L’Euro, une union inachevée

L’Euro est un succès monétaire certain. La zone euro bénéficie depuis 2001 d’une inflation stable à un faible niveau. Pourtant cette réussite masque de graves déséquilibres qui se sont construits au cours de cette même période. En l’absence des instruments nécessaires au bon fonctionnement d’une union monétaire, certains pays risquent d’en subir les conséquences…

« L’euro, ça ne marchera jamais ! »

Lorsque le processus qui devait aboutir à la création de l’Union Economique et Monétaire (UEM) fut enclenché dans les années 1980, de nombreux économistes américains se sont penchés sur les coûts et bénéfices attendus d’une telle opération (voir une discussion très complète ici). Les travaux s’appuyaient sur ce qui est appelé en macroéconomie la théorie des zones monétaires optimales (ZMO), popularisée en 1961 par Robert Mundell (prix Nobel d’économie 1997).

En bref, le choix de recourir ou non à une union monétaire revient à arbitrer entre deux situations. D’un coté, posséder sa propre monnaie rend plus aisé l’ajustement des prix et des salaires. Si les prix augmentent bien plus vite en France qu’en Allemagne – pour des raisons indépendantes des gains productivité, une dépréciation du franc vis-à-vis du Mark, limite de fait la détérioration de la compétitivité-prix. En pratique, sur un horizon de moyen terme, quand un déficit commercial bilatéral s’accroît, la monnaie du pays en déficit se déprécie. En cas d’union monétaire, recouvrer sa compétitivité passe par une limitation de la croissance des salaires nominaux. D’un autre coté, de multiples monnaies rendent coûteuses les transactions transfrontalières (obtention des devises, gestion du risque de change …).

La littérature ZMO permet cependant de déterminer quels sont les critères pertinents dans le choix du régime de change. En premier lieu, et c’est une évidence, les pays concernés doivent réaliser beaucoup d’échanges commerciaux et financiers mutuels. C’est le cas de l’UEM. Cependant, cela ne suffit pas. Dans la mesure où les pays disposent de structures économiques productives différentes, ils sont sujets aux chocs asymétriques. Par exemple, si demain la Chine annonce qu’elle interdit l’importation de téléviseurs provenant de l’UEM, l’Allemagne sera bien plus touchée que l’Espagne.

Dans un tel contexte, la politique monétaire ne peut être optimale pour tous. Dans le cas fictif décrit ci-dessus, l’état de l’économie allemande rendrait nécessaire une baisse des taux d’intérêt qui pourrait s’avérer être inflationniste en Espagne. Comme l’Allemagne ne peut également compter sur une dépréciation de sa monnaie, d’autres sources d’ajustement doivent être trouvées. En l’occurrence la littérature des ZMO en avance deux : la mobilité transfrontalière de la main d’œuvre et la mise en place de transferts budgétaires automatiques.

Si, en raison d’un choc asymétrique, le marché du travail se détériore sévèrement en Espagne sans que ce même choc n’affecte celui de la France, alors une partie de la main d’œuvre espagnole pourrait émigrer vers la France. Ce phénomène est patent aux Etats-Unis où, pendant les périodes de récession, on observe des mouvements migratoires des états les plus touchés vers ceux les moins touchés. En revanche, en raison de barrières linguistiques et culturelles, la main d’œuvre reste peu mobile en Europe.

Les transferts budgétaires constituent l’autre moyen de limiter l’asymétrie des chocs. L’idée est simple : l’existence d’un budget centralisé fonctionnant comme un mécanisme de redistribution permettrait de soutenir l’activité économique des pays les plus en difficulté. Là encore, ce mécanisme est plutôt puissant aux Etats-Unis. On estime qu’une baisse de 1 dollar de revenu par tête est atténué de 30 à 40%  grâce à l’aide fédérale (ces chiffres sont un peu anciens). En Europe, il n’existe pas une telle caisse fédérale.

