncé aux combats de son mentor et rêve toujours de faire sortir la France de l’UE.

Dominique de Villepin ensuite s’impose comme l’homme politique le plus attaché aux valeurs du « Gaullisme social ». Il n’était pourtant pas un proche de P.Séguin mais il porte en lui le même idéal de « justice sociale ». Il plaide pour une « Europe Puissance » qui soit moins libérale, fidèle aux rêves des pères fondateurs et ambitieuse face aux nouveaux enjeux de la mondialisation.

Lors de son hommage à Philippe Séguin, Nicolas Sarkozy a lancé cette phrase qui est passée quelque peu inaperçue : « Le Gaullisme avec lui avait gardé quelque chose de vivant ». Sous-entendu qu’aujourd’hui, le gaullisme est mort et n’a plus lieu d’être.

Face à la libéralisation et l’extrême droitisation d’une partie de l’UMP, il est grand temps que les héritiers du Gaullisme se rassemblent pour porter une nouvelle espérance et une certaine idée de la France…

A lire aussi ces hommages rendus par des blogueurs gaullistes :

- Philippe Séguin, chevalier de la République par Laurent Pinsolle
Philippe Séguin s’en est allé par David Desgouilles
Pensées qui se baladent autour de Philippe Séguin par Falcon Hill

Tragique disparition de Philippe Seguin




Eloge funèbre de François Fillon à l’AN :

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