Au delà d’une tragédie grecque…

Avec la crise en Grèce, nous avons atteint un point critique dans la construction de la zone euro.  La question est de savoir si les gouvernants ont la volonté collective de faire fonctionner la zone euro en créant les bases d’une coordination fiscale ? In fine, soit l’eurozone en sortira plus fort, soit significativement plus faible…

Le risque d’une réaction en chaîne…

Laurent Pinsolle explique assez clairement les raisons pour lesquelles les marchés ont tort de céder à la panique.  S’ils ont raison d’être inquiets, l’amplitude des mouvements de marché observés la semaine dernière relèvent certainement d’esprits animaux. Cependant, comme le fait remarquer le blog rationalité limitée, aujourd’hui les raisons importent peu. Le danger est celui du signal envoyé par l’eurogroupe.

Le problème est que les marchés financiers sont hautement interconnectés. Si quelques acteurs de marché pensent que personne ne viendra aider la Grèce, poussant ainsi son gouvernement à ne pas prendre les mesures nécessaires pour rétablir les finances publiques, les croyances peuvent créer un phénomène de contagion et la prophétie annoncée risque au final de s’auto-réaliser…

L’Etat pourrait, en cas de panique des investisseurs, ne pas parvenir à lever les fonds nécessaires pour régler ses échéances obligataires. Cela constitue alors un défaut technique. L’onde de choc produite par un tel évènement aurait un écho considérable.

Briser toute tentative de spéculation

Même si la Grèce représente une faible part du PIB de l’eurozone, la panique peut s’étendre aux autres PIIGS, puis éventuellement à l’Autriche, à la Belgique et ainsi de suite. Les banques allemandes étant particulièrement exposées à l’Europe périphérique, les craintes sur la santé des systèmes bancaires pourraient ressurgir et l’économie européenne pourrait replonger dans une grave récession. Bref, même si ce scénario est catastrophique et relève d’un risque extrême, on aurait tort de sous-estimer l’impact potentiel de cette tragédie grecque. Après tout, Lehman ne pesait pas bien lourd non plus au sein du système bancaire américain et a fortiori mondial…

Les dirigeants européens s’en sont rendus compte et devrait communiquer dès demain un plan pour aider la Grèce. Si celui-ci est bien dessiné, alors il briserait dans l’œuf toute tentative de spéculation, mais surtout il marquerait le début de la coordination fiscale indispensable à la réussite d’une union économique. L’UEM émergerait ainsi plus forte de cette crise…

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7 Commentaires sur “Au delà d’une tragédie grecque…”

  1. Derrière la crise grecque et la spéculation contre l’Euro, le problème des hedge funds perdure…

    Je suis assez sidéré de voir que les effets pervers de la finance continuent de plus belle : elle avait déjà coûté très cher en début 2008 quand ces fonds ont spéculé à la hausse sur les prix des matières premières, puis du pétrole… Maintenant, ils spéculent carrément sur la situation économique d’un pays, quitte à le plonger dans les abysses, entrainant avec lui tous ses créanciers.

    Ces hedge funds détruisent toute notion d’économie et sont les fossoyeurs d’un système, mais s’en sortent toujours, en totale impunité. Ils font légalement ce que des Madoff pratiquaient en sous-main. Ce dernier a plongé pour l’exemple, mais le système s’est-il assaini? Pas du tout! Il faut éradiquer ces fonds spéculatifs, qui sont aussi utiles à l’économie qu’un poil de cul sur le rebord d’une cuvette.

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  2. Selon Alex Delaigue, le prix à payer d’une UEM renforcée par la crise, c’est une mégarécession, 1993 en longueur.

    De plus quand on suit l’intervention de N.Sarkozy et d’A.Merkel cette après-midi, on a pas l’impression que les leçons de la crise de l’année dernière soient assimilées…

    Nicolas Sarkozy a quand même osé voter le plan de relance fantoche de l’année dernière en affirmant que « l’Europe gérerait la crise en Grèce comme on a géré il y a un an celle des banques »

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  3. @ D.Videira

    Que les acteurs de marché spéculent sur la situation économique d’un pays c’est pas nouveau. Avant ça se produisait par le biais d’attaque de change.

    Les hedge funds ont aussi leur utilité. Ils corrigent les anomalies de marché et créent davantage de profondeur. Si un producteur veut couvrir sa production agricole en vendant à terme, il faut que quelqu’un prenne la position inverse et donc spécule. Bref les acteurs qui prennent des risques sont indispensables mais parfois ça va certainement trop loin je suis d’accord. Il n’est pas rare que deux opérateurs de marché n’ayant aucun rapport avec l’actif sous-jacent (un baril de pétrole par exemple) fassent des deals ensemble. Une première mesure serait donc de limiter ce type de deals. En clair, qu’il y’est toujours un acteur qui dispose d’un intérêt assurable. Je ne sais pas si c’est techniquement envisageable sachant que beaucoup de marchés sont dit OTC et sont très opaques. Il faudrait donc déjà s’assurer que les marchés soient suffisamment transparents.

    @ David Doucet

    Bien sûr, on ne peut pas dire que la crise dans son ensemble ait été en quoique ce soit salutaire. L’UEM en sortira peut être renforcé en termes d’institutions mais très affaibli sur le plan économique. Ex ante, le jeu n’en aurait certainement pas valut la chandelle.

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  4. L’UME est une Union inachevée et le restera tant que les structures de cette UME restera comme elle l’est actuellement. C’st un « Paralytique » dans un charriot d’invalide et poussé sans concertation par les 16 membre de l’Eurogroupe qui n’ont aucun pouvoir entre eux pour donner une direction et un sens à cette poussée uniquement motrice.

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  5. [...] mais pour le moment cela semble suffisant pour calmer – au moins temporairement – l’ardeur des marchés financiers : c’est [...]

  6. [...] peut cependant pas se permettre de laisser tomber la Grèce dans une période aussi difficile. Les risques de contagion seraient considérables. Aussi, la Grèce aurait pu faire appel au FMI, ce qui aurait très [...]

  7. [...] écrit au plus fort de la crise que cette dernière constituait un test dont la zone euro sortirait soit [...]

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