C.Jouanno, du courage en politique
Il y a quelques jours encore, la stratégie de « greenwashing » de l’UMP battait son plein, rien n’était trop beau pour capter le vote écolo. Mais aussitôt la page des élections refermée, N.Sarkozy s’est empressé de sacrifier la taxe carbone. C.Jouanno, qui avait porté le projet à bout de bras choisit de monter au front…
L’abandon des promesses du Grenelle
Lorsque Nicolas Sarkozy avait annoncé en grande pompe le projet de loi sur la Taxe Carbone, il l’avait présenté comme une révolution écologique. Pour le Président, il s’agissait là d’ « un choix historique », que dis-je, de la « grande réforme » de son mandat, comparable sur le plan historique « à la décolonisation, à l’abolition de la peine de mort ou à la légalisation de l’avortement ». Mais cette loi déjà impopulaire fut retoquée manu militari par le Conseil Constitutionnel en décembre dernier, ceci alors qu’elle aurait du entrer en vigueur en juillet prochain.
Entendons-nous bien, nous avions à maintes reprises critiqué la Taxe Carbone sur ce blog. Nous estimions qu’elle était mal ficelée et qu’il n’était pas possible de prévoir avec certitude la réduction effective du niveau d’émission de gaz à effet de serre qu’elle permettrait, et d’autre part que sa mise en œuvre, basée sur une logique de progressivité, s’annonçait très complexe.
Enfin, nous considérions qu’elle ne pourrait jamais atteindre le noble but qu’elle s’était assigné, à savoir encourager les consommateurs à utiliser moins d’énergies fossiles, car son coût trop faible (14 euros, bien loin derrière la recommandation de M.Rocard qui était de 32 euros) ne permettait pas de peser sur les comportements. Mais en dépit de toutes ces critiques, la Taxe carbone constituait malgré tout un pas en avant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le rôle de l’Assemblée Nationale étant justement de discuter d’un tel projet de loi afin de l’améliorer, de gommer ses imperfections et d’aboutir à un juste compromis.
Aujourd’hui, lorsque le gouvernement décide purement et simplement de l’abandonner en prétextant comme l’a fait F.Fillon, « qu’elle doit être européenne » pour exister, il s’agit d’un désaveu cinglant du Grenelle pour l’environnement et des engagements qui y avaient été pris. Certes, pour être efficace, la taxe carbone doit être appliquée mondialement et N.Sarkozy aurait sans doute dû consulter avant de la lancer nos autres partenaires afin d’aboutir à un consensus européen. Plutôt qu’une taxe, le chef de l’Etat aurait également pu proposer une autre solution, à savoir la renégociation des marchés de quotas d’émissions (cap and trade). Son empressement n’a pas permis d’étudier ces pistes aussi sérieusement qu’elles l’auraient nécessité.
Mais aujourd’hui, devant l’urgence climatique, cet abandon reste un très mauvais signal envoyé à la scène internationale. Proposer que la taxe carbone soit étudiée à l’échelle européenne, c’est la renvoyer aux calendes grecques puisque, contrairement au Paquet Climat voté à la majorité qualifiée, la taxe carbone requiert l’unanimité des voix au Conseil européen.
Jouanno, du courage dans l’adversité
Chantal Jouanno, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, a été en première ligne durant près d’un an pour défendre ce projet de loi décrié. Lâchée par sa majorité puis par son gouvernement, elle se dit « désespérée » que « l’écolo-scepticisme l’emporte ». Femme de conviction, elle a de nouveau tapé du poing sur la table lors d’une interview choc accordée à Libération hier.
Dépeinte comme une Antigone blessée, prête à son dernier combat, elle déclare : « Il faut essayer quelque chose, il me reste la parole. Je me ferai peut-être exploser mais ce n’est pas grave. Je vais juste parler vrai. Je préfère aller au bout. Je ne suis pas là pour faire de la provoc’ mais porter la parole que l’écologie n’est l’esclave d’aucun clan ».
