Modem, le chant d’un déclin
A quelques jours du premier tour des régionales, rien ne va plus au Modem. Mauvais sondages, vague de désertions, leadership de F.Bayrou contesté : le parti centriste est plus que jamais au bord de l’implosion. Un nouvel échec lors de ces régionales achèverait-il ce parti devenu moribond ?
L’échec d’une stratégie
Il semble loin, le temps où F.Bayrou était le troisième homme, auréolé qu’il était par ses 18,6% de voix aux présidentielles. Le Béarnais se voyait déjà faire voler en éclat la bipolarisation (PS/UMP) de la Vème République: « plus rien ne sera plus comme avant », clamait-il. Hélas, comme tant d’autres avant lui, il n’a pas su tenir cette position centriste. De Jean Lecanuet à Raymond Barre en passant par Jean-Jacques Servan-Schreiber, ils ont tous fini par échouer ou par renoncer à cet idéal centriste.
Mais F.Bayrou ne s’est pas contenté de rentrer en opposition, il a clairement mis la barre à gauche. Tant et si bien que beaucoup d’anciens militants UDF l’ont vécu comme une trahison et n’ont pas accepté cette évolution programmatique. La stratégie du leader du Modem semble désormais assez simple. Pour lui, et il l’a affirmé de nouveau sur Europe 1 cette semaine, « il n’y a pas de place pour un autre candidat dans le camp du Président » (c’est à dire à droite) et pour se démarquer, il faut selon lui « des actes de rupture ». F.Bayrou a misé sur l’implosion du PS, et le congrès de Reims a bien failli lui donner raison. Mais le big bang tant attendu n’a pas eu lieu et ses alliés potentiels (S.Royal ou V.Peillon) se retrouvent aujourd’hui marginalisés au sein même de leur courant.
Le professeur Serge Sur, qui a travaillé sur la question du centrisme, est formel : « dans le passé, lorsque les centristes ont choisi, ou subi, l’affrontement direct avec le gaullisme, ils en ont supporté les conséquences négatives, comme en 1962, et, dans une certaine mesure, en 1981. En revanche, lorsqu’ils réussissent un mouvement plus subtil d’entrisme dans la majorité à dominante gaulliste, ils accroissent leur poids relatif en son sein, et peuvent espérer la contrôler. » Et force est de constater que F.Bayrou a payé lors des élections européennes le lourd tribut d’une opposition systématique à N.Sarkozy. Il n’est jamais parvenu à s’extirper de ce rôle d’adversaire numéro un de la politique gouvernementale. Il a échoué dans son ambition de transformer son parti en barycentre de la vie politique française…
Un parti au bord de l’implosion
Après la cinglante défaite lors des élections européennes (8,4%), j’avais écrit que « le salut du Modem tenait dans sa capacité d’émancipation vis-à-vis de son leader ». Malgré les promesses de F.Bayrou, le Modem est plus que jamais un jouet entre ses mains. En interne, on critique sa « présidentialité aiguë », ses crises d’autoritarisme à répétition, ses décisions d’imposer des candidats contre la volonté des militants, comme dans le Languedoc-Rousillon ou en Picardie. Tout ceci aura fini de convaincre un bon nombre d’élus de poursuivre leurs carrières sous d’autres auspices…
Le parti centriste a ainsi perdu des figures historiques telles que Didier Bariani (un des fondateurs de l’UDF) ou bien encore Nicolas About, patron des sénateurs centristes qui ont fini par rejoindre l’équipe de Valérie Pécresse, qui regrettent « une stratégie antisarkozyste incompréhensible ». Désormais, il ne se passe plus une semaine sans que de nouveaux élus locaux tentent de s’échapper d’un navire en train de couler. D.Paillé a ainsi eu ce commentaire acide : « Avant, le Modem perdait ses troupes au lendemain des élections, au cours desquelles les échecs étaient retentissants, désormais il les perd avant même les échéances… ». Pendant que F.Louvrier, conseiller en communication de N.Sarkozy, en rajoutait une couche : « On a pas besoin de s’occuper de Bayrou pour qu’il disparaisse de l’échiquier politique, il le fait très bien tout seul. »