La conclusion des universitaires américains, raisonnant sur des critères purement économiques, était claire : l’euro n’était pas une bonne chose en raison d’une trop forte vulnérabilité aux chocs asymétriques. D’autres ont en revanché argué que le cas de l’euro était unique et surtout qu’il n’était pas assimilable aux autres exemples d’union monétaire (les Etats-Unis ayant toujours disposé d’une monnaie commune) et que les critères de ZMO étaient endogènes. Autrement dit, une fois l’euro adopté, les critères de ZMO se seraient progressivement vérifiés. Au final, le débat ne fut jamais vraiment tranché et la littérature ZMO tomba aux oubliettes jusqu’à très récemment. Les déboires de la Grèce, de l’Espagne, et de l’Irlande ont soudainement remis sur le devant de la scène la question (voir notamment ce très stimulant article de Martin Wolf).

L’Europe périphérique prise dans une « trappe portugaise » ?

J’ai déjà beaucoup parlé des déséquilibres macroéconomiques globaux sans jamais avoir évoqué la zone euro. C’était pour une raison simple. En considérant la zone euro comme une seule et unique entité, les comptes extérieurs sont proches de l’équilibre depuis près de 10 années. Mais un simple coup d’œil pays par pays suffit à mesurer l’impressionnante divergence intra zone. Le graphique ci-dessous le démontre très clairement. Si on considère dans leur ensemble d’un coté tous les pays disposant d’un déficit commercial, on obtenait en 2007 un déficit de 10% du PIB.  Si on fait la même chose avec les pays affichant un surplus, alors un obtient un surplus global de 9% du PIB. Les chiffres sont considérables et ne sont guère soutenables à long-terme.

Déséquilibres intra-UEM


Source : Commission Européenne.

De tels déséquilibres résultent d’une forte divergence de compétitivité. L’évolution du taux de change effectif réel  en constitue une bonne mesure. Celui-ci s’est apprécié – ce qui traduit une perte de compétitivité – de plus de 10% en Espagne et en Irlande, et entre 5 et 10% en Italie, en Grèce et au Portugal. Olivier Blanchard, aujourd’hui chef économiste au FMI, s’était intéressé au miracle portugais de la fin des années 1990 (forte croissance économique accompagnée d’une réduction rapide du chômage). Un miracle de courte durée puisque le début des années 2000 marqua le début d’une longue période de croissance molle et d’un retour du chômage de masse. Il en tirera une grille de lecture (voir ici pour un développement complet) qui s’applique parfaitement à la situation des autres pays de la périphérie (Espagne, Irlande et Grèce).

Evolution des taux de change effectifs réels.

Source : Commission Européenne.

Les pays de l’Europe périphérique, déjà en croissance de rattrapage, ont bénéficié via l’euro d’un accès facilité aux marchés internationaux de capitaux. Dès lors, une contrainte de crédit réduite conjuguée avec des taux d’intérêts réels relativement faibles – en raison de taux d’inflation supérieurs – a nourri une forte croissance de la demande. En particulier, les capitaux étrangers se sont dirigés via les systèmes bancaires vers le crédit à la consommation et le marché de l’immobilier, générant le gonflement de bulles et une hausse de l’endettement privé. La dynamique aboutit à un excès de demande par rapport à l’offre, stimulant une inflation salariale non justifiée par les gains de productivité, et un accroissement du déficit courant. Avec le déclenchement de la crise, les conditions financières se sont sérieusement dégradées (éclatement des bulles immobilières, montée des risques des bilans bancaires…) tandis que la confiance des ménages et des entrepreneurs s’est effondrée. Il en résulta un effondrement de la demande domestique, jusqu’alors pilier de la croissance économique.