Jusqu’au-boutiste et déterminée, Chantal Jouanno poursuit en critiquant implicitement N.Sarkozy : « La culture du pouvoir a pris le pas sur la culture de l’action. Malgré tout, nous ne sommes pas complètement sortis d’une forme de monarchie ». Et de contredire en bloc l’argumentaire de F.Fillon qui préconise une solution européenne : « Si on attend que l’Europe prenne une décision, la taxe carbone sera reportée sine die. Cela pose un problème ontologique à la gauche comme à la droite. Nos élus et une partie de la société n’ont pas compris l’importance de l’écologie. On a 20 ans pour changer les mentalités ».
Comme toujours dans ce genre de situations, on s’interroge : s’agit-il d’une posture ou d’un véritable acte de courage politique ? A savoir que la rébellion à parfois du bon, Rama Yade et Nathalie Kosciusko-Morizet en savent quelque chose. Mais les faits penchent plutôt pour la seconde hypothèse en ce qui concerne C.Jouanno. La secrétaire d’Etat à l’Ecologie reste en effet l’une des rares politiques à faire preuve d’un sens de l’éthique au sein de ce gouvernement. Elle l’a démontré lors des élections régionales et le prouve encore aujourd’hui de fort belle manière. Pour l’anecdote, lorsque nous l’avions interviewé lors du meeting de l’UMP à la Mutualité, elle fut l’unique personnalité politique à être restée pour dialoguer avec les militants et les journalistes, la seule à avoir osé affronter la défaite en face…
Maintenant, jusqu’où ira t-elle pour défendre ses convictions ? Sacrifiera t-elle sa carrière pour ses idées ? Bien sûr, elle n’ira sans doute pas jusque là : « la démission est la dernière des solutions » tempère t-elle, en tentant dans la foulée de s’auto-convaincre de sa mission : « si je démissionne, je serais remplacée par quelqu’un de moins convaincu. Et j’ai l’obligation de porter début mai, devant le Parlement, le projet de loi Grenelle 2 ». En attendant, les Verts saluent son courage, Daniel Cohn-Bendit avoue avoir un « énorme respect » pour elle tandis que Sandrine Bélier interrogée sur Twitter se déclarait surprise de manière positive par cette prise de position. Alain Juppé s’est même empressé de lui tirer « un coup de chapeau ! » le lendemain sur son blog.
Mais C.Jouanno n’est peut-être qu’en sursis, J.F Copé s’est permis de l’étriller publiquement. Pourtant, le Maire de Meaux qui avait un jour promis d’arrêter la langue de bois, serait bien inspiré de l’imiter. En tout cas, la championne de karaté kata déclare : « quand je prends un coup, je me montre encore plus combattive ». Les apparatchiks sont prévenus…
Pearltrees complet sur la Taxe carbone : de l’impossible réécriture à son abandon.

26 mar 2010 







Info auteur
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Mancioday, Mancioday et Mancioday, Zarko. Zarko a dit: C.Jouanno, du courage dans l'adversité – Reversus: ReversusC.Jouanno, du courage dans l'adversitéReversusMais auss… http://bit.ly/ak0DSr [...]
Effectivement, tu poses les bonnes questions à propos de cette prise de parole. Autrefois, on se serait attendu à une démission pour sceller l’authenticité du propos. Comme elle vient à peine d’arriver, elle doit trouver dur de déjà devoir repartir !
Elle me plait bien cette Chantal Jouanno. Il y a toujours ce coté sarkozyste qui me dérange mais sinon, c’est vrai qu’elle est souvent à contre courant des petites phrases et combines d’appareil.
Aujourd’hui elle tape du poing sur la table et refuse de transiger face aux pressions des lobbies industriels. Elle ne manque pas de panache et de conviction, c’est tellement rare qu’elle mérite qu’on salue son courage.
