Face aux banques, Obama contre-attaque

On ne peut guère en vouloir aux politiques US de prendre sous la pression de Main Street à bras le corps le sujet de la régulation bancaire. Néanmoins les mesures annoncées la semaine dernière par Barack Obama imposent une certaine prudence et doivent être analysées de manière dépassionnée…


D’un point de vue politique, il est intéressant de noter que le discours de jeudi dernier marquait une rupture dans le rapport d’influence des différents conseillers économiques d’Obama. Depuis le début de son mandat, l’axe Tim GeithnerLarry Summers constituait son principal socle de réflexion. Cependant, incarnant tout deux la politique de sauvetage des banques, leur influence s’est amenuisée à mesure que leurs cotes de popularité s’effondraient. Obama s’est alors davantage appuyé sur le tandem Paul VolckerAustan Goolsbe dont la vision beaucoup plus dure au sujet de Wall Street correspond davantage aux aspirations de Main Street. Le changement de ton du Président américain est très clairement le reflet de cette déformation du rapport de force.

Barack Obama s’est ainsi fendu d’un discours très agressif envers les banques jeudi dernier, jetant les bases d’une future réforme de la réglementation bancaire. Bien que le début de la réflexion date de plusieurs mois, le timing fut sans doute opportunément accéléré à mesure que la perte du Massachusetts par le parti démocrate se profilait. Le discours d’Obama s’est focalisé sur deux points : limiter la taille des banques ; et supprimer les activités les plus risquées (trading propriétaire, et activités liées aux hedge funds) au sein des banques où les dépôts sont garantis par l’Etat (une sorte de Glass-Steagall Act light). Je pense que ce sont des sujets plus populaires qu’essentiels (la taxe sur les banques est un sujet différent).

Bien sûr, le système bancaire se porterait bien mieux si les activités ciblées étaient davantage limitées, cependant trois remarques s’imposent. Supprimer le trading propriétaire (pour compte de la banque) n’aurait rien changé à la prise de risque qui a occasionné les pertes des banques. Ce ne sont pas ces lignes de métier qui sont à incriminer – les traders ne sont pas les architectes des produits titrisés. Ensuite quid des banques comme Morgan Stanley et Goldman Sachs dont les revenus dépendant de ces activités sont relativement élevés ? Leur incitation à sortir de l’espace supervisée du système bancaire serait forte. Et qui oserait affirmer que l’Etat n’interviendrait pas si Goldman Sachs devait faire faillite ? Enfin, comment distinguer ce qui relève du market-making, du trading de couverture, et du trading propriétaire ? La frontière est en effet souvent très ténue.

De même, limiter la taille des banques est un objectif honorable mais insuffisant. Le débat est d’abord technique. Quelle unité métrique ? La taille des actifs ? Les fonds propres ? Les profits ? Comme le montre Raghuram Rajan, les banques ont les moyens légaux de contourner le problème pour chaque référence métrique. Par ailleurs et plus fondamentalement, il n’est pas évident qu’être une entité large est synonyme de risque systémique, Bear Stern était relativement petit mais ses interconnections avec le reste de la sphère financière a rendu obligatoire l’intervention de l’Etat. Ce qui compte, c’est la concentration et la corrélation des risques. 20 petites banques exposées au même risque (le marché de l’immobilier par exemple…) sont plus dangereuses qu’une seule banque de taille agrégée équivalente mais à l’actif diversifié.

Si Barack Obama a raison de ne pas perdre de temps dans la réflexion sur la réforme de la réglementation bancaire, le risque est qu’une vision trop électoraliste du sujet finisse par se traduire par des mesures insuffisantes, bâclées, quelque peu hors sujet et au final paradoxalement pas assez contraignantes.

Le pearltrees de Georges Saunier récapitulant les différents plans de relance :

Crise et relance

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5 Commentaires sur “Face aux banques, Obama contre-attaque”

  1. Les propositions d’Obama sont clairement un changement de ton intéressant à suivre. Je distinguerai l’interdiction du trading propriétaire et l’investissement dans des hedge funds ou des fonds de private equity.
    Dans le premier cas, le trading propriétaire ne crée aucune valeur pour l’économie réelle et surtout peut créer des positions très risquées dans le bilan. Ce n’est certes pas le trading propriétaire qui est la cause de la crise. Par contre le fait que les banques aient des tonnes de titres risqués (CDOs & co) dans leur bilan a provoqué des pertes colossales et dans bien des cas c’est ce qui a nécessité l’intervention de l’Etat. A ce titre, (et en exagérant je le concède), une banque comme Goldman Sachs est devenu un gigantesque « hedge fund ». Elle a eu la chance cette fois de sortir du marché avant qu’il ne s’écroule mais quid si cela n’avait pas été le cas.
    Il n’en reste pas moins, qu’effectivement la mesure est très difficile à mettre en oeuvre. Ceci dit il existe un mécanisme relativement utilisé sur les marchés pour orienter l’action de ses acteurs: le prix. Il suffit de demander des fonds propres très élevés en contre partie sur ce type d’activité au sens large (tier 1 ratio).