Les ménages étant fortement endettés, la demande restera atone sans doute pour longtemps. Dans le même temps, des années d’appréciation réelle ont rendu les économies irlandaises, grecques, et espagnoles très peu compétitives à l’exportation, et elles ne peuvent donc pas compter sur ce canal pour relancer leur économie. Ne disposant pas de leur propre monnaie, aucune dévaluation n’est possible. De plus, la politique monétaire pourrait être resserrée plus rapidement que nécessaire pour les pays les plus en difficulté. La politique budgétaire reste le seul outil disponible. Mais l’effondrement de la consommation des ménages est telle qu’une substitution durable de la demande privée par de la demande publique est insoutenable (les déficits publics de l’Espagne et de l’Irlande sont supérieurs à 10% et une large partie des revenus fiscaux a probablement disparu de manière permanente). De plus, ces pays ont véritablement besoin d’une dépréciation réelle (limitation des salaires) et d’une hausse de la demande externe. Utiliser l’expansion fiscale ne ferait que retarder l’ajustement requis.

En l’état actuel des choses, et dans la mesure où une sortie de l’euro n’est politiquement et économiquement pas envisageable (quelques arguments développés ici par le gouverneur de la Banque de Grèce), l’Espagne, l’Irlande et la Grèce sont condamnées à mener une politique budgétaire plus restrictive que nécessaire, ce qui fait plonger l’économie dans une stagnation prolongée. Pour le Portugal, seul le timing est différent, l’économie était déjà enferrée dans une croissance molle accompagnée d’un fort taux de chômage, d’un endettement privé important, et d’un déficit courant structurellement élevé (dû à une croissance de la productivité insuffisante), mais le résultat est le même : une perspective de (très) lente sortie de récession.

Enfin, le cas italien doit être considéré séparément. Les symptômes sont les mêmes, à savoir une perte de compétitivité chronique, mais la cause est différente. En effet, l’Italie n’est pas une économie en rattrapage mais dispose simplement d’une structure productive trop orientée vers des secteurs aux gains de productivité plutôt faibles et concurrencés par la production asiatique. De la même manière que pour les pays périphériques, l’Italie est coincée dans une trappe à faible croissance, dont elle ne pourra sortir que par une politique déflationniste.

Leçons d’une union monétaire inachevée

Aujourd’hui, près d’une décennie après la mise en place de la monnaie unique, on peut à l’évidence conclure que l’UEM est loin d’être une ZMO. Une politique monétaire inadaptée (trop laxiste en Irlande, Espagne et Grèce) a alimenté une expansion trop rapide des économies périphériques, aboutissant à une divergence considérable de la compétitivité externe au sein de l’UEM. Dans l’état actuel des choses, les autorités locales ne disposent que du levier fiscal pour tenter de relancer une croissance durablement compromise par une demande domestique atone. Néanmoins, la dynamique des finances publiques est insoutenable et les gouvernements se verront dans un futur proche dans l’obligation de mener des politiques budgétaires restrictives et déflationnistes (faible croissance des salaires), avec le coût politique que cela représente.

Je ne cherche pas ici à démontrer que l’euro était une mauvaise idée. Simplement, dans l’état actuel des institutions de la zone euro, les instruments pour faire face aux chocs asymétriques n’existent pas. Les gouvernements doivent sérieusement songer dans un premier temps à mieux coordonner leurs politiques budgétaires, puis à mettre en place un mécanisme de transferts budgétaires, c’est-à-dire faire les premiers pas vers un fédéralisme fiscal. Ainsi, il n’est pas question de revenir en arrière, au contraire il est temps de se donner les moyens de faire fonctionner correctement l’euro !

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20 Commentaires sur “L’Euro, une union inachevée”

  1. Je trouve assez extraordinaires les 2 premières phrases d’introduction, en supposant que je les comprenne bien. « L’Euro est un succès monétaire certain » parce que « La zone euro bénéficie depuis 2001 d’une inflation stable à un faible niveau. » ? Si votre définition d’un succès monétaire est un faible taux d’inflation, alors nous avons là une tautologie qui ne nous apprend rien.
    Or selon moi, un succès monétaire ne se limite pas, à un faible taux d’inflation. Je croyais d’ailleurs naïvement que considérer l’inflation comme le cauchemar économique absolu était passé de mode et que toute personne raisonnable (ce qui exclut de fait Monsieur Trichet, entre autres) admettait qu’un peu d’inflation pouvait avoir des vertus, ou autrement dit, que pas d’inflation du tout n’était pas souhaitable ni à rechercher à tout prix. Un succès monétaire se vérifie au bon fonctionnement de l’économie que l’on peut juger par exemple, en regardant le taux de chômage. Je n’ai, il me semble, pas besoin de m’étendre …