@Mtislav
Effectivement, c’est dur de partir lorsqu’on vient à peine d’arriver mais elle devra peut-être en passer par là. N.Sarkozy est un homme sans aucune convictions, elle l’apprend à ses dépends. Il n’a pas pu s’empêcher de la « recadrer » très fermement aujourd’hui, ceci alors qu’en début de quinquennat, il vantait les divergences qui existait au sein de son gouvernement.
@ P.Jeandel
Elle parait presque apolitique, c’est ça qui séduit.
L’Elysée se comporte une fois de plus de manière ridicule. Quand on entend Guéant qui lui balance : « Arrêtez, vous faites beaucoup de mal au Président ! » , on se croit sur une autre planète.
Les petits caprices du Président prime sur les enjeux environnementaux
http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2010-03-26/info-lepoint-fr-claude-gueant-a-chantal-jouanno-arretez-vous/917/0/438216
La position de Borloo est un peu insupportable aussi http://www.romandie.com/ats/news/100326170726.6sznn0x9.asp
C’est d’autant plus énervant qu’il a toujours cet espèce d’optimisme…
Mais Danny le Rouge n’a pas tort http://www.europe1.fr/Politique/Borloo-peut-aller-a-la-peche-162772/
Chantal Jouanno aurait dit : quand je vois un 4X4 j’ai envie de lui crever les pneus, je lui conseille de le faire sur le miens surtout si je suis présent.
D’autre part il ne faut pas confondre courage et honnêteté intellectuelle : quand on appartient à une entité c’est le principe de SOLIDARITÉ qui prime ; si on est plus en phase, le courage c’est de quitter cette entité..sinon on la ferme.
La taxe carbone nous posais un problème à nous gens de la campagne, on a pas une station de bus à 5 mn de chez soi et un bus toutes les 15 mn par exemple.
@f117 C’est sur qu’en ville quand je vois un 4×4 j’ai une solide envie de lui péter les pneus, pour moi faut être très con et aimer l’hyper tape à l’oeil et n’avoir rien à foutre des autres pour prendre un engin comme ça en ville (si je me souviens, un choc entre un enfant et un 4×4 roulant à 50Km/h est quasi mortel à tout les coups pour un adulte les lésions se mesurent au Kg ça va plus vite )… quand on voit les cons qui les conduisent, ça fou les pétoches).
Si la solidarité est un principe noble, il ne consiste pas pour autant jusqu’à aller défendre la connerie, le reniement ou la traitrise lorsqu’ils se présente. On peut être de droite ou de gauche, être solidaire avec des principes mais ne pas toujours être solidaire dans les actes, surtout si ces actes vont à l’encontre d’une parole donné ou d’un engagement (ce qui était le cas en ce qui concerne la taxe carbone).
Pour en revenir à l’article, comme elle vient de la société civile, elle ne dispose pas forcément d’un réseau de soutien suffisamment dense au sein de l’ump ce qui fait que si elle démissionnait, elle risquerai de se retrouverai isolée à moins de rejoindre une des écuries actuellement en cours de formation au sein du parti ce qu’elle ne désiré pas forcément, du moins pour le moment (faut laisser un peu décanter pour le moment). La tactique de la défense de l’intérieur du parti ne tient pas trop la route, c’est auprès des militants qu’elle doit s’affirmer.
Je pense que dorénavant elle va être solidement tenue en laisse par un borloo qui, tout sympathique qu’il soit, a du mal à supporter la concurrence (on se souvient de ses relations houleuse avec NKM). On ne l’entendra plus beaucoup et quand on l’entendra soit elle la jouera à la rama yade (le « je flirt avec la ligne parce que je suis populaire ») soit elle la fera plante verte ( je dis tout ce qu’on me dit de dire). Je penche pour la première.
@ f117
Solidarité ou vassalisation pour Jouanno ?
Sarkozy mélange stratégie, tactique et opérationnel.
La stratégie c’est se dire : « on va mettre en place une contrainte carbone, via une taxe ou un marché de permis d’émission, pour lutter contre le changement climatique« . C’est le rôle du gouvernement, fixer les grandes orientations la politique en penchant éventuellement pour l’une des deux options et en faisant un projet de loi. Jusque là c’est ce qui avait été fait.