Coté militants, le malaise est sans doute encore plus profond. Beaucoup d’entre eux n’ont pas digéré la remise en question des candidats élus par les instances locales et la stratégie de casting déployée par F.Bayrou. Cette campagne aura également été marquée par la vidéo spectaculaire d’un militant se filmant en train de couper sa carte, ou bien encore par les dénonciations quotidiennes de certains blogueurs orange au bord de la crise de nerfs…
Même au sein du dernier carré de fidèles de F.Bayrou, le mur se lézarde. Il faut reconnaître que les récents sondages ne sont guère rassurants : on prédit un score entre 4 et 6% à la formation centriste. Du coup, même Corinne Lepage, pourtant vice-président du Modem, n’hésite plus à jouer la carte de son propre parti (Cap 21). Elle a même été jusqu’à soutenir à Strasbourg une liste Europe-Ecologie en tenant un meeting commun avec Dany Cohn-Bendit, tout ceci malgré la présence d’une liste MoDem conduite par Yann Wehrling. Dans le même temps, Azouz Begag ne cesse de crier son amour à Dominique de Villepin…
Bataille au centre-droit
Malgré les critiques et les présages défavorables, F.Bayrou continue de croire en son destin et ose même comparer sa traversée du désert à celle du général De Gaulle. En vérité, le résultat des régionales pourrait bien condamner ses rêves de présidentielles. Si le Modem échoue à franchir la barre des 5%, il se mettrait en danger sur le plan financier (pas de remboursement des frais de campagne) et pourrait bien y perdre sa dernière cohorte d’élus.
De toute manière, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Dominique de Villepin convoitent le même électorat au centre-droit – soit un fauteuil pour trois puisque des candidatures simultanées annihileraient tout espoir de second tour pour chacun d’entre eux.
Les élections régionales pourraient ainsi décider plus tôt qu’on ne le pense du nom du héraut d’armes en capacité de défier N.Sarkozy, au sein de son propre camp. Si, envers et contre tous, F.Bayrou continuait à vouloir se présenter en dépit d’une nouvelle contre-performance, il pourrait tout simplement finir par ne plus en avoir les capacités. De la même manière, Nicolas Dupont-Aignan pourrait être tenté de laisser passer sa chance en 2012 afin de mieux la saisir cinq ans plus tard. Sans cette conjonction de facteurs, il serait très difficile pour Dominique de Villepin d’imaginer gagner en 2012…
Carte pearltrees : vers la fin du Modem ?

09 mar 2010 







Info auteur
déclin, déclin, c’est vite dit. On verra bien au soir du premier tour, de toutes façons.
Vous oubliez certainement les Français qui le soutiennent. Vous soulevez des détails superficiels. Dans ce cas, informez vos lecteurs sur les personnes qui rejoignent le Modem et il y en a bcp!! Merci à François Bayrou pour ce qu’il fait pour son pays, pour notre belle France et merci à l’hérétique du combat qu’il mène à ses côtés et au côté de ceux qui ne lacheront pas. Thibault
Article extrêmement conformiste dans son analyse, digne d’un éditorial d’Europe1 ou de l’Express:
– Bayrou n’a jamais penché à gauche, il veut faire attirer l’électorat de gauche, c’est très différent. Sinon, autant dire que Sarkozy est frontiste.
– Bayrou ne s’oppose pas au parti gaulliste. Le seul parti gaulliste qui soit c’est Debout La République. Impossible donc de comparer avec le passé. Le conflit n’a rien à voir sur le fond.
– Pour aller soutenir l’UMP et Pécresse après avoir construit le MoDem, il faut avoir un problème, il n’avaient rien compris.
