Régionales : leçons du premier tour

On annonçait un échec de l’UMP : il s’agit en réalité d’un naufrage. Cette soirée des élections régionales marque un tournant à mi-mandat. Outre l’abstention record, on note le retour d’une gauche plurielle en passe de réaliser un véritable grand chelem au second tour…


Les résultats


Le niveau d’abstention a atteint avec ces élections régionales un record historique : 53,5 % de Français ne se sont pas déplacés pour aller voter.

Comme prévu, l’UMP s’est saisie de l’abstention comme d’un argument imparable. Pour F.Fillon, cette « faible participation ne permet pas de conclure à des analyses nationales ». Et d’accuser les présidents de régions socialistes qui « n’ont pas su mobiliser les français ». On croit rêver…

En ce qui concerne les résultats, on pourra également regretter que certains instituts de sondages n’aient pas réalisé une péréquation pour certaines formations qui ne sont pas présentes dans toutes les régions. J.L Mélenchon s’est plaint par exemple que le score du Front de Gauche soit comptabilisé sur 22 régions alors que son parti n’était présent que dans 17 d’entre elles.

Incompréhensible aussi le fait que le score de Debout la République ne soit toujours pas comptabilisé alors qu’il frôle les  5% en Île-de-France. Nicolas Dupont-Aignan s’est insurgé sur France 3 : « Je ne suis pas perdant puisque vous êtes incapable de me donner mon score ».

Le naufrage de l’UMP

Ce soir, la droite parlementaire a réalisé son score le plus bas de l’histoire de la Vème république. Mais à l’UMP on continue de feindre que rien n’est joué, et on refuse d’évoquer une défaite : « ça va se jouer dans un mouchoir de poche » confie X.Bertrand. Daniel Cohn-Bendit, visiblement énervé par cette mauvaise foi, répliquera : « Je trouve ça con. Pourquoi vous ne voulez pas dire que vous avez perdu ? »

Second argument de taille des caciques de l’UMP : affirmer que le vote écolo n’appartient à personne. F.Fillon, décidément très en forme, ira jusqu’à affirmer : « Rien n’est joué pour le second tour, les électeurs ne sont la propriété d’aucun parti ! ». Et Xavier Bertrand de surenchérir sur les « arrangements de second tour entre le PS et Europe » alors que la droite est d’ores et déjà rassemblée.

Le grand objectif de second tour de l’UMP est donc de capter le vote vert.  De F.Fillon déclarant que « l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche » à C.Jouanno sous-entendant que l’UMP va siphonner l’électorat d’Europe Ecologie, la donne est clairement énoncée…

Le PS et Europe Ecologie caracolent en tête

C’est le grand retour de la gauche plurielle ! Le PS est à 29,1% et semble en mesure de conserver toutes ses régions. Quant à Europe Ecologie, le mouvement écolo s’inscrit plus que jamais comme la troisième force politique en France.

A ce sujet, Sandrine Bélier eurodéputée d’Europe Ecologie confiait vendredi : « Le PS ne pourra pas gagner sans nous et nous ne gagnerons pas sans eux. C’est bien le début d’une nouvelle donne politique. Il doit donc y avoir un respect mutuel, une culture de partenariat. Lors des négociations de second tour, les discussions ne porteront donc pas sur des questions de places ou de personnes, mais bien sur la question du projet et un vrai engagement de partage sur des objectifs programmatiques. »

Le FN est de retour

Contrecoup de cette abstention record, le FN est de retour dans le jeu politique et va pouvoir se maintenir dans la moitié des régions. Le parti frontiste réalise certes un score plus bas qu’en 2004, mais plus élevé que le laissaient présager les derniers sondages.

En région PACA, J.M Le Pen atteint même les 20,28 %, tandis que sa fille Marine pourrait dépasser l’UMP dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Effondrement du Modem

Dernière conclusion à tirer de ces élections régionales, l’effondrement du Modem, qui n’atteindra pas les 5% (pas de remboursement des frais de campagne), « c’est la grande leçon de ces élections, le PS ne viendra plus nous casser les pieds avec cette alliance » déclare ainsi J.L Mélenchon sur France 3. Le score définitif du pari centriste serait de 3,4%.

F.Bayrou justifie le mauvais score du Modem par l’inexpérience de ses colistiers. Cet argument, guère crédible et dépourvu de remise en question, risque de mal passer auprès des militants.

Le Béarnais aura en effet beaucoup de mal à éviter l’implosion de son parti. « Facile ou difficile peu importe, il faut continuer le combat » conclut-il. La traversée du désert continue pour F.Bayrou…

Pearltrees des régionales : enjeux, résultats et analyses

 Régionales 2010 

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8 Commentaires sur “Régionales : leçons du premier tour”

  1. Ca va être dur pour le Modem. Le FN n’est pas à l’agonie, au contraire de ce qu’on nous a tant répété. Ca va de mieux en mieux pour DLR, mais surtout pour Dupont-Aignan, beaucoup plus connu. Les autres listes DLR font 1.7 et 2.8, ça ressemble aux européennes pour elles.
    Ces élections m’ennuient pronfondément. Et ça ne finira pas ce soir.