La tactique serait : « comme c’est un projet qui engage sur des décennies les Assemblées en discutent, afin d’aboutir à un texte de loi qui fasse consensus en faisant attention à ce qu’il ne soit pas déclaré ensuite inconstitutionnel par la suite puis vote« . Ca éviterait de se retrouver devant la clownerie actuelle où le Parlement ne sert qu’à dire oui aux projets de loi sans consulter l’opposition et en se retrouvant avec au final un texte illégal qui ne tient même pas compte des recommandation de la commission diligenté sur la question !
L’opérationnel c’est la mise en œuvre par l’exécutif et d’accorder les moyens pour veiller à l’exécution du texte, ce qui n’est pas forcément une évidence non plus.
Sarkozy fait tout à l’envers et sa « stratégie » ne se révèle au final qu’un stratagème électoraliste de plus.
Le réchauffement climatique sent…le réchauffé ! Ce n’est déjà plus de l’histoire contemporaine et le seul but de la taxe carbone c’est encore plus de prélèvements.
Pour un rural comme moi et mes compatriotes, sans voiture pas de travail et le budget carburant entame pas mal la fin de mois.
Toutes ces belles gens qui glosent sur l’écologie dans un salon sans jamais avoir cherché à comprendre nos campagnes et qui ne connaissent pas plus la valeur de l’argent, sont très loin de nos préoccupations quotidiennes.
Tout est à réinventer et le comportement des politiques suite aux régionales n’augure rien de bon : ils ne sont pas prêts à changer leur comportement et ne sont pas capables de prendre acte de leurs erreurs et de notre message (l’abstention) : si la tête ne donne pas l’exemple, comment insufler une quelconque motivation pour la France d’en bas ?
Enfin, on imagine mal comment le peuple français peut à lui tout seul peser sur les émissions de carbone au niveau mondial.
@f117
quand il s’agit de se faire mousser ou de cultiver son image comme Rama Yade, je rejoins votre propos. Mais là, à mon sens, Chantal Jouanno ne va pas au front dans cette optique. La force de sa charge le prouve d’ailleurs.
Ensuite, vous m’excuserez mais l’urgence climatique prend le pas sur le principe de solidarité. C’est la survie de la planète qui est en train de se décider…
Je rejoins spiritsfm lorsqu’il dit que « si la solidarité est un principe noble, il ne consiste pas pour autant jusqu’à aller défendre la connerie, le reniement ou la traitrise lorsqu’ils se présente. On peut être de droite ou de gauche, être solidaire avec des principes mais ne pas toujours être solidaire dans les actes, surtout si ces actes vont à l’encontre d’une parole donné ou d’un engagement (ce qui était le cas en ce qui concerne la taxe carbone). »
@spiritsfm
Effectivement, elle n’a pas énormément de soutiens. Ca s’est vu assez rapidement puisque tout le monde a pris un malin plaisir à lui tomber dessus. Valérie Pécresse qui décidément ne manque pas d’air s’est même permis une petite pique : « Je suis ministre, je ne désespère de rien ». Alors que Chantal Jouanno a grandement participé à sa campagne. C’est ce que l’on doit appeler la reconnaissance…
Je pense également qu’elle va être contrainte au mutisme. J’espère qu’elle ne changera pas trop malgré tout, car son coté « apolitique » donnait un peu de fraicheur et d’authenticité à la politique gouvernementale…
@Eymavatar
Il est certain que cette taxe était loin d’être adaptée au monde rural. Mais elle aurait pu être discutée. Des aménagement auraient pu êtreimaginés pour faciliter la reconversion des modes de transports et l’investissement dans des technologies vertes. Là c’est vraiment l’esprit du Grenelle qui part en éclat.
[...] Un projet indépendant donc, qui n’avait toujours pas de distributeur mais qui promettait une liberté de ton et de réalisation et donnait ainsi tout son attrait au [...]