– Bayrou ne gagnera pas les prési, c’est certain mais dire qu’il est handicapé pr ces élections par un score à des élections dont tout le monde se fout, c’est vraiment pour noircir du papier.
Plus globalement, Bayrou a fait un erreur à la fondation du MoDem: il n’a pas annoncé clairement la couleur et a ouvert la porte à des milliers de militants cinglés qui pensaient trouver dans le MoDem un parti égalitariste ou chacun serait légitime pour prendre la parole et dire ce qu’il veut.
Et il ne sait pas s’entourer.
Je constate le déclin aussi mais je n’analyse pas les causes de la même façon.. Je vais essayer de développer dans un post.. pas un twit
En revanche, je suis d’accord sur la conclusion concernant la place libre au centre droit pour le moment.
NDD ne peut pas car il sera toujours embarqué par sa fougue gaulliste.
C’est un boulevard pour DdV à mon avis s’il domine aussi ses emportées de colonel ou de maréchal d’empire.
En politique une carrière ne s’achève vraiment que les pieds devants ; lorsque quelqu’un m’assure que un tel est fini, j’ai toujours en mémoire l’exemple de Richard Nixon, candidat au poste de gouverneur de Californie en 1962, battu par son concurrent démocrate, deux ans à peine après une autre défaite dans la course à la Maison Blanche cette foi-ci face à John Ftizgerald Kennedy. Au lendemain de ce jour de novembre 62, l’ancien Vice-président de Dwight ‘Ike’ Eisenhower déclara à une presse médusée qu’il abandonnait la politique définitivement : 6 ans plus tard, Richard ‘Tricky Dick’ Nixon devenait effectivement le 36e successeur de Georges Washington…
Le mouvement de François Bayrou est assurément dans l’impasse et sa stratégie dépend largement de la candidature en 2012 de… Dominique de Villepin. Le député du Béarn est un fin connaisseur de la politique ; il sait pertinemment qu’une candidature de l’ancien Premier Ministre ruinerait ses chances d’entrer à l’Elysée. Sa fenêtre de tir est étroite ; les 18% atteints au premier tour en 2007 restent son unique titre de gloire. Ni les législatives qui ont suivi, ni les européennes de l’année dernières ne sont venues confirmer l’excellent score de la présidentielle et tout donne à penser que les scores de dimanche prochain seront de la même farine.
Il ne peut donc pas se permettre de gâcher cette image en « grenouillant » à 6 ou 8% lors de la prochaine échéance présidentielle. Une stratégie du Modem serait donc de soutenir clairement et rapidement la candidature Villepin, dès qu’elle sera acquise, et de préparer dans le même temps les législatives de juin 2012. S’il négocie finement l’affaire, le Modem peut revenir à l’Assemblée Nationale avec une bonne centaine de parlementaires centristes élus sous l’étiquette « Majorité Présidentielle » ; François Bayrou pourrait alors prétendre à la direction du futur gouvernement. Je pense que c’est cette option qui offre le plus de perspectives au mouvement centriste et à son chef de file.
Plutôt d’accord avec jb.
Je dirais en plus que le MoDem n’est pas en phase de déclin mais en cours d’assainissement.
@MaxF
Heu ouais, je n’irais pas jusque là. Les fous ont fait fuir beaucoup de monde quand même puisqu’ils sont, c’est une de leurs caractéristiques, plus tenaces et plus acharnés que les autres.
J’ai moi même quitté le modem il y’a un an et demi, écœuré de voir à quel point le parti était inefficace à cause de gens qui se répandaient sur des listes mails pour dénoncer telle ou telle « conspiration » pour les élections de fédération….
Je rigole bien à la lecture des commentaires d’adeptes du Modem : arrêtez de croire aux complots des sodnages et intéressez-vous plutôt au pourquoi de la dégringolade depuis les législatives de 2007.
Sinon, David, je te trouve un peu optimiste sur les capacités de NDA et son Debout la République. Je ne pense pas qu’il fasse réellement concurrence à qui que soit tant il est seul. Par contre, c’est vrai que si Villepin se présente Bayrou est cramé.