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  2. Curieux ce système de comptabilité de l’UMP. Aux élections Européennes (à 1 tour) avec 40% de résultats c’était une victoire ( ce qui représentait en réalité et vu le niveau d’abstention) t là, nous allons mobiliser les absents, dit l’UMP.Mais quels absents si ce n’est les Gens de Droitequi n’ont pas voulu aller voter pour des crétins comme ceux de l’UMP et qui n’ont pas voulu voter à Gauche ni au F.N. Les Fillion, Bertrand et Cie sont vraiment des « Idiots patentés »

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  3. Raphaël Spina 15 mar 2010 at 0h 22 min

    Bonne analyse. Face à une déroute pareille, et prévisible en plus, ils sont d’une mauvaise foi effectivement confondante. C’est sans doute normal en politique, mais à ce point… Expliquer que Sarkozy n’est pas désavoué ou que les chefs de région sortants n’ont pas su mobiliser puisqu’un électeur sur deux n’a pas voté ne dit pas pourquoi le même électeur ne s’est pas rué aux urnes pour défendre son génial président super-réformateur ou pour porter au pouvoir les charismatiques challengers de droite…

    Dommage pour le Modem quand même, il méritait mieux que de disparaître broyé par la bipolarisation (et par ses propres erreurs, certes, en partie). La gauche ne gagnant jamais au national sans l’appoint d’une fraction du centre, elle pourrait très bien regretter en 2012. Pour l’heure, Mélanchon que tu cites n’a plus tout à fait tort : on ne va pas reparler de sitôt d’une alliance avec un mouvement qui ne pèse presque plus rien. Chose réconfortante pour la gauche, l’extrême-gauche est dans les choux, qui n’aurait jamais fait la moindre alliance avec quiconque, et dont il est plus difficile de ramener l’électorat au bercail – et Besancenot en appelant à battre l’UMP ne cherche même pas à gêner le report de voix au second tour. Tu as raison, c’est comme un retour de l’ex-gauche plurielle des beaux jours…

    Reste à ce que tout ça donne quelque chose en 2012, et là ce n’est pas gagné du tout, il y a un fauteuil et pas 22, un programme national à faire, un chef crédible derrière un parti rassemblé à produire, et la droite n’a pas dit son dernier mot… ni le PS son premier mot !

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  4. Une précision. Le Front de gauche se présentait dans 17 régions sur 22. Dans ces 17 régions, la moyenne du FDG est supérieure est 7,5 %. Dans les 5 régions où les fédérations PCF avaient décidé de s’allier dès le 1er tour avec le PS, le parti de Mélenchon a présenté des listes unitaires avec d’autres organisations.

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  5. L’Ecologie, ce n’est pas de la politique! -> http://myelife.my-webs.org/myBlog/?p=104

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  6. Oui, je veux bien que vous analysiez les résultats électoraux, mais l’abstention, n’est-ce pas là le problème majeur? Un pays qui voit 53% de ses citoyens ne pas voter, n’est-ce pas là le plus inquiétant? Au fond, peu m’importe qui de la gauche, de la droite triomphera, il y aura toujours des désaccords exprimés, mais, avec des abstentionnistes, il n’y pas de parole, pas d’échange, pas d’accord et de désaccord possibles. On ne sait pas exactement ce qu’ils veulent ou refusent. Je trouve cela très inquiétant…

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  7. @ Le Volontaire
    Oui les sondeurs ont une nouvelle fois trappé le Front National (voir l’article de R.Soubrouillard ).

    DLR a fait une belle percée surtout en Essonne, fief de NDA (8% des voix) et 49% dans sa circonscription de Hyères.

    @ Michel P.
    Exact, flagrante contradiction entre le discours des européennes et celui des régionales…

    @Raphaël
    C’est vrai que l’on est habitué aux dénis de vérité des politiques le soir des élections mais dimanche soir, l’UMP a fait quand même très fort.

    Je ne regretterai pas Bayrou qui gouverne le Modem comme Sarkozy gouverne la France. Pour Mélenchon, sa situation est intéressante à analyser, je vais écrire un petit papier à son sujet. Le PS peut se passer du Modem vu le poids politique qu’a pris Europe Ecologie, le centre de gravité s’est déplacé.

    @Des pas perdus
    Merci pour cette information.

    @Polycarpe
    J’ai fait un court billet sur l’abstention ;-) Je pense pas que les politiques soient entièrement responsables, je préfère parler d’une double responsabilité.

    Combien de citoyens prennent le temps de lire les programmes ? De s’intéresser au minimum au sujet ? Les jeunes se plaignent mais vont plus à la rencontre du politique. (Voir cette vidéo assez symbolique)

    Il faut relativiser l’abstention aux élections régionales. Les gens connaissent peu les enjeux, les institutions, les candidats. On pourra toujours se consoler en se disant que l’abstention est en léger recul par rapport aux européennes.

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  8. @David.

    Je n’ai ni écrit, ni dit, que les politiques étaient responsables. Je m’étonne juste qu’hier, en France, en Angleterre, des hommes du peuple se sont levés pour voter; aujourd’hui, leurs héritiers désertent les urnes. Ce changement est très inquiétant, même si, comme tu le dis, il faut relativiser cette abstention parce qu’elle concerne les élections régionales.

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