    Dans le deuxième cas, je suis beaucoup plus réservé et j’attend les détails. Soit il s’agit d’interdire d’investir dans ce type de fonds soit il s’agit d’interdire de les gérer.
    Pour la gestion, en quoi une banque gérant un hedge fund ou un fond de private equity (dont les investisseurs sont principalement des institutionnelles) prend des risques démesurés? Si le fonds en question se plante, ce sont les investisseurs du fonds qui perdent, pas la banque (sauf pour la petite partie qu’elle aura investi). Ces deux types d’actifs sont des fonds au même titre que les fonds de placement traditionnels. Et à ce titre, il serait bizarre qu’une banque ne puisse pas offrir des produits en nom propre sur toute la gamme de fonds possible.
    S’il s’agit d’interdire d’investir dans des fonds de hedge funds: cf réponse sur le trading propriétaire. Pour les fonds de private equity, ils ont une réelle valeur ajoutée pour l’économie réelle et à ce titre ne devraient pas être interdit aux banques. A nouveau, il vaut mieux agir sur le « tier 1 ratio ».

    Pour terminer et de manière plus large, on a tendance a oublier dans toute cette histoire que la source première de cette crise est une crise de surendettement dans l’immobilier américain et que ce surendettement a deux causes principales: 1) la trop longue politique de taux bas de Greenspan après la bulle internet qui a injecter un surplus de liquidité et 2) Fannie Mae et Fannie Mac (organismes publics) ont initié le mouvement de prêt suite à une politique de l’administration Clinton.
    Espérons que les banques centrales ne répètent pas la même erreur dans les années qui viennent en gardant trop longtemps des taux bas…

    (désolé pour ce commentaire un peu long pour dire le moins)

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  2. Réguler réguler depuis le début de la crise on entend ce mot
    supprimer les bonus des trader inutile,limiter la taille des banques?inutile
    interdir les hedge fund ouaou quelle idée!
    Ce qu’il fallait faire c’était ne pas intervenir avec des fonds publics
    (ps: il serait bon de reformer le système politique aussi..)

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  3. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Mancioday, B3B. B3B a dit: Face aux banques, Obama contre-attaque (Reversus) http://bit.ly/cpUzd9 [...]

  4. @ wallen

    Je partage votre point de vue sur le trading propriétaire. Même si ce n’est clairement pas l’origine de la crise, cela reste une activité inutile et dangereuse qu’il faut au moins pénaliser en termes de fonds propres. Le problème réside dans la capacité à controler ce qui relève du traing pour compte propre du reste. La frontière étant parfois ténue, je me demande s’il ne serait pas possible pour les banques de booker certains deals pour compte propres avec les autres.

    En ce qui concerne les hedge funds. Le risque est effectivement qu’elle ne recupère pas ses fonds propres et les sommes en jeu ne sont généralement pas négligeables. De même que les prêts bancaires aux hedge funds. Par exemple pour Madoff, les sommes perdues par certaines banques se comptent en centaines de millions de d’euro.

    Pour terminer, la crise résulte de la conjonction trois phénomènes:
    1) Déséquilibres d’épargne mondiaux.
    2) Politique monétaire trop laxiste.
    3) Failles de la régulation financière.

    @ le fab

    Bien sûr qu’il faut inclure de nouvelles régulations. C’est dur d’affirmer le contraitre. Il est aussi certain que pour l’instant que les politiques se sont focalisés sur des sujets plutôt populaires.

    Par contre l’intervention publique était indispensable sinon on aurait subit une « Grande Dépression 2.0″ et non ce qu’il est convenu désormais d’appeler une « Grande Récession ».

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  5. Barack Obama a surtout ete un peu kamikaze sur ce coup-la (pas sur le fond mais sur la maniere de le communiquer: http://frketchup.blogspot.com/2010/02/obama-est-il-kamikaze.html

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