Ce dernier va d’ailleurs avoir du soucis à récupérer les 500 parrainages tant il a perdu d’élus : ni droite ni gauche ne lui feront de cadeaux de ce côté-là.
La fin du Modem. Tu dis ça pour nous faire plaisir ?
Toutes ces histoires, la décomposition finale du Modem, la secte décrite par le chevalier orange, ça me rajeunit de deux ans quand j’écrivais ça : http://laureleforestier.typepad.fr/blog_de_laure_leforestier/2008/04/dialogue-de-sou.html
Ginisty s’est barré mais je constate que l’Hérétique veille toujours… Il n’y a plus que lui ou presque
@L’Hérétique @Thvil
« Vite dit » « Détails superficiels » ?
De 2007 à 2010, on passe de 18% à 4 ou 6 % ? Plus de 50% d’élus locaux ou de militants qui se sont fait la malle… Je ne sais pas ce qu’il vous faut.
@JB
1) Bayrou n’a jamais penché à gauche ? Je vous renvoie à l’Hérétique lui même qui est également arrivé à ce constat :
Je le cite : « Le projet du MoDem annonce en introduction haut et fort sa méthode : le réformisme. Je suis désolé, mais le réformisme, c’est une référence de gauche politiquement. Or, finalement, le projet du MoDem, c’est finalement un honnête projet social-démocrate plus ou moins édulcoré pour lui donner une tonalité centriste. »
Ensuite dans la stratégie électorale même, c’est devenu une évidence. En 2008 lors des municipales, il avait laissé le choix des alliances au second tour. Aujourd’hui, il déclare qu’il n’y aura pas d’alliances avec l’UMP et qu’il « peut agir avec une gauche raisonnable »
2) Je ne compare pas le Modem au parti Gaulliste, j’évoquais simplement la stratégie des partis centristes lorsqu’ils étaient dans l’opposition.
3) Bien sûr que ces élections peuvent le condamner. Vous savez ce que ça représente le non remboursement des frais de campagne ? Et ce que cela peut engendrer au sein du parti (nouvelle vague de désertions…)
@Lee73
Lorsque Cohn-Bendit ou d’autres affirment que Bayrou a vu la vierge, ils ne sont pas si éloignés que cela de la réalité. A l’instar d’un Villepin ou d’une Royal, Bayrou croit à sa destinée, il a un rapport quasi mystique avec la France. Il n’abandonnera que s’il n’a plus d’autres choix…
Se ranger derrière Dominique de Villepin, il ne l’imagine même pas une seconde. Question d’orgueil…
@ Adrien
Non, je ne me fais pas trop d’illusions sur NDA mais disons qu’il y a un débat au sein de DLR en ce moment pour savoir s’il doit être candidat en 2012. Leur décision se fera en fonction des résultats des régionales. S’il devait dépasser les 5%, il tenterait crânement sa chance. Là, il est crédité de 2,5/3% , pas assez pour se lancer…
Ces 2 ou 3% de voix sont extrêmement important en vue de 2012 tant le match risque d’être serré pour l’accès au second tour…
@ Nicolas
Me faire plaisir surtout
En cas de candidature de Bayrou, DDV n’a strictement aucunes chances.
@ Laure Le Forestier
Ça fait froid dans le dos ce billet. Mais je ne pense pas que ce soit spécifique au Modem. Dans tout parti, on rencontre des gens qui avec un ersatz de pouvoir jouent les petits caporals. Incompréhension, désillusion, dégoût ou les revers de la vie militante…
J’avais hésité à poster un commentaire sur Nicolas Dupont-Aignan, ne s’agissant que d’un sujet périphérique. Mais bon, comme vous en parlez vous même dans les commentaires, j’y vais!