    Le reste de votre texte est un constat sans concessions et juste pour ce que je peux en juger, de l’échec de la monnaie unique (qui, soit dit en passant, aurait pu ou du être une monnaie commune) notamment parce que, comme vous le dites fort justement, la zone Euro n’est pas une ZMO. Et vous concluez qu’il est temps de se donner les moyens de faire fonctionner correctement l’euro. Et comment s’il vous plait ? A quelle échéance ? Parce que pour que la zone euro actuelle devienne un jour une ZMO il faudra quoi, cent ans ?
    J’imagine que vous n’avez pas les solutions au problème puisque vous ne proposez rien. Comment pouvez vous alors être aussi péremptoire en affirmant qu’il n’est pas question de revenir en arrière ? J’avoue que votre logique m’échappe car une des solutions qui s’offre effectivement à nous et qui ne prendra pas cent ans c’est bien de refaire l’euro avec des pays constituant effectivement une ZMO et qui auront, avant tout, la volonté politique de faire quelque chose ensemble. Car, et c’est peut être LE péché initial de l’euro : on a voulu le créer en ne tenant compte que des aspects économiques alors que la monnaie ne peut être que l’expression de la volonté politique et pas le contraire (soit l’union politique après l’union monétaire): l’union monétaire se fait après l ‘union politique !

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  2. Bonjour,
    Votre analyse est intéressante mais je ne partage pas certaines de vos affirmations. Le but de l’Euro en 1992 était de briser le monopole du Dollar, on est loin de l’objectif fixé.

    Ensuite notre croissance est faible, la surévaluation de l’Euro la bride. Le PIB de la zone Euro a augmenté d’1,5% seulement sur les dix dernières années contre 2% pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

    Bien sûr il y a quelques succès, l’Euro reste la deuxième monnaie internationale de réserve et la première monnaie d’émission obligataire mais ne pensez-vous pas qu’il est grand temps de revoir les critères de convergence ? Il faut prendre davantage en compte les différences aspects structurels de chaque économie.

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  3. « Les transferts budgétaires constituent l’autre moyen de limiter l’asymétrie des chocs. L’idée est simple : l’existence d’un budget centralisé fonctionnant comme un mécanisme de redistribution permettrait de soutenir l’activité économique des pays les plus en difficulté. Là encore, ce mécanisme est plutôt puissant aux Etats-Unis. »

    Je ne sais pas si vous le savez mais l’UE a déjà tenté d’harmoniser ses politiques économiques, un grand plan avait d’ailleurs été lancé dans ce sens en mars 2000. Cette politique supranationale a échoué. Le « Policy mix« , l’articulation entre politique monétaire et politique budgétaire n’a pas donné les résultats escomptés.

    La BCE a une mission de stabilité des prix mais pas de croissance tandis que la politique budgétaure a été trop fortement encadrée par le pacte de stabilité.

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  4. A la lecture de votre article, un constat s’impose : il faut réformer les les statuts de la BCE.

    La FED est moins libre que son homologue européen, elle est contrainte d’établir des comptes-rendus devant le Congrès deux fois par an. Mais son objectif principal est de se préoccuper de la stabilité des prix, de la croissance et de l’emploi.

    Tandis que la BCE n’a toujours pas de politique d’accompagnement de la croissance.

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  5. Je suis partagé. D’un côté, ce papier est une éclatante démonstration des dysfonctionnements de l’euro, une version plus développée de l’article de Martin Wolff. Et là, je dis BRAVO !

