Le retour du volontarisme industriel

Nicolas Sarkozy s’est montré particulièrement volontariste lors de son discours de clôture des Etats Généraux de l’industrie. Néanmoins, son obsession pour la politique industrielle ne doit pas occulter les véritables enjeux du développement du tissu productif français.

Un enjeu plus large que celui de l’industrie

Alexandre Delaigue d’éconoclaste s’amuse du fétichisme industriel de Nicolas Sarkozy et rappelle que « L’enrichissement d’une société passe par le déplacement de la main d’oeuvre de secteurs à d’autres, sous l’effet des gains de productivité. Il est normal que l’industrie, dans laquelle la productivité augmente plus vite que la demande, subisse des baisses d’effectif, et que la part dans le PIB d’autres activités augmente au fur et à mesure que les gens s’enrichissent ou changent de priorités de consommation ». Autrement dit, la croissance potentielle d’une économie ne résulte pas de l’augmentation en taille de son secteur industriel mais plutôt de l’aptitude croissante de l’ensemble du tissu productif à innover et à générer des gains de productivité. En ce sens, Nicolas Sarkozy dispose d’une vision trop restrictive du sujet.

Le renouvellement du tissu productif (industrie comprise), « schumpétérien », est indispensable à la croissance. De ce point de vue, et c’est désormais un fait bien établi, la France souffre cruellement du manque de grandes PME innovantes qui seraient les champions nationaux de demain. Cette problématique fait l’objet d’études depuis de nombreuses années déjà, et celles-ci désignent généralement l’insuffisance de financement comme l’une des principales raisons. Le système financier français ne sait pas ou ne peut pas assurer le passage du statut de petite entreprise à celui de grande PME. Ce constat est aujourd’hui largement partagé par les économistes, les entrepreneurs et les pouvoirs publics. Pour l’instant, aucun plan d’envergure n’a été mené.

Le difficile financement des PME

Résoudre ce problème requiert une approche multidimensionnelle. En effet, les causes plausibles de l’insuffisance du financement des PME sont diverses. On considère généralement que les PME sont contraintes sur le marché du crédit à cause des asymétries d’information (les prêteurs ne disposent pas de toutes les informations sur la qualité d’un projet et peuvent en conséquence rationner le crédit). L’Etat peut dans ce contexte intervenir sur le marché du crédit pour soit prêter directement aux PME, soit octroyer une garantie de crédit lorsqu’une banque finance un projet. Cependant, si le rationnement du crédit résulte d’une absence de projets de bonne qualité, alors l’argent utilisé serait simplement gaspillé – c’est typiquement le risque associé aux politiques sectorielles pilotées par l’Etat. Desserrer la contrainte de crédit des PME nécessite plutôt la création d’un contexte favorable à l’investissement. Cela passe par une remise à plat du droit des faillites, aujourd’hui trop défavorables aux créanciers, l’accroissement de la concurrence sur le marché du crédit en autorisant les acteurs financiers non bancaires à proposer divers services financiers, et le développement d’un marché de – je prononce le mot honni – la titrisation pour les PME.

Par ailleurs, les PME peinent également  à trouver des investisseurs en fonds propres, à cause notamment du faible tissu de fonds de capital-risque et de la faible allocation des actifs vers les PME de la part des fonds de pension et des assureurs. Il est donc nécessaire de ce point de vue de faire attention à ce que les règles prudentielles ne défavorisent pas l’investissement en capital risque – à ce sujet, la directive Solvency II pourrait nuire davantage aux investissements en fonds propres vers les PME par les assurances. Néanmoins, afin de rester complet, il n’est pas nécessairement clair que le faible investissement en capital-risque ne résulte pas simplement de la faible rentabilité ajustée au risque. Autrement dit, une politique d’incitation fiscale ou règlementaire serait inutile car si les investissements sont peu nombreux, c’est parce qu’ils ne rapportent pas assez.

En résumé, on aurait tort de penser que relancer l’innovation en France passe par des investissements publics au sein de secteurs industriels désignés par l’Etat. L’approche doit être globale et multidimensionnelle et ainsi créer les conditions nécessaires à l’investissement dans les PME en sus des traditionnels vecteurs d’innovations que sont les politiques concurrentielles et les incitations aux activités de R&D de type crédit impôt recherche.

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5 Commentaires sur “Le retour du volontarisme industriel”

  1. « Cela passe par une remise à plat du droit des faillites, aujourd’hui trop défavorables aux créanciers ». On est d’accord. Mais est-ce que ça ne risque pas de rendre le crédit plus difficile, voire plus cher puisque les créanciers couvriront plus leurs risques ?

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  2. C’est du passe partout.

    Ce billet aurait pu être publié 1964, en 1976, 1988, en 1996.

    (pas un mot de l’oxymore écologique)

    On se le garde et on le repasse dans 12 ans…

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  3. « on aurait tort de penser que relancer l’innovation en France passe par des investissements publics au sein de secteurs industriels désignés par l’Etat. »

    Bof, la Corée du Sud l’a très bien réussi dans les années 60-70. Le Japon, aussi. Sans oublier la Chine…En fait, l’enjeu n’est pas tant de revitaliser l’industrie que de réussir à créer l’économie de la connaissance du traité de Lisbonne. Les efforts doivent donc porter d’une part sur la recherche publique et privée, la revitalisation de l’enseignement supérieur, la création de liens forts entre universités, labos et entreprises, la création d’écosystèmes comme la Silicon Valley et des investissements massifs dans les secteurs porteurs (biotech, nanotech, greentech)+ un vrai small business act permettant aux PME françaises de devenir aussi redoutables à l’export que leurs conseurs allemandes. Les recettes sont connues…

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  4. Salut,
    merci de linker mon vieux billet.
    Pour que l’investissement fonctionne, il faudrait peut-être prendre exemple sur les pays où il fonctionne bien. Et analyser les différences de structures fiscales entre les pays : les humains sont les mêmes partout, pas les environnements dans lesquels ils évoluent.

    La france désincite l’investissement, en commençant par désinciter l’épargne. Les capitaux sont créés avant tout par l’épargne ; c’est la base du capitalisme. Les taux d’imposition sont certainement une autre raison.
    à bientôt

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  5. @ Nicolas

    Au contraire, l’assurance de recouvrer une partie des fonds prêtés permettraient aux banques d’être plus confiantes dans leurs investissements et donc de prêter plus et à des taux d’intérêt moindres.

    @ Vogelsong

    Le sujet du financement des PME en France est sujet assez ancien il est vrais mais ce n’est pas une raison pour ne pas en rappeler les termes. C’est un enjeu fondamental pour accroître le potentiel de croissance de l’économie française. Il est bon de le rappeler.

    Par ailleurs des éléments comme l’impact du droit des faillites, le développement des marchés des titres collatérisés et plus généralement des sources de financement de marché (voir ce très bon article datant de 2007 par Aghion & alii) ont été introduit plus récemment.

    @ PED

    La croissance économique le long de la frontière technologique n’induit pas les mêmes enjeux que lorsqu’on en est éloigné. C’était le cas des pays cités qui suivaient un modèle de « réplication industrielle ». Une fois la frontière atteinte, les sources de gains de productivité doivent évoluer.

    Je suis OK avec le reste.

    @ Lomig

    Comme j’ai voulu le montrer, ce n’est pas qu’un problème d’épargne. Il n’existe pas forcément les instruments adéquats vers lesquels rediriger l’épargne.

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