Premièrement, il est à mon avis faux de dire que Bayrou, Villepin et Nicolas Dupont-Aignan convoite le même électorat de centre-droit. Heureusement pour ces trois hommes là qu’ils ont d’autres horizons, sinon ils risquent de ne jamais aller vraiment très loin!
Mon sentiment, c’est que Nicolas Dupont-Aignan s’adresse à qui voudra bien l’entendre. Pour les régionales, il envoie surtout des messages à l’égard des banlieusards, c’est tout ce que l’on peut dire actuellement. Dominique de Villepin, lui, cherche tout simplement à faire parler de lui et voudrait se poser en alternative à droite à Nicolas Sarkozy. Quant à François Bayrou, personne ne le sait tant le Modem est en plein desarroi…
Pour répondre à Adrien, DLR fait forcément concurrence aux autres partis, puisqu’il est en lice pour les régionales en IDF, lorraine et Normandie. Certes, nous sommes bien seul, mais cela gronde à l’ump, comme en témoigne cet article http://www.lesindiscrets.com/article-8786-ile-de-france-une-partie-de-l-ump-votera-dupont-aignan.html. Il paraît que Christian Poncelet aurait officieusement apporté son soutien à la liste en Lorraine.
Le dernier sondage nous donne à 2,5%, c’est vrai. J’ai quand même l’impression qu’il y a un léger tour de passe passe derrière, puisqu’il y a à peine un mois, DLR était donnée à 5% en Ile de France. Pourtant, ces dernières semaines, la campagne de DLR a remporté des points, (péage urbain, alignement de plusieurs listes sur nos propositions, passage de NDA sur des radios, la tnt…). Mais il est vrai que nous sommes encore peu présent dans les grands médias. Je crois vraiment que l’on cherche à nous refaire le coup des européennes, où un sondage de dernière minute donnait DLR au score ridicule de 0,5%… Alors même que des sondages précédents donnaient des scores plus encourageants. Rabaché par tous les médias, ce sondage nous a sûrement fait perdre beaucoup d’électeurs (c’est du vécu du militant qui a un peu tracté à ce moment là). Et au final, nous avons obtenu un score de 2%, certes décevant mais tout de même 4 fois celui prognostiqué… Espérons juste que DLR continuera de faire 4x le score prédit… Et DLR obtiendra 10%!!!
@Laure : non, il n’y a pas que l’hérétique.
@Tous : Et puis, les remarques, je veux bien les prendre des gens désintéressés, pas des autres, ça brouille le message.
@ Typhan
Nicolas Dupont-Aignan souhaite dépasser l’étiquette souverainiste et devenir le dernier héraut du gaullisme social. Il a d’ailleurs une certaine légitimité à cela puisqu’il a été le disciple de P.Séguin.
Il y a au sein de DLR, deux courants : l’un que l’on qualifiera de séguiniste et l’autre de souverainiste. Je pense que le premier a plus d’avenir que le second en vue d’un vaste rassemblement.
Sinon d’accord sur le regard que porte les Médias sur DLR, il y a un vrai déficit démocratique de ce point de vue là.
@ Luciolebrune
J’ai essayé d’être impartial dans mon analyse. Je suis l’un des premiers déçus du Modem. J’ai voté (par défaut) Bayrou en 2007, j’ai failli récidiver lors des européennes. Maintenant, il est grand temps de passer à autre chose..
Le seul intérêt de Bayrou c’est Bayrou.
@ David,
Je trouve que tu enterres un peu vite F.Bayrou, quelles que soient ses limites, et dieu qu’elles sont grandes. Je n’ai pas particulièrement de sympathie pour lui mais pour aller au-delà de l’exemple de Richard Nixon, on peut également se souvenir de François Mitterrand et Jacques Chirac (qui ont gagné à leur 3ème candidature…). Avant 1981, FM était un serial loser (Observatoire, 1965 – avec les honneurs certes, 1974 et surtout 1978, qui devait le couler). Il n’était pas à l’aise dans les médias. Bref, beaucoup l’ont enterré, avec le résultat que l’on sait.