    Mais de l’autre, j’ai tout de même trois critiques majeures :
    1- l’oubli de la surévaluation chronique de l’euro (M.Aglietta avait estimé le taux de change à PPA à 1,07 dollar / euro), facteur majeur de la stagnation économique du coeur de la zone euro depuis des années. Même une ZMO optimale pâtirait d’un taux de change aussi élevé.

    2- je partage complètement la remarque de RST sur le « succès » de l’euro. Pour un article aussi bien développé, l’affirmation du « succès » de l’euro manque d’arguments. La maîtrise de l’inflation ? Elle était maîtrisée 15 ans avant dans la plupart des pays, donc ce n’est pas l’euro qui a fait quoi que ce soit dans ce domaine. Au contraire, comme vous le démontrez bien, l’euro a poussé l’inflation dans les pays de la périphérie. Ensuite, et surtout, je rejoins RST sur le fait qu’évaluer le succès de l’euro au niveau de l’inflation est un peu cavalier. En 1992, on nous avait promis croissance et emploi. Le bilan est désastreux sur ces deux questions. La partie centrale de l’UE a eu la croissance la plus faible du monde avec le Japon dans les années 2000 et nous ne sommes jamais revenu au plein emploi. Bref, je ne vois vraiment pas ce qui peut vous faire dire que l’euro est un succès. Qui plus est, lors de cette crise, la zone euro est entrée en récession avant les Etats-Unis et a connu une récession plus forte que les Etats-Unis, ce qui est plus que paradoxal étant donnée l’origine de la crise. En fait, l’euro est un boulet accroché aux économies de la zone euro.

    3- la conclusion : ça ne marche pas, donc il faut aller vers plus de fédéralisme me fait doucement sourire. En 1992, quelques fédéralistes avaient eu le courage d’affirmer que l’euro était un moyen pour forcer l’Europe à se construire sur un modèle fédéral… De toutes les façons, on ne peut pas créer un Etat central fort en quelques années. Et même cette solution est totalement impensable : la mobilité du facteur travail restera trop limité et les pays ont divergé économiquement. La seule solution est de faire de l’euro une monnaie commune et de faire renaître les monnaies nationales pour permettre de mener des politiques adaptées aux réalités nationales.

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  6. Il n’y a rien de pire qu’une monnaie « politisée  » . Si Monsieur Trichet avait été selon vous une personne raisonnable il aurait conduit une politique monétaire telle que celle de la FED avant la crise, une politique monétaire en effet raisonnable puisqu’elle a permis la bulle immobilière et boursière tout en se mettant sous perfusion de produit chinois pour juguler l’inflation… A mon avis la perte de souveraineté monétaire n’est pas la plus mauvaise chose.

    La proposition de Seb d’harmoniser les politiques budgétaires est la seule possible. Comment peut-on arguer que l’Euro est un échec quand ce sont les États fondateurs de l’Europe qui n’ont pas joué le jeu du pacte de stabilité depuis le début ? de plus les autres pays de l’Euro devaient à terme y arriver aussi. C’est là que doit s’exprimer la souveraineté nationale, la marge de manœuvre existe mais elle exige de la discipline. La « rigueur » n’est rien d’autre que le coût différé d’années de laxisme budgétaire : sans l’euro (ou sans FMI) plus personne ne se rappelle la panade dans laquelle se trouverait la Grèce ou d’autres qui devrait se financer sur des marchés.

    Quant à la dévaluation compétitive c’est un mythe, en France nous sommes très bien placés pour le savoir avec des dévaluation successives sous Mitterrand qui n’ont jamais rien changé à la situation française. La seule vérité c’est que l’Europe ne peut pas être compétitive avec les pays à très bas salaires, quelque soit le niveau de l’Euro. Par contre l’Europe, la France, est capable de produire autres choses que des chaussettes de bas de gamme…