Dans le cas de Jacques Chirac, pour le coup, je l’ai vécu de l’intérieur. Et jusqu’en février1995, c’est également un loser (1981, 1988, Balladur…) peu à l’aise à la télévision, dont on n’arrive pas à suivre la ligne politique. Bref, à la veille de l’élection présidentielle, il ne semble pas avoir la moindre chance de l’emporter. Il faut se souvenir qu’avant cette campagne, il n’était pas du tout sympathique. On parlait avant de facho Chirac et de choses comme cela.
Bref, même si l’histoire ne repasse pas forcément les plats, n’enterrons pas le béarnais tant que le premier tour de l’élection de 2012 n’aura pas eu lieu. En outre, n’oublions pas qu’il est assez peu probable (voir inimaginable) que Bayrou s’efface devant DDV. Je suis persuadé qu’il ira jusqu’au bout quelques soient les sondages. Le gascon est tétu et je suis bien placé pour le savoir. De toutes les façons, il n’aura pas de problèmes pour les signatures, surtout si DDV veut y aller car l’Elysée l’aidera alors pour diviser ses adversaires.
Mais du coup, DDV ira-t-il si Bayrou persiste à vouloir se présenter une 3ème fois ? Déjà que je ne suis pas sûr qu’il y aille, avec Bayrou en face, cela n’est pas évident. Et c’est bien pour cela que FB a toutes les chances de persister. Sa seule chance est que DDV n’y aille pas et DDV hésitera sans doute à y aller si Bayrou y va. Ce dernier a donc un intérêt majeur à aller jusqu’au bout. C’est sa seule chance. En outre, si c’est Aubry la candidate du PS, il aurait sans doute ses chances.
NDA n’est pas sur le même créneau que DDV et Bayrou (qui sont proches pour le coup) car il a des propositions économiques beaucoup plus travaillées et réformatrices qu’eux. En outre, il a une vision différente du rôle des Etats-nations et de la supranationalité. A mon sens, ses idées lui donnent une légitimité qui dépasse les questions de personne.
@ Laurent
Oui ne l’enterrons pas mais il a quand même perdu quasiment tous ses élus locaux et une bonne partie de ses militants. Pire, il n’a plus du tout le même capital sympathie auprès du peuple qui le juge désormais démago…
Pour NDA, quand tu dis « des propositions économiques beaucoup plus travaillées et réformatrices qu’eux ». Oui sortir de l’UEM et rétablir le protectionnisme, ce qui ne le rend pas crédible à gouverner pour 90% de la population.
J’ai suivi un peu sa campagne, il a joué la carte du gaulliste social à fond (campagne en banlieues, thèmes des transports bien exploité etc etc). Donc pour moi, il convoite malgré tout le même créneau même si ces idées sont plus radicales que F.Bayrou ou DDV.
@ David
NDA a des propositions économiques alternatives clairement plus détaillées que tous les autres candidats modérés, que ce soit sur la monnaie (proposition de monnaie commune), le commerce (protectionnisme raisonné) ou la finance. Alors que la plupart en restent aux déclarations de principes (ce qui peut s’expliquer par la distance que nous avons avec la présidentielle, mais me semble surprenant 18 mois après le déclenchement du gros de la bourrasque), il est le seul à avoir un plan cohérent alternatif.
Sur la crédibilité, je ne suis pas du tout d’accord. Un sondage a montré que 69% des Français regrettent le franc (chiffre au hausse) donc le passage à la monnaie commune pourrait être populaire, de même qu’un protectionnisme raisonné, étant donné le nombre grandissant de délocalisations. Et de toutes les façons, ce n’est pas la popularité des mesures qui nous importent mais ce que nous croyons.