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  7. @ Nico
    Vous dites « Il n’y a rien de pire qu’une monnaie « politisée » »
    Avec tout le respect que je vous vous dois, revenez sur terre cher ami.
    De tout temps, en tout lieu, la monnaie a été une question politique. Je vous mets au défi de me donner un exemple où ce ne fut pas le cas.
    Faire croire que la monnaie devrait être dégagée de toutes les contingences humaines, devrait être « neutre »c ‘est tout simplement nier la réalité. Alors c’est sûr que c’est plus facile dans ces conditions de bâtir de belles théories mais elles ne servent strictement à rien si ce n’est à enfumer les naïfs. Un peu comme la concurrence libre et non faussée ou le marché parfait qui alloue les ressources de manière optimale sur le principe que les égoïsmes particuliers font l’intérêt général.
    Réveillez-vous,vous vivez en direct la démonstration que tout ça c’est bullshit !!!

    La monnaie est un objet éminemment politique et il faut faire avec même si ce n’est pas évident

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  8. @ RST

    i) J’aurais du faire plus attention aux termes employés. Je devrais dire succès en terme de stabilité d’inflation. Ce qui reste tout de même l’objectif premier de toutes banques centrales.

    ii) Le meilleur moyen de faire fonctionner l’euro passe dans un premier temps par une redéfinition du pacte de stabilité en le rendant plus contraignant pour les pays où les conditions monétaires réelles sont trop laxistes (évidemment c’est pas simple définir comment on les mesure et à quel niveau on les considère trop laxiste). Autrement dit les pays en question doivent être davantage restrictif en termes de politique budgétaire en période de boom. Et dans un second temps, l’UEM doit se doter d’un mécanisme de transfert budgétaire soit via une caisse ad hoc ou en utilisant des moyens existants comme la BEI. C’est une question de volonté politique, je ne sais pas si on y parviendra à court terme pas.

    iii) C’est pas si simple, si on dit à l’Espagne, à la Grèce et à l’Irlande de sortir de l’euro, leur risque de défaut va sérieusement s’accroître. Cela reviendrait à les pousser du haut d’une falaise.

    iv) L’union monétaire aurait du permettre davantage d’union politique. C’était le pari. Cela ne semble effectivement ne pas avoir fonctionné pour le moment.

    @ Giacomo

    i) Je ne sais pas si c’était l’objectif clairement avoué. Mais effectivement on en loin et c’est pas près de changer. J’en avais parlé ici.

    ii) Je vous renvoie à ce très bon article de Cédric Tille.

    iii) D’un coté, élargir le champ d’influence de l’euro permettrait de se rapprocher de l’objectif que vous avez décrit mais d’un autre coté j’ai bien peur que les nouveaux entrants ne subissent également des cycles boom-explosion à la irlandaise (à la limite ce fut déjà le cas pour les pays où les monnaies sont fixées à l’euro i.e. les pays baltes et la Bulgarie). Donc peut être faudrait-il réfléchir à nouveau sur les critères de convergence.

    @ P.Jeandel

    i) Je ne savais pas que cela avait existé mais je suppose la faible volonté politique de faire réellement fonctionner cet outil. Toujours est-il que c’est ce vers quoi les politiques doivent aboutir.

    ii) Au contraire, quelque part le pacte de stabilité était pas assez contraignant pour ces pays. Tandis qu’il l’était trop pour d’autres. Bref, il faudrait le redéfinir en ne se basant pas cette fois-ci sur une règle uniforme et rigide.

    @ P.Jeandel et Steph76

    Au sujet des objectifs de la BCE, c’est un autre débat. Un objectif de croissance ne changerait pas grands choses au fait que la politique monétaire sera toujours trop laxiste pour les uns et trop restrictives pour les autres. Cela durera tant que les économies auront des structures productives aussi différentes.

    @ Laurent Pinsolle.

    i) Le sujet du billet reste les déséquilibres internes. La force de l’euro n’en est pas responsable. Mais si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie également à l’article de Tille ci-dessus.

    ii) Cf réponse à RST.

    iii) Si on devait revenir en arrière et si je devais donner mon avis sur un processus éventuel d’union monétaire, je dirais aussi que sur des critères purement économiques, ce n’est pas une bonne chose. Mais je ne veux pas rentrer dans le débat s’il faut revenir ou non aux monnaies nationales parce que ça ne se produira pas. Beaucoup de pays (et ceux qui seraient aussi intéressés à sortir de l’euro) auraient plus à perdre qu’à gagner (je vous renvoie au lien vers la tribune du gouverneur de la Banque de Grèce dans l’article). La vraie question est de savoir comment on fait maintenant? Si on veut que l’euro fonctionne, la théorie économique (qui a bien sûr ses limites) nous dit qu’il faut d’avantage de fédéralisme budgétaire. Le débat est ensuite politique.

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  9. Vous brandissez tous des analystes et des experts pour défendre ou critiquer l’Euro mais vous oubliez l’Analyse essentielle à lire sur le sujet.

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  10. @ RST

    Il y a eu plusieurs expériences de « banque libre » (il existe une page wikipédia) par le passé. Pour des raisons évidentes (le seigneuriage ou la monétisation de la dette) les Etats ont toujours cherché à contrôler la monnaie émise sur leur territoire.

    Je crois avoir relevé mon défi haut la main ;)

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  11. @ NiCo

    C’est pas bien mali. Il va falloir que je retourne à mes chères études maintenant ;-)

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  12. « malin » pas « mali »

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  13. @ RST

    La situation de banque libre n’est pas non plus des plus souhaitable je vous rassure car comme vous le faites remarquer justement nous ne sommes pas en situation de concurrence pure et parfaite.

    Quand je disais monnaie « politisée » je parlais d’une monnaie au service des Etats et non d’une monnaie « politique » qui repose sur la confiance d’un Etat. Cette confiance fait office de sous-jacent ultime parce que sinon ce rôle est généralement dévolue à l’or, ce qui limite les perspectives de croissance je pense. Cependant il convient de garantir la relative stabilité de la monnaie, sinon Marjolaine va encore se plaindre que dans 10 ans les prix auront doublé, et pour cela une Banque centrale indépendante est à mon avis le plus souhaitable car si considérer l’inflation comme le mal absolu est passé de mode c’est parce que plus personne ne remet en cause le fait qu’il faut une inflation le plus proche possible de 2%.

    L’erreur fatale est de considérer que le monnaie est une manifestation souveraine de la nation alors qu’il ne faut pas perdre de vue que c’est avant tout et in fine un moyen déchange basé sur une convention sociale.

    Évidemment la perte du contrôle de la monnaie complexifie la tâche des États mais l’exemple japonnais montre aussi que baisser les taux directeurs à pratiquement 0 ne permet pas toujours de relancer la machine.

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  14. [...] était même écrite depuis un moment déjà. Il était également aisé de discerner les premiers pays ciblés par les marchés. Bref, les remous actuels sont tout sauf [...]

  15. [...] de spéculation mais surtout il marquerait le début de la coordination fiscale indispensable à la réussite d’une union économique. L’UEM émergerait ainsi plus fort de cette [...]

  16. [...] serait un mauvais instrument de prévention. J’abonde dans ce sens. Comme je l’avais expliqué récemment, le meilleur moyen de pallier à cet effet serait de créer les conditions nécessaires à [...]

  17. [...] j’avais écris un billet sur le développement des déséquilibres de balance de paiement au sein de la zone euro, je [...]

  18. [...] est-il que le déroulement des évènements a fait réemerger les insuffisances patentes de l’UEM. J’ai naïvement espéré que la crise actuelle soit le détonateur d’un processus qui [...]

  19. [...] sonne désormais comme une évidence, l’euro n’est pas une zone monétaire optimale et jamais les dirigeants européens n’ont pris la mesure de ses faiblesses endémiques. Les [...]

  20. [...] ailleurs, j’ai déjà abondement écrit sur les déséquilibres macroéconomiques au sein de la zone euro. Ceux-ci sont la source de la crise européenne actuelle. La politique [...]

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