« Jouer la carte du gaullisme social »… Certains veulent peut être jouer une carte tactiquement. Dans le cas de NDA, je crois que l’emploi de ce terme est abusif. En 1999, il a fondé DLR pour rassembler les personnes les plus gaullistes du RPR. Le gaullisme est le socle de ses convictions et il l’a toujours montré. Il ne joue pas une carte ni ne convoite un créneau. Depuis qu’il a commmencé à militer, il défend des idées, les mêmes idées, à savoir le gaullisme, tout court.
@Laurent
Elles sont forcément plus détaillées puisqu’elles promettent un changement radical du système économique que nous connaissons à l’heure actuelle.
Pour les propositions, les français regrettent assez facilement le Franc dans des enquêtes d’opinion mais s’ils devaient faire un choix définitif lors d’un réferendum, je pense qu’il en serait autrement.
Pour ma phrase « jouer la carte du gaullisme social » , je reconnais qu’elle était mal formulée. Comme je l’avais dit dans d’autres billets, Nicolas Dupont-Aignan est sans conteste l’homme politique le plus proches des idées défendues par Philippe Séguin, il a donc une légitimité à défendre les idées du « gaullisme social ». Maintenant, tu ne peux pas réfuter que DNA s’est recentré lors de cette campagne. Il était beaucoup plus à droite dans les thèmes qu’il défendait par le passé.
Pour le gaullisme, ce qui nous différencie, c’est que pour moi, cette idéologie est à l’image de la France, elle évolue, s’adapte. On peut plus défendre notre souveraineté comme il y a 50 ans, ça n’a pas de sens dans le monde multipolaire que nous connaissons. Enfin c’est un débat que l’on a déjà eu ensemble
David,
Un peu court… Désolé d’être encore un peu sec mais l’argument de la modernité contre le passéisme est un peu trop facile car en réalité il permet surtout d’esquiver tout débat.
Voilà deux papiers qui traitent de la question :
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009/11/02/la-globalisation-neoliberale-contre-l-interet-general.html
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009/11/03/re-internationalisation-contre-globalisation.html
Ma thèse, qui n’est qu’une synthèse des idées de plusieurs intellectuels (de Gaulle, Sapir, Stiglitz…) est qu’aujourd’hui la globalisation se fait contre l’intérêt général et ne sert qu’une petite minorité, au niveau des pays occidentaux. Pire, cette globalisation a tendance à restreindre les choix démocratiques des peuples en créant des systèmes (les banques centrales indépendantes) qui figent les politiques dans un sens unique contre lequel les citoyens n’ont plus de prise. Pour moi, c’est le bilan des dernières décennies où, dans les pays occidentaux, il n’y a que 1 à 10% de la population qui a profité de la croissance (ainsi que les actionnaires des multinationales).
Je ne crois pas cependant à un complot mondialiste d’élites désireuses d’exploiter les masses. Je crois en revanche que la sphère supranational n’est pas apte à prendre des décisions qui conviennent à l’intérêt général. Par sa déconnexion avec la réalité, cette sphère finit par confondre ses intérêts et ceux des gens dont elle est proche pour l’intérêt général et mène des politiques qui ne servent qu’une petite minorité (BCE, FMI, Commission Européenne). Qui plus est, il y a un côté profondément anti-démocratique à confier à de telles instances de tels pouvoirs.
Pour moi, et c’est quelque chose que je considère très gaulliste, je crois que le pouvoir politique doit être très fortement responsable devant le peuple. La globalisation brise ce lien et permet des politiques déconnectées de la réalité. C’est pourquoi je crois que le niveau national est le bon niveau de décision. La globalisation n’est pas neutre politiquement. Aujourd’hui, elle ne sert les intérêts que de quelques uns et elle verrouille les politiques dans une direction. C’est pour cela que je crois qu’il faut revenir sur la globalisation, ce que j’entends par le terme « ré-internationalisation ». Ce terme est important car il indique bien que ma réponse à la globalisation n’est pas un repli sur soi, aussi patriotique soit-il, mais une nouvelle ère de coopération entre des Etats qui n’abandonnent plus leur pouvoir à des instances supranationales.
Amitiés.
Laurent
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